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FORUM EUROPÉEN - ZADIG EN BELGIQUE - Texte de ALEXANDRE STEVENS- « La force injuste de la loi »- 1.12.18

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« La force injuste de la loi » 

Alexandre Stevens


Les discours populistes qui montent aujourd’hui partout dans notre monde démocratique visent à produire une uniformisation de la société. Il faudrait que tous soient pareils, ce qui correspond à un rejet fondamental de l’étranger, mais aussi bien de toute singularité de jouissance.


L’amour du même peut prendre plusieurs habits et se décliner notamment sous la forme des discours identitaires. Cela peut être sous le signe du religieux, pour sauver l’Europe chrétienne, ou cela peut prendre l’exigence d’une racine commune, les terribles gaulois, par exemple. À ce titre les contradictions ne manquent pas puisque ces gaulois n’étaient pas chrétiens ! Ce peut être aussi le conservatisme moral qui condamne tout ce qui ne correspond pas au modèle de la famille classique hétérosexuelle. Dans tous les cas il s’agit de rejeter l’étranger, le différent, fut-il en nous-mêmes.


Or c’est de l’affrontement aux différences, de la réaction aux nouveautés, de l’intégration de l’étranger que nos sociétés ont toujours évolué. La démocratie implique l’émergence de singularités toujours autres. Contre cette évolution sociale, les discours haineux cherchent à inscrire un « tous pareils » dans la loi, une nouvelle norme sociale pour exclure l’étranger et la nouveauté. L’inquiétude que nous avons alors, c’est que vienne ainsi le règne de la norme, des règles, de l’uniformisation. Le règne de la loi.


C’est ce que dénonçait déjà Jacques-Alain Miller dans un cours en 2002 : « Qu’est-ce qui se passera si on ne veut plus connaître en France que la loi, la règle et la norme, si on doit vivre sous le règne de Allez, comme tout le monde ! ? Un pas de plus, et ça sera la dictature du même pour tous. » (1) On peut reprendre à ce propos, comme le fait Miller, la formule connue de François Mitterand : « La force injuste de la loi » (2). Nous connaissons cette « force injuste » aujourd’hui avec les lois qui rendent illégale l’assistance aux migrants, ou qui simplement rendent cette aide dangereuse en entretenant un flou entre celui qui aide et les passeurs — qui eux-mêmes d’ailleurs sont souvent d’autres migrants en difficulté et pas forcément des trafiquants d’êtres humains. La loi, aujourd’hui, chez nous, cherche à criminaliser la solidarité.



La démocratie implique un écart entre légalité et légitimité. L’obéissance à la loi ne peut se soutenir que si la loi est légitime, ce qui implique qu’on doit toujours se poser la question de cet écart. La solidarité est légitime même si elle n’est pas toujours légale. Savoir cela est essentiel au maintien d’un état de droit dans une démocratie. L’état de droit n’a pas de définition absolue et il n’est donc jamais parfait. Ses limites doivent être interrogées lorsque la loi empiète sur les libertés au nom de la sécurité. C’est en cela que toujours cette question se pose. Et les discours qui tuent sont des discours qui tendent aujourd’hui à faire croire que la loi protectrice du fantasme identitaire est supérieure à la légitimité. Il n’en est rien. L’exigence éthique est au contraire de soutenir ce qui est légitime, contre ce qui est légal, s’il le faut.


On peut ajouter que l’égalitarisme populiste participe tout aussi bien de cette canaillerie moderne en « étendant le règne du nombre, le règne du signifiant maître » (3).


La démocratie consiste à soutenir la variété plus que le nombre, puisqu’au-delà de toute majorité se pose la question du respect et de la représentation des minorités. Et il faut noter que les hommes politiques qui tiennent des discours qui tuent sont toujours favorables aussi à un pouvoir fort, c’est-à-dire concentré dans les mains du maître ou de quelques-uns. Pour la démocratie il faut « que la marche de l’Un précisément soit entravée : la démocratie veut dire ça. » C’est-à-dire que l’Un de l’exception respecte tout le monde y compris « ceux qui se mettent en travers de sa route » (4). L’exception doit tenir compte du pas-tout, c’est-à-dire laisser place à la singularité de chacun.


(1) Miller J.-A., cours du 11/12/2002.

(2) Mitterand, le 16 décembre 1984 sur TF1.

(3) Miller J.-A., cours du 4/12/2002.

(4) Miller J.-A., cours du 11/12/2002.




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