Numéros parus

Treize numéros sont parus jusqu’à présent, un par année, chacun d’entre eux construit autour des thèmes d’orientation de la NLS :

  • N° 1, Anxiété et une issue possible
  • N° 2/3 (édition double), Ce qui opère comme Nom-du-Père / Sur le sinthome
  • N°4, Les formes contemporaines de transfert dans le champ clinique
  • N° 5, Le corps et ses objets dans le temps de la science et de l’économie de marché
  • N° 6, Interprétation lacanienne
  • N° 7, Féminité
  • N° 8/9 (édition double), Psychanalyse aujourd’hui / Au-delà des mythes
  • N° 10, Autisme
  • N° 11, Psychose à l’époque geek
  • N° 12, Les paradoxes du désir
  • N° 13, Crise

 


 

 
INWIT 10 : AUTISMEN  
Images intégrées 1

KRING VOOR PSYCHOANALYSE VAN DE NEW LACANIAN SCHOOL : AUTISMEN iNWiT n° 10

Sommaire

Contents

Luc Vander Vennet – Editoriaal

JACQUES LACAN

Twee hoofdstukken uit het Seminarie XXIV, L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre
Betekenaarseffecten ( Les van 11 januari 1977)
De’ wariabiliteit’ van het symptoom ( Les van 19 april 1977)

 

JACQUES-ALAIN MILLERS LACANIAANSE ORIËNTATIE

Indien de Psychoanalyse bestaat, dan…

THEORIE : HET AUTISTISCH SUBJECT EN HET GENOT VAN DE ÉÉN

Eric Laurent  – De autistische subjecten, hun objecten en hun lichaam
Eric Laurent – De autismen vandaag
Jean-Claude Maleval  –  “Eerder breedsprakig”, de autisten
Marie-Hélène Brousse – Of de waan of de nachtmerrie
Esthela Solano-Suarez – De ÉNEN en de ÉÉN
Lieven Jonckheere –  Vier autismen bij Donna Williams
Joost Demuynck – Temple Grandin.  Een lectuur vanuit de Eén-heel-alleen in het laatste onderwijs van Lacan
 

KLINIEK : DE ONOPVOEDBARE ÉÉN-HEEL-ALLEEN
Patrick Monribot – Een boordfenomeen
Daniel Roy –  Autisme: een andere kliniek
Helene Deltombe –  Niet zonder de hulp van het object a
Geert Hoornaert – Raphael of het Reële van de autonomie
Christian Loones –  Hubert, een bewegingsleer
 

WERKEN MET DE OUDERS
Virginio Baio – Niet zonder de ouders
Annick Brauman – Wanneer de wereld uit elkaar gevallen is
Pierre –Gilles Guéguen – Zijn de ouders schuldig ?
Laurence Vollin –  Een ontmoeting wagen
 

PASSE : AUTISME ALS ‘GEBOORTESTAAT’ VAN ELK SPREEKWEZEN
Anne Lysy  – Klokhuis en borduursels
Sonia Chiriaco – “Het dient tot niets, maar het niet wel.”

INWiT-EVENEMENT

Lieve Billiet – Verslag van het iNWiT-evenement : De psychoanalyse vandaag. Voorbij de mythes.


BOEKRECENSIES

 

 

Editorial du numéro 8/9 d'iNWiT, la revue néerlandophone de la NLS.

 

 

iNWiT 8/9 : De psychoanalyse vandaag. Voorbij de mythes

(La psychanalyse aujourd’hui. Après les mythes)

Nathalie Laceur

 

Il y a plus d’un siècle que Sigmund Freud inventa la psychanalyse. Il laissait parler les patients qui s’adressaient à lui, chargés de leur souffrance – et c’est ainsi qu’il découvrit non seulement qu’il se cachait une vérité inconsciente dans leurs symptômes, que leur souffrance manifestait un ‘n’en rien vouloir savoir’, mais aussi que la construction d’un savoir, un « mythe individuel », pouvait abolir la nécessité de cette souffrance.

A l’époque de la montée des sciences, cette découverte suscita de fortes résistances. Par la nature même du savoir qu’elle postulait – un savoir de l’ordre de la vérité – la psychanalyse fut récusée comme pseudoscience et l’on eut bientôt beau jeu de la suspecter d’obscurantisme et de charlatanisme.

Cent ans plus tard, la psychanalyse existe toujours, et même si elle s’est développée en tous sens, ces accusations sont restées inchangées. De temps à autre il se dit que la psychanalyse serait dépassée, voire dangereuse. De ce même point de vue, on s’indigne qu’on pratique encore toujours la psychanalyse, et particulièrement la lacanienne, qui, notons-le, affirme elle-même qu’il y a quelque chose qu’on ne peut chiffrer et qui échappe à toute universalisation. Et ce, en un temps où l’investigation cérébrale a produit tant de résultats et qu’on sait quel cocktail de traitements pharmaceutiques et cognitivo-comportementalistes marche!

Freud se l’était imaginé autrement. Passionné de vérité, il espérait que la scientificité de sa découverte de l’inconscient serait un jour démontrée, et que la psychanalyse pourrait ainsi revendiquer sa place légitime dans la société. Ce ne sont pas les philosophes de la science qui l’ont réveillé de ce rêve, mais ses propres patients. L’énigme de la femme, l’incroyance radicale du psychotique, les réactions thérapeutiques négatives : tout cela obligea Freud à dresser un bilan plus lucide des limites de son dispositif.

Jacques Lacan avait un autre projet pour la psychanalyse. Lors de sa première leçon à l’ École normale supérieure qui l’a hébergé après avoir été exclu de l’ International Psychoanalytical Association (IPA) fondée par Freud, il affirma que la psychanalyse ne pouvait se targuer d’avoir une base scientifique et espérer un jour être reconnue comme une science, mais qu’elle devait plutôt radicalement questionner ses propres fondements, et donc se demander si elle pouvait de fait devenir une science.

Ou autrement dit : « Y-a-t-il des concepts analytiques d’ores et déjà formés ? Le maintien presque religieux des termes avancés par Freud, à quoi se rapporte-t-il? S’agit-il d’un fait très surprenant dans l’histoires des sciences – que Freud serait le premier, et serait resté le seul, dans cette science supposée, à avoir introduit des concepts fondamentaux?  Sans ce tronc, ce mât, ce pilotis, où amarrer notre pratique ? Pouvons-nous dire même que ce dont il s’agit, ce soit à proprement parler des concepts ? Sont-ils des concepts en formation? Sont-ils des concepts en évolution, en mouvement, à réviser? »[1]

Lacan disait que jamais la psychanalyse ne triompherait. Il laissait le triomphe à la science et à la religion, et affirmait sans ambages que pour la psychanalyse ce serait surtout une question de survie. [2]

Comment devons-nous comprendre cette prophétie ? Après l’idéalisme de Freud, le fatalisme de Lacan ? Rien n’est moins sûr. Nous pouvons en tout cas déduire de ces paroles que Lacan faisait une distinction radicale entre psychanalyse et science et qu’il prédisait un avenir différent pour les deux disciplines.

Lacan pensait donc que la psychanalyse devait en premier lieu se questionner elle-même. Il ne pensait toutefois pas dans une tour d’ivoire, isolé du monde extérieur où triomphaient la science et la religion. Ce n’était en rien sa conception de ‘survie’. En 1967 il évoquait la possibilité qu’à l’avenir on se rendrait compte que la position du psychanalyste est une place dans la société.[3] La ‘survie’ selon Lacan supposait donc aussi un mouvement vers l’extérieur.

En  1968, il fonda une revue à laquelle il donna le nom Scilicet, où nous retrouvons l’adverbe latin qui unit scire et licet : il est permis de savoir. Comme Lacan le précisait dans son introduction, celui à qui il s’adressait était le « bachelor », c'est-à-dire non le diplômé, celui qui a atteint un certain degré en psychanalyse, mais le célibataire, celui qui « n’est pas marié » avec l’une ou l’autre association de psychanalyse. Et ce ‘profane’, en termes freudiens, peut savoir ce qu’en pense l’École freudienne de Paris, l’Ecole que Lacan avait fondée quatre ans auparavant. [4]

Lors d’une interview avec le journal Le Monde, Lacan a explicité la création de cette revue. Il y accentuait que ce sont justement les associations de psychanalyse elles-mêmes qui bloquent la pensée analytique. « Bien rares sont les surgeons créateurs, les nouveautés qui y sont apparues ; à force de traduire Freud pour le faire accepter, on finit par ne plus comprendre grand-chose à ce qu’il dit. Il est arrivé au psychanalyste ce qu’il peut constater tous les jours chez l’homme du divan : le plus clair de son discours lui échappe (…). » De plus, Lacan remarquait: « On assimile (…) l’analyse à une thérapie (de sorte que) au bout d’un moment, à force d’agir dans le désir de faire le bien, c’est à dire de façon intempestive, on n’y comprend plus rien. Nul enseignement ne parle de ce qu’est la psychanalyse. Ailleurs, et de façon avouée on ne se souvient pas de ce qu’elle soit conforme.»[5]

Qu’il soit clair que Lacan a mis l’avenir de la psychanalyse dans les mains de la psychanalyse elle-même. Et cela même lui causa des ennuis. Il estimait notamment que les associations classiques de psychanalyse poussaient elles-mêmes à la disparition de la psychanalyse : en ne cessant d’espérer que la psychanalyse serait universellement admise et deviendrait un bien commun. Or, en voulant répondre mordicus aux attentes de l’Autre, elle rejette ce qui la distingue de n’importe quel discours courant.

Mais alors, qu’est donc cette pratique lacanienne qui pourrait avoir sa place dans la société ? Cette pratique doit être inventée – en suivant le chemin que Lacan a tracé dans son dernier enseignement.[6] C’est ce qu’affirme Jacques-Alain Miller, l’homme qui nous oriente encore toujours dans l’enseignement de Lacan. En effet, il montre comment Lacan a constamment tenté de forcer son ‘n’en-rien-vouloir-savoir’ et de ce fait, a abouti au-delà des lois de l’inconscient de Freud et au-delà de la fascination envers les vérités cachées. Comment il s’est de plus en plus approché de ce qui fait d’un homme un homme et de ce qui le distingue des autres hommes. Cette singularité de chaque parlêtre, à la fois la plus intime et la plus étrange, Lacan l’appelait le réel, le réel sans loi ni sens. [7]

Ce fut mon désir, comme rédactrice en chef, de poursuivre le mouvement scilicet, qu’inaugura Lacan et que Miller a maintenu, et de composer un numéro de iNWiT qui montre comment le mouvement psychanalytique lacanien peut aujourd’hui encore tirer les conséquences du dernier enseignement de Lacan. Un numéro de iNWiT appelé à témoigner de la vitalité de la psychanalyse lacanienne et comment celle-ci, sans concession aucune au discours ambiant, peut avoir une place dans la société.

Scilicet. “Tu peux savoir…”. Oui, vous aussi, lecteur, pouvez savoir comment la psychanalyse opère aujourd’hui, comment elle évalue aujourd’hui sa propre efficacité, comment elle travaille aujourd’hui avec tous ceux qui ne sont pas passionnés de vérité et sont désabonnés de l’inconscient, quel est aujourd’hui son rapport à la science et la religion, quel est pour elle le statut de savoir et de vérité…

Si quelqu’un s’attend à des réponses achevées, il ne pourra qu’être déçu. Ceci n’est pas une encyclopédie. Ceci n’est pas ‘qu’une fois pour toutes, on sache clairement ce qu’est la psychanalyse’. L’avenir nous dira si ce numéro de iNWit survivra à l’usure du temps. « Après des mythes », comme l’indique la couverture de iNWiT, n’est pas la déclaration enthousiaste de celui qui aurait atteint la ligne d’arrivée – ‘nous y sommes !’ – ce n’est pas le triomphe sur les mythes, ni sur ses propres mythes, ni sur les mythes qu’on colporte sur elle. Triompher sur les mythes est impossible. Tout analysant apprend cela dans sa propre analyse, tout psychanalyste apprend cela dans sa pratique. En effet, les mythes sont la nécessaire défense contre un réel impossible à supporter. « Après des mythes » est une orientation, une cible éthique pour une psychanalyse qui se sert de cette vérité menteuse[8] pour viser la singularité indicible de chaque parlêtre.

21 novembre 2012

 

Traduction Monique de Buck



[1] Lacan, J. (1973[1964]).  Le séminaire. LIvre XI. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalye. Texte établi par Jacques-Alain Miller. Paris, Seuil, 15.

[2] Lacan, J. (2005 [1974]). Le triomphe de la religion. Paradoxes de Lacan. Paris, Seuil, 79. Traduit dans ce numéro d’iNWiT.

[3] Lacan, J. (2005 [1968]). Place, origine et fin de mon enseignement. Mon enseignement. Paradoxes de Lacan, Paris, Seuil, 66.

[4] Lacan, J. (1968), Introduction de Scilicet au titre de la revue de l'École freudienne de ParisScilicet 1, Paris, Seuil, 1968, 3-13.

[5] Jacques Lacan commente la naissance de Scilicet dans un entretien avec R. Higgings, Le Monde, 16 mars 1986.

[6] Miller, J.-A. (2005[2004]). Une fantaisie. Mental, Revue internationale de Psychanalyse15, 2005, 9-27. Traduit dans ce numéro.

[7] Miller, J.-A. (2008-2009). L’orientation lacanienne. Choses de finesse en psychanalyse, cours de 26 novembre 2008, inédit.

[8] Lacan, J. (2001 [1976]). Préface à l’édition anglaise du Séminaire XIAutres écrits, Paris, Seuil, 573. Traduit dans ce numéro.

 

 

iNWiT est édité par le Kring voor Psychoanalyse van de NLS – le comité de rédaction actuel:  Nathalie Laceur (rédacteur en chef), Monique de Buck, Vic Everaert, Bart Duron, David Teetaert, Peter Decuyper, Charlotte Luyckx, Bram Henau, Abe Geldhof, Miet De Muynck, Marie-Alice Oosterlinck et Thomas Van Rumst.