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La psychose ou la croyance radicale au symptôme, par Eric Laurent

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Ce texte est la transcription de l'intervention d'Eric Laurent au Congrès de la NLS à Tel Aviv en juin 2012. Il présentait ainsi en clôture le thème de travail de l'année à la NLS vers le Congrès suivant, à Athènes en mai 2013. Ce texte sera publié en français dans le prochain numéro de Mental et vient de paraître en anglais dans Hurly Burly 8.  
DH

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La psychose ou la croyance radicale au symptôme

Eric Laurent

Qu’appelons-nous psychose ? Ce sera l’objet de mon introduction à ce qui va se développer dans les travaux préparatoires d’Athènes pour ensuite trouver sa scansion lors de ce congrès lui-même*. Je propose une enquête sur la façon dont nous lisons dans la pratique qui est la nôtre aujourd’hui ce que le mot de psychose veut dire pour la psychanalyse. 

Psychose et Discours

Ce qui nous intéresse dans la pratique de la psychanalyse ce sont les formes de discours par lesquelles le sujet s’insère, jamais tout à fait, dans les discours établis, dans ce que nous appelons la civilisation, en s’appuyant sur son symptôme. Freud concevait le symptôme dans son rapport d’opposition à la civilisation. C’était une forme pour lui de lien social alternatif. Le symptôme, rappelle-t-il, commence à deux dans le lien sexuel avec le partenaire et s’oppose aux idéaux communs de la civilisation. Le symptôme est une langue privée, distincte de la langue commune. Lacan en est venu à mettre en questions l’idée de civilisation comme Une. Elle est faite de discours multiples, au moins quatre, le discours du maître, le discours universitaire, le discours de l’hystérique, le discours du psychanalyste, autant de combinaisons qui permettent d’articuler le sujet divisé dans l’Autre avec sa jouissance, petit a.[1] Il faut ajouter à cette multiplicité dans la civilisation un autre discours qui les ronge tous, le discours capitaliste où c’est l’objet a qui passe au zénith et redistribue les permutations possibles. Le symptôme alors doit être conçu dans son insertion toujours partielle dans les discours.

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Le terme de psychose nous vient de la psychopathologie de la clinique classique qui, au XIXè siècle et jusqu’au premier tiers du XXè siècle s’était forcée de classer les formes de folie, terme beaucoup plus ancien, dans une nouvelle systématicité. La clinique du regard prolongée par la clinique de l’écoute nous a d’abord donné une foison, une multiplicité sans limite de folies, de manies, pour ensuite s’organiser, prendre forme, se déposer chez Kraepelin en deux grands axes, d’un côté paranoïa - schizophrénie et les débats sur les paraphrénies, de l’autre manie et mélancolie. Les dernières inventions marquantes de cette clinique ont été en France l’automatisme mental de Clerambault en même temps que les paranoïas sensitives de Kretschmer dans la zone de langue allemande et nous en avons des traces, les enjeux que cela représentait dans les débats Jaspers, Clérambault tels que nous les transmet la thèse de Jacques Lacan de 1932 qui signe la fin d’une époque[2].

Freud a pris le terme de psychose au moment où Kraepelin ordonnait les paraphrénies comme une forme de discours positive, comme un effort pour reconstruire un monde alors que les croyances qui le soutenaient avaient disparu[3]. Le discours psychanalytique a été établi par Freud sur la croyance au tragique œdipien qui pour lui réglait les rapports de la libido et de la jouissance dans les discours établis de la civilisation post-victorienne d’où il émergeait. Les tragédies du XIXè siècles, non seulement celles de la réalité, mais les tragédies littéraires dont les auteurs, Victor Hugo, Auguste Strinberg, Ibsen, nous parlent encore, donnaient forme épique à ce moment de la civilisation où le règne de l’interdit définissait l’horizon idéal du discours, la tragédie ainsi que le grand roman épique du XIXè faisaient alors lien social. Nous y sommes encore sensibles, ainsi les tragédies musicales, l’opéra de Verdi à Wagner est encore entendu sur la planète. De ces formes littéraires qui faisaient lien social, l’auteur prenait la forme d’un démiurge, d’un être à part, d’un nouveau prêtre d’une religion en devenir – même Nietzsche y a cru un moment.

Freud a démocratisé le tragique du XIXè siècle en supposant que le statut commun du sujet de l’époque était de vivre son monde comme une tragédie. Le complexe d’œdipe, avec son nom scientifique, était une tragédie commune, banale, ordinaire, pour tous, ordonnant l’affrontant du père et du fils dans leur méconnaissance radicale. A cette tragédie banale Freud avait donné forme épique et Lacan soupçonne que s’il l’a fait c’est qu’il était pris lui-même dans la découverte de l’époque de la facticité de la paternité.[4] L’effondrement de l’Ancien Régime et la croyance au Père qu’elle soutenait, ainsi que l’accumulation dans les métropoles industrielles de formes de parenté qui jusque-là ne se mélangeaient pas, faisaient apparaître l’arbitraire du père. La tragédie ordinaire d’œdipe donnait forme commune aux discours sur les structures de parenté, en même temps que se produisait l’entreprise classificatoire de la psychiatrie contemporaine de Freud.

Les psychoses étaient entendues par Freud comme une forme de discours productive, soutenant l’effort du sujet en dehors de la croyance au père et à la tragédie ordinaire, et répondant au champ clinique systématisé à nouveaux frais par la psychiatrie. Mais ce va et vient ne pouvait durer, c’était un équilibre instable. D’abord la psychiatrie elle-même allait s’éloigner de la prise en compte des signes constituants de la psychose et des formes productives du discours pour les rendre silencieuses, les ramener à l’intérieur du corps à mesure que la place de la psychiatrie dans la médecine se modifiait et la place de la médecine dans la science. Du côté de la psychanalyse, elle-même s’éloignait pour des raisons structurales de la forme épique du conflit psychique, autre nom de la tragédie ordinaire, pour s’intéresser à la forme non nécessairement conflictuelle par laquelle l’enveloppe formelle du symptôme[5] traite la pulsion et les phénomènes de jouissance. Ce double éloignement fait notre conjoncture et rend lisible combien c’est à partir de la question de la psychose que s’aborde au mieux la double face du phénomène clinique qu’est la croyance au Nom-du-Père et la croyance au symptôme.

La métaphore paternelle, I & II

Dans la théorie, dans la phase classique de son enseignement, Lacan a d’abord situé l’originalité de la psychose, sa productivité à partir du contraste avec le fonctionnement normal entre guillemets de la métaphore paternelle, de la tragédie banale œdipienne, il extrait la structure où le Nom-du-Père est un opérateur qui agit sur l’énigme pour l’enfant de ce qu’est le désir maternel et il fait garantie parce que dans la langue les phénomènes de signification s’inscrivent sous  une valeur phallique.

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La psychose comme forme productive est ce qui se produit lorsque le Nom-du-Père ne fait plus, ne joue plus en fonction de cet opérateur, il dénude le fait que la langue ne loge pas les phénomènes de jouissance.

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Le corps du sujet est le lieu d’une jouissance non symbolisable sous la valeur phi, de phénomènes pulsionnels délocalisés hors des zones érogènes, il s’impose une jouissance non négativable, en même temps que s’imposent des paroles, des phénomènes incompréhensibles, des signes inédits, des messages inouïs, qui convergent vers le sujet dans un ordre où entre ce nouvel Autre et la jouissance il y a un impossible à les conjoindre.

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La langue commune prend des accents nouveaux. Lacan a décrit l’effort de stabilisation entre les signifiants et la signification qui constituent une langue, à partir des apports de la linguistique de Jakobson permettant de se déprendre de la fausse unité du signe saussurien combinant codes et messages non seulement par un code permettant de produire des messages mais par les effets de retour des messages sur le code. [6]

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Messages de codes et codes de messages se produisent dans une linguistique de la parole en acte où le fait de parler lui-même, les actes de langage du sujet psychotique modifient la langue qu’il utilise, jusqu’à ce que la langue nouvelle, modifiée par les actes de langage, puisse accueillir les messages hors sens qui circulaient hors de toute norme[7]. Les conséquences de cet abord radical du phénomène psychotique et de l’expérience clinique de l’issue que peut trouver le sujet psychotique a permis à Lacan d’abord de généraliser son Nom-du-Père en le pluralisant, au pluriel comme l’a montré Jacques-Alain Miller dans son commentaire développé de ce chemin de la première métaphore paternelle chez Lacan jusqu’à la seconde métaphore paternelle, où de la pluralisation des Noms-du-Père on passe à ce que ce soit la langue elle-même qui prenne en charge les phénomènes de jouissance. [8]

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En ce sens la seconde métaphore paternelle chez Lacan est une généralisation de l’effort psychotique singulier à l’ensemble du champ clinique. Du sujet psychotique nous avons à apprendre aussi comment le sujet névrosé fait de son symptôme une langue et que lui aussi, à la fois relève de la première métaphore paternelle mais aussi de la seconde.

La seconde métaphore paternelle où l’ensemble de la langue prend en charge l’effort de nomination de la jouissance est plus proche de Chomsky que de Jacobson. La règle universelle du lieu de l’Autre tente de nommer cette jouissance. Chomsky avait une métaphore éclairante pour désigner son effort. Il disait qu’il est possible de faire la taxinomie de tous les poissons, d’établir la règle d’évolution des fossiles, de décrire l’ensemble des variations des espèces. Mais tant qu’on ne comprend pas la dynamique des fluides on ne comprend pas pourquoi les poissons tendent tous vers la forme du requin. Pour les langues il cherchait quelle était la dynamique des fluides. Il ne l’a pas trouvée. Il a considéré les limites de son programme mais au moins l’avantage de son rêve de l’organe du langage était d’articuler la langue à des phénomènes de corps.

Pour nous, la dynamique des fluides qui ordonnent la langue c’est la façon dont la substance jouissante est prise en charge par la langue elle-même et l’ordonne. Et cette leçon que le sujet psychotique nous a transmis dans son effort singulier, Lacan l’a généralisée pour nous à l’ensemble du champ clinique. Il y a un réel des structures qui est plongé dans cet usage particulier qui définit pour nous après Lacan le champ de notre pratique et de notre expérience. Meaning is use, oui le sens c’est l’usage mais c’est l’usage de nomination de la jouissance. La langue elle-même devient le lieu non pas du rêve chomskyen du règne universel, mais devient le lieu de l’équivoque généralisée. Lacan ne distingue pas un composant génératif de la syntaxe, de la sémantique, de la pragmatique. Il considère les équivoques au niveau syntaxique, les équivoques au niveau de la signification, les équivoques au niveau de la pragmatique.

Notre effort de même se trouve à l’envers des tentatives classificatoires. Le paradoxe c’est que nous avons recueilli le mot de psychose au moment où une nouvelle systématicité, une nouvelle classification faisait surgissement dans les discours. L’enseignement de Lacan a fait de cet abord de la psychose l’indication d’une voie où, de même que nous considérons l’ensemble des équivoques au niveau de l’Autre qui donc ne les règles pas, nous considérons combien dans chaque cas le sujet est un inclassable. Les inclassables de la clinique fut un titre choisi par Jacques-Alain pour un de nos congrès[9]. Les inclassables de la clinique c’est l’effort pour que le symptôme, au-delà des  regroupements par forme typique puisse désigner la singularité d’un sujet.

Généralisation joycienne

C’est l’horizon de Joyce-le-sinthome, à la fois un nom propre, Joyce, et un nom commun, sinthome, à l’usage renouvelé bien sûr, marqué de l’article défini, Joyce-le-sinthome conjugué dans l’effort par Lacan de la singularité d’écriture du nœud joycien. La sublimation joycienne n’est plus celle d’un inconscient qui transporte sa vérité mais d’une vérité qui a laissé place à un savoir pour lire Ulysse, l’anecdote œdipienne de Joyce n’est pas le plus utile. On voit bien dans les biographies qui lui sont consacrées tout ce que Joyce avait lu et la façon dont il a voulu fonder autrement une littérature et aussi se faire nouveau prophète dans sa langue, est un effort qui a aussi par la littérature, par les messages qu’il envoie, subvertit la langue elle-même. Au point – ce n’est pas seulement comme chez Jacobson le message qui fait retour sur le code – au point qu’on a pu dire qu’après Joyce la langue anglaise se retrouvait langue morte. Cette mort était bien exagérée, elle était morte et elle a ressuscité, mais transformée. La littérature est passée par le moment Joyce, s’est transformée, a recréé un monde de personnages, mais autrement… Philippe Sollers a écrit Paradis, puis s’est arrêté, a eu un moment de silence puis a écrit Femmes. La littérature qui s’est retransformée après Joyce reprend le monologue de Molly Bloom, à d’autres frais et maintenant inscrit la question féminine au premier plan des énigmes que la littérature doit déchiffrer. Disons que la littérature explore avec le sujet psychotique ce que c’est que d’être « la femme qui manque aux hommes »[10].

La généralisation joycienne où le statut généralisé, ordinaire,  de l’effort psychotique nous a amené à considérer les formes ordinaires de la psychose, non plus seulement ces formes extraordinaires en contraste avec le tragique banal, mais au contra

ire partir des formes ordinaires de la métaphore délirante, de l’effort de signification particulier, de l’effort de réduction du sens à l’écriture qui se fait dans le symptôme de chacun, qu’il soit passé par l’expérience de la psychanalyse ou pas. S’il passe par l’expérience de la psychanalyse il a une chance de le savoir sinon il mettra plus de temps, comme le disait Lacan à devenir un personnage de son histoire écrite.

Le Nom-du-Père se transforme mais ne disparaît pas

« Psychose ordinaire » est le nom d’un programme de travail qui a commencé dans la Section clinique lorsque nous nous sommes demandé qu’était le sujet psychotique lorsque la psychose n’était pas déclenchée. Nous sommes partis de cette question et nous avons interrogé le texte Schreberien pour la situer[11]. Et puis de la psychose non déclenchée on s’est aperçu qu’il se passait beaucoup de choses dans cet espace avant ce moment où quelque chose s’effondre, se détache. Il y a eu la scansion du rendez-vous d’Antibes[12] qui a permet de donner une forme à tous ces phénomènes en nommant les phénomènes de branchements/débranchements dans l’Autre, définissant tout un champ de la clinique ordinaire de la psychose qu’il nous fallait explorer. Pour autant ce champ de la psychose ordinaire ne veut pas dire que tout soit psychotique. Il ne s’agit pas de confondre les leçons du sujet psychotique qui porte sur l’ensemble du champ clinique avec une catégorie clinique comme telle, devenant la catégorie majoritaire de notre expérience. Nous nous retrouverions un peu comme à l’époque Kraepelinienne où 80% des gens hospitalisés en hôpital psychiatrique étaient considérés comme paranoïaques. Nous, nous aurions partout de la psychose ordinaire. Non ! C’est un programme de travail, une enquête, une orientation jusqu’à ce que nous sachions à quoi nous avons affaire. Et d’ailleurs sans doute il viendra peut-être un jour où le mot psychose sera tellement étranger à l’esprit du temps qu’il faudra parler de délires ordinaires en retrouvant les accents, comme dit Jacques-Alain Miller dans le dernier numéro du Point[13], les accents Erasmiens de Jacques Lacan, de l’Eloge de la folie, « tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant »[14]. Ça ne veut pas dire que tout le monde soit psychotique. Mais, tout cela fait partie de notre enquête contemporaine au XXIè siècle de ce que veut dire pour nous la question de la psychose.

De même que le statut ordinaire de la psychose ne veut pas dire sa diffusion universelle, de même les leçons que nous tirons du sujet psychotique ne font pas disparaître pour autant la fonction paternelle. Cette fonction paternelle reste là, reste là modifiée. Il y a un père qui a un statut plus ordinaire. Lacan l’a appelé celui qui est encore capable de nous épater – avec un jeu de mot sur le pater.[15] C’est celui qui fait exception, celui qui est capable de nous surprendre. Jacques-Alain s’était servi de ça pour montrer que même sous la fonction clownesque on voyait l’homme politique contemporain essayer d’épater, pris dans les médias, dans l’industrie de la communication, celui qui essaie d’épater[16]. Il faut le faire de la bonne façon, bien sûr.

Mais on voit encore l’enjeu des élections grecques aujourd’hui où nous saurons ce soir si c’est les techniciens de l’Euro ou le brave garçon, Alexis Tsipras, qui a épaté tout le monde, débarquant avec une rhétorique flamboyante essayant de faire croire qu’il avait la solution – plût au ciel que ce fut le cas, mais ça ne semble pas entièrement convaincant. Mais voilà un effort d’épater et moyennant quoi il y a un phénomène d’adhérence, de croyance. Celui qui épate, c’est celui qui arrive dans notre monde où il y a toujours plus de règlements, toujours plus de bureaucratie, toujours plus de vigilance à tous les niveaux pour nous expliquer notre hygiène de vie et de mort, il y en a qui arrivent à faire pas comme tout le monde. Ceux-là entrent dans cette catégorie spéciale et qui collaborent à notre enquête sur comment se transforme le nom-du-père ordinaire de l’existence, une fois que nous avons notre horizon de l’inclassable.

A ce propos je voudrais signaler combien la revue de la NewLacanian School, Hurly-Burly est un instrument d’utilité publique. On trouve dans son numéro 7 le cours de Jacques-Alain Miller repris, condensé sous une forme parfaitement lisible sur la question de « l’Autre qui n’existe pas et ses comités d’éthique » sur la nomination[17].  Un article de Ian Hacking[18], sur la différence entre l’optique de Kripke et de Putman sur la nomination fait valoir combien en effet d’un point de vue logique le dernier mot lisible de la philosophie analytique et de la logique contemporaine et sur ce point où nom propre et nom commun, nom propre et nom d’espèce, natural kinds, viennent se rencontrer et mettre en cause de façon radicale toute tentative de réduction du nom à sa description. Ce nom est renvoyé à cet acte fondamental dit par Kripke le baptême originel[19]. Une rencontre qui pour nous fait écho avec le baptême de la jouissance que reçoit le sujet, choc à un moment donné et qui ensuite trouve son nom. Ce nom se transmet ensuite soit dans l’ensemble des noms possibles selon Kripke ou selon Putman. Je remercie Adrian Price, le rédacteur de la revue et qui paie de sa personne en écrivant l’article d’introduction[20] ainsi que toute l’équipe d’Hurly Burly qui est un instrument très utile pour préparer le congrès d’Athènes.

La fin du « privilège » de la folie
Je voudrais terminer sur ceci que l’ordinaire de l’effort psychotique, le fait que tout le monde soit fou ou qu’il n’est plus un privilège que d’être fou, cet effort-là doit permettre de sortir des confusions entre les pères en chairs et en os et ce que nous appelons « père » en psychanalyse. Ce ne sont pas les pères qui sont responsables de la psychose de leur enfant pas plus que ce ne sont les mères qui sont responsables de l’autisme de leurs enfants. Il faudra un jour, de même que nos collègues psychanalystes qui ont des enfants autistes, ont pu faire leur coming out et dire ce qui les avait motivé pour créer les institutions pour accueillir leurs enfants et inventer le mixte entre éducatif et approche clinique qui les a sauvées elles-mêmes et aidé leur enfant. De même, notre aggiornamento sur nos usages de la psychose passera par un coming out discret. Il fera partie de la façon dont au XXIè siècle les psychanalystes doivent pouvoir parler de la psychose. Des voiles se lèveront,  des dialogues avec les associations de parents, ou d’usagers de la catégorie de psychoses, feront partie d’une conversation générale sur la psychose que la psychanalyse doit aider à se tenir d’une façon plus ordinaire dans le siècle qui nous attend.

 

 

 

* Intervention de clôture du Xè Congrès de la NLS qui s’est tenu à Tel-Aviv les 16 & 17 juin 2012.



[1] Lacan J., Le Séminaire, Livre XVII, L’envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991.

[2] Lacan, J., De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, Seuil, Paris, 1975.

[3] Cf. Freud, S., « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa (Le Président Schreber) » (1911), Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1954, pp. 263 à 324.

 [4] Lacan, J., « Proposition du 9 Octobre 1967 sur le psychanalyste de l’Ecole », Autres Ecrits, Paris, Seuil, p. 243-261

[5] Lacan, J., « De nos antécédents », Ecrits, 1966, Paris, Seuil, p. 65-72.

[6] Cf. Lacan, J., « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », Écrits, op. cit., p. 540: « …un code constitué de messages sur le code, et […] un message réduit à ce qui dans le code indique le message ».

 [7] Cf. Lacan, J., “Subversion et dialectique du désir…” Écrits, op. cit., p. 807: « Messages de code et codes de message se distingueront en forms pures dans le sujet de la psychose… ».

 [8] Miller, J-A, L’orientation lacanienne, « Extimité », leçon du 5 février 1986, inédit.

[9] Cf. IRMA, La conversation d’Arcachon, Cas rares : les inclassables de la clinique, Paon Collection, Agalma/Seuil, Paris, 1998.

 [10] Cf. Lacan, J., “D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose”, op. cit., p. 566.

[11] IRMA, Le Conciliabule d’Angers, Effets de surprise dans la psychanalyse, Paon collection, Agalma/Seuil, 1997

[12] IRMA, La psychose ordinaire, La Convention d’Antibes, Paon Collection, Agalma/Seuil, Paris, 1999.

[13] Miller, J.-A., “La dame symptôme”, Le Point, No. 2074, 14 Juin 2012, p. 39

[14] Lacan, J. , « LACAN pour Vincennes ! » Ornicar ?, n°17/18,1979, pp. 278

[15] Lacan, J., Le séminaire livre XIX, …ou pire, Seuil, Paris, 2011, p. 208.

[16] Miller, J.-A., “Hors de l’ordinaire pour mieux nous épater” in Le Point, No. 2064, 5 April 2012, p. 58

[17] Miller, J.-A., “Five Lessons on Language and the Real” transl. by A. Price in Hurly-Burly, Issue 7, May 2012, pp. 59-117.

Cours de l’orientation lacanienne II, 16 “L’autre qui n’existe pas et ses comités d’éthique”, 1996-97, Séminaire en coll. avec E. Laurent, leçons 7,8, 10, 11 et 12. Inédit en français.

[18] Hacking, I., “Putnam’s Theory of Natural Kinds and Their Names is Not the Same as Kripke’s”, in Hurly-Burly, Issue 7, Ibid., pp. 129-49.

[19] Kripke, S., Naming and Necessity, Blackwell, Oxford, 1980, p. 96. Traduit en français par Pierre Jacob et François Recanati et paru sous le titre « La Logique des noms propres », 1982, Collection Propositions, 176 pages               , Ed. de minuit.

[20] Price, A., “On the Real and Natural-Kind Terms”, in Hurly-Burly, Issue 7, op. cit., pp. 119-27.