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Compte rendu de la conférence de Francesca Biagi-Chai à l'ASREEP

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Images intégrées 1        Exposé de « lecture » ! 
(Notes sur la Conférence de F. Biagi-Chai le 11.10.2013 à Martigny : « Le pousse au crime du discours moderne »). 
 
 
Francesca Biagi-Chai a rappelé en quoi et pourquoi la parole est fondatrice de l’être et qu’elle 
ne peut, en aucun cas, être considérée comme un appendice dont le sujet se servirait sans y 
être corporellement engagé. Cette dernière représentation supposerait qu’il existerait un sujet 
d’avant la parole, un sujet avant même, qu’avec son corps, il entre dans le langage et la 
parole. 
 
Francesca Biagi-Chai inscrit son intervention entièrement dans la veine de l’enseignement de 
Jacques Lacan et de l’éclairage de Jacques-Alain Miller auxquels elle ajoute une fraicheur et 
une clarté toute personnelle. Dans sa présentation, elle choisit de suivre non seulement la 
question du « qu’est ce que parler veut dire » mais aussi qu’elles sont les conséquences du 
parler et de ce qu’on y lit ! C’est ce que condense la phrase de Jacques Lacan tiré de 
« l’Etourdit » (Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p.449) que Francesca Biagi-Chai a citée et 
commentée : « Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend ». 
 
Cette phrase pourrait, selon Francesca Biagi-Chai, être la « phrase de bataille de la 
psychanalyse » (Rouen, 16 mars 2012, inédit). L’énoncé de Lacan y déploie concrètement et 
de manière condensée les deux étages du graphe du désir de Lacan qui combine et éclaire non 
seulement l’articulation entre l’énoncé et l’énonciation mais aussi la logique de sa lecture. 
Voilà comment Francesca Biagi-Chai nous a déployé cette phrase : 
 
« Qu’on dise » : Renvoie à l’intention qui existe dans le dire, soit ce qui nous pousse à parler, 
le désir qui nous cause en tant que parlant. C’est ce que Lacan définit aussi comme 
l’énonciation ou encore le Réel du message inconscient. 
« reste oublié derrière » : Ce point rappelle que le « qu’on dise » n’intéresse personne, pris 
que nous sommes dans le concret des signifiants qui nous sont adressés. 
« ce qui se dit » : C’est la chaine signifiante qui nous est adressée ; c’est à proprement parler 
l’énoncé.  
« dans ce qui s’entend » : c’est-à-dire cette chaine signifiante que nous prenons, comme le 
dit Francesca Biagi-Chai, « pour argent comptant » - pris que nous sommes dans la glue du 
sens des mots qui nous attrapent d’abord sur leur versant imaginaire. 
 
Elle confirme ce que Jacques-Alain Miller énonce dans son cours sur la « Fuite du sens » de 
1996 (n°9, 14.02.96, p.143, inédit) soit que : « Le signifié n’a rien à faire avec les oreilles – 
ça n’a rien à faire avec le signifiant qu’on entend – mais seulement avec la lecture ». Ce qui 
est encore une autre manière d’exprimer que les paroles, nos signifiants, en disent toujours 
plus que ce qu’ils signifient dans un dictionnaire. Francesca Biagi-Chai a montré que ce que 
la psychanalyse lacanienne vise, c’est ce réel. Le réel qui cause le dire et qui, comme un objet 
fractal, se retrouvera dans toutes les manifestations de l’existence du sujet. 
Le champ de la criminologie tend trop facilement à prendre les signifiants à la lettre ou alors à 
faire parler des comportements sans la parole du criminel. Francesca Biagi-Chai a alors donné 
une véritable leçon de lecture lacanienne qui objecte à cette réduction, à cette standardisation 
du discours moderne ! 
 
Francesca Biagi-Chai a fait comprendre à son auditoire en quoi la prise en charge actuelle des 
criminels – les faits divers tragiques de ces derniers mois le confirment -  s’inscrit pleinement 
dans un discours qui, non seulement croit que l’objet de satisfaction existe (cf. l’usage des 
items des échelles d’évaluation criminologiques, les tests, les images de la neurolaw, etc..) 
mais aussi que la jouissance passe par l’objet de satisfaction. 
 
Ce passage par l’objet, et non par l’autre de la parole, ne permet ni les identifications, ni la 
mise en place d’idéaux pourtant incontournables dans la construction et la stabilisation de la 
personne (cf. stade du miroir). Pourquoi ? Parce que l’objet ne parle pas ! Il ne parle à 
personne. Il est silencieux et il ne peut ni se situer en place de « grand Autre » (lieu du code) 
ni avoir la fonction du « petit autre » (cf. l’alter ego) qui nous parle et nous reconnaît ! 
 
Même si pas toute, seule la parole et ses signifiants sont en mesure d’emballer quelque chose 
de la pulsion et de la jouissance du sujet – qu’il soit criminel ou non. L’objet lui n’emballe 
rien, il est même un « pousse à » encore et toujours plus. Dans ce discours, l’objet ne peut que 
faire « addiction » et non « addition » dans les expériences du sujet. 
 
Dès lors, si la jouissance et la pulsion sont trop dénudées, en raison d’une absence de discours 
dans lequel le sujet peut s’inscrire, stabiliser ses signifiants et faire lien social (soit lien à 
l’Autre), il risque d’être poussé vers « la solution » du passage à l’acte pour s’extraire, se 
séparer d’une jouissance mortifère, pour provoquer une réponse de l’autre même si celle-ci 
peut aussi être la sanction. 
 
Par conséquent, seule une lecture lacanienne du « qu’on dise » permet de saisir les 
coordonnées du point par lequel le sujet criminel se tenait dans un rapport aux autres, au 
monde et à lui-même avant son passage à l’acte. Francesca Biagi-Chai nous rappelle que ce 
point est nommé le réel. Qu’il est le noyau actif du sujet, qu’il donne la cohérence à ses actes 
et surtout qu’il « ordonne » (dans les deux sens) sa jouissance.    
 
Dans un discours toujours limpide, Francesca Biagi-Chai termine en illustrant concrètement 
les points théoriques qui précèdent en déployant la logique clinique d’un « criminel » de sa 
pratique mais aussi dans sa lecture du « qu’on dise » qu’elle fait dans une expertise ; expertise 
qu’elle définit comme une « biographie éclairée par le réel, soit par les brisures et fêlures » 
que seule une « lecture » peut repérer dans l’histoire du sujet criminel. 
 
L’atelier de Criminologie lacanienne de Martigny remercie vivement Francesca Biagi-Chai 
pour le travail qu’il a pu faire en sa présence. 
 
 
                  Dr. R. Raggenbass