Leçons d’un séminaire « démodé »

"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110



INSCRIPTION / REGISTER HERE →

NLS Congrès présente

Vlassis Skolidis
Leçons d'un séminaire «démodé»

Au premier abord, le Séminaire, Livre IV, La Relation d’objet, dont les avancées théoriques constituent une composante majeure de l'enseignement du « premier Lacan », est une référence un peu datée concernant les questions du corps. Mais, il suffit de se rappeler du mode d’accès que J.-A. Miller nous a enseigné, à savoir que la libido y est située au niveau de l’imaginaire, pour que des balises trop connues, telle la soi-disant dévalorisation de l’imaginaire au profit du symbolique, apparaissent sous un jour nouveau.

Prenons par exemple le commentaire de Lacan sur la tentative du petit Hans d’accéder, sous l’impulsion de son père, « à la signification d’un nouveau réel », celui de sa jouissance érectile nouvellement apparue. Lacan pointe que « le réel ne peut être réordonné dans la nouvelle configuration symbolique qu’au prix d’une réactivation de tous les éléments les plus imaginaires. Il se produit une véritable régression imaginaire par rapport au premier abord qu’en fait le sujet » [1]. Cette régression imaginaire consiste d’abord à un foisonnement d’images et de fantasmes, où le petit Hans « apprend comment on peut jouer avec les images » [2]. On retrouve ici la fonction du fantasme comme moyen de jouissance.

Mais Lacan y ajoute autre chose. Cette jouissance imaginaire n’épuise pas la question. Derrière son jouir concernant les images, le petit Hans découvre « qu’il est dans un bain de langage » et qu’il peut exploiter « la faveur précieuse que lui offre le fait de pouvoir parler » [3]. Autrement dit, parallèlement à la mise en place du transfert, le petit bonhomme découvre la jouissance du bla-bla. Au-delà des effets de signification, le sujet humain, le parlêtre, est habité par une autre jouissance, celle du réel de la parole, voire de lalangue. Dans la cure, cette jouissance est voilée derrière la passion du névrosé pour le sens. Elle n’est pas moins insistante pour autant. Et elle ne va pas sans le corps.

Dans ses fantasmes, le petit Hans met en scène son propre corps, ainsi que ceux de ses parents et des petites filles dont sa libido est captive. Des corps nus ou habillés, partis ou revenus, solitaires ou accompagnés, debout ou par terre, au galop ou au repos, angoissés ou sereins. Tout le potentiel pulsionnel du petit garçon se trouve métabolisé à travers cette exploitation d’images corporelles. Sans oublier le corps princeps du cas, celui du cheval dans toutes ses versions : en arrêt, en mouvement, en tumulte, tombant, mordant… Si le cheval est bien ce qui nomme la jouissance du petit Hans, celle-ci ne se laisse pas confiner au pouvoir métaphorique du langage. Un réel non assimilable au sens y insiste : le fameux « noir » devant la bouche du cheval, présentification de l’objet regard irréductible à toute intention de signification.
           
C’est ce « noir » énigmatique, non inclus dans le grand schéma de la métaphore paternelle ébauché dans ce séminaire, qui rebondira dans une conception lacanienne du corps au-delà de l’imaginaire, ouverte aux chicanes du réel.
 

[1] Lacan J., Le Séminaire, Livre IV, La Relation d’objet, Paris, Seuil, 1994, p. 343.
[2] Id.
[3] Ibid. p. 344.
TRACES >>>
INSCRIPTION / REGISTER HERE →
Facebook Facebook
Twitter Twitter
NLS NLS
Our mailing address is: 
accueil@amp-nls.org
Join NLS Messenger

 unsubscribe from this list

Copyright © 2020 NLS.
All rights reserved.


"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110



INSCRIPTION / REGISTER HERE →

NLS Congrès présente

Lieve Billiet
De l’Un de l’unité à l’Un de l’événement de corps [1]

De quoi parlons-nous quand nous parlons du corps? Nous employons le mot au quotidien, mais sans doute importe-t-il se défaire de l’illusion qu’il irait de soit qu’on sait de quoi on parle quand on parle du corps. Lacan a conceptualisé le corps de plusieurs façons : comme une image dans le miroir, comme un monument érigé, comme une surface trouée, comme un sac vide, comme la seule consistance mentale, comme une substance jouissante, …. Le thème de l’année et l’argument d’Alexandre Stevens m’ont mis au travail et voilà que je vous apporte ce que j’ai appris moi-même en retravaillant le thème, en revenant sur les conceptualisations du corps à travers l’enseignement de Lacan. Prenant comme fil la question de l’Un et de l’unité, mon parcours me mènera du corps du narcissisme, au corps du désir, puis au corps de la pulsion, enfin au corps de la jouissance. En cours de route, je ferai quelques petits détours du côté des philosophes qui sont des interlocuteurs importants de Lacan concernant le corps. Il me semble que, en gros, le débat gravite autour de deux questions : le corps relève-t-il de l’être ou de l’avoir ? le corps, est-il mort ou vivant ?
 
Le corps du narcissisme – l’Un de l’unité
 
Comment se fait-il que l’être humain puisse avoir l’illusion d’avoir un corps ? C’est la question avec laquelle Lacan fait son entrée dans la psychanalyse. Si d’emblée la question de l’avoir se pose, c’est que d’emblée il est clair que ce corps l’être humain ne l’est pas. Lacan se sert de son stade du miroir comme d’une grande balayette – pour reprendre les mots d’Eric Laurent – pour toucher à l’évidence du narcissisme dans le milieu psychanalytique.  “Le terme de narcissisme avait été introduit par Freud, et donnait l’idée d’une connaturalité du sujet avec son corps, d’une identification première du sujet avec son corps.  Lacan va se servir des apports d’autres disciplines pour montrer à quel point le sujet reste toujours à l’extérieur de son corps. Pas de narcissisme primaire est équivalent à dire : on a un corps, on ne l’est pas.”[2] Plutôt qu’un stade, le stade du miroir est une condensation logique, précise Eric Laurent. En effet, il ne s’agit pas d’une étape inscrite dans le programme du corps biologique, dans l’être. L’unification du corps morcelé de l’infans se réalise par l’assomption de l’image de l’autre que l’enfant est pour lui-même. Et c’est pour autant qu’il s’identifie avec l’image de l’autre dans le miroir, qu’il n’est plus ce corps biologique, morcelé, marqué par la prématurité, mais qu’il aura un corps, qu’il appellera ‘mon corps’. Le ‘mon’, possessif, témoigne bien qu’on est dans le registre de l’avoir.  Si cette assomption met fin au morcellement, à la déhiscence, à la discorde primordiale, – les mots figurent dans le texte de Lacan et évoquent une détresse, un désarroi organique originelle – elle ne le fait qu’en installant une autre discordance, une autre faille. Le corps que l’on a, que l’on s’est approprié comme le sien, est un corps étranger, un corps autre. C’est en cela que c’est une illusion qu’on l’aurait.

Précisons une chose. Quand on dit : l’infans s’identifie avec l’image de l’autre, on pourrait penser que l’initiative vient tout de lui. Ce n’est pas ce que Lacan pose. Sa thèse fondamentale à ce moment, thèse qu’il développe beaucoup plus loin dans son texte Propos sur la causalité psychique, concerne les effets formateurs de l’image, plus précisément du type d’image appelé Gestalt, une image qui a une certaine prégnance. L’image du corps est une telle Gestalt.

Le mot pregnance souligne ce que l’image peut avoir d’imposant, de contraignant, d’incontournable. Alors l’infans est-il pure passivité, réceptivité ? Non. Et c’est bien là qu’il y a un écart entre l’opérativité de la Gestalt dans le monde de l’animal et le monde de l’être humain.  Chez l’animal l’effet est immédiat et automatique, chez l’être humain il faut un consentement, c’est ce qu’implique le mot d’assomption. L’infans doit assumer l’image qui s’impose de l’extérieur. Pour qu’il puisse le faire, il faut la présence de l’adulte, de l’Autre qui incarne le point d’où l’enfant peut se voir. Ce point est un point symbolique, qui permet d’échapper à la dimension purement persécutrice de l’image.

Dans cette première conceptualisation du corps, l’effet du symbolique est donc l’unification du corps comme image. Alexandre Stevens le formule ainsi : « Le corps dans sa première présence, comme pur organisme, comme réel, est morcelé et c’est par l’image qu’il est fait Un, mais un Un tout imaginaire donc. La seule signification ici est celle d’une efficacité symbolique réduite à l’identification imaginaire, … »[3] En effet, qu’il s’agit du corps imaginaire, n’empêche pas qu’il y a bien un élément symbolique en jeu. Par là on peut dire que la prégnance de la Gestalt, l’empreinte de la belle forme est bien la première modalité de l’effet corporel du symbolique.

 
Deux remarques avant d’aller plus loin. Premièrement, la thèse des effets formateurs de la Gestalt constitue un renversement radical de la théorie classique de la perception et de la connaissance selon laquelle le sujet de la perception, le percipiens, se trouve hors du champ du perçu, hors du perceptum. Par la perception il acquiert une connaissance de ce monde. Et en intégrant les perceptions, il obtient une image unifiée du monde, comme de son corps.

Non, dit Lacan, ce n’est pas l’infans qui intègre les pièces détachées du corps en image unifiée. Cette image est une Gestalt qui s’impose de l’extérieur. Le perceptum s’impose, tout comme la connaissance d’ailleurs. D’où sa structure paranoïaque. Elle est d’une certaine façon persécutrice.

Lacan va critiquer cette théorie classique de façon beaucoup explicite dans la première partie de son texte D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose. Elle ne sera plus fondée là sur les effets formateurs de la Gestalt, mais sur l’effet formateur du signifiant. Mais le renversement est donc bien présent dès son stade du miroir. Elle est essentielle et reste d’une grande actualité, pour autant que la thèse que l’intégration vient de l’extérieur, que la structure s’impose de l’extérieur, que « ça passe par l’a/Autre », que la langue a des effets corporels, est exactement ce que nie l’approche neuro-cognitiviste. Pour le neuro-cognitiviste, l’intégration se fait tout seul, sans a/Autre. Là, pas question d’effets corporels de la langue, quels qu’ils seraient. Lacan passe la balaie sur les postfreudiens comme sur l’organo-dynamisme d’Henry Ey, précisément sur des points qu’on retrouve dans les thèses neuro-cognitivistes contemporaines, y compris sur le corps.

Deuxièmement, la connaissance n’a pas seulement une structure paranoïaque, elle est aussi méconnaissance. Elle ne donne pas « une idée adéquate » du monde, du sujet, de l’autre, du corps. C’est très fondamental dans ce texte et c’est une autre critique à l’adresse des postfreudiens, qui voient dans le Moi, lié au système perception-conscience dans la deuxième topique de Freud, l’instance qui serait le siège du principe de réalité, qui garantirait que ce qui se présente comme perception en soit bien une et non pas une hallucination.

Or, ce qui compte, c’est que cela montre que dans la perception, dans la connaissance, il y a de la libido en jeu. Ce qui s’impose comme perception, ce n’est pas de « l’information » toute neutre comme la théorie classique et comme les neuro-cognitivistes contemporains le postulent, ce qui s’impose c’est une expérience libidinale. Freud est très explicite sur le point que la constitution du champ de la réalité exige une délibidinalisation, il faut que la libido soit extraite. Pour le neuro-cognitiviste, l’input, c’est de l’information, pour le psychanalyste, l’input, c’est une expérience de jouissance. Pour le neuro-cognitiviste le corps est un ordinateur, une machine, et donc mort, pour le psychanalyste le corps est vivant.
Le moi, pour Freud, n’est pas pure garant de la réalité, le moi est siège du narcissisme. Ce narcissisme n’est pas primaire. L’assomption de l’image du corps se fait de façon jubilante. C’est bien une expérience de satisfaction.  Cette assomption aura comme effet que la libido sera localisée dans l’image du corps, qu’elle y sera emprisonnée, qu’elle ne circulera pas partout.[4]

 
Le corps du désir – le corps mortifié, châtré
 
Passons maintenant au Lacan classique qui se sert d’une deuxième balayette, toujours dans les mots d’Éric Laurent,[5] son atome de communication comme alternative au signifiant linguistique, pour arriver à la conception classique du sujet comme ce qui est représenté par un signifiant pour un autre signifiant. Le signifiant ne renvoie pas à la chose, le signifiant renvoie à un autre signifiant ; il ne nomme pas l’être, il représente le sujet comme manque-à-être.

Qu’en est-il du corps de ce sujet qui se définit comme manque-à-être ? Il va de soi que ce corps, le sujet ne l’est pas, puisque en tout cas le sujet n’est pas de l’ordre de l’être. Mais que peut-on dire du corps qu’il a ? Avec l’introduction de l’ordre symbolique, le corps acquiert un statut symbolique. Ce corps symbolique, c’est le corps qui a subi les effets mortifères du signifiant. Le signifiant impose un effet de mortification à la vie, écrit Alexandre Stevens, avec un double effet sur le corps : mort symbolique dans la vie, vie symbolique dans la mort. « La mort symbolique est conçue à cet égard comme négation de la vie biologique, (…) mais aussi bien comme affirmation de la vie symbolique au-delà de la vie biologique. »[6]  Le corps symbolique qui survit le corps biologique, c’est le corps élevé par le signifiant à cette dimension singulière qui le fait saisir dans une organisation funéraire.[7] La sépulture signifie une permanence du corps au-delà de la vie, elle est le signe que la vie et le corps sont désormais marqués par le signifiant.

L’accent mis sur l’effet de mortification, nouvelle modalité de l’effet corporel de la langue, ne doit pas nous faire oublier que l’opération de symbolisation a aussi un effet sur le corps imaginaire. Là où dans le stade du miroir, l’effet du symbolique était la signification de l’unité, maintenant, l’effet dans l’imaginaire sera justement que cette unité est entamée. Désormais l’accent sera sur le manque.[8] Si l’image dans le miroir était bien une image, le corps signifié par le signifiant est un corps représenté. Représentation n’équivaut pas image. Représentation implique manque. Le corps imaginaire est désormais un corps châtré. Ce qui compte, c’est ce qu’on ne voit pas, c’est le phallus imaginaire, le phallus en tant qu’il manque. Double effet corporel de la langue donc : dans le symbolique le corps est mortifié, dans l’imaginaire le corps est châtré. Par le désir, le corps mortifié se trouvera revivifié un peu. De la jouissance, de la vie, il ne restera pas plus qu’un peu de désir.

Ce corps représenté, ce corps du désir, c’est le corps que Freud rencontre dans la clinique de l’hystérie. Dans un texte de 1893, Quelques considérations pour une étude comparative des paralysies motrices organiques et hystériques, il explique comment le corps de l’hystérique, n’est ni le corps de l’anatomie, ni le corps de la perception. C’est le corps de la représentation, un corps dont les symptômes témoignent de la vérité du désir, du manque, de la castration, d’une vérité toujours sexuelle.

 
Le corps de la pulsion – le corps des trous et des bords
 
Avec l’introduction de l’ordre symbolique le corps du désir est venu à l’avant-plan, un corps mortifié dans le symbolique, châtré dans l’imaginaire. Le manque reste donc bien situé dans l’imaginaire, l’Autre étant supposé complet. Cela veut dire que rien de la vie n’échappe à l’opération de mortification, de négativation. C’est ce qui va changer dans un temps suivant.

Dans le Séminaire VI Lacan dira que le grand secret de la psychanalyse est que l’Autre de l’Autre n’existe pas. L’Autre n’étant pas complet, l’opération de symbolisation n’est pas totale, pas tout de la vie est mortifié par le signifiant, pas tout de la libido est capté (emprisonné dans l’image du corps, négativé par le signifiant), transformé en signification phallique.  Ce qui reste en dehors de la symbolisation, sera l’enjeu de l’opération de séparation qui vient compléter l’opération de l’aliénation où se produit l’effet de signification, et résultera dans la production de l’objet a, objet de la pulsion partielle. Le vivant du corps ne sera plus conceptualisé à partir de l’opposition entre l’effet de mortification du signifiant et l’effet de vivification du désir, l’opposition sera celle entre la représentation et la pulsion.

Qu’est-ce que ça veut dire ? De l’image à la représentation l’accent passait du tout visible, du tout perceptible (même si c’était un perceptum qui s’imposait), à ce qui restait invisible, à ce qui manquait dans la représentation (le phallus imaginaire). Avec l’introduction de l’objet a, cet objet hors corps comme Lacan l’appellera, l’opposition ne sera plus entre le visible et l’invisible, titre du livre de Maurice Merleau-Ponty, qui parait au moment du Séminaire XI, l’opposition sera entre le visuel et le scopique.  Au moins pour ce qui concerne l’objet regard.
 

Dans Les prisons de la jouissance Jacques-Alain Miller dit le suivant. La phénoménologie de Husserl et de Merleau-Ponty postule que le visible cache l’invisible. Puisque nous vivons dans un monde tridimensionnel, une partie des objets échappe forcément à la vision. Ce point de départ de la phénoménologie s’oppose au point de départ de Descartes.  Dans le monde de Descartes, tout est plane, nous vivons dans l’étendue. Pas de points aveugles. Dans le monde de Husserl les cachettes fourmillent. Puisque dès qu’on pose que nous voyons les choses à partir d’une certaine perspective, cela implique que d’autres restent cachées. Merleau-Ponty critique l’approche géométrique de l’espace, du monde comme Dieu le voit à partir d’une position transcendantale.

On reconnaît chez Descartes la théorie classique de la perception et de la connaissance que Lacan critiquait dès le stade du miroir. La phénoménologie critique aussi cette théorie classique, mais pas de la même façon. Ce qui revient à dire que cette critique ne suffit pas à faire des phénoménologues des lacaniens, ni de Lacan un phénoménologue. La phénoménologie postule que le sujet de la perception ne se trouve pas à l’extérieur du monde qu’il perçoit, mais elle le fait d’une toute autre façon que Lacan. Pour Lacan il n’y a pas de transparence non plus, il y a des points aveugles, mais le point aveugle n’est pas simplement un objet caché par un autre objet, un angle mort, pourrait-on dire, que l’on pourrait rendre visible avec l’aide d’un miroir spécial, en prenant une autre perspective. Pour Lacan, l’angle mort est un angle où quelque chose échappe de façon radicale à la visibilité, à la perception, et bien parce que ce point est la condition même de la perception. Ce point, c’est la place de l’objet regard.
Et puis, ce point aveugle n’est pas un angle mort, parce que c’est justement le point du plus de vie, le point où reste un part de libido, de jouissance non négativée. Le point aveugle est le point autour duquel la pulsion partielle suit son trajet. Et c’est justement pour autant que le vivant, la libido, est localisée là, que le champ de la réalité se constitue.

Rappelons la thèse de Freud que la constitution du champ de la réalité suppose une délibinalisation. Chez Lacan cette délibinalisation se réalise : 1. En emprisonnant la libido, le vivant dans l’image du corps ; c’est le narcissisme ; 2. en négativant la libido, le vivant dans la signification phallique ; c’est le désir 3. En extrayant la libido, le vivant pour la condenser dans l’objet hors-corps, objet autour duquel la pulsion suit son trajet. On voit à quel point tout cela est affaire de corps, de corps vivant. On voit aussi en quoi tout cela est effet de la langue.

Le corps de la pulsion n’est pas une image de totalité, ni une représentation, le corps de la pulsion est un corps où l’accent est sur les orifices corporels, c’est un corps de trous et de bords, c’est un corps d’objets hors-corps, d’objets chu du corps : le regard, la voix, les fèces, le sein.  Cette multitude d’objets met fin à toute idée d’unité ou d’unification du corps vivant. Pour Lacan, et en cela il diffère de Freud, il n’y a même pas un début de rassemblement, d’intégration des pulsions partielles qui se subordonneraient au phallus. Plus question d’une tendance à l’unification, tendance fondamentale de l’Eros. La seule chose qu’il y a, c’est le voile de l’image ; le corps imaginaire voile un corps de trous et de bords.

 
Le corps de la jouissance – le corps troumatisé, l’Un de l’événement de corps
 
Jusque-là, Un et unité semblaient aller de pair. Le morcellement du corps est voilé par l’image du corps unifié. Et ce corps unifié incarne en même temps la notion de l’Un. Le corps unifié constitue la quantité Un. Dans le Séminaire XX Lacan va séparer radicalement les notions de l’unité et de l’Un. L’Un du corps unifié est purement imaginaire. Mais il y a un autre Un. Dans Biologie lacanienne et événement de corps Jacques-Alain Miller souligne que la question d’où vient le Un, parcourt comme un fil rouge le Séminaire XX. La réponse de Lacan : le Un vient du signifiant.[9]

Dans ce Séminaire XX Lacan dit que le signifiant est cause de jouissance.[10] Ce signifiant-cause de jouissance, ce signifiant Un, il ne le définit plus comme un élément discret, mais comme un rond de ficelle. Pourquoi ? Parce que le rond de ficelle est « la plus éminente représentation du Un en ce sens qu’il n’enferme qu’un trou. »[11] La rencontre de la langue avec le corps est de l’ordre de la contingence. Cette rencontre affecte le corps, elle laisse une trace.  Cette trace en tant que tel est un trou, mais elle produit un effet d’itération. Voilà un effet de langue qui n’est pas effet de sens mais effet de jouissance.
Lacan va définir le corps à partir de la notion de la substance jouissante. C’est une définition très radicale pour autant que la question n’est plus comment corps et jouissance sont articulés (via la Gestalt, via la signification phallique, via les pulsions partielles), mais que le corps est défini à partir de la jouissance. « Un corps cela se jouit. »[12]   On pouvait étudier l’articulation entre jouissance et corps aussi longtemps qu’il s’agissait du corps imaginaire (que ce corps imaginaire soit abordé comme image d’une totalité, comme représentation avec le manque que cela implique, comme ayant des orifices). Quand il s’agit du corps réel, corps et jouissance, c’est la même chose. Définir le corps comme substance jouissante, c’est abandonner toute notion intuitive, imaginaire de ce que serait un corps, pour dire plus radicalement encore qu’avant qu’il n’y a pas d’évidence du corps, qu’il n’y a de corps que pour autant que l’impact du signifiant fait exister le corps comme substance jouissante.[13]

La notion de substance jouissante est la réponse de Lacan à Descartes. Descartes rompt avec l’idée aristotélicienne d’une harmonie, d’une unité du corps et de l’âme, de l’identification du corps et de l’être, du corps et de la vie. Chez Aristote, le corps est vivant, le corps respire le cosmos ; chez Descartes le corps est mort.[14] Le corps est pure étendue, le corps est une machine.[15] Depuis Descartes, qui met fin à l’union entre corps et âme, l’être humain n’est pas un corps, il a un corps. Et ce corps qu’il a, est un corps mort. Il y a bien eu des tentatives dans la philosophie de restaurer l’unité du vivant, souligne Jacques-Alain Miller, comme par exemple la phénoménologie « qui essaye de restaurer la connaturalité de l’homme au monde, qui se centre sur la présence corporelle, qui étudie la présence au monde dans, par, à travers un corps.[16] (…) La présupposition, (…) c’est qu’il y a quelque part un lieu de l’unité, qui est l’identification de l’être et du corps. »

Ce n’est pas en restaurant, comme les phénoménologues, l’unité du vivant aristotélicienne que Lacan va réinsuffler la vie au corps mort cartésien. Pour Lacan, ce qui rend le corps vivant, c’est la jouissance. A la substance étendue cartésienne, Lacan oppose le jouir d’un corps. Le corps-substance jouissante du parlêtre s’oppose au corps du sujet.  Je renvoie à l’argument d’Alexandre Stevens où il cite Jacques-Alain Miller : « Le sujet lacanien (…) il n’avait qu’un corps visible, réduit (…) à la prégnance de sa forme (…). Est-ce qu’avec la pulsion, avec la castration, avec l’objet a, le sujet retrouvait un corps ? Il ne retrouvait qu’un corps que sublimé par le signifiant. Avant le dernier enseignement de Lacan, le corps du sujet, c’était toujours un corps signifiantisé, porté par le langage. Il en va tout autrement à partir de la jaculation Yadl’Un parce que le corps apparaît alors comme l’Autre du signifiant, en tant que marqué, en tant que le signifiant y fait événement. » [17]

Le corps-substance jouissante est un corps traumatisé, c’est un corps où itère la frappe du signifiant – effet corporel de la langue -, c’est le corps de ce que Lacan appellera dans son texte sur Joyce l’événement de corps.  Là, il n’est plus question uniquement d’être ou d’avoir. Ce corps de l’événement de corps, sûrement le parlêtre ne l’est pas, et sûrement il pense seulement l’avoir, puisque le corps fout le camp à tout instant, ajoute Lacan. L’évènement de corps n’est ni de l’ordre de l’être, ni de l’ordre de l’avoir, il est de l’ordre de l’existence. C’est ce que Jacques-Alain Miller a développé dans son cours sur l’Etre et l’Un.

References:
 

[1] Ce texte reprend une intervention à la Journée de la NLS-Québec, 27 mars 2021.
[2] E. Laurent, Sur l’envers de la biopolitique, Quarto, 115-116, p. 11.
[3] A. Stevens, Effets corporels de la langue, Blog du congrès[4] J.-A. Miller, L’image du corps en psychanalyse, Quarto, 68, pp. 94-104.
[5] E. Laurent, o.c., p. 14.
[6] J.-A. Miller, Biologie lacanienne et événement de corps, La Cause freudienne, 44, p. 21.
[7] A. Stevens, o.c..
[8] J.-A. Miller, Les prisons de la jouissance, La Cause freudienne, 69, p. 116.
[9] J.-A. Miller, Biologie lacanienne …, o.c., p. 8.
[10] J. Lacan, Le Séminaire Livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 27.
[11] Ibid., p. 115.
[12] Ibid., p. 126.
[13] Ca évoque pour moi ce que Lacan a pu dire sur la paranoia : ayant étudié dans sa thèse de doctorat le rapport entre paranoïa et personnalité, il dira plus tard que la paranoïa c’est la personnalité ;  là il s’agissait de l’abandon très radical de toute conception intuitive, psychologisante de ce que serait la personnalité, comme d’ailleurs la paranoïa.
[14] J.-A. Miller, Biologie lacanienne …, o.c., p. 12.
[15] Lacan le souligne dès son séminaire II, renvoyant à un livre de Descartes L’homme, dont le premier chapitre s’intitule : La machine du corps.
J. Lacan, Le Séminaire Livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Paris, Seuil, pp. 93-94.
[16] La phénoménologie ne part pas du lien entre perception et conscience, mais entre l’expérience corporelle et la perception.
[17] J.-A. Miller, L’Etre et l’Un, cours 12.
TRACES >>>
INSCRIPTION / REGISTER HERE →
Facebook Facebook
Twitter Twitter
NLS NLS
Our mailing address is: 
accueil@amp-nls.org
Join NLS Messenger

 unsubscribe from this list

Copyright © 2020 NLS.
All rights reserved.


image.png 


UN NOUVEAU
SITE POUR LA NLS !
 


Une même adresse

www.amp-nls.org/fr

 

Un nouveau logo

NLSlogo2020-1.png

 

 

DIVERSITÉ
D’UNE ÉCOLE DE PSYCHANALYSE

 

5 Sociétés affiliées

6 Groupes
affiliés

4 Groupes associés 

7 Initiatives


Schermafbeelding 2021-03-18 om 08.51.30.png

 

Dans l’orientation lacanienne
avec l’Association Mondiale de Psychanalyse
et l’EuroFédération de
Psychanalyse

Dans l’École Une
           avec une boussole : la passe

 

 

DIVERSITÉ DES
PAYS … DIVERSITÉ DES LANGUES

 

Dans la NLS, on parle et on publie en anglais et en français, langues
officielles.

Mais aussi en grec, bulgare, allemand, danois, polonais, néerlandais,
portugais, russe,

 ukrainien, albanais, hébreu :


Publications de la NLS : The Lacanian
Review
+ Lacanian Review Online

Publications des Sociétés et des Groupes

Traductions des Séminaires et des Écrits de
Lacan

Nouvelles publications dans l’AMP

 

Schermafbeelding 2021-03-18 om 08.52.33.png

Bibliographies croisées EN / FR

 Écrits et séminaires de J. LACAN

 Textes publiés de J.-A.
MILLER

Schermafbeelding 2021-03-18 om 08.50.23.png


DIVERSITÉ DES SAVOIRS

 

S’affronter
à son non-savoir, à plusieurs

LES CARTELS

Échanger

LE CONGRÈS, LES
SÉMINAIRES « NOUAGES »

Débattre

QUESTIONS D’ÉCOLE

Se
former à la clinique

CONNEXIONS

avec
les Sections cliniques et les réseaux du Champ freudien

Schermafbeelding 2021-03-18 om 20.26.35.png
Schermafbeelding 2021-03-18 om 08.49.59.png
Schermafbeelding 2021-03-18 om 08.50.34.png
________________________________________________________

New Lacanian School

Désinscription – Unsubscribe
Le site de la NLS website
Inscription – Sign up for the Newsletter

"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110



INSCRIPTION / REGISTER HERE →

NLS Congrès présente

Anna Pigkou
Événement de corps

Le terme d’« événement de corps » apparaît chez Lacan dans la dernière partie de son enseignement. Il vient éclaircir le concept de symptôme analytique. Nous le rencontrons une fois dans Joyce le symptôme, où nous pouvons lire : « Laissons le symptôme à ce qu’il est : un événement de corps » [1].

J.-A. Miller nous dit que lorsque l’on parle d’événement de corps « il s’agit en fait toujours d’événements de discours qui ont laissé des traces dans le corps » [2]. Et cela parce que « le signifiant n’a pas seulement effet de signifié, mais qu’il a effet d’affect dans un corps » [3].

Au cours d’une analyse, on fait l’expérience d’événements de discours. D’une part l’analysant découvre qu’une parole qu’il a entendue pendant son enfance a représenté pour lui un événement qui a marqué son corps, et de l’autre il constate qu’au fil de l’association libre, certains mots qui émergent, sous transfert, créent tout comme le traumatisme une coupure et marquent pour lui un avant et un après dans son rapport avec son histoire.

L’événement de corps a donc affaire avec le traumatisme, les traces de coupure, l’accident. Il est dans sa nature connoté de la première fois et s’oppose « au symptôme médical qui est un fait reproductible » [4].

Dans l’analyse, nous dit J.-A. Miller, « on se soulage dans la mesure où on apprend à lire l’événement de corps. Mais il est réaliste de reconnaître qu’on achoppe toujours sur l’illisible » [5]. Cet illisible est, on peut dire, le reste de l’événement traumatique qui soutient, au cas par cas, le ton singulier du bien-dire et conduit à la fin de la cure le parlêtre vers « là où ça était » [6].

[1] Lacan J., « Joyce le symptôme », dans Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.569.
[2] Miller J.-A., « Biologie lacanienne et événement de corps », dans La Cause freudienne, n°44, février 2000, p. 7-59.
[3] Idem.
[4] Dewambrechies-La Sagna C., « Avoir un corps ou avoir un mur pour appui », dans La Cause du désir, no 100, p. 91.
[5] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Pièces détachées », enseignement prononcé dans le cadre du 1er décembre 2004, département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours 25 mai 2005, inédit.
[6] « Wo Es war, soll Ich werden », Sigmund F., Vorlesung 31, Die Zerlegung der psychischen Persönlichkeit“ (1933), trad. fr. in Nouvelles Conférences d’introduction à la psychanalyse“.
TRACES >>>

NLS Congress presents

Anna Pigkou
Body Event

The term “body event” appears in Lacan’s later teaching. It further clarifies the concept of the analytical symptom. We encounter it once in Joyce the symptom, where we can read “let the symptom be what it is: a body event.” [1]

J.-A. Miller tells us that when we speak of a body event “in effect, this always regards discourse events that have left traces on the body.” [2] And this happens because “the signifier does not only have signifying effects, but it also has effects of affect in a body.” [3]

In the course of an analysis, we have the experience of discourse events. On the one hand, the analysand discovers that a word heard during childhood, represents an event that has marked the body. On the other hand, the analysand notices that through the course of free association, certain words that emerge, under transference, create the trauma of a cut and mark a before and an after in relation to one's history.

Therefore, the body event has to do with trauma, the traces of cut, the accident. It is in its nature connoted since the first time and is opposed to “the medical symptom that is a reproducible fact.” [4]

In analysis, J.-A. Miller tells us, “we are relieved to the extent that we learn to read the body event. But it is realistic to recognise that we always stumble on the illegible.” [5] This “illegible” constitutes, we can say, the residue of the traumatic event that supports, case by case, the singular tone of the well-saying and at the end of the cure, leads the parlêtre towards “there where it was.” [6]

Translated by Yannis Grammatopoulos
Reviewed by Caroline Heanue

[1] Lacan J., «Joyce the symptom,» in Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p.569

[2] Miller J.-A., «Lacanian Biology and the Body Event» in La Cause freudienne, n°44, February 2000, p. 7-59.
[3] Idem.
[4] Dewambrechies-La Sagna C., «To have a body or to have a wall for support,» in La Cause du désir, no 100, p. 91.
[5] Miller J.-A., «The Lacanian Orientation. Spare Parts,» teaching delivered in the framework of 1st December 2004, Department of Psychoanalysis, Paris VIII University, course 25 May 2005, unpublished.
[6] « Wo Es war, soll Ich werden » Sigmund F., Lecture 31, The Dissection of the Psychical Personality,“ 1933, S.E., Volume XXII, transl. Strachey J,. The Hogarth Press, Vintage, London, 2001.
TRACES >>>
INSCRIPTION / REGISTER HERE →
Facebook Facebook
Twitter Twitter
NLS NLS
Our mailing address is: 
accueil@amp-nls.org
Join NLS Messenger

 unsubscribe from this list

Copyright © 2020 NLS.
All rights reserved.


"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110



INSCRIPTION / REGISTER HERE →

NLS Congrès présente

Alexandre Stevens
Le corps marqué par la langue


ENGLISH TRANSLATION AVAILABLE SOON

Dans son dernier séminaire (1), “Le moment de conclure”, Lacan dit ceci : "Le Symbolique, c’est le langage : on apprend à parler et ça laisse des traces (…), des conséquences qui ne sont rien d'autre que le sinthome et l'analyse consiste (…) à se rendre compte de pourquoi on a ces sinthomes(…).” (2) C’est-à-dire que le langage a un effet sur le corps, le marque par des traces qui empêtrent l'être parlant, qui l’embrouillent et qui sont le sinthome. C’est un effet réel de la langue sur le corps. Le parlêtre est frappé par le langage dans lequel il entre, et cela laisse une marque réelle, un effet de jouissance. Ce n’est pas comme dans le temps classique de l’enseignement de Lacan où le sujet est pris dans le signifiant et ses effets de signification, ici c’est un effet corporel de la langue, une frappe du signifiant sur le corps. C'est la position du dernier Lacan.
 
De l’imaginaire au symbolique
 
Chez Freud il y a bien quelques remarques sur le corps comme organisme, ainsi quand il dit que “l’anatomie c’est le destin”. Mais fondamentalement le corps des organes n’est pas ce qui est au premier plan quand nous parlons du corps en psychanalyse. Dans le tout premier temps de l’enseignement de Lacan le corps est essentiellement saisi comme image unifiante qui constitue une première identification. Le corps réel est alors le corps morcelé d’avant cette prise dans l’image idéalisante. Cette image est déjà ce qui forme le Moi chez Freud, qui est certes très hétérogène, mais qui est “avant tout un Moi corporel.”(3) Il est pour Freud “projection d’une surface”. C'est l'image du corps que Lacan développera dans “Le stade du miroir”, en y ajoutant un caractère aliénant puisqu’elle est construite à partir d'une image autre, dans le miroir. La jouissance y est narcissique puisque le sujet jouit de sa propre image.
 
Dès le Lacan classique qui avance la prééminence du signifiant, cet imaginaire se trouve réglé par le symbolique. C’est la loi de fer du signifiant qui s’impose alors comme un réel, ce que Jacques-Alain Miller appelle le “réel-ordre” (4), et dont les schémas de “La lettre volée” nous donnent l’idée. C’est le corps mortifié par le signifiant qui a ce double effet de mort symbolique dans la vie et de vie symbolique dans la mort. Empédocle se suicidant dans l’Etna restera à jamais présent dans la mémoire des hommes.
 
Des bouts de réel
 
Mais un pas de plus est franchi par Lacan à partir du Séminaire XI et une autre signification du réel apparaît. Avec la distinction entre deux types de répétition, αυτοματον et τυχη, il donne un nouveau sens au réel. L'automaton est la répétition signifiante qui obéit à l'ordre symbolique, la tuche est la répétition d'un traumatisme. C'est le réel qui est au principe de cette répétition qui se produit comme par hasard. On passe d’un réel ordre à un réel-trauma. Le corps n'apparaît plus seulement comme une image ou pris dans un ordre symbolique, mais aussi comme le lieu d'une autre jouissance du corps, partielle, liée à des morceaux de réel.
 
C'est ce qui donne à l'objet petit a sa place légitime : des bouts de réel, des bouts de jouissance. Le corps est maintenant pris dans la série de ses objets. Eric Laurent fait valoir que la sépulture, par où le corps reste corps et ne devient pas charogne, est une écriture par laquelle “le corps se fait absence inscrite, autour de laquelle les objets de jouissance se disposent et se déposent.” (5) “À côté du vide dont l’ensemble des ossements est le corrélât, il reste les instruments de la jouissance qui se présentent comme autant de sous-ensembles autour du sujet. (…) Les instruments de jouissance débordent donc toujours les prolongements d’organes qu’ils peuvent incarner; ils sont toujours en excès” (6).
 
Mais ce “moment logicien” du développement de Lacan “trouve son point d’arrêt (…) dans le Séminaire XX Encore, chapitre VIII, quand Lacan baisse les bras (…) et formule que l’objet a ne peut pas «se soutenir dans l’abord du réel.»” (7) C'est là que Jacques-Alain Miller fait commencer le dernier Lacan. “Il y a une deuxième version du réel, pas la version bout. Il y a la version que Lacan appelle le sinthome. (…) c’est vraiment autre chose, puisque le sinthome, c’est un système. C’est bien au-delà du bout de réel (…), c’est le réel et sa répétition.” (8)
 
Maladie de la mentalité
 
Pour entrer dans cette perspective nouvelle du corps dans le dernier Lacan, je veux commenter le syntagme “maladies de la mentalité” évoqué dans l’argument du Congrès NLS 2021 sur “Les effets corporels de la langue”.
 
Il est utilisé par Jacques-Alain Miller dans un texte de 1977 (9) sur la présentation de malades de Lacan. Il y s’agit notamment du commentaire  d’une présentation faite par Lacan en 1976, c’est-à-dire au moment du Séminaire XXIII, Le Sinthome, donc au cours de la période que Jacques-Alain Miller appellera quelques années plus tard “le dernier enseignement de Lacan”.
 
Je reprends le cas dont Lacan dit qu’elle est “à compter au nombre de ces fous normaux qui constituent notre ambiance". Cette première remarque n’est pas sans nous faire penser, bien sûr, à ce que Jacques-Alain Miller formulera plus tard comme psychose ordinaire.
 
La patiente se décrit elle-même comme désarrimée. Je la cite : "j'ai toujours des problèmes avec mes employeurs, je n'accepte pas qu'on me donne des ordres quand il y a un travail faire, qu'on m'impose des horaires, j'aime faire ce qui me plait, je déchire mes fiches de paie, je n'ai aucune référence, je suis à la recherche d'une place dans la société, je n'ai plus de place (…)
 
Mais surtout elle flotte dans les repères imaginaires les plus élémentaires. Je la cite encore : “je ne suis ni une vraie, ni une fausse malade, je m'étais identifiée à plusieurs personnes qui ne me ressemblent pas, j'aimerais vivre comme un habit.” Il n’y a pas de Moi constitué, au sens freudien, pas d’identification imaginaire, pas d’image du corps. Elle est dans le pur semblant. Jacques-Alain Miller écrit : “Elle était dans un flottement perpétuel comme elle le traduisait très lucidement par une formule remarquable : "je suis intérimaire de moi-même". Mère, elle voudrait "ressembler à une mère", et l'évocation de son enfant, dont elle est éloignée, la photographie de celui-ci, ne l'accrochent nullement.
 
Lacan en dit ceci : “Cette personne n'a pas la moindre idée du corps qu'elle a à mettre sous cette robe, il n'y a personne pour habiter le vêtement.
 
C’est ce cas, qu’avec les indications de Lacan, Miller pointe comme “maladie de la mentalité”  et il ajoute : “notre clinique nous impose de distinguer entre les maladies de la mentalité et celles de l'Autre. Les premières tiennent à l'émancipation de la relation imaginaire, à la réversibilité a-a', éperdue de n'être plus soumise à la scansion symbolique. Ce sont les maladies des êtres qui s'approchent du pur semblant.
 
A distinguer donc des maladies de l’Autre, celles où il y a conviction, certitude, où le sujet ne flotte pas mais a affaire à un Autre complet ou parfait ou méchant, quitte à être lui-même réduit au déchet. Cette opposition entre maladie de la mentalité et maladie de l’Autre ne se superpose pas simplement au couple schizophrénie-paranoïa, mais correspond plutôt à deux modèles : Joyce et Schreber, qui sont les deux repères de la psychose que Lacan prend respectivement dans son dernier enseignement et dans son moment classique.
 
La maladie de la mentalité c’est celle où le corps imaginaire s’efface, non soutenu par la dimension de la parole. Jacques-Alain Miller termine son texte sur la présentation de malade en précisant : “La maladie mentale est sérieuse quand le sujet a une certitude : c'est la maladie de l'Autre non barré, (…) La maladie de la mentalité, si elle n'est pas sérieuse, ne prend pas davantage la parole au sérieux.
 
Maladie de la mentalité c’est un diagnostic que nous n’utilisons pas souvent. Toutefois le champ clinique qu’il recouvre est assez clair. Jacques-Alain Miller en reparle en 2010 dans La vie de Lacan, je cite : “C'est ce que plus tard, bien plus tard, j'ai épinglé du nom (…) de ‘psychose ordinaire’. C’est quand, si l'on veut, la psychose ne prend pas forme et où c’est justement cet informe qui la dénonce.
 
Dans les psychoses ordinaires on peut parfois mettre en valeur une série de phénomènes corporels qui visent, pour le sujet, à agrafer son corps (10) : tatouages, piercings, etc… Ici, dans la présentation du cas par Lacan, c’est l’habit qui cherche à accrocher le corps. La surface de l’image du corps fait ici défaut et le vêtement tente de s’y substituer, comme elle le dit dans cette phrase : ” j'aimerais vivre comme un habit”.
 
Qu’est-ce que la mentalité ?
 
Précisons ce qu’est cette mentalité. La même année, dans le Séminaire XXIII, Le sinthome, Lacan le dit clairement : “la mentalité, c’est-à-dire l’amour-propre.” (11) Il équivoque entre la senti-mentalité et ce qui ment dans la ment-alité. La mentalité ment parce qu’elle est au principe de l’imagination. Ainsi “Le parlêtre adore son corps parce qu’il croit qu’il l’a.” (12) Soyons clair, la formule “il croit qu’il l’a” veut dire qu’il ne l’a pas, mais qu’il se fait croire qu’il l’a. D’ailleurs Lacan le dit explicitement juste après : “En réalité, il ne l’a pas, mais son corps est sa seule consistance — consistance mentale, bien entendu (…)” Le corps est donc la seule consistance du parlêtre. Jacques-Alain Miller commente ainsi : “ça veut dire que le symbolique ne donne pas au parlêtre de tenir ensemble” (13).
 
Il y a un certain paradoxe à souligner qu’il ne l’a pas, puisque Lacan insiste par ailleurs sur la dimension d’avoir liée au corps. On a un corps, on ne l’est pas. Ici cet avoir est lié à l’amour propre, à la mentalité, comme consistance mentale. Il ne s’agit donc pas simplement du corps organique qui “fout le camp à tout instant” bien qu’il subsiste miraculeusement jusqu’au bout, “le temps de sa consumation” (14).  C’est plutôt le corps tel que le sujet le soigne et tel qu’il se jouit. La formule qu’en donne Lacan est très explicite “Je le panse, donc je l’essuie”. Ce n’est pas la pensée qui est première, comme dans “je pense donc je suis”, c’est cette jouissance du corps, de la panse. On entends bien, dans l’expression “je le panse”, que je le soigne, mais surtout Lacan ajoute “je le fais panse” ce qui ne laisse aucun doute sur le fait de cette jouissance. “C’est la racine de l’imaginaire” (15), précise Lacan. C’est “une sorte d’amour primaire, non pas de l'Autre mais de soi, un culte” (16), ajoute Jacques-Alain Miller.
 
La mentalité consiste donc à adorer son corps, et c’est même “le seul rapport que le parlêtre a à son corps.” (17) Jacques-Alain Miller, commentant ce passage, fait remarquer que s’il n’y a pas de rapport sexuel, il y a néanmoins un rapport corporel : “Le rapport que Lacan a perdu au niveau sexuel, dont il a constaté, cru constater l'inexistence au niveau sexuel, c'est-à- dire le rapport dont il a formulé l'inexistence au niveau sexuel, il le retrouve au niveau corporel et d'une certaine façon Joyce sert d’exemple à : il y a un rapport corporel.” (18)
 
Cette adoration du corps propre qui n’en passe pas par l’Autre du signifiant est évidemment un nouveau rapport au corps. Le corps dont il s’agit dans ce dernier Lacan, c’est “le corps en tant qu’il se jouit” (19), et non pas simplement un corps qui jouit. On saisit bien dès lors que le terme “maladie de la mentalité” situe une absence de ce rapport fait d’adoration, du parlêtre à son corps. La malade de la présentation de Lacan aimerait être une robe, ce qui pourrait faire substitut au défaut de ce rapport, en métaphorisant en quelque sorte le corps par la robe. Mais elle y échoue.
 
La pensée et l’autre corps
 
Il y a donc l’adoration du corps propre, mais il y a aussi l’adoration de l’autre corps, du corps d’une ou d’un autre, qui introduit au deux, c’est-à-dire à la dialectique signifiante, au sens et au sexuel, donc à la pensée. Jacques-Alain Miller remarque “qu’il y a une différence à exploiter qui est seulement évoquée, esquissée, dans le Séminaire du Sinthome, une différence entre la mentalité et la pensée. (…) Et donc Lacan isole comme primaire le rapport corporel (…) et le distingue du rapport au corps autre, où là il y a pensée, il y a sens et il y a référence sexuelle.” (20)
 
Ce qui distingue la mentalité comme première, centrée sur le Un, avant que la pensée n’introduise le sexuel : “Il est clair que l’ébauche même de ce qu’on appelle la pensée, que tout ce qui fait sens, comporte, dès que ça montre le bout de son nez, une référence, une gravitation à l’acte sexuel, si peu évident que soit cet acte.” (21)
 
Dans son livre L’envers de la biopolitique, Éric Laurent fait remarquer que nous avons un bon exemple de cette pensée dans la Préface à l’Éveil du Printemps. Lacan y dit, à propos de ce qui se passe pour les garçons avec aux filles, “ils n’y songeraient pas sans l’éveil de leurs rêves” (22). Il y a certes l’éveil pubertaire, mais pour que l’amour de l’autre corps surgisse, au-delà de l’aléatoire de la rencontre, il y faut aussi la pensée, l’éveil des rêves.
 
Il y a donc une différence entre l’amour propre et l’amour de l’autre corps, mais les deux se situent dans le domaine de l’avoir. On croit avoir son corps, mais on croit parfois aussi avoir le corps de l’autre. N’utilise-t-on pas en effet le pronom possessif dans l’expression “ma femme” par exemple. Il est évidemment moins sûr qu’elle y croie ! De toute manière on ne l’a bien sûr pas. “La relation à l’autre corps n’est pas un corps-à-corps avec le semblable. Elle est marquée par le fait qu’en parlant le parlêtre fait lien, il peut séduire un autre corps, mais il ne peut le “faire sien”. Le sujet reste séparé de l’autre corps par sa jouissance.” (23)
 
La malade de la présentation de Lacan, qui n’a pas vraiment le sentiment d’avoir un corps, est également flottante par rapport à l’autre corps quand elle s’identifie à des inconnus.
 
Un rapport d’être au corps
 
Dans ce même cours Miller ajoute ceci : “il y a le rapport corporel joycien (…) qui est d'emblée distinct puisque ce qui est au centre là, ça n'est pas l'adoration du corps, (…) c'est l'idée de soi comme corps. Et il me semble qu'il faudrait là opposer l'adoration du corps propre et la moïsation du corps propre, si je puis dire. Le premier rapport d'adoration reste un rapport d'avoir alors que l'Autre est un rapport d’être.” (24) Donc on pourrait parler de maladie de la mentalité pour Joyce également, mais avec cette formule substitutive : il n’a pas un corps, il l’est. Formule un peu énigmatique que je voudrais chercher à éclairer.
 
Une scène du “Portrait de l’artiste en jeune homme” est commentée par Lacan. Il s’agit de la dispute qui surgit entre Stephen et Héron à propos du poète Byron. Héron et ses camarades se jettent sur Stephen, l’acculent contre un grillage de fil de fer barbelé et le frappent. Au bout d’un moment il se dégage et “les vêtements déchirés, le visage en feu, haletant, s’en allait trébuchant derrière eux, à demi aveuglé par les larmes, serrant les points de rage et sanglotant…” (25). Juste après : “tandis que les scènes de cet épisode cruel repassaient avec une rapidité aiguë dans sa mémoire, il se demandait pourquoi il ne portait pas malice maintenant à ceux qui l’avaient tourmenté. Il n’avait pas oublié un seul détail de leur lâcheté mauvaise, mais leur souvenir n’éveillait en lui aucune colère. (…) il avait senti qu’une certaine puissance le dépouillait de cette colère subitement tissée, aussi aisément qu’un fruit se dépouille de sa peau tendre et mûre.” (26)
 
Le commentaire de Lacan est précis et j’en extrait deux points. D’abord :  “Après l’aventure, Joyce s’interroge sur ce qui a fait que, passé la chose, il ne lui en voulait pas. (…) Il ne s’agit pas simplement dans son témoignage du rapport à son corps, mais, si je puis dire, de la psychologie de ce rapport.” (27) Et Lacan précise que la psychologie est là “l’image confuse que nous avons de notre propre corps.” C’est-à-dire que c’est le lien imaginaire qui lâche pour Joyce. Il n’y a pas d’adoration du corps, pas de mentalité. Il n’y a pas, pour lui, plus de corps que pour la malade de la présentation.
 
Mais par contre il faut souligner aussi une autre phrase de Lacan : “Il métaphorise son rapport à son corps. Il constate que toute l’affaire s’est évacuée, comme une pelure, dit-il.” (28) Éric Laurent commente ainsi cette formule :  “La métaphorisation du corps le fait surgir dans un mouvement paradoxal de chute, de détachement. Il s’écrit comme une glisse hors du noeud. La métaphorisation du corps fait apparaître celui-ci.” (29) C’est ainsi que je comprend qu’il ne l’a pas, mais qu’il l’est. La métaphore fait être le corps “comme une pelure”. Il n’a pas de corps, ce qu’indique l’absence d’amour propre, mais il l’est par ce processus de métaphorisation, que Jacques-Alain Miller appelle “moïsation”.
 
La malade de la présentation n’arrive pas, elle, à métaphoriser son lien au corps : elle aimerait être une robe, mais la métaphore échoue et ainsi elle n’a, avec son corps, pas plus un rapport d’être, que d’avoir.
 
Jouissance et interdit
 
L’adoration est donc un rapport corporel. L’existence de ce premier rapport  au corps, qui suppose le Un, contraste donc avec l’inexistence du rapport sexuel, fondé sur le deux. Pour arriver à préciser ce rapport de la jouissance au corps et faire le lien entre jouissance et réel, plusieurs choses étaient nécessaires. Et la première de ces choses était que la jouissance ne soit pas liée à une interdiction. Chez Freud, la jouissance est liée à l’interdit œdipien. Et pour Lacan aussi, la jouissance sera liée pendant longtemps à ce qui n’est pas permis. Une phrase des Écrits en témoigne : "La castration veut dire qu’il faut que la jouissance soit refusée, pour qu’elle puisse être atteinte sur l'échelle renversée de la Loi du désir" (30).
 
Elle ne peut être atteint que si elle est refusée. Dans le temps classique de l’enseignement de Lacan, la jouissance est liée au désir. On désire l'objet d'autant plus que la loi l'interdit. La loi du désir est ainsi celle qui crée le désir par l’interdit. La jouissance se situe donc aussi sur la base d'un "non", c'est-à-dire qu'elle se situe dans un cadre œdipien où elle reste liée à son expression phallique.
 
Ce qui change dans son dernier enseignement, c'est que la jouissance, en tant que réelle, prend la première place. Comme le dit Miller dans "L'Être et l'Un" : "Lacan a pu penser (…) au-delà de l’interdiction, penser la jouissance positivée comme celle d’un corps qui se jouit, et la différence est sensible : la jouissance ne tient pas à une interdiction, la jouissance est un événement de corps.” (31) L'événement de corps n'est pas une répétition signifiante dans la dialectique du désir. La jouissance est ici celle d'un traumatisme, d'un choc contingent. C'est une rencontre fortuite, non soumise à la loi du désir. Miller ajoute : "Elle n’est pas prise dans une dialectique mais elle est l’objet d’une fixation.” (32) L'événement de corps est une lettre de jouissance.
 
Il faut d’ailleurs noter que Lacan n'a pu formuler la jouissance féminine qu'après avoir dégagé la jouissance de son lien avec l’interdit. Dans ce cours, Miller étend cette jouissance féminine à la jouissance en tant que telle, liée à ce que Freud appelle la "fixation". Cette jouissance du corps, n’est pas simplement celle d'un corps dans la mesure où il jouit, mais d'un corps dans la mesure où il se jouit lui-même. Ce n'est pas du tout la même chose, puisque ce corps qui se jouit est donc le corps de l'auto-érotisme. C'est ça le réel du corps dans le dernier Lacan.
 
Ce que Lacan appelle "Yad'lun", c'est le Un de l'existence, pur réel du signifiant Un tout seul, hors sens, c'est-à-dire sans le “deux”, le S2. Qu’il n’y ait pas de “deux” veut dire qu’il n'y a pas de rapport sexuel, parce que ce rapport suppose le “deux”. Cela situe ainsi le corps dans la série des trois affirmations lacaniennes : la première, Yad'lun, dit que l'Un existe, la seconde, il n'y a pas de rapport sexuel, dit l’absence du deux et la troisième c’est il y a le corps.
 
Miller s'exprime ainsi : “Le corps apparaît comme l'Autre du signifiant et c’est ce que Lacan laissait entendre déjà quand il disait: l'Autre (avec un grand A), c’est le corps.” (33)
 
Avant cela, l'Autre du signifiant était l'Autre de la vérité, ou de la Loi. C’est le sens de la métaphore paternelle dont la définition du Nom-du-Père est donnée dans les “Ecrits" : "le signifiant qui dans l'Autre, en tant que lieu du signifiant, est le signifiant de l'Autre en tant que lieu de la loi.” (34) C'est-à-dire que, dans le premier Lacan, au lieu du signifiant, on trouve l'Autre de la loi et de la vérité. Et dans le dernier Lacan, pour le signifiant Un, hors sens, l’Autre c'est le corps. L'Autre de la vérité est le lieu où se dit le sens. L'Autre du corps est le lieu où s'écrit l'effet de jouissance du S1. Le réel de la jouissance est cette conjonction de l'Un et du corps.
 
Donc le sens est dit, mais la jouissance est écrite. Cela signifie que si nous pouvons entendre le sens dans les signifiants, nous devons lire les effets de la jouissance. Je renvoie ici au texte de Jacques-Alain Miller “Lire le symptôme”.
 
Cette jouissance, opaque au sens, liée à la marque du traumatisme sur le corps, a conduit Lacan à "inventer l'écriture du sinthome". Le sinthome sera la répétition, une itération, de cette marque de jouissance. Et Jacques-Alain Miller le rapproche de la notion freudienne de fixation. Comme le dit Freud dans L'Analyse avec fin et l’analyse sans fin, en parlant du développement de la libido : "même dans le développement normal, la transformation ne se fait jamais complètement, de sorte que des restes des fixations libidinales antérieures peuvent être maintenus jusque dans la configuration définitive.” (35) Chez Freud, la fixation est toujours liée à la répétition d'un trait libidinal particulier. On le retrouve à de nombreux endroits dans son œuvre, bien qu'il n'ait pas donné à ce terme de fixation une grande portée. C'est Lacan qui a développé cette notion de fixation dans le sinthome. Et Miller ajoute : "Ce que veut dire point de fixation, c'est qu'il y a un Un de jouissance qui revient toujours à la même place.” (36) Un “Un” qui produit une réitération symptomatique.
 
L'Un seul, qui détermine ici le sinthome dans sa répétition, est vide de sens – car le sens implique nécessairement le “deux” de la dialectique signifiante. Ce S1 tout seul n’est pas le symbolique qui suppose au moins l’opposition signifiante minimale, S1 —> S2, c’est un signifiant dans le réel. Cependant, ce hors sens ne signifie pas que nous ne voyons rien, qu'il n'y a pas d'articulation possible. Comme le dit Miller : "la pratique analytique qui suppose l’hérésie, ce n’est pas de quitter le champ du langage, c’est d’y demeurer, mais en se réglant sur sa partie matérielle, c’est-à-dire sur la lettre au lieu de l’être.” (37) L'être, c'est l'articulation signifiante avec le sens et il s'agit donc, pour attraper le corps, de lire la lettre.
 
Lire n'est pas la même chose que comprendre, c'est plutôt saisir une logique à l'œuvre. Dans son dernier séminaire, ”Le Moment de Conclure", Lacan dit : "Il y a sûrement de l'écriture dans l'inconscient, ne serait-ce que parce que le rêve, (…) le lapsus et même le trait d'esprit se définissent par le lisible. (…) Le lisible, c'est en cela que consiste le savoir. ” (38)
 
Et il ajoute que l'acte analytique est un "supposé savoir lire autrement”. La lecture est autre chose que l’écoute. On écoute les signifiants, on lit la lettre.
 


 

Références


(1) Texte écrit à partir d’un cours à la Section Clinique de Bruxelles et de deux conférences données en novembre 2020, l’une à Gand, l’autre au Lacanian Compass (USA).
(2) Lacan, J., Le Séminaire, Le moment de conclure, inédit, séance du 10 Janvier 1978.
(3) Freud, S., Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981, p 238.
(4) Miller, J.-A., L’être et l’Un, inédit, cours du 2 février 2011.
(5) Laurent, E., L’envers de la biopolitique, une écriture pour la jouissance, Navarin ◊ Le Champ freudien, Paris, 2016, p. 39.
(6) Id., p. 41-42.
(7) Miller, J.-A., L’être et l’Un, inédit, cours du 3 mars 2011. Lacan, J., Le Séminaire livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 78.
(8) Miller, J.-A., Id., cours du 9 février 2011.
(9) Miller, J.-A., Enseignements de la présentation de malades, Intervention faite aux "Journées des mathèmes" de l'École freudienne, Ornicar n° 10, 1977 (les citations reprises ici sont aux pages 22 à 24).
(10) Miller, J.-A., Effet retour sur la psychose ordinaire, Quarto 94-95, p.40-50, 2009.
(11) Lacan, J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 66.
(12) Id.
(13) Miller, J.-A., Pièces détachées, inédit, cours du 25 mai 2005.
(14) Lacan, J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p.66.
(15) Id.
(16) Miller, J.-A., Pièces détachées, inédit, cours du 25 mai 2005.
(17) Lacan, J., Id., p.66.
(18) Miller, J.-A., Id., cours du 25 mai 2005.
(19) Miller, J.A., L’être et l’Un, inédit, cours du 30 mars 2011.
(20) Miller, J.-A., Pièces détachées, inédit, cours du 25 mai 2005.
(21) Lacan, J., Id., p. 64.
(22) Lacan, J., Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 561.
(23) Laurent, E., Id., p. 160
(24) Miller, J.-A., Pièces détachées, inédit, cours du 25 mai 2005.
(25) Joyce, J., Portrait de l’artiste en jeune homme, Oeuvres, Vol 1, Pléiade, 1982, p. 610.
(26) Joyce, J., Id., p. 611.
(27) Lacan, J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p.148-149.
(28) Lacan, J., Id., p.149.
(29) Laurent, E., Id., p. 141
(30) Lacan, J., Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 827.
(31)  Miller, J.-A., L’être et l’Un, inédit, cours du 9 février 2011.
(32) Miller, J.-A., Id., cours du 9 février 2011.
(33) Miller, J.-A., Id., cours 18 mai 2011.
(34) Lacan, J., Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 583.
(35) Freud, S., L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, Résultats, idées, problèmes II, Paris, PUF, 1985, p. 244.
(36) Miller, J.-A., Id., cours du 30 mars 2011.
(37) Miller, J.-A., Id., cours du 25 mai 2011.
(38) Lacan, J., Le Séminaire, Le moment de conclure, inédit, séance du 10 Janvier 1978.
 
TRACES >>>
INSCRIPTION / REGISTER HERE →
Facebook Facebook
Twitter Twitter
NLS NLS
Our mailing address is: 
accueil@amp-nls.org
Join NLS Messenger

 unsubscribe from this list

Copyright © 2020 NLS.
All rights reserved.


image.png

Nouveautés Navarin ORNICAR ? 55 "les bas fonds"

 
 

 
 

 
En exclusivité sur ECF
____
Nouveautés Navarin 
 
 
ORNICAR ? 55
Les Bas-fonds
 
s/dir. Jacques-Alain Miller, Christiane Alberti
 
 
 

 

 
 
 « Les bas-fonds », l’expression appelle d’emblée l’imaginaire qui les constitue : l’envers d’une société, sa part maudite réelle ou fantasmée. À l’époque de toutes les ségrégations, quel rapport entretenons-nous avec la part sombre, voire menaçante de l’humanité ? La psychanalyse propose de se déprendre de ce qui fascine dans la pauvreté, le crime, les misérables, etc., pour dénuder le statut de l’objet « rebut ». Ornicar ? 55 cherche à apprendre de la lumière des bas-fonds.
Pourquoi « Les bas-fonds » ? Disons-le d’emblée, un tel titre a de quoi surprendre le lecteur d’Ornicar ? La topographie des profondeurs n’est pas de mise en psychanalyse dès lors qu’on se repère à la structure de langage et à la fonction de la parole. L’inconscient, en effet, n’habite pas le fond de l’âme, ne se confond pas avec le secret ou l’intime, mais s’attrape au contraire à la surface, au ras du discours, dans nos lapsus, nos symptômes, nos manières d’aimer et de jouir. Car il n’y a pas de métalangage, seulement le langage concret que parlent les gens, selon une expression de Lacan que j’affectionne.
Que seraient les bas-fonds sans Les Misérables, qui en ont formé la représentation la plus aboutie ? Décrypter la fabrication d’un tel regard et construire l’histoire de cet imaginaire, c’est ce dont a fait œuvre le regretté Dominique Kalifa avec son livre incontournable Les Bas-fonds. Gueux, mendiants, prostituées, criminels, aliénés, bagnards… à nous conter l’histoire de ces figures réelles ou fantasmées, il donne à entendre qu’elles n’ont jamais cessé de fasciner. C’est aussi un nom d’époque, celle de l’Europe bouleversée du XIXe siècle. Pour autant, les histoires, la vie des hommes dits « infâmes » ont-elles cessé de nous hanter ? Le contexte n’est plus celui des « mystères » de Paris, mais le débat sur les bas-fonds de notre société n’a pas cessé. Simple rémanence sous de nouveaux noms : SDF, invisibles, vies minuscules, etc. ?
Plus la description de la misère humaine est pathétique, plus elle fait vibrer. Comment ne pas apercevoir aujourd’hui qu’il s’agit de regard, d’un regard qui se jouit ?
Les invisibles, les sans-papiers, les sans-domicile-fixe ne sont pas équivalents au peuple des bas-fonds. Et les clichés sordides ou héroïques de l’univers gris des banlieues ne permettent pas davantage d’attraper de façon unitaire l’expérience des marges.
Les bas-fonds d’aujourd’hui sont ceux de la dérision et du cynisme de la jouissance, quand le triomphe des objets a pulvérisé tous les semblants de la modernité.
Les bas-fonds nous concernent. Ils disent qu’au fondement de la réalité sociale, il y a la prise du symbolique qui s’exerce jusqu’au plus intime de l’organisme humain.
Christiane Alberti
 
 
 
Sommaire :
 
D’une époque sans nom, liminaire par Christiane Alberti
 
Jacques-Alain Miller
Ce qui ne peut se dire
L’amour du prochain
 
Aurélie Pfauwadel, L’horrible bête faite pour la nuit
Giacomo Todeschini, L’usure « manifeste », métaphore de « l’infamie de fait »
Julia Peker, Topologie des marges
Francesca Biagi-Chai, Lacenaire, a-temporel
Jean-Pierre Naugrette, Bas-fonds avec spectateur : Londres, 1751-1891
Dominique Corpelet, Une histoire baroque, par Borges
Hervé Castanet, Boulgakov/Staline : lettres étranges
Entretien avec Anne-Emmanuelle Demartini, L’Histoire comme voyage vertical
Gérard Wajcman, Les lumières de la ville
Samuel Lindner, Le suçotement
Niels Adjiman, Suçotement et sexualité : de Lindner à Freud
Virginie Leblanc, Pour un Retour à Baudelaire
Romain Aubé, Cy Twombly avec Roland Barthes
Luc Garcia, La menace est invisible
Philippe Hellebois, Sur un Dictionnaire Apollinaire
 
 

l

New Lacanian School

Désinscription – Unsubscribe
Le site de la NLS website
Inscription – Sign up for the Newsletter

"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110



« Le divan est une machine, une multiguillotine, qui ampute le corps de sa motricité, de sa capacité d'agir, de sa stature érigée, de sa visibilité. ll matérialise le corps abandonné, le corps fauché, le corps abattu. S'allonger sur le divan, c'est devenir pur parlant, tout en faisant l'expérience de soi comme corps parasité par la parole, pauvre corps malade de la maladie des parlants. »

Miller, J.-A. (1999), « Le divan, xxie siècle. Demain la mondialisation des divans ? Vers le corps portable. » Interview par Éric Favereau, Libération, le 3 juillet 1999, Quarto, nº126, p. 10, 2020.

 

 
 

 

“The couch is a machine, a multi-guillotine, which severs the body of its motility, of its capacity to act, of its upright stature and of its visibility. The couch materialises the body left lying there, the body mown down, the body felled. Lying down on the couch means becoming pure speaking [parlant], while experiencing oneself as a body parasitised by speech, a poor body sick with the illness of speakings [des parlants].” 

Miller, J.-A. (1999), “The couch”, trans. Philip Dravers, unpublished in English.  

 

FRAGMENTS >
INSCRIPTION / REGISTER HERE →
Facebook Facebook
Twitter Twitter
NLS NLS
Our mailing address is: 
accueil@amp-nls.org
Join NLS Messenger

 unsubscribe from this list

Copyright © 2020 NLS.
All rights reserved.


"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110



« Avoir rapport à son propre corps comme étranger est certes une possibilité, qu’exprime le fait de l’usage du verbe avoir. Son corps, on l’a, on ne l’est à aucun degré. C'est ce qui fait croire à l’âme, à la suite de quoi il n’y a pas de raison de s’arrêter, et on pense aussi qu’on a une âme, ce qui est un comble. Mais la forme, chez Joyce, du laisser tomber du rapport au corps propre est tout à fait suspecte pour un analyste, car l’idée de soi comme corps a un poids. C’est précisément ce que l'on appelle l’ego

Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome (1975-76), texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 150.

 

 
 

 

“To have a relationship with one’s own body as though it were foreign is certainly a possibility, one that is expressed by the use of the verb to have. One has one’s body. To no extent is it something that one is. This is what makes one believe in the soul, and there is no reason to stop there. So, one thinks that one has a soul, which really tops it all. The form that this dropping of the relationship with the body takes for Joyce is, however, altogether suspicious for an analyst. This idea of the self, the self as a body, carries weight. This is what is called the Ego.”

Lacan, J., The Seminar of Jacques Lacan, Book XXIII, The Sinthome (1975-76), ed. J.-A. Miller,  trans. A.R. Price, Cambridge, Polity, 2016, p. 129.
 



FRAGMENTS >>
INSCRIPTION / REGISTER HERE →
Facebook Facebook
Twitter Twitter
NLS NLS
Our mailing address is: 
accueil@amp-nls.org
Join NLS Messenger

 unsubscribe from this list

Copyright © 2020 NLS.
All rights reserved.


L’écriture comme effet du langage sur le corps

"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110



INSCRIPTION / REGISTER HERE →

NLS Congrès présente

Myriam Mitelman
L’écriture comme effet du langage sur le corps

Dans la mesure où l’intelligibilité des manifestations de l’inconscient relève de procédés d’écriture, tentons de saisir quelque chose des effets de la langue sur le corps à partir de là.
 
A lire la passionnante histoire de l’écriture de Clarisse Herrenschmidt, Les trois écritures : langue, nombre, code [1] l’on saisit que, si l’écriture a été inventée à des fins de savoir, de comptage, de mémoire, ce n’est pas sans intégrer diversement le corps parlant dans cette symbolisation. L’écriture sumérienne en effet intègre à la graphie l’image du corps, tandis que l’écriture syllabique privilégie le point de vue de l’auditeur, notant ce qui de la langue est entendu, alors que les alphabets consonantiques, constitués de racines sémantiques, produisent des lettres représentant des « non-sons », qui requièrent la mise en jeu du corps (souffle, voix) pour leur énonciation.
 
L’on peut noter que l’histoire de l’écriture se caractérise par une disjonction d’avec le sens : si la graphie sumérienne entretient une certaine correspondance entre les objets du monde et la part de langage rendue visible par l’écriture, l’alphabet consonantique s’émancipe déjà de l’image, tandis que le système syllabique puis l’alphabet grec produisent un système de notation totalement affranchi du sens, réalisant ce que C.Herrenschmidt appelle « la désunion entre les choses du monde et les choses du langage ».
 
L’inépuisable histoire de l’écriture, à laquelle Lacan renvoie sans cesse son lecteur, nous enseigne, à partir de ce nouvel ouvrage, que dans une analyse, ce n’est pas le signifiant qui est à lire (celui-ci s’entend ou s’écoute), ni la lettre au sens de notre alphabet — cette acception ne rendrait compte ni de l’apport du livre de C.Herrenschmidt, ni des notions que Lacan convoque à propos de l’écriture : missive, trait unaire, trace —, mais les effets de la séparation  entre les choses du langage et les choses du monde, produits en quatre millénaires par la lente production d’un alphabet indifférent au sens, dont les rapport au corps dans son opacité sont les énigmes mêmes qui se déchiffrent dans les cures.

 
[1] Herrenschmidt C., Les trois écritures : Langue, nombre, code, Paris, Gallimard, 2007.
TRACES >>>

NLS Congress presents

Myriam Mitelman
Writing as an Effect of Language on the Body

To the extent that the intelligibility of the manifestations of the unconscious emerges from the processes of writing, let us attempt to grasp something of the effects of language on the body.

Upon reading the passionate history of writing Les trois écritures : langue, nombre, code [1] by Clarisse Herrenschmidt, we come to understand that if writing was invented for the aims of knowledge, counting, and remembering, this is not without having incorporated diversely the speaking body in this symbolization. Indeed, Sumerian writing has the body image in its spelling, syllabic writing promotes the auditor’s point of view, by noting what is heard in language, whereas consonantal alphabets, constituted by semantic roots, produce letters representing the “non-sounds”, which require putting the body into play (breath, voice) for their enunciation.

We can thus note that the history of writing is characterized by a disjunction with and of meaning: if Sumerian spelling maintains a certain correspondence between the things of the world and the part of language made visible through writing, the consonantal alphabet is already emancipated from the image, whereas the syllabic system and then the Greek alphabet produce a system of notation that is totally freed of meaning, what Herrenschmidt calls “the disunity between the things of the world and the things of language”.

The inexhaustible history of writing to which Lacan constantly refers his reader, teaches us, starting from this new work, that in an analysis, it is not the signifier that is to be read (this can be heard or listened to), neither the letter within the meaning of our alphabet –this meaning would neither give an account of the contribution of Herrenschmidt’s book, nor of the concepts that Lacan summons with regard to writing: missive, unary trait, trace –, but the effects of separation between the things of language and the things of the world, produced during four millennia by the slow production of an alphabet that is indifferent to meaning, whose relation to the body in its obscurity are the same enigmas that become deciphered in the cures.
 
Translated by Yannis Grammatopoulos
Reviewed by Eva Reinhofer and Joanne Conway

[1] Herrenschmidt C., Les trois écritures : Langue, nombre, code, Paris, Gallimard, 2007.
TRACES >>>
INSCRIPTION / REGISTER HERE →
Facebook Facebook
Twitter Twitter
NLS NLS
Our mailing address is: 
accueil@amp-nls.org
Join NLS Messenger

 unsubscribe from this list

Copyright © 2020 NLS.
All rights reserved.


image.png

 
 

 
Sexualité        Amour         Temps       Nom-du-père ?        Disruption        Science
 
 
 
 
        
 
Édito – « Acte de naissance »
Par Nicolas Moyson

 
Donner la vie, fonder une famille, avoir un enfant entrainent, pour le sujet qui y engage son désir, une « mutation subjective ». L’acte qu’il constitue, nous dit Jacques-Alain Miller, s’il est « vrai au sens de Lacan [peut être considéré comme] un “suicide du sujet” » à mettre « entre guillemets pour indiquer qu’il peut en renaître, mais il en renaît différemment ». Le sujet renaît autre, et c’est à ce titre que son acte a lieu d’un dire. Il ne s’inscrit pas comme continuité d’une pensée, mais comme discontinuité, franchissement de ce registre même. Il « vise le cœur de l’être : la jouissance ». La responsabilité qu’il implique « ne repose pas sur une maîtrise mais sur un désir ». Il ne se fonde par sur un savoir raisonnable mais sur la mise d’une part de soi qui peut s’éprouver avec un « sentiment de risque absolu ».L’éthique de la psychanalyse est une éthique de l’acte en tant qu’il repose donc sur le désir et la jouissance au cœur de l’être du sujet. Éthique du « un par un » dès lors qu’elle est soutenue…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La scommessa di un dire, al di là dell’offerta della scienza
Di Mary Nicotra
 
Il dibattito sociale intorno alle nuove famiglie è molto complesso, poiché chiama in causa i modi di intendere l’amore, il desiderio…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
         
 
Jouir d'un enfant
Par Emmanuelle Borgnis Desbordes
 
Les interventions de la technologie sur le vivant ne cessent de produire à l’heure contemporaine « des disruptions de plus en plus nombreuses et surprenantes dans les champs de la procréation, du genre et de la filiation »…

 
 
 
 
 
 
 
         
 
Una ficción de auto-engendramiento
Por Vilma Coccoz
 
“Al principio no está el origen, al principio está el lugar” afirma Lacan haciendo resonar las palabras del Génesis e indicando la necesidad de apoyarse en la topología cuando exploramos el “misterio de la encarnación”…

 
 
 
 
 
 
 
YouTube Channel – Céline Gautier, journaliste indépendante et co-fondatrice de Médor
L'interview

 
 
 
 
Bibliographie
« Un homme ne devient le père qu’à condition de consentir au pas-tout qui fait la structure du désir féminin. » Miller J.-A., « L’enfant et l’objet », intervention au colloque de Lausanne intitulé “ L’enfant entre la mère et la femme “, 1996, paru dans La petite girafe, n°18, 2003, p. 10.
 
 
 
L'inconscient de l'enfant
Hélène Bonnaud
 
L’enfant incarne aujourd’hui un idéal merveilleux. Mais quand il ne répond plus aux attentes parentales, il dérange.Les techniques comportementales réduisent le symptôme à un dysfonctionnement. La psychanalyse lui donne au contraire une dimension de vérité et le saisit comme une manifestation de l’inconscient. Qu’est-ce que l’inconscient de l’enfant ? Que nous apprend-il sur la place de l’enfant dans sa famille?…

 
 
 
 
 

contact :  ombilic@pipol10.eu

Click here for unsubscribe

 
 
 
__________________________________________________________

New Lacanian School

Désinscription – Unsubscribe
Le site de la NLS website
Inscription – Sign up for the Newsletter