Bulletin impromptu de l'EEP développement

Nuncius Digital 24

XIIe Rencontre internationale du Champ freudien
20 et 21 juillet 2002, Paris

La clinique de la sexuation. Impossible et partis pris

Ecrire à Nuncius Digital : eep-dev-proprietaire@club.voila.fr

Le Site de la Rencontre Internationale du Champ freudien est ouvert à l'adresse : http://www.ilimit.com/XIIencuentro/
Il est d'ores et déjà possible de s'inscrire pour la somme de 110 euros via le site qui offre un paiement sécurisé par carte bancaire
Un volume préparatoire sera publié en français, espagnol et portugais, et adressé à tous les inscrits.


XIIe Rencontre internationale du Champ freudien

Cette XIIe Rencontre internationale du Champ freudien fait coupure avec les autres.

Elle cristallise l’étape actuelle de la reconquête du Champ freudien: les Ecoles du Champ freudien sont maintenant réunies dans l’Association Mondiale de Psychanalyse, qui tient son IIIe Congrès ce même mois de juillet à Bruxelles, juste avant la Rencontre.

Rencontre et Congrès ont leurs thèmes respectifs, leurs enjeux sont distincts et leur orientation commune: aiguiser à la lumière de l’enseignement de Jacques Lacan le tranchant de la psychanalyse, dans sa pratique, sa clinique et sa doctrine.

Par son intitulé, La clinique de la sexuation, cette Rencontre nous reconduit aux principes mêmes de la découverte freudienne (Les trois essais), nous confronte aux limites de l’exploration à laquelle Freud l’a menée (le “continent noir”), aux initiatives prises pour les franchir par certain(e)s disciples de Freud. Cette Rencontre invite à prendre le taureau par les cornes avec Jacques Lacan. C’est-à-dire à reprendre ses dits “premier” et “second” enseignements, à la lumière du troisième, où il délivre la clé du non rapport sexuel et en élucide les effets, dès le début des années 70, notamment dans le Séminaire XX, Encore. À nous de trouver la bonne manière de l’entendre: non pas tenir pour closes les questions, mais poser les bonnes.

Cette Rencontre interrogera comment l’anatomie n’étant pas son destin, mais le langage, tout sujet choisit, fait le choix forcé – le seul vrai –, de s’incrire dans la part homme ou dans la part femme entre lesquels se répartissent les êtres parlants, pour qui il n’y a pas de rappport sexuel.

Ces modalités logiques seront appréhendées sous de multiples angles, d’abord celui des structures cliniques (névroses, psychoses, perversions, inclassables), conjugué à ceux des nouvelles formes – épidémiques – du symptôme (toxicomanies, anorexie, etc.) comme des points criants du malaise de la civilisation (prostitution, commercialisation des organes, menace biotechnologique et autres acmés de l’horreur), à partir de ce qu’enseigne le discours analytique aujourd’hui, comme d’un effort critique de ses déviations.

La Rencontre, ouverte au public, travaillera en cinq langues, se déroulera le 20 juillet en sept séances simultanées et le 21 en plénière dans le grand auditorium du Palais des Congrès.

La séance simultanée dite des Bibliothèques a été conçue dans cette Rencontre du Champ freudien pour refléter leur rôle dans la reconquête, et donner leur place aux groupes du Champ freudien en formation ou en construction notamment à ceux qui sont rattachés à l’EEP-développement.

Une liste électronique est ouverte grâce aux bibliothèques espagnoles et notamment a Marisa Alvarez.Son adresse est : mlalvarez@mi.madritel.es

Déjà une bibliographie sur le thème de la Journée du 20 juillet, encore partielle, peut y être consultée, tous les collègues de l’EEP-développement sont invités à la compléter.

Une bibliographie implique une élaboration, elle n’est pas une simple liste, elle demande une réflexion critique à partir de repères théoriques adéquats à rendre compte de la clinique. Nous souhaitons que la liste soit le lieu de cette réflexion, qui ne peut se mener sans une discussion entre les lecteurs qui sont invités à s’y inscrire et à y adresser leurs travaux, leurs questions, leurs trouvailles, leurs vignettes cliniques etc. L’existence de cette liste ne se justifie que si ses usagers lui donnent vie, comme l’explique dans sa lettre (ci-jointe) la responsable de cette liste.

Judith Miller

Présidente de la Fondation du Champ freudien


Chers collègues,

Comme vous le savez, au sein de la XIIème Rencontre Internationale du Champ freudien – qui se tiendra à Paris, les 20 et 21 juillet 2002, sur La clinique de la sexuation : Impossible et partis pris –, une journée des Bibliotèques de la F.I.B.C.F. aura lieu sur la « Clinique de la sexuation et (non) clinique du gender ».

Le développement de la question sur l’identité sexuelle, qui a pris son essor autour des années soixante, se situe essentiellement dans le monde anglo-saxon. Si Robert Stoller et Harry Benjamin se trouvent parmi ses promoteurs dans le champ de la clinique, ce sont essentiellement les mouvements féministes, gay, lesbiennes, transsexuels et les théories queer actuelles qui ont poussé la construction et le développement de ce concept qui traverse le droit, la philosophie, la politique, l’anthropologie, etc. C’est une thématique qui a connu ces derniers quarante ans un énorme développement et ce, spécialement aux USA, où une carte se dessine de controverses et positions diverses.

La psychanalyse y est incontestablement une référence. Elle peut soulever des objections tout comme elle peut contribuer à l’élaboration de théories sur la subjectivité et l’identité sexuelle. Quant à notre critique, une voie nous a déjà été ouverte dans le Champ freudien par quelques travaux repris dans la bibliographie ci-jointe. Par ailleurs, le Cercle de Londres de l’EEP a organisé en 1997 des journées qui ont eu lieu sous le titre de « The clinical limits of gender ». L’enjeu est maintenant plus important et plus précis : « Clinique de la sexuation et (non) clinique du gender ».

Nous aurons lors de la XIIème Rencontre, en plus de la participation à la journée des Bibliothèques, la possibilité de faire paraître dans Colofon des textes préalablement choisis. Une publication précédant la Rencontre sera réalisée ; elle recueillira les travaux les plus intéressants de chaque Bibliothèque. Nous vous tiendrons au courant.

Nous avons entre-temps, à fin d’encourager, faciliter et partager le travail de recherche qui sera fait en chaque lieu, une occasion propice à mettre en route la liste de la F.I.B.C.F. Il y aura trois tâches de départ :

- donner des renseignements sur la bibliographie, apporter celle qui nous semblerait intéressante.

- faire connaître les programmes de travail ainsi que les initiatives prises en chaque lieu.

- créer une rubrique, que nous appelerons « Lecturas criticas », où nous pourrons, au fur et à mesure de nos lectures sur ce sujet, envoyer des comptes-rendus faits du point de vue de la clinique lacanienne de la sexuation. Ces comptes-rendus n’on pas à être très longs ou exhaustifs car il s’agit de chercher des points de controverse et de discussion. D’ailleurs, la critique n’ayant pas à devenir une exigence empêchant l’écriture, il peut s’agir de remarques, ponctuations, etc. C’est ainsi que nous pourrons commencer à partager le travail.

J’attends vos réponses afin de mettre en route cette coordination. Je vous envoie pour l’instant une bibliographie de départ – avec quelques annotations en marge – que vos contributions rendront plus intéressante. Cette bibliographie est pour l’instant distribuée en deux documents, l’un pour les travaux et les livres d’auteurs du Champ freudien. Nous mettrons en marche le 15 octobre la rubrique de « Lecturas criticas » ainsi que l’information sur les programmes de travail de chaque lieu. Si vous avez d’ici là des remarques, des courts travaux sur des livres ou bien des programmations d’activités, vous pouvez me les faire parvenir, afin de les envoyer à tous dans un delai de deux jours.

Cordialement,

Marisa Alvarez

mlalvarez@mi.madritel.es

Séances simultanées (Samedi 20 Juillet 2002),
par les Groupes du Champ Freudien:

  • Journée du Cereda : Comment le sexe vient aux enfants ?
    Responsables : Patricia Bosquin patricia_bosquin@hotmail.com Susanna Carro susana-car@cop.es Liliana Cazenave cuneocaz@tibo.com.ar
  • Journée du Cien : Réponses à la question du sexe : les savoir-faire et les embarras
    Responsables : Philippe Lacadée P.Lacadee@insat.com BeatrizUdenio : beufur@sminter.com.ar
  • Journée du R I 3 : Sexe sans Oedipe,
    Responsable : Véronique Mariage : mariage.v@honet.be
  • Journée de Toxicomania y Alcoholismo : Usage des drogues : résolutions et ruptures.
    Responsables : Estela Paskvan paskvan@sct.ictnet.es Fabien Naparstek fanapa@eol.org.ar
  • Journée de Clip médecine : La médecine oblitère-t-elle le sexe ?
    Les questions concernant la psychosomatique, l'anorexie et la boulimie seront aussi abordées
  • Journée des Sections cliniques : L'amour dans les psychoses
    Responsables : Carole Dewambrechies cdls@wanadoo.fr Leonardo Gorostyza : goro@eol.org.ar
  • Journée des Bibliothèques du Champ freudien Clinique de la sexuation et (non) clinique du gender
    Cette journée est une innovation qui touche tout particulièrement les collègues de l’EEP-Développement (en particulier ceux de la Diagonale anglophone) qui s’associeront à d’autres groupes du Champ freudien en construction ainsi qu’à toutes les bibliothèques du CF : les Bibliothèques hispanophones commencent à travailler la critique du gender, celle de l'ECF prend en charge la critique de la littérature analytique, les collègues invités du Champ freudien en construction pourraient commencer à exposer sur la question de la sexuation chez Freud et Lacan

Programme des séances simultanées (Samedi 20 Juillet 2002), par les Groupes du Champ Freudien:


CEREDA
Comment le sexe vient aux enfants?

Journée du Cereda du 20 juillet 2002
Dans le cadre de la XIIe Rencontre internationale du Champ freudien, à Paris


Cette question, nous proposons de l’aborder par la clinique, à partir de trois points de repères théoriques. Il s’agit de trois angles différents dans l’élaboration de la théorie psychanalytique, sans hiérarchie entre eux :

I. Identifications unifiantes: A suivre Freud, nous pouvons dire que l’unification des pulsions polymorphes par les identifications est un mode par lequel « le sexe vient aux enfants ». C’est le mouvement qui, à partir de l’œdipe,  fait de la fille une femme par la mère, et du garçon, un homme par le père. Pour Lacan, cette référence œdipienne est articulée à I(A), qui permet pour chacun l’assomption de son sexe et dit ce que l’on doit faire comme garçon et comme fille.

II. Le phallus: Ici, le point de départ est ce dire freudien qu’il n’y pas, dans l’inconscient un signifiant qui nomme le sexe de la femme. A ce niveau, il n’y a qu’un signifiant pour dire le sexe, le phallus. Se sexuer revient à assumer l’incidence du phallus selon deux modes : l’être ou l’avoir. En effet que la petite fille s’estime dépourvue du phallus et tente de l’obtenir, ou que le garçon qui en est pourvu craint de le perdre,  l’un et l’autre visent à incarner le phallus qui manque à l’Autre. Soulignons l’écueil que constituerait une orientation de cure qui visserait le sujet dans une position d’identification au phallus qui manque à l’Autre.

III. Les jouissances: Avec le dernier enseignement de Lacan, la venue du sexe à l’enfant est à considérer non plus à partir de l’Autre comme symbolique mais à partir du choix de jouissance. Il s’agit d’une répartition de la jouissance. Une répartition entre, d’une part, une jouissance phallique — jouissance de l’Un — et d’autre part une jouissance Autre. Le sujet tout entier pris dans la fonction phallique sera homme. Sera femme, Autre, qui n’est pas tout entier pris dans la fonction phallique et à qui revient une jouissance supplémentaire.

L’Un et l’hétéros

A ce niveau, il ne s’agit pas tant de savoir comment aujourd’hui à l’heure du déclin de la figure paternelle l’enfant accède ou non à l’assomption de l’idéal de son sexe, que de savoir comment il peut encore avoir accès à  l’Autre, à la sexualité comme hétéros, là où tout semble s’affirmer comme jouissance Une. Ne sommes-nous pas arriver à l’ère de l’Unisexe ? L’homme et la femme ne sont-ils pas réduits tous les deux de façon égale à incarner l’objet a plus de jouir sans aucune différence. Que nous enseignent les fictions qui font actuellement ravage chez les enfants?

La question est dès lors de savoir comment à partir de cette jouissance de l’Un qui est de caractère masturbatoire, se fait la rencontre avec l’Autre.  Il faut qu’il y ait perte de jouissance du côté de l’Un pour que s’ouvre la voie vers l’Autre, prélèvement — nous dit Jacques-Alain Miller — sous la forme de ce condensateur de jouissance qu’est l’objet a. C’est donc la forme que prendra cette recherche de complément, de substitut de la perte qui introduira à une différenciation dans la sexuation.

Face à l’universalisation du mode de jouir contemporain, comment s’opère la négativation de la jouissance ? Comment l’incidence du discours analytique sur l’enfant met-elle en fonction la castration pour lui donner la possibilité d’une position sexuée?


CIEN
Réponses à la question du sexe: les savoir-faire et les embarras

Ce qu'il y a de fondamental dans la découverte par Freud de la sexualité infantile est de la lier au langage : ce n'est pas  pour rien , dira Lacan, que nous disons “maternelle” la langue dont nous usons. La psychanalyse nous apprend qu'il est très problématique pour un homme qui n'a pas eu une mère de s'intéresser à une femme, que le petit garçon est attiré par la mère, tandis que reproche, dysharmonie, et ravage caractérisent la relation de la petite fille à la mère.

La découverte de l'inconscient est celle d'un savoir intimement noué au matériel du langage. Cette matérialité colle à la peau de chacun du fait que tout être humain a à se situer par rapport à l’identification sexuelle qu'il reçoit de la langue de l'Autre. Or, l'inconscient ne dispose que d'un seul signifiant, le phallus, pour permettre à un sujet de trouver une assise comme être sexué, qu'il articule dans un dire à l'Autre répondant à son désir.

Du registre signifiant de l’opérateur phallique, un autre résulte, celui de la jouissance : de ce que l'Autre ne répond pas, il revient au sujet d'inventer sa solution, où la psychanalyse reconnaît son symptôme, c'est-à-dire un savoir-y-faire particulier, qui, tout en relevant  du signifiant, se situe au point le plus intime du vivant sexué.

Dans les laboratoires, savoir faire et embarras d'autres disciplines démontrent qu'elles tiennent compte ou pas de cette marque par laquelle un sujet indique comment il se débrouille du sexe.

"Desserrer les identifications" du discours du maître, comme se le propose le CIEN, révèle que certains  symptômes relèvent du seul corps sexué, en tant que marqué d'une perte du fait qu'il a à faire au langage. Ce chancre du logos, dit Lacan, requiert de tout sujet, dès le début de la vie, une sensibilité, savoir faire, ou embarras, devant le non rapport sexuel, c'est-à-dire l'absence de coalescence entre sexe et langage.

Ces vivants qui nous parlent, ces enfants, qui n'ont qu'une traite sur l'avenir, démontrent comment la langue traumatise le vivant de ne lui délivrer aucun savoir faire avec le sexe, et le laisse démuni devant le trou de la langue qui le confronte à une impasse de structure. C'est encore par le langage dont il est affligé, que le parlêtre supplée à cet incontournable que Lacan a mis à jour.

Donc, pas de prise en compte de la causalité psychique, sans celle de la cause sexuelle.


Toxicomanie et Alcoolisme (TyA)
Usage des drogues: résolutions et ruptures

Journée du TyA (Toxicomanie y alcoolisme), 20 juillet 2002
dans le cadre de la XIIe Rencontre internationale du Champ freudien

La clinique psychanalytique révèle les difficultés des sujets à assumer une identité sexuelle. "La différence sexuelle anatomique", pour reprendre le célèbre titre freudien, ne compte que par "ses conséquences psychiques". Elle ne produit pas nécessairement la certitude du sujet quant à son sexe.

Ces difficultés se présentent de diverses manières. Aujourd’hui, les recherches sur la reproduction, en génétique, et les techniques chirurgicale etc., ont des incidences sociales et juridiques, et mettent en circulation de nouveaux signifiant qui commandent les discours sur le sexe.

" Sexuation " est le terme choisi par Jacques Lacan pour rendre compte de la complexité par où le sujet fait le choix de son identité sexuée. Entrent en jeu dans ce choix les identifications imaginaire et symbolique comme le réel de la jouissance. C’est précisément à théoriser ce réel que Lacan distingue la jouissance phallique et l’Autre jouissance pour mettre en place les deux côtés de la sexuation.

À ce carrefour, le marché est venu offrir de nouveaux objets " prêts à jouir ", dont les drogues. Notre travail dans cette journée sera orienté pas la question : quel usage un sujet peut-il faire des drogues dans la conjoncture du choix sexuel ?

Nous disposons d’abord d’une référence précieuse de Jacques Lacan qui situe la drogue comme ce qui permet à un sujet de rompre son "mariage" avec le phallus (1). Et d’une seconde : dans cette perspective, J.-A. Miller indique que la jouissance du toxicomane ne passe ni par l’Autre ni par la jouissance phallique et que "la drogue permet de ne pas poser le problème sexuel " (2).

Si la fonction phallique fait le partage entre les deux jouissances, nous avons à nous demander  si l’usage de la drogue par certains sujets les conduit à une impasse concernant leur choix sexuel. Cet usage constitue-t-il leur solution pour ne pas faire ce choix ? Ces sujets choisissent-ils cette porte de sortie pour ne pas se confronter à la question du partenaire sexué ? Cherchent-ils à annuler la différence entre les jouissances ?

La perspective de l’Autre qui n’existe pas et l’absence de garantie que comporte la réalité sexuelle, nous conduisent à d’autres questions : quelle est la fonction de la drogue chez des sujets marqués par un " pousse-à-la-femme ", dits transsexuels , ou souffrants d’autres symptômes (impuissance sexuelle, frigidité, etc.)  ? Quel statut donner aux " nouvelles " toxicomanies telles que les ludopathies, les polytoxicomanies, le sexe via Internet et quelques autres ?

Nous sommes donc interrogés : à ces questions, nous aurons à répondre le 20 juillet 2002 à Paris à partir de ce que nous enseigne la clinique psychanalytique.


1 - Lacan, J., "Intervention de clôture aux Journées des Cartels  de l’EFP" (1975), Lettre de l’Ecole Freudienne de Paris n° 18.
2 - Miller, J.-A., " Pour une recherche sur la jouissance autoérotique ", Analytica n° 57, Navarin Editeur (traduit dans Sujeto, Goce y Modernidad, Ed Atuel-TyA, Buenos Aires, 1993, p 18 ).


Clip-Medécine, Anorexie et Boulimie
La médecine oblitère-t-elle le sexe?

À son corps défendant, la médecine sait qu'elle devient un relais entre les produits découverts par la science et la nature changeante des mœurs. Elle y gagne qu'elle ne méconnaît plus son rôle dans la chaîne des demandes qui ont trait à la vie sexuelle; elle ne s'offusque pas à l'occasion d'avoir à y orienter les plaintes.

Le but des soins qu'elle dispense dans ce domaine dépasse désormais le cadre de l'hygiénisme d'hier; la sexologie prétend trouver en elle ses lettres de noblesse. Ce qu'elle prodigue est augmenté par une réclamation grandissante qui confronte les choix d'une vie aux droits de l'individu à l'épanouissement d'une spontanéité des corps, assimilant l'espoir du bonheur aux impératifs sociaux d'une bonne santé.

Qu'est-ce que la santé pour le sexe? En quoi, sur ce plan, la vie sexuelle est-elle propice à fournir des indicateurs qui valent pour tous? Comment et pourquoi concevoir la jouissance autrement que dans le plaisir d'organe, et appréhender l'organe au-delà de son fonctionnement psycho-physiologique? Dans sa pratique, la médecine ne répond pas tant à ces questions avec une ambition de vérité et de savoir qu'elle ne fait face à des demandes particulières dans le registre d'une exigence de satisfaction imaginable et accessible.

Aussi, l'apparence d'une victoire naturaliste qui expliquerait le triomphe des solutions qu'elle offre ne donne pas le change à ceux qu'elle forme sans pouvoir leur cacher que son souci pour la vie sexuelle s'affiche en proportion d'une oblitération croissante : rien n'y vient éclairer la recherche des causes du manque qui font les réalités du désir ni expliquer que l'obligation de jouissance fait horreur à ceux-là mêmes qui la brandissent.

C'est pourquoi la pratique de la médecine scientifique produit de nouvelles présentations des ratages qui font souffrir. Le médecin ou le soignant est le témoin comme le réceptionnaire d'une actualité d'inassouvissements ingénieux, de douleurs exquises, qui sont les formes contemporaines d'une réponse à cette oblitération d'un réel que la science ne parvient pas à cerner, faute de tolérer qu'il ne fait pas lien d'harmonie entre les sujets, qu'il les divise plutôt et les sépare.

Nous exposerons et discuterons ces impasses technologiques, que la vie sexuelle change en paradoxes féconds.


RI3
Sexe sans Oedipe

La clinique de la sexuation est peu interrogée en tant que telle dans les institutions. Pourtant, bien des faits et des paroles qui surgissent dans le quotidien d'une pratique signalent la présence de cette dimension chez les sujets que nous accueillons.

Ici apparaît un réel qui fait énigme et que le sujet peut assumer différemment suivant sa structure. Névrosé, il s'appuiera sur le Nom du Père et la signification phallique pour se repérer dans l'ordre sexuel. Psychotique, il devra se frayer, sans le recours à l'Autre, un chemin singulier pour répondre de son choix.

Lors de la puberté, le sexuel fait effraction dans le corps du sujet, occasionnant le plus souvent des moments de désorganisation subjective. Comment le sujet peut-il alors symboliser ces transformations réelles du corps ? De quels moyens dispose-t-il pour répondre à la rencontre avec l'Autre sexe? Quelle invention est-il poussé à faire dont on peut être le témoin?

 Dans les précédentes journées du R I 3, la clinique en institution nous a démontré son opérativité par l'exploration des élaborations possibles et de ses moyens pour un sujet psychotique :

- traitement sur la durée quand le temps ne trouve ses coordonnées que de celles propres au sujet,

- point d'ancrage quand celui du Nom du Père fait défaut,

- pratique à plusieurs qui engage un sujet à se produire dans un nouveau rapport transférentiel à l'autre.

Cette journée intitulée "Sexe sans Oedipe" s'orientera sur différents registres de questions.

Nous nous interrogerons sur les impasses rencontrées par le sujet quand il s'agit d'assumer son sexe. Ces impasses propres à un traitement de la jouissance ne sont pas les mêmes suivant que le sujet soit autiste, schizophrène ou paranoïaque.

Nous déplierons les conditions nécessaires à poser pour qu'en institution soit opérante une clinique sur le réel du sexe afin que chacun puisse trouver sa solution.


Sections Cliniques
L'amour dans les psychoses”.

Cette Journée sera ouverte aux enseignants et à tous les étudiants des Sections, Antennes et Collèges cliniques francophones, dans la limite des places disponibles, suivant l’ordre d’arrivée des inscriptions.

Les Sections cliniques étrangères, argentines, brésiliennes, espagnoles, italienne et israelienne seront invitées à participer à cette Journée.

Comme toutes ces dernières années, un volume préparatoire contenant essentiellement des textes cliniques sera publié avant la Journée. Une Conversation en salles multiples discutera ces textes durant toute la journée du 20 juillet.

Lors de la réunion des coordinateurs des Sections cliniques francophones, après la Journée “Lol” de juin dernier, 17 auteurs (un par Section, Collège ou Antenne) ont été conviés à écrire un texte pour le volume préparatoire.

Pour tout renseignement concernant cette Journée, s’adresser par e-mail aux responsables : cdls@wanadoo.fr ou jp.deffieux@free.fr


Ecrire à Nuncius Digital : eep-dev-proprietaire@club.voila.fr