Nuncius Digital 23
- Le billet du directoire : Vers le Congrès
- Communiqué du Président d'EEP-développement
- Le Séminaire itinérant de l'EEP
- Retour d'Ukraine, par Philippe De Georges
- Le Cercle de Varsovie en formation, par Riccardo Carrabino
- Séminaires sur l'éthique de la psychanalyse en pologne, par Bogdan Wolf
Ecrire à Nuncius Digital : eep-dev-proprietaire@club.voila.fr
Le thème de notre prochain Congrès de l’AMP a été lancé à Buenos Aires en juillet 2000. Depuis lors le débat sur la formation du psychanalyste s’est développé dans toutes nos Ecoles.
Mais nos Ecoles ont commencé déjà à en tirer des conséquences. La nomination de nouveaux membres est examinée au cas par cas au regard de cette exigence de formation d’autant plus forte qu’elle n’est pas formalisée (ainsi que l’écrivait récemment Jacques-Alain Miller). L’entrée par la passe est suspendue partout dans l’AMP, au moins jusqu’à Bruxelles en 2002. Les garanties que donnent nos Ecoles sont soumises à un examen critique.
C’est un mouvement de fond qui traverse toute l’AMP vers ce Congrès, qui sera réservé aux seuls membres.
Et voilà que Jacques-Alain Miller vient y faire souffler un vent d’enthousiasme, une tempête qui atteint les médias, une ouverture de la conversation bien au-delà de nos membres, de nos Ecoles, de notre " milieu " psychanalytique : " à l’opinion éclairée ". La psychanalyse a une chance de revenir ainsi dans les débats du monde.
Voyons bien ce dont il s’agit. Prendre l’opinion à témoin d’un droit de réponse ? Certes. Mais surtout faire valoir les exigences de la formation du psychanalyste pour nous quand un texte met en cause cette formation à l’ECF. Et plus encore : faire " l’éducation freudienne du peuple français ". Que les psychanalystes fassent à nouveau porter leur voix dans le malaise de la civilisation.
L’enjeu est de taille, la voix qui le porte se fait tour à tour douce, tonitruante, exigeante ou ironique, toujours touchante de vérité. A nous de l’y accompagner.
Alexandre Stevens
Membre du Conseil de l’AMPBruxelles, le 21 septembre 2001
Informations sur les lettres de Jacques-Alain Miller et leurs conséquences, sur le site internet http://agencelacan.online.fr/
La Nederlandstalige Lijst-EEP-D a été fondée il y a bientôt un an par Marie-Hélène Brousse, à l'époque présidente d'EEP-développement.
Les inscrits de la Liste ont été acceptés comme correspondants de l'Ecole. Il s'agissait alors de répondre à la rupture par le Gezelschap de Gand de ses liens avec l'EEP en ouvrant un lieu de débat pour tous les néerlandophones qui désirent inscrire leur travail avec nous dans l'Ecole.
Le Bureau de la Liste a depuis organisé une série d'activités qui place désormais la Liste dans un mouvement vers l'Ecole.
Il est temps aujourd'hui de passer à l'étape suivante : la création pour la Belgique flamande et les Pays-Bas d'un Cercle néerlandophone de l'EEP.
Le Directoire d'EEP-développement et François Leguil, assesseur de la Nederlandstalige Lijst, vont donc organiser dans les semaines et les mois qui viennent des conversations avec les collègues néerlandophones pour examiner les souhaits de chacun au seuil de cette étape nouvelle pour la psychanalyse en Flandres et en Hollande.
François Leguil, assesseur de la N.L., membre du Conseil de l'EEP
Alexandre Stevens, Président EEP-développement
Bruxelles, le 22 septembre 2001
A Buenos-Aires en l'an 2000, une période de l'histoire de notre communauté de travail s'est achevée.Ce fut une scansion majeure après vingt ans d'initiatives institutionnelles, d'innovations cliniques, de transmission assidue. L'allocution de Jacques-Alain Miller démontra que même ailleurs que dans le Champ freudien on s'en remettait à "l'orientation lacanienne" pour assurer l'avenir de la psychanalyse dans un monde qui tendait à la dissoudre dans les effets de son propre succès. En retour il était alors clair que nous avions à établir un état des lieux de la psychanalyse au début de ce vingt-et-unième siècle et à questionner la formation que nous estimions devoir être celle du psychanalyste : Bruxelles 2002 sera le lieu de cette évaluation.
L'EEP est une Ecole qui n'est pas comme les autres; fédérative, elle réunit la Escuela lacaniana del Campo freudiano en Espagne, la Scuola lacaniana di psicoananalisi en formation en Italie et l'EEP-Développement dans le reste de l'Europe. La nouvelle Présidence a proposé au Conseil de l'EEP fin juin 2001 de créer un "Séminaire itinérant de l'EEP" qui se réunira pour trois séances de travail, la première à Paris, la seconde à Madrid, la troisième à Rome. Ce séminaire est fermé.Y participeront les membres des instances de l'EEP ainsi qu'un certain nombre de collègues invités. Il a pour ambition de faire entendre dans chacun de ces lieux des éléments de réflexion sur le thème de la formation du psychanalyste.
A Paris le thème en est : Trajectoires de formation. On partira donc de la formation telle qu'elle est actuellement dans les faits à l'EEP : celle que nous avons reçue, celle que nous avons dispensée.
A Madrid, il s'agira de mettre à l'épreuve une thèse : "La formation : une tentative de désidentification", titre inspiré d'une intervention d'un AE de l'Ecole Une, Dominique Laurent.
A Rome enfin, la question sera posée : Une formation sans fin ?
De ce Séminaire on trouvera des documents préparatoires et des échos d'après-coup dans la nouvelle publication électronique réservé aux membres de l'EEP, Hermès.
Marie-Hélène Brousse et Jean-Pierre Klotz
Pour la troisième année, le Champ freudien tenait en cette fin de mois d'août Séminaire en Ukraine. La reconquête prend ici une forme particulière, liée à la disparition de toute reconnaissance et de toute possibilité d'exercice de la psychanalyse dans l'ensemble de l'ex-URSS à partir des années 20. Depuis une dizaine d'années, donc, l'analyse suscite un certain intérêt dans les cercles intellectuels et les milieux liés à la clinique et à la santé mentale. Mais cet intérêt se dispute avec celui qu'inspirent des théories américaines (comportementalisme, cognitivisme, Rebirth ... ), les techniques qui survivaient sous le manteau à l'époque précédente (hypnose... ), et les travaux de Jung, qui paraissent à certains, cohérents avec le regain de religiosité, de spiritualisme et de goût pour les «symboles». La situation du pays, extrêmement difficile sur le plan économique, joue aussi un grand rôle, chacun ayant à assurer tant bien que mal sa pratique sociale et à trouver des conditions d'exercice simplement vivables.
Ceux qui s'intéressent à l'analyse se trouvent donc dans une situation de pionniers, réinventant une discipline qui a à faire les preuves de son sérieux et redécouvrant pas à pas, au fur et à mesure de la marche, les difficultés de l'expérience et le lien entre les concepts et leur usage vivant.
Ce qui distingue nos amis ukrainiens des pionniers de l'époque freudienne, c'est l'existence du mouvement analytique mondial et les travaux de Freud et de Lacan. Mais s'appuyer sur ces acquis ne va pas sans difficulté : toute l'oeuvre de Freud n'est pas encore traduite (et ainsi L'homme-aux-rats manque dans la série des Cinq psychanalyses), et celle de Lacan commence seulement de l'être : on dispose essentiellement en langue russe des Livres I et II du Séminaire, de Télévision, et de quelques articles heureusement publiés par le Cercle d'Erevan de l'Ecole européenne. Rares sont nos collègues qui parlent français (ou allemand) et peuvent avoir un accès direct au texte. Et la difficulté la plus importante est l'impossibilité de trouver sur place quelque analyste que ce soit, avec qui mener sa cure. Il est à souligner que quelques collègues, qui se sont mis à l'étude du français, Pourront commencer une formation analytique en venant en France.
Ces conditions fixent le cadre des travaux du Champ freudien en Ukraine. C'est essentiellement à Kiev, la capitale, et Donesk, grande ville du bassin minier, que se regroupent ceux qui s'affrontent à cette tâche courageuse. Des cartels sont formés, ou se forment, mettant en chantier l'étude de textes fondamentaux (Dora, par exemple) ou de concepts qui ne le sont pas moins (le transfert), ou la réflexion sur les cas cliniques de participants. Toute l'année, depuis le précédent séminaire qu'avaient animé Carole Dewambrechies-La Sagna, Judith Miller et Anne Szulzynger, les groupes avaient débattu et élaboré en vue des rencontres de cette année 2001, justement placée sous le signe du centenaire de la naissance de Jacques Lacan. Deux réunions ont eu lieu, l'une à Kiev et l'autre à Donesk, réunissant chacune une tren taine de participants. Dans chacune, sur trois jours, furent débattus les exposés des uns et des autres, donnant lieu à de multiples et passionnantes questions et à des débats intenses sur le transfert, qui avait été retenu comme thème commun. J'ai eu l'occasion de présenter un exposé appuyé sur les différentes contributions de Lacan à ce concept, mettant en évidence l'originalité de son approche (notamment par rapport à la vogue du contre-transfert, qui connaît un grand écho là-bas) et sa fécondité quant à la direction des cures. Nos débats n'ont été possibles que grâce à la présence de notre collègue du cercle d'Erevan (Arménie) Knarik Aydinian qui s'est livrée au travail délicat et astreignant d'une double traduction permanente.
Après ces deux rencontres passionnantes, nos amis d'Ukraine se sont déjà mis à la tâche : les quatre analyses majeures de Freud, disponibles en russe, seront la base de leurs travaux sur sexualité et inconscient en vue du séminaire 2002. Leur désir de travail est le gage de la suite.
Philippe De Georges
Août 2001
J'ai donné comme titre « Le Cercle de Varsovie en formation », mais j'aurais dû dire « encore en formation », car aujourd'hui il n'est pas encore enregistré.
J.-A. Miller, en écrivant les statuts provisoires du Cercle de Varsovie en formation, avait fixé une année pour arriver à la constitution formelle du Cercle et à son enregistrement officiel auprès du Tribunal de Varsovie (selon la procédure prévue par la loi polonaise pour la création d'une association). Nous nous sommes tenus à ce terme, mais le Tribunal de Varsovie a rejeté, le 11 juin dernier, l'instance d'enregistrement du Cercle, ce à cause d'une banale erreur de lecture par le bureau du juge qui a lu « 7.VI » au lieu de « 7.IV » comme date du payement - régulièrement effectué - des taxes d'enregistrement. A cause de cette erreur, une procédure a été automatiquement enclenchée à la suite de quoi une nouvelle présentation de l'instance d'enregistrement fut nécessaire. En espérant qu'il n'y aura pas d'autres bévues de la part du bureau ou du juge qui prochainement s'en occupera, nous comptons recevoir avant les vacances d'été l'enregistrement du Cercle de Varsovie de l'EEP en tant qu'association internationale de droit polonais se tenant aux principes de l'EEP et, en particulier, de l'EEP-D.
Présentons rapidement les activités qui ont eu lieu à Varsovie et qui donnent le contexte de la situation actuelle.
[A] - J'ai tenu mon premier séminaire de théorie de la clinique, pendant 10 jours, à Varsovie au mois de mai 1995.
Ce séminaire a ouvert des perspectives pour rendre active la présence de l'Ecole à Varsovie et dans d'autres villes de la Pologne. L'effet le plus immédiat en a été la participation officielle de Carole Dewambrechies-La Sagna, en tant que membre du Directoire de l'EEP-D, aux Journées de Varsovie - les premières - en mai 1996. En novembre de la même année, Jean-Daniel Matet a créé - au nom de l'Ecole - le Cercle Franco-Polonais de Paris.
Jusqu'en juin 1999, j'ai tenu, chaque année, un séminaire de 5 ou 6 jours pour lire et commenter des textes de Lacan (surtout le Séminaire) et de Freud. Plusieurs rencontres aussi, au-delà des séminaires, ont été consacrées à la discussion de cas, présentés par les amis Polonais; discussions très appréciées parce qu'elles permettaient de saisir - nouveauté absolue pour eux - l'approche de l'Ecole à l'égard de la clinique, approche tout à fait nouvelle par rapport à ce qu'ils en auraient pu supposer.
Jusqu'en 1999, on a essayé de créer et de faire fonctionner des cartels. Mais le résultat a été tout à fait insuffisant. Le seul résultat - très positif, à mon avis - a été de faire tomber le mythe imaginaire sur la possibilité des « cartels de traductions » des textes de Lacan, cartels visant la production de traductions qui n'auraient pas été la conclusion d'un long et intense travail déjà effectué sur le texte. On a compris, alors, qu'il n'est pas possible de traduire Lacan en polonais si l'on n'a pas déjà travaillé longtemps et assidûment le texte de Lacan pour en saisir soit la structure, c'est-à-dire l'articulation signifiante et conceptuelle, soit et surtout les points d'impasse pour la lecture. A cet égard, pendant mes séminaires, on a traduit des passages, plus ou moins longs, des textes commentés.
Dans ce contexte nous a veillé à créer une terminologie qui puisse rendre en polonais des termes et néologismes qu'on trouve souvent dans les textes de Lacan. Je dis « créer » parce que, dans plusieurs cas, il n'est pas possible de traduire directement en polonais des signifiants tels que «trait unaire» ou «relation d'objet».
Ce travail a été accompli pour démonter toute une série d'équivoques et d'erreurs qui témoignaient d'une radicale incompréhension du texte et de l'enseignement de Lacan. Qu'on considère, par exemple, les signifiants « demande », qu'on traduisait par prosba, c'est-à-dire « prière » ou « demande de courtoisie » ; « subversion », qu'on traduisait par obalenie, « destruction » ; ou, encore, « question » (préliminaire) qu'on traduisait par pytanie, c'est-à- dire « interrogation », « requête », « question », comme dans « poser une question ».
En avril 99, il y a eu un changement radical quant à ma présence en Pologne. J'ai commencé à me rendre à Varsovie quatre fois par an, pour un total de 40-45 jours par an, afin d'offrir aux Polonais soit la possibilité de faire une analyse dans leur langue, en Pologne, avec un analyste de formation lacanienne, soit la possibilité de faire des contrôles. L'un d'eux, d'ailleurs, aurait eu la possibilité de se rendre - quelques fois, mais pas régulièrement - à l'etranger pour son analyse. Cette offre, qui d'ailleurs avait été sollicitée depuis longtemps, a été accueillie avec enthousiasme. Aujourd'hui, après deux ans, je ne peux pas accueillir toutes les demandes d'analyse, parce que je n'y arrive pas, sauf à prolonger - chose qui n'est pas possible pour le moment - la durée de ma présence à Varsovie lors de mes séjours. Il faut ajouter que, au cours de chaque séjour, il y a aussi un séminaire d'une journée sur un texte de Lacan en rapport avec le Séminaire qu'on a déjà commenté dans le séminaire de 5 jours de juin ; et il y a au moins une réunion organisant les activités du Cercle.
A partir de juin 99, des membres du Directoire de l'EEP-D (Marie-Hélène Doguet-Dziomba, Pierre Thèves) et des membres du cartel « Vers la Pologne » (Barbara Gorczyca, Serge Dziomba) ont été toujours présents et ont participé activement aux Journées de Varsovie. A partir de cette année 2000-01 certains de ces collègues, et d'autres encore (Guy Trobas), se sont rendus plusieurs fois à Varsovie, et il est prévu qu'on continue ainsi. Enfin, lors dernières Journées, le 9-10 juin 2001, un collègue italien, Carlo Vigano, a présenté un exposé et, le jour après, a aussi ouvert - avec la présentation et discussion d'un cas - le séminaire annuel.
J'apprécie et sollicite, pour ma part, ces participations, parce que je sais que le transfert à l'Ecole implique qu'il y ait un « plusieurs » qui fasse Ecole.
[B] - Les activités du Cercle de Varsovie se déroulent plus ou moins selon le schéma suivant. En juin, il y a les Journées de Varsovie et mon séminaire annuel ouvert au public, au cours duquel on commente en général un Séminaire de Lacan. Il y a aussi plusieurs réunions du Cercle pour programmer les activités de l'année suivante. En septembre, décembre et mars, je tiens encore un séminaire ouvert, d'une ou deux journées, consacré à des textes de Lacan ou de Freud, en rapport avec le séminaire qui a eu lieu en juin. Parallèlement, d'octobre à mai, les membres du Cercles organisent des rencontres de travail mensuelles ouvertes au public - tour à tour à Varsovie et à Poznan - sur le Séminaire de Lacan qui sera présenté et commenté en juin de l'année suivante et, aussi bien, sur des textes de Freud ou de Lacan, auxquels il est fait référence dans le Séminaire susdit. A partir de l'année prochaine, 2001-02, en septembre, décembre et mars, nous aurons aussi des rencontres de discussion de cas, réservées aux membres du Cercle, où l'accent sera mis sur ce qui fait ‘cas' et sur les questions de la demande et de la subjectivation. En mars, il y aura aussi une rencontre inter-cartels.
Cette année, d'octobre 2000 à juin 2001, il y a eu à Varsovie un séminaire sur L'Ethique de la psychanalyse, tenu par Bogdan Wolf. On pourra lire un rapport sur les buts et le déroulement de ce séminaire à la fin de ce rapport.
Toutes les activités du Cercle de Varsovie sont régulièrement annoncées sur Wiesci, le bulletin des deux Cercles polonais de l'EEP-D. En juin dernier, on a décidé de rendre le contenu de ce bulletin plus riche et articulé.
[C] - En ce qui concerne la situation actuelle, il faut souligner que la création du Cercle de Varsovie en formation et l'amorce de la procédure d'enregistrement - événements pour lesquels moi et les autres membres du Cercle exprimons notre reconnaissance d'abord à J.-A. Miller, ensuite à M.-H. Brousse et enfin au directoire de l'EEP-D - ces événements ont eu une fonction catalysante du point de vue de la relation symbolique et du désir de se situer activement à l'intérieur de l'Ecole dans une position de travail. A cet égard, certains événements méritent d'être rappelés.
En premier lieu, la proposition d'organiser et de tenir à Varsovie - en collaboration avec le Cercle de Cracovie - une Journée pour le centenaire de la naissance de Lacan. On a déjà travaillé à ce projet, lequel sera soumis, dans les jours prochains, à l'évaluation et à l'approbation de Judith Miller.
En deuxième lieu, il y a la proposition - déjà discutée et approuvée avec enthousiasme au cours des dernières Journées de Varsovie (les VI-èmes) - de créer une revue de psychanalyse, en langue polonaise, pour les Polonais, éditée en Pologne, rédigée par les deux Cercles polonais de l'Ecole, sous la direction de l'EEP-D. Elle paraîtra, dans un premier temps, seulement une fois par an. Son titre sera « Psychanalyse » [Psychoanaliza]. Parmi les raisons qui soutiennent le choix de ce titre-là, une est fondamentale : elle sera la première revue de psychanalyse et de clinique psychanalytique en Pologne ; ce titre vise à définir et à occuper le champ de la psychanalyse - en tant que éthique et clinique - en Pologne et pour les Polonais.
La programmation définitive pour la rédaction et l'édition de cette revue aura lieu à septembre prochain, quand on aura des informations plus précises sur les modalités d'édition et sur la loi polonaise concernant les publications périodiques.
En troisième lieu, le Cercle a décidé d'organiser des rencontres de travail - sous forme, pour l'instant, de séminaires ou conférences - dans les autres villes de la Pologne où réside un de ses membres. Il est déjà prévu que j'aurai une rencontre avec le public de Poznan en mars 2002. On en définira les modalités et la date exacte en septembre prochain.
En quatrième lieu on a voulu créer deux cartels, qui se sont rapidement constitués et ont déjà commencé à fonctionner. Leur thèmes portent sur la métapsychologie freudienne, pour le premier, et sur le transfert et ses aspects imaginaires, pour l'autre. Barbara Kowalow aura la fonction de plus un dans le premier et moi dans le deuxième. En cinquième et dernier lieu, last but not least, il faut mentionner l'engagement pour définir la clinique psychanalytique dans la pratique de l'Ecole en Pologne.
Pour signifier une coupure ou un tournant historique par rapport au passé, j'ai introduit dans mon dernier séminaire la présentation de cas. Deux collègues en ont présentés deux, qui ont été discutés du point de vue du « cas » et, surtout, de la demande. La discussion, qui a eu une prise intense sur tous les participants, a mis en évidence combien la problématique de la demande est spécifique et fondante pour la pratique dans l'Ecole, et combien, en même temps, elle est radicalement étrangère à la psychanalyse - ou soi-disant psychanalyse - exercée en Pologne, jusqu'à aujourd'hui, par des polonais en dehors de l'Ecole. Un deuxième point - strictement en rapport avec le précédent - sur lequel on a discuté largement, concerne le psychanalyste lacanien : être lacanien, pour le psychanalyste, répond-il à la structure spéculaire de la « définition de soi » ou bien implique-t-il un fondement symbolique dans un processus de formation, pour l'analyste, à l'intérieur d'une Ecole qui se rapporte historiquement et cliniquement à Lacan ?
Dans le déroulement de ce débat, il y a eu un évident effet de mise en question de la présence en Pologne d'une pratique soi-disant lacanienne en dehors des lieux qui sont en train de se créer et qui pointent à situer la pratique à l'intérieur de l'Ecole de Lacan et dans le contexte d'une référence explicite et institutionnelle à cette Ecole.
[D] - Je vais terminer avec des informations sur le Cercle de Varsovie déjà enregistrées.
Lors de l'assemblée générale du 28 avril dernier, les instances du Cercle ont été élues, avec la composition suivante :
Bureau : Riccardo Carrabino, président ; Agnieszka Kurek, sécrétaire ; Danuta Heinrich, trésorière.
Commission de contrôle : Tomasz Czub, président ; Barbara Kowalow et Bogdan Wolf, membres.
Le Bureau a décidé - avant d'assumer ses fonctions - de proposer soit à M.-H. Brousse, présidente sortante de l'EEP-D et présidente actuelle de l'EEP, soit à Alexandre Stevens, nouveau président de l'EEP-D, de devenir membres du Cercle de Varsovie. Les deux Présidents ont accepté cette proposition.
La réalisation de cette proposition aura lieu, évidemment, quand le Bureau aura assumé effectivement ses fonctions, c'est-à-dire après l'enregistrement du Cercle. Nous sommes sûrs que cette proposition aux deux Présidents, et l'acceptation de leur côté, seront de bonne augure pour l'existence et les activités du Cercle de Varsovie dans l'Ecole.
Une proposition analogue a été présentée aussi à M.-H. Doguet et à S. Dziomba - qui l'ont déjà acceptée - au cours de leur participation aux Journées de Varsovie.
Le Bureau présentera la même proposition à tous ceux qui, dans l'Ecole, ont eu un rôle dans la « préhistoire » du Cercle de Varsovie. Nous souhaitons qu'ils veuillent bien l'accepter.
On peut dire, alors, que le Cercle de Varsovie est, au moment de naître, en très bonne compagnie. En ce qui nous concerne, nous nous engageons à ne pas la décevoir : nous osons compter sur notre désir de travailler dans l'Ecole et pour l'Ecole en Pologne.
Palermo, 01.08.01
Riccardo Carrabino
Entre octobre 2000 et juin 2001 j’ai tenu à Varsovie une série de séminaires mensuels, pour un total de huit, sur le Séminaire de Lacan L’éthique de la psychanalyse. Cette série a été d’abord fondée sur la traduction polonaise de ce Séminaire de Lacan, que j’ai achevée l’année dernière. Quand je dit ‘achevée’ je veux dire que j’ai conclue la première rédaction, tandis que la traduction même est encore en cours de révision. Le Séminaire VII de Lacan est donc le deuxième, après le Séminaire XI, qui est en train d’être rendu disponible en polonais.
Certain parties du matériel ont été, pourtant, mises a disposition des participants.
Le but de ces séminaires c’était de créer un lieu, dans le cadre de l’orientation lacanienne de l’Ecole en Pologne, pour parler de l’éthique de la psychanalyse à partir de la perspective lacanienne. Les séminaires ont été ouverts au public, même si la plupart des paricipants étaient des membres des deux Cercles, de Varsovie et de Cracovie, de l’EEP-D. Cette participation conjointe a été recommandé, par exemple, par Guy Trobas pendant ma rencontre avec les membres du Cartel “Vers la Pologne”.
Le group des participants au séminaire sur l’éthique comprenait aussi des non-cliniciens, qui sont fort interessés à la psychanalyse dans la perspective lacanienne. Il y avait parmi eux des étudiants en psychologie, des médecins praticiens, des philosophes.
Avec une telle variété d’oreilles, deux questions méritaient d’être soulignées dès le départ. En premier lieu, le fait que l’éthique de la psychanalyse, différemment de l’éthique des autres, penseurs ou théologiens qu’ils soient, est entrelacée avec la pratique clinique. En d’autres termes, l’insistence éthique va sous la formule “pas d’éthique de la psychanalyse sans clinique”. Deuxièmement, mon accent a concerné le langage commun dans le champ de l’orientation lacanienne comme elle a été développée et soutenue par Jacques-Alain Miller. Et ça a signifié une adhérence au travail en cours en Pologne en termes soit d’un pas vers l’orientation commune soit vers la poursuite du travail sur la traduction, c’est à dire traduction plutôt que translittération. Il me semble qu’un tel lien entre le pas vers “l’orientation commune” et le travail sur la traduction pas seulement existe en Pologne, mais que sa signification est graduellement augmentée pendant les dernières années. A ces deux points j’en voudrais ajouter un troisième, c’est à dire la primauté de l’articulation du problème avant de son ultérieure élaboration comme schéma ou mathème. Ces trois éléments ont été fondamentaux dans mon séminaire sur l’éthique.
La série des séminaires a servi pour consolider le travail en cours dans la communauté analytique de l’Ecole en Pologne, dans le sens de supporter, pour reprendre les mots de Carrabino, la participation d’un “plusieurs qui fasse Ecole”.
Les rencontres, centrées sur la première moitié du Séminaire VII (la place de das Ding en psychanalyse, la question de la sublimation, et les paradoxes de la jouissance), ont été reçues avec intérêt et une vive réponse, surtout, mais pas seulement, par ceux qui participent activement à l’activité des Cercles en Pologne.
Il y a été en général des questions et de la discussion, à la fin de chaque séminaire. Une question, par exemple, a été soulevée par un philosophe qui soutenait que la psychanalyse est une ‘ontologie’ une conception à mettre en question par la conception qui laisse une place pour adresser la question d’un symptôme. Quel meilleur ‘exemple’ d’éthique de la psychanalyse sinon celui dans lequel un travail du symptôme est met en usage dans son rapport au désir?
A la dernière rencontre, à juin dernier, il y a eu la demande, par les participants, que les séminaires sur l’éthique continuent l’année prochaîne.
Bogdan Wolf
01.08.2001
| Ecrire à Nuncius Digital : eep-dev-proprietaire@club.voila.fr |