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Initiative–Vienna

 New Lacanian Field Austria

Vienna : 12-13 March

Viennese Psychoanalytic Seminar 

Le Séminaire VII, L'Ethique de la Psychanalyse

avec Patricia Bosquin-Caroz, Gil Caroz et Avi Rybnicki

Langues: Français, Deutsch

Inscriptions : www.lacanianfield-initiative-vienna.org

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Éric Laurent – extraits

"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110



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ÉRIC LAURENT – EXTRAITS
Par Daniel Roy

Concernant la question du corps, Éric Laurent, à partir de 2013, donne dans ses travaux un commentaire extrêmement précis de la lecture par Jacques-Alain Miller du dernier enseignement de Lacan qui met au premier plan la consistance réelle du corps comme corps qui se jouit, en la nouant à la consistance symbolique de lalangue et à la consistance imaginaire. C’est l’occasion de revisiter l’importance de l’hystérie, de son symptôme et de son identification, pour faire un pas au-delà « de l’horizon de l’amour du père ». Puis de suivre pas à pas le texte de Lacan « Joyce le symptôme » publié dans les Autres écrits.
 
Son article « Parler avec son symptôme, parler avec son corps », publié dans  Quarto n° 105, paru en septembre 2013, trace pour nous des pistes essentielles, qui seront par la suite dépliées dans son séminaire à l’École de la Cause freudienne pendant l’année 2014-2015, dont on trouve l’enregistrement sur Radio Lacan (
https://radiolacan.com/fr/topic/583/3).

Le texte de Quarto recueille l’intervention d’E. Laurent aux Journées d’ENAPOL (1) IV « Parler avec son corps : la crise des normes et l’agitation du réel ». En voici l'introduction :
 
« Le choix du titre indique une inquiétude et correspond à un fait. Les mots et les corps se séparent dans la disposition actuelle de l’Autre de la civilisation. (…) D’une part les normes ont plus de mal à faire rentrer les corps dans des usages standards par leur inscription forcée, machine infernale où le signifiant-maître installe ses disciplines de marquage et d’éducation. Les corps sont plutôt laissés à eux-mêmes, se marquant fébrilement de signes qui n’arrivent pas à leur donner consistance. D’autre part l’agitation du réel peut se lire comme une des conséquences de « la montée au zénith de l’objet a ». La mise au premier plan de l’exigence de jouissance plie les corps à une loi d’airain dont il faut suivre les conséquences.
Les corps semblent s’occuper d’eux-mêmes. Si quelque chose semble s’en emparer, c’est le langage de la biologie. Il opère sur le corps, le découpe en ses messages propres, ses messages sans équivoque qui ne sont pas ceux de la langue. Il produit des corps opérés, thérapeutisés ou génétiquement modifiés — nous serons tous des corps génétiquement modifiés dans peu de temps —, cosmétisés par ces découpages, réel dont l’efficacité a été soulignée par Jacques-Alain Miller dans son petit traité de « biologie lacanienne ».
La psychanalyse a saisi l’ajointement des mots et des corps par un biais précis, celui du symptôme. À partir du spectacle clinique de Charcot, Freud extrait le rébus de la formation du symptôme hystérique. Lacan peut dire : « Freud est arrivé à une époque où il a saisi qu’il n’y avait plus que le symptôme qui intéressait chacun », que tout ce qui avait été sagesse, façon de faire, voire même représentation sous le regard divin, tout cela s’éloignait ; il restait le symptôme en tan t qu’il interroge chacun dans ce qui vient déranger son corps. Ce symptôme, en tant qu’il est présence du signifiant de l’Autre en soi, est marquage, coupure. En ce lieu se produit le surgissement traumatique de la jouissance. Freud, à partir du symptôme hystérique, reconnaît la voie où s’impose le dérangement du corps qui vient, par les mots, redécouper, marquer, les voies par lesquelles la jouissance advient. Ce qui fait l’axe autour duquel tourne l’organisation du symptôme hystérique, c’est l’amour du père. C’est ce qui tient son corps toujours au bord de se défaire, c’est ce qui en fait « le manche », selon l’expression de Lacan. C’est précisément cela qui est en question dans notre époque. C’est pourquoi il nous faut concevoir le symptôme non pas à partir de la croyance au Nom-du-Père, mais à partir de l’effectivité de la pratique psychanalytique. Cette pratique obtient, par son maniement de la vérité, quelque chose qui touche au réel. Quelque chose résonne dans le corps, à partir du symbolique, et fait que le symptôme répond.
La question se posera pour nous : comment « parlent les corps » au-delà du symptôme hystérique, qui suppose à l’horizon l’amour du père » ? »
 
 
C’est ensuite son ouvrage L’envers de la biopolitique qui donnera à cet abord toute son ampliation. Ce sera le prochain texte d’orientation. 

 
 

(1) Encuentro Americano de Psicoanálisis de la Orientación Lacaniana.
 
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Initiative Amsterdam

13 mars – Webinar

Conférence 

 La otredad del amor 

avec Oscar VENTURA

 10h30 – 12h30 CET

Inscription : m.vitto@psicologo.nl

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ASREEP-NLS 

6 Mars – via Zoom

Séminaire Nouages

MOTERIALITÉ DE LA VOIX  : 

vers un repérage et un usage de son impact sur le corps 

avec Maria Cristina Aguirre et Aleksandr Fedchouk

 L’heure: 9h – 17h15

Inscriptions: Alexandra.clerc555@gmail.com

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KRING VOOR PSYCHOANALYSE  

6 Mars – par Zoom

En collaboration avec le Séminaire de travail ‘École et passe’

 

LA PASSE DANS NOTRE ÉCOLE : 

Témoignage de Guy Poblome (A.E.)

 

 L’heure: 14h – 16h

Inscriptions : christel_vandeneeden@yahoo.com

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KRING

 Samedi – 13 février 

Conférence

 de Esthela Solano-Suarez

 dans le Cycle de conférences :

 Jouis-sens de la pensée

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KRING


 Samedi – 13 mars 


Conférence

 Jouis-sens de la pensée

 de Esthela Solano-Suarez


dans le cycle de conférences :

Traces de la langue


 L’heure: 14h30 – 17h

information et inscription : christel_vandeneeden@yahoo.com


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"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
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NLS Congrès présente

Nassia Linardou
Le corps du poète

Georges Séféris, le poète nobéliste grec qui prônait l’hellénisme de la langue, aimait à répéter dans ses Essais que la poésie s’apparente au souffle humain –un souffle court, quel malheur pour l’être humain ! Séféris établissait un lien vital entre l’expression langagière qu’est la poésie et le corps humain. Il ajoutait d’ailleurs que ce qui s’y sent serait le rythme lié au mot comme chargé d’une émotion spéciale. Sensibilité, émotion voire impression sensorielle sont les effets qu’il disait éprouver dans le corps à corps avec la langue. Sur ces effets s’est surimprimée la marque de la Grande Catastrophe et de l’incendie de Smyrne par les Turcs en septembre 1922. Séféris la qualifiait de « tragédie sans catharsis ».

Une décision précoce l’a conduit à consacrer toute sa libido et toute l’intensité de sa poésie à la res graeca contemporaine. Tout poète authentique, dit-il, fait l’expérience particulière du « frisson langagier » qu’éveille « la présence de la langue » sur le corps même. Véritable événement de corps, dira-t-on, l’effet est précoce. Lui seul permet que surgisse la vérité poétique. La poésie, la pouasie[1], est « effet de sens, mais aussi bien effet de trou [2]. Effet de trou et événement de corps sont solidaires. Chez Séféris le frisson langagier a pu recevoir autant de noms qui ont hanté sa poésie. C’est la mer dont il fait « une expérience vitale essentielle ». C’est aussi la lumière grecque qui l’enchante, l’entraîne, le transporte, l’humanise, le persécute et dont il fait sa question : « Au fond je suis question de lumière » [3]. Séféris confiait aimer beaucoup la voix humaine. Seul, il avait coutume de réciter longuement des poèmes. Il insista pour dire « la magie » qu’exerçait le récit par les aèdes antiques des rhapsodies où le mot ne se vocalise que pour céder aussitôt la place à celui qui suit laissant opérer essentiellement l’effet rythmique. Ainsi le corps du poète se fait porteur  d’une libido bien spéciale. Le poème n’est pas seulement écriture. Il est d’abord voix : la voix comme ce qui reste du signifiant quand il est vidé du sens.

[1] Léon-Paul Fargue, « Air du poète », Ludions.
[2] Jacques Lacan, « Vers un signifiant nouveau », Ornicar ? 17/18, p. 21.
[3] Georges Séféris, Trois poèmes secrets.
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Nassia Linardou
The Poet's Body
 

Georges Séféris, the Greek Nobel laureate, who advocated the Hellenism of language, loved to repeat in his Essais that poetry is similar to the human breath – a short breath, what a misfortune for the human being! Séféris established a vital bond between the linguistic expression of poetry and the human body. He added moreover that what was thereby felt, was the rhythm, linked to the word as if charged with a special emotion. Emotional sensitivity, even a sensory impression, were the effects he said to feel in the body-to-body encounter with language. The mark of the Great Catastrophe of the Smyrna by the Turks in September 1922 was overprinted on these effects. Séféris called it a “tragedy without catharis”.
 
An early decision led him to devote all of his libido and all of the intensity of his poetry to the contemporary “res greca”. Every authentic poet, he states, has a particular experience of  the “language thrill, which awakens “the presence of language” in (and on ) the body. A real body event, one might say, its effect is early. It alone allows the poetic truth to emerge. Poetry, “pouasie” [1], is an effect of meaning  but also as a hole effect/an effect of/on the hole [2]. Hole effect and body event are interdependent. In Séféris the thrill of language has received as many names as have haunted his poetry. It is the sea of which he makes “an essential vital experience”. It is also the Greek light that enchants him, carries him away, that transports him, that humanises and persecutes him and of which he makes his question: “Deep down, I am a question of light” [3]. Séféris confided that he loved the human voice very much. Alone, he used to recite poems at length. He insisted on saying “the magic” that the recital of the antic odes, of rhapsodies where the word only vocalises to immediately yield its place to the one that follows, exerted on him, allowing essentially the rhythmic effect to lead. Thus the body of the poet becomes the bearer of a very special libido. The poem is not only writing. It is first of all voice: the voice as what remains of the signifier when it is emptied of meaning.

Translated by Eva Sophie Reinhofer

[1] Léon-Paul Fargue « Air du poète », Ludion.
[2] Jacques Lacan, « Vers un signifiant nouveau », Ornicar ? 17/18, p.21.
[3] Georges Séféris, Trois poèmes secrets.
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Événement de corps et fin d’analyse

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Anne Lysy
Événement de corps et fin d’analyse

J’entre dans le thème « Corps et résonances » [1] par une question qui me tarabuste depuis quelque temps : qu’est-ce qu’un « événement de corps » et n’y a-t-il pas lieu de le distinguer de ce qu’on appelle plus couramment « phénomène de corps » ? Ou plutôt : qu’on appelait, car il me semble qu’aujourd’hui l’usage d’ « événement de corps » se généralise et tend à se confondre avec « phénomènes de corps ». Cela peut paraître couper les cheveux en quatre, mais à l’horizon, cela concerne ce sur quoi porte l’opération analytique, sa fin et ses moyens, l’interprétation.
 
Je vous propose donc de resituer d’abord cette notion d’événement de corps et je vous dirai ensuite ce que certains témoignages de passe m’ont appris à ce sujet, ou comment ils m’ont interpelée. Ces témoignages nous offrent un belvédère sur la pratique analytique aujourd’hui et sur ce à quoi une analyse peut mener.
 
Evénement de corps / phénomènes de corps 
 
Le syntagme « phénomènes de corps » a fleuri dans notre clinique des psychoses et il s’est étendu à une grande variété de phénomènes, grosso modo à tout ce qui arrive au corps – symptômes de conversion hystériques, phénomènes psychotiques, psychosomatiques, douleurs étranges et toutes sortes de bizarreries. Quel statut ont-ils ? Par exemple, celui qui est saisi de vertige quand on lui annonce la mort de son frère ; celle dont les yeux s’infectent à chaque prise de parole publique ; celui-là encore, envahi de frissons en parlant de son histoire. Il s’agit bien de quelque chose qui arrive au corps, mais appellera-t-on cela événement de corps ?
 
Une première piste. Lors d’une Conversation clinique[2], J.-A. Miller faisait la distinction entre « les phénomènes à éclipse et les phénomènes permanents » : « On qualifie les phénomènes de corps de ‘sinthomes’ quand ils s’installent en permanence et qu’ils ordonnent la vie d’un sujet. »
 
Sinthome – écrit avec TH : c’est un néologisme, l’écriture nouvelle que Lacan donne du symptôme, pour marquer qu’on passe à un nouveau régime du rapport du signifiant et du corps.
 
Lacan définit le symptôme comme « un événement de corps » dans son texte « Joyce le Symptôme » de 1976[3]. C’est la seule fois que surgit l’expression, mais J.-A. Miller l’a extraite pour en faire une notion-clé du dernier enseignement de Lacan et la situer dans la série des nouveaux concepts introduits par le renversement de perspective du Séminaire XX, Encore, où le signifiant a des effets de jouissance et non plus de mortification: le parlêtre, lalangue, et le sinthome. Le sinthome, c’est « quelque chose qui est arrivé au corps du fait de lalangue » [4]. J.-A. Miller oppose le symptôme comme formation de l’inconscient, qui est déchiffrable et révèle le désir inconscient, au symptôme événement de corps qui relève du registre de la jouissance indéchiffrable, « jouissance opaque d’exclure le sens », écrit Lacan[5].
 
La jouissance suppose le corps ; un corps vivant, qui n’est pas l’image spéculaire, mais qui se définit comme « ce qui se jouit » ; non pas d’une jouissance naturelle, primaire, mais de par l’impact de la langue.
 
L’événement de corps, c’est la « percussion » de la langue sur le corps[6], c’est le traumatisme de la langue.
 
Cet accent sur la jouissance  – et donc sur le corps – se répercute dans la pratique analytique, qui devient « une discipline de jouissance » [7], où la question « qu’est-ce que ça veut dire ? » est subordonnée à une autre : « qu’est-ce que ça satisfait ? » « Chercher là où ça jouit » [8] ! Dans une analyse, donc, certes on déchiffre les symptômes, mais c’est pour viser le réel du symptôme, au-delà du sens, au-delà des détours du désir. Lire un symptôme, dit J.-A. Miller, « vise ce choc initial », « vise à réduire le symptôme à sa formule initiale, c’est-à-dire à la rencontre matérielle d’un signifiant et du corps, au choc pur du langage sur le corps ». C’est « viser (…) la fixité de la jouissance, l’opacité du réel » [9].
 
L’événement de corps se situe au niveau de la fixation freudienne, là où le traumatisme fixe la pulsion à un point qui sera le fondement du refoulement. L’expérience analytique mène donc à un « en deçà du refoulement » [10],  à la zone de l’Urverdrängung, qui est un refoulement jamais annulé, un point opaque, un trou, dira Lacan[11]. Le choc de lalangue et du corps est de l’ordre d’un réel sans loi[12]. J.-A. Miller précise : « C’est un événement qui est aux origines mêmes du sujet, c’est en quelque sorte l’événement originaire et en même temps permanent, c’est-à-dire qu’il se réitère sans cesse. » [13]  On retrouve la notion de permanence. Il est initial, mais il itère, pas à la manière du retour du refoulé, mais comme itération d’un même Un de jouissance. Le sinthome comme événement de corps est, au sens fort, condition du parlêtre, constitutif, c’est en quelque sorte le point d’ombilic du sujet, opaque, hors sens, ineffaçable, incurable, « ce que beaucoup de personnes ont de plus réel », dit Lacan[14].
 
On entre sur un terrain glissant, quand on utilise le mot « à l’origine ». S’agit-il de le « retrouver » ? Le choc initial de l’événement de corps est-il repérable comme tel ? Se dit-il ? Ou s’éprouve-t-il – tel la jouissance féminine, impossible à dire ? Qu’est-ce que le Un de jouissance : une sensation, une lettre, un mot qui a frappé, un son ?
 
L’analyse peut mener à serrer un point d’indicible singulier. On peut entendre dans certains témoignages de passe que l’initial se trouve cette fois « au-delà », « outre [15]» : le sinthome se cerne au-delà de ce qui soutient le sens, le fantasme, les identifications majeures.
 
La clinique de la passe
 
Les témoignages de passe nous touchent et frappent par leur diversité. Il ne s’agit donc pas d’effectuer un forçage en les lisant comme une application conforme à une théorie – même si on ne peut pas faire comme si aucune théorie de la fin de l’analyse n’existait ! L’important, c’est de ne pas tomber dans la langue de bois.
 
Nombreux sont les passants qui témoignent de quelque chose qui arrive à leur corps en fin d’analyse. Souvent cela s’associe à une « vivification », un « plus de vie ». Les exemples sont singuliers, surprenants ; ils nous font entrer dans lalangue de chaque sujet.
 
Pour Jérôme Lecaux, dont nous avons entendu le premier témoignage d’AE lors de la Journée « Questions d’Ecole » à Paris en janvier, c’est une histoire de pilier et de colonne vertébrale. Voilà un homme qui se voua à incarner le bâton de pierre mis en travers de la gueule de crocodile de sa mère ; il se fit le pilier, d’elle et de beaucoup d’autres, au prix d’une grande mortification et d’un épuisement constant (toujours « crevé » !). Le désamorçage de ce fantasme permet une séparation d’avec la mère et s‘accompagne d’un « événement de corps ». Depuis toujours il percevait un trou au niveau d’une vertèbre, là où ça manquait de père, de « fondement dans la vie ». Et voilà que soudain, non seulement il eut la sensation d’un serrage du bassin conférant une solidité nouvelle à son corps, mais une « ouverture des vannes » se produisit, une énergie vitale se répandit dans tout son corps, donnant l’impression d’une chair vivante. Le corps, de poids mort, devient source d’énergie.
 
Cette vivification est, remarquons-le, consécutive à une opération de désamorçage du fantasme. Ce n’est pas l’apparition d’un signifiant refoulé, mais une sensation – un corps, en effet, « ça se sent », écrit Lacan[16].
 
D’autres AE ont rapporté des « sensations » et phénomènes du même genre au sinthome-événement de corps, au sens de la percussion initiale de la langue sur le corps. Hélène Bonnaud par exemple[17]  relie la sensation de chute du corps, dont elle doit à chaque fois s’arracher, à l’impact du signifiant « jeter » dans la phrase paternelle soudain apparue tout à la fin de l’analyse : « si c’est une fille, on va la jeter par la fenêtre ».
 
J’ai moi-même fait état d’une sensation corporelle de bouillonnement, un « pleine d’énergie », que l’interprétation « vous êtes une coureuse ! » vint nommer : cette sensation est mon plus ancien « souvenir », mais non datable, sans forme ni scénario. Elle put devenir force de propulsion à la fin de l’analyse, lorsque s’opéra le détachement de l’Autre, « tuteur ». Je l’ai souligné : « coureuse » n’est toutefois pas la retrouvaille du mot qui aurait frappé, ni une identification qui fixe, ni le nom unique qui dirait la chose. [18]  
 
Le premier témoignage de Véronique Voruz[19]  décline différents versants du corps parlant, dont le statut varie et qui mériteraient d’être commentés un à un. J’en retiens quatre.
 
D’abord le roman familial est réduit à quelques signifiants, catastrophe, monstre, malédiction, « marques premières », dit-elle. J’ajouterais : elles sont laissées par les « mots qui blessent » [20]  – ce que Lacan appelait des « dits premiers, oraculaires » [21]  – par exemple : « tu as le corps de la méchante femme », ou « tu es l’envoyée du prince des ténèbres ». Ce sont des « signifiants destinaux », dit-elle, qui pourront être désamorcés au-delà de la construction du fantasme.
 
Ainsi en fut-il aussi d’un symptôme persistant, résistant aux interprétations, survenu au décours de l’analyse une fois qu’elle put se risquer à se rendre visible, à parler en public en son nom : ses yeux s’infectaient instantanément, virant au rouge. Jusqu’au jour où, défigurée, elle se précipita chez l’analyste et commença : « C’est mon histoire d’yeux », l’analyste « rugit » : « Dieu ! Enfin je l’entends ! » et coupa la séance. Cet « exorcisme par l’équivoque » fit tomber l’identification au diable et eut « quasi-raison » de ce symptôme.
 
Elle décrit aussi quel montage elle a dû inventer pour se séparer de l’analyste – elle qui n’arrivait jamais à se séparer sans s’arracher, se vivant comme le « prolongement du corps de l’autre ».
 
A la fin, justement, elle fait la trouvaille, extraite d’un rêve, d’une nomination de son mode de vie : « je suis toujours un peu à l’arrache ». C’est un mot destinal désamorcé, dont elle peut faire un nouvel usage – sa mère s’était arraché la jambe dans un accident de montagne et dans ce dernier rêve Véronique monte « à l’arrache » un chemin de montagne, faisant débouler des pierres ; elle se retourne et voit en contrebas, parmi les pierres, une jambe arrachée.
 
Ces différents exemples m’amènent, pour terminer, à proposer trois pistes à explorer.
 
Ces histoires de « sensations corporelles », de vivification, demandent de reprendre la question de l’affect à nouveaux frais. Lacan avait évoqué les affects de fin d’analyse corrélés à la traversée du fantasme, le « maniaco-dépressivement » [22]  et la « position dépressive » [23], ou encore l’enthousiasme[24]. Maintenant, c’est le corps qui est « sensible » [25]. Comment peut-on rapporter ces affects du corps au « ça se sent » de son écrit sur Joyce, ou aux « effets d’affect » de lalangue du Séminaire XX : « Lalangue nous affecte d’abord par tout ce qu’elle comporte comme effets qui sont affects » [26] ?
 
Ne nous obnubilons pas sur l’événement de corps « à l’origine » ! Je proposerais plutôt que l’analyse produit des événements – dans la mesure où « un dire fait événement » [27]. C’est un dire, qui crée ; une nomination. Inventant des « mots qui portent » [28], se logeant à la jointure opaque de lalangue et du corps, l’analyse est créationniste[29], comme le souligne Eric Laurent.  Je proposerais l’hypothèse que l’analyse produit un réel singulier à chacun, plutôt que de retrouver, en se remémorant jusqu’à la lie, le réel qui était là « aux origines ». Les témoignages de passe transmettent souvent ces nominations singulières (jeter, coureuse, qui-vive, à l’arrache, etc.), points d’ombilic opaques dans la trame des récits, qui sont comme des indices de ce qui échappe au récit. Ce ne sont pas les « derniers mots », ni les mots de l’origine, du choc initial jamais directement restituable ; ils ne peuvent qu’en circonscrire l’impact, ils en tracent le bord[30]. 
 
Qu’en est-il de l’interprétation-événement ? De ces « mots qui portent » et ont des effets de jouissance, qui « passent dans les tripes » [31] ? L’analyse arrive à « défaire par la parole ce qui s’est fait par la parole » [32], mais elle le fait « en corps ».

 

[1] Ce texte est la version complète d’un exposé présenté à la Journée de l’ACF-Belgique du 20 février 2016, « Corps et résonances » et a été publié dans Quarto 112/113, pp. 116-118.
[2] Miller, J.-A., et alii, “Conversation sur les embrouilles du corps”, Bordeaux, 1999, Ornicar?, n°50, 2002, p. 235. Je souligne.
[3] Lacan, J., “Joyce le Symptôme”, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 569.
[4] Miller, J.-A., “L’orientation lacanienne. Pièces détachées”, enseignement prononcé dans le cadre du Département de Psychanalyse de l’Université Paris VIII, La Cause freudienne, n° 61, novembre 2005, p. 152.
[5] Lacan, J., op. cit., p. 570.
[6] « Choc », « percussion » : termes utilisés par J.-A. Miller, notamment dans son cours « L’Etre et l’Un », 2011 (inédit). 
[7] Miller, J.-A., “The Warshaw Lecture”, Hurly Burly, 2, nov. 2009, p. 177.
[8] Miller, J.-A., “L’économie de la jouissance”, cours “Choses de finesse en psychanalyse”, 2008-2009, La Cause freudienne, 77, p. 169.
[9] Miller, J.-A., « Lire un symptôme », intervention au IXe Congrès de la NLS, Londres, 3 avril 2011, Mental 26, juin 2011, p. 58.
[10] Miller, J.-A., Cours « L’Etre et L’Un », 30 mars 2011, inédit, et « Lire un symptôme », op. cit., p. 56.
[11] Lacan, J., « Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines », Scilicet 6/7, Paris, Seuil, 1976, p. 59.
[12] Miller, J.-A., « Un réel pour le XXIe siècle », La Cause du désir, 82, octobre 2012, p. 94.
[13] Miller, J.-A., « Lire un symptôme », op. cit., p. 58.
[14] Lacan, J., « Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines », op. cit., p. 41.
[15] C’est la “zone” que J.-A. Miller a désignée d’”outrepasse”; voir notamment cours “L’Etre et l’Un”, 4 avril 2011.
[16] Lacan, J., « Joyce le Symptôme », op. cit. p. 565.
[17] Bonnaud, H., « Réel, résistance, restes », Quarto, 109, déc. 2014, pp. 68-69.
[18] Voir notamment : Lysy, A., “Savoir y faire avec son symptôme” et “Ma petite chansonnette. Variations sur l’événement de corps” (2012), in Quarto, 103, déc. 2012.
[19] Voruz, V., “Se séparer sans s’arracher”, Journée “Questions d’Ecole”, Paris, 23 janvier 2016.
[20] L’expression est de J.-A. Miller, dans une intervention sur l’interprétation : “Les mots qui blessent”, La Cause freudienne, 72, 2009, pp. 133-136.
[21] Lacan, J., “Subversion du sujet et dialectique du désir”, Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 808 : “Le dit premier décrète, légifère, aphorise, est oracle, il confère à l’autre réel son obscure autorité.”
[22] Lacan, J., “L’étourdit”, Autres écrits, op. cit., p. 487.
[23] Lacan, J., « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’Ecole”, Autres écrits, op. cit., p. 255.
[24] Lacan, J., “Note italienne”, Autres écrits, op. cit., p. 309.
[25] Lacan, J., Le Séminaire. Livre XXIII. Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 17.
[26] Lacan, J., Le Séminaire. Livre XX. Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 126.
[27] Miller, J.-A., “L’inconscient et le corps parlant”, La Cause du désir, n°88, 2014, p. 112.
[28] Lacan, J., “Le phénomène lacanien” (conférence à Nice, 30.11.1974), Les cahiers cliniques de Nice, 1, juin 1998, p. 14.
[29] Laurent, E., entretien transcrit, « Ça parle du corps avec … Eric Laurent », envoi e-mail précédant la Journée du CPCT Paris (septembre 2015).
[30] Lysy, A., “Un trognon de réel en fin d’analyse”, Le réel mis à jour, au XXIe siècle, AMP, Ecole de la Cause freudienne, collection rue Huysmans, Paris, 2014, pp. 80-82.
[31] Miller, J.-A., “L’inconscient et le corps parlant”, op. cit., p. 114.
[32] Lacan, J., “Une pratique de bavardage”, Le moment de conclure, 15 nov. 1977, Ornicar ? 19, 1979, p. 6.
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— Lacan, XX, 110



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Luc Vander Vennet
Lorsque l’imaginaire fout le camp

“Le corps s’introduit dans l’économie de la jouissance par l’image du corps. C’est de là que je suis parti. Le rapport de l’homme, de ce qu’on appelle de ce nom, avec son corps, s’il y a quelque chose qui souligne bien qu’il est imaginaire, c’est la portée qu’y prend l’image."[1]

Si l’équivalence du corps et de l’imaginaire reste constante chez Lacan, le statut de cet imaginaire change fondamentalement entre l’enseignement classique et le dernier enseignement.
 
Dans l’enseignement classique l’image du miroir donne au corps une unité qui est le support du Moi. Cet imaginaire et la jouissance jubilatoire de la bonne forme, est subordonné au primat du Symbolique. Le dérèglement imaginaire est voué à être élevé dans le symbolique qui y met un ordre et résorbe la jouissance.
 
Dans la perspective borroméenne il y a un trou dans le Symbolique qui n’apparaît que comme une gravitation des signifiants autour d’une jouissance, impossible à dire[2]. Dès lors, ce qui fait tenir ensemble n’est plus le système symbolique mais la consistance imaginaire. [3] L’adoration du corps propre – principe de l’imagination[4] – procure au parlêtre l’idée d’avoir un corps. Cette idée de soi comme corps, ce que l’on appelle Ego[5], n’est qu’une pure consistance mentale qui voile que le corps nous est étranger et fout le camp à tout instant. [6]
 
C’est de cela que nous témoignent ceux chez qui la rupture de l’Ego, par défaut de la croyance à une ment-alité, libère le rapport imaginaire. [7] Comme ce sujet qui se promène dans le couloir et voit, au fur et à mesure qu’il avance, son corps s’éloigner de lui de plus en plus dans un couloir qui se prolonge infiniment.
 
Je vous invite d’aller voir le court film (15’) de Jérémy Clapin qui s’appelle Skhizein (Youtube). L’impact d’une météorite sur le corps du personnage principal a comme conséquence que l’imaginaire fout le camp. A partir de ce moment son corps se situe à exactement 91 cm de lui. Cela demande une réorganisation complexe de son monde. Aussi du cabinet de son analyste ! Ce rapport dérangé au corps était déjà présent dans son premier film Une histoire vertébrale. Son dernier film qui vient d’apparaître, J’ai perdu mon corps, nous démontre qu’il fait de ce thème son escabeau.

 

[1] Lacan J., « La Troisième », (1974), Revue La Cause freudienne n° 79, 2011, p. 22
[2] Zenoni A., Image du corps – corps imaginaire, Le corps parlant. Sur l’inconscient au XXie siècle, Collection rue Huysmans, Paris, 2015, p. 144
[3] Miller J.-A., « Pièces détachées », Revue La Cause freudienne, n° 60, 2005, p. 168
[4] Lacan J., Le Séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Seuil, Paris, 2005, p. 66
[5] Ibid., p. 150
[6] Id., p.66
[7] Ibid., p.154
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Luc Vander Vennet
When the Imaginary clears off

"The body enters the economy of jouissance through the image of the body. That was my starting point. If there is something that clearly underlines that the relation of man, or what goes under this name, to his body is imaginary, it is the scope taken on by his image." [1]
 
The equivalence of body and imaginary remains constant in Lacan, but the status of this imaginary changes fundamentally between his early and later teaching.
 
In early Lacan the image in the mirror provides the body with a unity that supports the Ego. This imaginary, and the jubilant jouissance of a good form (la bonne forme), is subordinated to the primacy of the Symbolic. The imaginary disorder is destined to be elevated in the  symbolic which puts an order on it, and resorbs jouissance.
 
In the Borromean perspective, there is a hole in the Symbolic that only appears in the gravitation of the signifiers around a jouissance which is impossible to say. [2] From then on what holds things together is no longer the structure of the symbolic but the consistency of the imaginary. [3] The adoration of the body itself – the principle of imagination[4]- provides the parlêtre with the idea of having a body. This idea of self as a body, what is called the Ego, [5] is nothing more than pure mental consistency, which veils that the body is always foreign to us and clears off at any moment. [6]
 
This is what we are told by those in whom a rupture of the Ego, by default of the belief in a mentality, liberates the imaginary relation[7] Like this subject, for example, who walks down the corridor and sees, as he advances, his body moving further and further away from him, in a corridor that goes on forever.
 
There is a short film by Jérémy Clapin, called Skhizein. It’s 15 minutes long and is available on YouTube. A meteorite crashes on the body of the main character. As a result the Imaginary clears off. From that moment on, his body is exactly 91 cm away from him. This requires a complex reorganization of his world. Also of his analyst's office! This disturbed relationship to the body was already present in Clapin’s first film, Backbone Tale (Une histoire vertébrale). His latest film, I lost my body, shows us that this theme has become his escabeau.
 
Translated by Christos Tombras & Eva Reinhofer.

 

[1] Lacan J., ‘The Third’, Lacanian Review 7, 2019, p. 97.
[2] Zenoni A., ‘Image du corps – corps imaginaire’, Le corps parlant. Sur l’inconscient au XXIe siècle, Collection rue Huysmans, Paris, 2015, p. 144
[3] Miller J.-A., ‘Pièces détachées’, Revue La Cause freudienne, n° 60, 2005, p. 168
[4] Lacan J. The Seminar of Jacques Lacan, Book XXIII: The Sinthome, Polity Press, Cambridge, 2016, p. 52
[5] Ibid., p.129
[6] Ibid., p.52
[7] Ibid., p.133
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