VIe Congrès de la NLS – ARGUMENT
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LE CORPS ET SES OBJETS
dans la clinique psychanalytique
GAND (Belgique)
Les 15 et16 mars 2008
Le titre de notre congrès, «
Le corps et ses objets dans la clinique psychanalytique », nous
met sur la voie du Congrès de l’AMP qui aura lieu à
Buenos-Aires un mois plus tard, sur « Les objets a dans l’expérience
analytique ».
Le choix d’aborder la question
de l’objet a sous l’angle du corps nous mène à
prendre comme point de départ de notre recherche un moment particulier
dans l’enseignement de Lacan, le Séminaire X, L’angoisse,
où l’objet a est décrit comme « pur prélèvement
corporel » . Toutefois, comme le souligne J.-A.Miller, le caractère
substantiel des cinq objets distingués par Lacan - le sein, les
fèces, le regard, la voix et le phallus -, ne doit pas nous aveugler
sur le fait que fondamentalement, ces objets « naturels »
sont une représentation d’une structure de vide, d’un
trou. Par ailleurs, ces objets peuvent être aisément remplacés
par des objets séparables artificiels, donc culturels.
Le Séminaire X est une coupure
dans l’enseignement de Lacan. L’objet n’est plus conceptualisé
en termes oedipiens comme dans le Séminaire IV, La relation d’objet.
Il est introduit comme « reste », échappant à
la représentation signifiante comme à l’image spéculaire.
C’est un « bout de corps », un objet perdu et séparé
par une coupure qui précède l’Autre, une coupure
sans intervention du symbolique. Antérieur au désir et
à la loi, cet objet n’est pas ce qui est visé par
le désir, mais ce qui le cause Ce n’est que dans un second
temps que l’Autre est introduit et que l’objet entre dans
la dimension du désir, de la demande et de l’amour.
Lacan est ainsi conduit à présenter
d’une manière tout à fait inédite le rapport
entre le corps et l’objet. A partir du moment où il définit
l’objet a comme « ce qu’il y a de plus moi-même
[…] dans l’extérieur, non pas tant parce que je l’ai
projeté que parce qu’il a été de moi coupé
» (X, 258), le dualisme traditionnel, qui oppose corps et objet
comme deux surfaces symétriques, fait place à une nouvelle
topologie du corps. Le corps n’est plus une belle forme, une unité,
telle que le « stade du miroir » la produisait. Il devient
un corps libidinal, le corps des « zones érogènes
» qui cernent le trou laissé par la part à jamais
séparée. C’est ainsi que Lacan parlera aussi de
l’objet a comme objet « hors-corps », par quoi il
désigne quelque chose qui à la fois « échappe
et reste lié » .
Dans la suite du Séminaire X,
la référence au corps sera atténuée et l’objet
a sera logifié. Cependant, dans son dernier enseignement, où
le corps prend de plus en plus d’importance, Lacan retourne en
quelque sorte à ses intuitions du Séminaire X. Un homme
n’est pas son corps, il a un corps – remarque-t-il quand
il parle de Joyce et du « sinthome » comme « événement
de corps » -, et avec ce corps, il s’embrouille. Le schizophrène
en témoigne de façon brûlante, lui qui, selon Lacan
, n’arrive pas à donner une fonction à ses organes.
Du coup, il fait du corps une énigme . Cela soulève de
nombreuses questions : que faut-il pour faire un corps, pour pouvoir
l’habiter, pour le subjectiver ? Comment la langue marque-t-elle
le réel du corps, et quelles en sont les conséquences
?
Nous voulons examiner cette énigme
du corps et de ses objets, à travers les nombreux phénomènes
de corps que nous rencontrons dans la clinique : conversion, refus du
corps dans l’hystérie, obsessions (vues comme commandements
libidinaux), problèmes de fertilité, mutilations, plaintes
hypochondriaques, morcellement schizophrénique, douleurs inexplicables,
anorexie, énurésie, addictions en tous genres, etc. Il
s’agit d’examiner au cas par cas ces phénomènes
et leur destin dans la cure ou le traitement. Cela devrait nous permettre
de revisiter à partir de l’objet a la clinique différentielle
classique et de situer dans la subjectivité les symptômes
contemporains et les dits monosymptômes. Nous sommes à
l’époque de la « montée au zénith de
l’objet a », et ces symptômes en témoignent
. Il nous faudra bien sûr prendre en compte la « présence
du corps dans le discours de l’analysant » ainsi que le
rôle de l’analyste comme « objet multifonctionnel
».
Une nouveauté pour ce Congrès
est de proposer de partir d’une même liste de références,
pour former une base commune de travail. Cette bibliographie, consultable
sur le site www.amp-nls.org, est expressément restreinte. Elle
donne des repères théoriques et cliniques pour inviter
chacun, à partir d’axes communs, à l’élaboration.
Anne Lysy-Stevens
1. J.Lacan, Le Séminaire, Livre
X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, 4e partie intitulée
"Les cinq formes de l’objet petit a".
2. J.-A.Miller, "Introduction à la lecture du Séminaire
de L’angoisse de Jacques Lacan", Cause freudienne, 58, pp.
61-100 et Cause freudienne, 59, pp. 67-103.
3. J.-A.Miller, "L’invention psychotique", Quarto 80/81,
p. 8.
4. J.Lacan, "L’étourdit", Autres écrits,
Paris, Seuil, 2001, p. 474.
5. J.-A.Miller, "L’invention psychotique", op. cit.,
p. 6.
6. J.-A.Miller, "AMP 2008. Les objets a dans l’expérience
analytique", Lettre mensuelle de l’ECF, 252, novembre 2006, pp. 8-12.
Bibliographie
J.Lacan, Le Séminaire Livre X,
L’angoisse, Seuil, Paris, 2004, 4e partie, pp. 247-390.
J.-A.Miller :
« AMP 2008. Les objets a dans l’expérience
analytique », Lettre mensuelle de l’ECF, 252, nov. 2006,
pp. 8-12.
« Introduction à la lecture du Séminaire
de L’angoisse de Jacques Lacan », Cause freudienne 58, pp.
61-100 et Cause freudienne 59, pp. 67-103.
« Biologie lacanienne et événement de corps
», Cause freudienne, 44, pp. 7-59.
« L’invention psychotique », Quarto, 80/81,
pp. 6-13.
« Conversation sur les embrouilles du corps » (précédée des cas de la Section clinique de Bordeaux), in Ornicar ? 50, 2003, pp. 227-291.
E.Laurent, « Autisme et psychose
: poursuite d’un dialogue avec Robert et Rosine Lefort », Cause freudienne, 66, pp. 105-118.
VIth
Congress of the NLS
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THE BODY AND ITS OBJECTS
in the Psychoanalytic Clinic
GHENT (Belgium)
15-16 March 2008
The title of our congress, ‘The Body and its Objects in the Psychoanalytic
Clinic’ puts us on the path of the WAP Congress which will take
place in Buenos-Aires one month after, on ‘The Objects a in the
Analytic Experience’.
The choice to broach the question of the object a from the angle of
the body leads us to take for the point of departure of our research
a particular moment in Lacan’s teaching: Seminar X, L’angoisse,[1]
in which the object a is described as a ‘pure corporeal deduction.’[2]
However, as J.-A. Miller underlines, the substantial character of the
five objects distinguished by Lacan, the breast, faeces, the gaze, the
voice and the phallus – ought not to blind us to the fact that,
fundamentally, these ‘natural’ objects are a representation
of a void structure, a hole. Furthermore, these objects may be easily
replaced by separable objects that are artificial, and therefore cultural.
Seminar X is a cut in Lacan’s teaching. The object is not conceptualised
in Oedipal terms as it was in Seminar IV, La relation d’objet.
It is introduced as a ‘remainder’, escaping from both signifying
representation and the specular image. It is a ‘bit of the body’,
an object lost and separated by a cut that precedes the Other, a cut
without the intervention of the symbolic. Preceding desire and law,
this object is not what desire aims at, but what causes it. It is only
with a second moment that the Other is introduced and the object enters
into its dimension of desire, demand and love.
Lacan is thus led to present the relationship between body and object
in a completely new way. From the moment he defines the object a as
what there is that is most me […] in the exterior, not
so much because I projected it as because it has been cut off of me.’
(X, p. 258), the traditional dualism, which opposes body and object
as two symmetrical surfaces, makes way for a new topology of the body.
The body is no longer a beautiful form, a unity, in the way that the
mirror stage’ produced it. It becomes a libidinal body,
the body of the ‘erogenous zones’ that circumscribe the
hole left by the part that is forever separated off. So it was that
Lacan would also come to speak of the object a as an object ‘off
the body’, by which he designates something that at once ‘escapes
and remains linked.’[3]
In the aftermath of Seminar X, reference to the body would be lessened
and the object a would be logified. Nevertheless, in his late teaching,
when the body takes on more and more importance, Lacan returns in some
way to his intuitions in Seminar X. A man is not his body, he has a
body – as he remarks when speaking of Joyce and of the ‘sinthome’
as a ‘body event’ – and with this body, he gets tangled
up. The schizophrenic is testament to this in the most burning fashion,
the same who, according to Lacan,[4] does not manage to find a function
for his organs. By the same token, he turns his body into an enigma.[5]
This raises a number of questions: what is required to make a body,
to be able to inhabit it, to subjectify it? How does a language mark
the real of the body, and what are its consequences?
We would like to examine this enigma of the body and its objects, through
the numerous phenomena of the body that we encounter in clinical practice:
conversion and refusal of the body in hysteria, obsessions (seen as
libidinal commands), fertility problems, self-harm, hypochondriac complaints,
schizophrenic splitting up, inexplicable pains, anorexia, enuresis,
addictions of all kinds, etc. It will be a matter of examining these
phenomena and their destiny in the treatment case by case. This should
allow us to revisit the classic differential clinic on the basis of
the object a, and to situate the contemporary symptoms and the said
mono-symptoms within subjectivity. We are in the era of ‘the object
a’s rise to the zenith’, and these symptoms are testament
to this. Of course, we shall have to take into account the ‘presence
of the body in the analysand’s discourse,’[6] as well as
the analyst’s role as ‘multifunctional object.’
Something new for this Congress is to propose that we start off from
the same list of references, so as to form a common basis for the work.
This bibliography, consultable on the site www.amp-nls.org , is expressly
limited. It gives theoretical and clinical markers to invite each participant
to an elaboration, starting off from common axes.
Anne Lysy-Stevens
(Translated from the French by Adrian Price)
[1] J. Lacan, Le Séminaire, Livre X, L’angoisse,
Paris, Seuil, 2004, fourth part entitled ‘Les cinq formes de l’objet
petit a’.
[2] J.-A. Miller, ‘Introduction
à la lecture du Séminaire de L’angoisse de Jacques
Lacan’, in La cause freudienne, 58, pp. 61-100 and La cause freudienne,
59, pp. 67-103.
[3] J.-A. Miller, ‘L’invention
psychotique’, in Quarto 80/81, p. 8.
[4] J. Lacan, ‘L’étourdit’,
in Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 474.
[5] J.-A. Miller, ‘L’invention
psychotique’, Op. cit., p. 6.
[6] J.-A. Miller, ‘AMP
2008. Les objets a dans l’expérience analytique’,
Lettre mensuelle de l’ECF, 252, November 2006, pp. 8-12.
Bibliography
J.Lacan, Le Séminaire Livre X, L’angoisse, Seuil, Paris,
2004, 4e partie, pp. 247-390. (Not translated)
J.-A.Miller :
« AMP 2008. Les objets a dans l’expérience
analytique », Lettre mensuelle de l’ECF, 252, nov. 2006,
pp. 8-12. (English Tr: Lacanian Compass 9, http://www.lacan.com/LacanianCompass9miller.htm
« Introduction à la lecture du Séminaire
de L’angoisse de Jacques Lacan », Cause freudienne 58, pp.
61-100 et Cause freudienne 59, pp. 67-103. (Lacanian Ink 26)
« Biologie lacanienne et événement de corps
», Cause freudienne, 44, pp. 7-59. (Lacanian Ink 18)
« L’invention psychotique », Quarto, 80/81,
pp. 6-13.
« Conversation sur les embrouilles du corps » (précédée
des cas de la Section clinique de Bordeaux), in Ornicar ? 50, 2003,
pp. 227-291. (Not translated)
E.Laurent, « Autisme et psychose : poursuite d’un dialogue
avec Robert et Rosine Lefort », Cause freudienne, 66, pp. 105-118.
(Not translated)
Translation : Natalie
Wulfing