Qu'appelons-nous « événement de corps » ?

"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110



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Daniel Roy
Qu'appelons-nous « événement de corps » ?

Cette expression « événement de corps » comme définissant le symptôme se trouve dans le texte que Lacan a donné pour les Actes du Symposium Joyce en 1975, sous le titre de « Joyce le symptôme ». Voici ce passage : « Laissons le symptôme à ce qu’il est : un événement de corps, lié à ce que : l’on l’a, l’on l’a de l’air, l’on l’aire, de l’on l’a. Ça se chante à l’occasion et Joyce en s’en prive pas »[1]. Pourquoi Lacan nous demande-t-il de « laisser le symptôme à ce qu’il est » ? Au plus simple, cela s’entend comme une recommandation à ne pas séparer le symptôme, dans son « être », de « l’avoir » du corps qui caractérise l’homme : le corps ne tiendrait-il donc qu’avec l’appui du symptôme ? Et le symptôme, lui, ne devrait-il donc plus être considéré sans son « accroche » au corps ?
Une première réponse à ces questions n’est-elle incluse dans la phrase elle-même ? Lacan y indique en effet que le symptôme « ça se chante à l’occasion », sur le mode hors-sens de la ritournelle enfantine. Dans la grande obsession de l’homme aux rats, dans les symptômes corporels de Dora et des premières hystériques « freudiennes », dans les compulsions de l’homme aux loups, dans la phobie des chevaux du petit Hans, pourrions-nous donc entendre une « petite chanson » qui en constitue l’os ? Il me semble que Lacan nous invite là à nous déprendre, comme analystes, de l’appel au sens exercé par la chaîne signifiante en tant que telle, pour accueillir le joui-sens du symptôme comme la petite ritournelle du corps parlant, l’air que l’on a dans l’oreille et qui insiste sans raison, mais pas sans résonances, l’air qui fait notre aire (notre assise) et notre erre (notre errance). La petite chanson qui guide notre existence.
 
Quel corps ?

Si nous partons du corps tel que Lacan l’aborde de façon absolument renouvelée dans ce texte contemporain du séminaire, Livre XXIII, Le sinthome[2], nous sommes frappés par l’affirmation répétée plusieurs fois dans ce texte que « l’homme a un corps et n’en a qu’un », mais une répétition qui s’appuie sur l’extraterritorialité entre parole et écriture, dont Lacan démontre l’efficacité en usant de l’écriture phonétique de cette phrase (« LOM, LOM de base, LOM cahun corps et nan-na Kun »[3]). En effet il opère en faisant ceci un morcellement du sens, qui fait littéralement exploser notre pente à comprendre cette phrase et à la transformer en banalité. En énonçant cette phrase Lacan réalise en acte ce qu’il dit, il crée un « événement de corps », c’est-à-dire un événement de discours qui est en même temps événement de jouissance, en lui faisant faire « le bond du sens »[4]  – qui s'oppose ici au « bon sens » – tout en se servant des mêmes mots. Il donne par là le modèle de l’interprétation : faire surgir avec les mêmes vieux mots, en « les chiffonnant » un peu, leur valeur de joui-sens. Il le réalise parce qu’il réussit à lier ensemble ce qu’il a produit tout au long de son enseignement comme sens-joui à propos du corps, à savoir la construction de trois corps relevant de « trois ordres » : imaginaire, symbolique et réel. Une phrase de ce texte les réunit pour bien faire entendre que l’homme n’a qu’un corps : ce qui en témoigne, dit-il, c’est « le fait qu’il jaspine pour s’affairer de la sphère, dont se faire un escabeau »[5]. Il est ici très important pour nous de saisir cette insistance de Lacan, pour la raison suivante : ce qu’il définit comme symptôme, c’est ce qui arrive (l’événement) à ce corps là et LOM n’a que ça, ce un-corps, n’a pas d’autres ressources que cela pour s’y reconnaître dans ce qui lui arrive.
A la question « Qu’as-tu? », qui sert au sujet à « s’interroger fictivement », mais qui nous met sur la voie, il n’y a qu’une réponse : « j’ai ça… ». Illustrons le simplement : qu’as-tu à pleurer, à crier, à faire la tête, à t’angoisser…? A cela, le sujet ne peut répondre qu’en déclinant un phénomène du corps imaginaire (anatomique, physiologique), ou un phénomène du corps symbolique (de la mentalité, du psychisme), ou un phénomène qui relève du réel du corps (ce qui le traverse, ce à quoi il se heurte, ce qu’il n’arrive pas à dire), c’est-à-dire qu’il répond avec du savoir prélevé dans les discours courants, et s’il est en analyse, il répond avec l’inconscient. Ces divers phénomènes de corps ne s’enregistrent comme « événements de corps » qu’en tant qu’ils adviennent au corps que l’on a comme un. Pris dans d’autres discours qui les maîtrisent, ils ne peuvent trouver leur valeur d’événement. Ils sont événements, sans Autre, en tant qu’ils se disent dans la cure, car c’est dans ce dire que se révèle leur valeur de jouissance, en un éclair. C’est en tant qu’ils se disent que s’enregistre pour celui qui parle, et pour l’analyste, le « taux de corps »[6]  qu’ils charrient à l’insu du sujet : c’est le sujet hystérique qui fait saisir cela, elle/lui qui accommode sur ce symptôme-là chez l’autre, qui perçoit ça sur un autre corps. Mais c’est ce qui fait son drame, en tant qu’elle/il cherche ainsi à s’extraire de ce qui, à la fin de son enseignement, apparaît à Lacan comme la seule limite à laquelle l’homme a à faire, son corps, limite qui est aussi sa seule responsabilité.
 
Trois expériences du corps

1 – « La sphère » ou les effets de la langue sur le corps imaginaire
La sphère, c’est ce à quoi Lacan réduit le corps imaginaire à la fin de son enseignement, ce corps qui, dans le « Stade du miroir », est appelé à s’identifier comme une unité, une image où l’homme se reconnaît, là où il est vu par l’autre qui l’accueille. Mais dans ce mouvement même où l’image unifie les morceaux du corps pulsionnel, jusque-là épars, cette image, le corps imaginaire, lui dérobe son être, et le livre à toutes les prises imaginaires (rivalité, jalousie, concurrence). Ainsi quand le corps se constitue comme image, il n’existe plus comme corps vivant, voilà ce que dit le stade du miroir, et la marque du vivant s’inscrit dans ce corps-là comme manque, désigné par Lacan comme phallus imaginaire. Les effets subjectifs de la langue sur la consistance imaginaire du corps sont doubles : d’une part le narcissisme, terme freudien, auquel Lacan va substituer celui « d’adoration », d’autre part tous les termes qui, dans une langue, désignent ce qui manque à une image pour être complète : « un défaut », « un dommage », mais cela peut aller jusqu’au trou dans cette consistance, en empruntant les trous anatomiques. Donc, deux effets de la langue sur le corps imaginaire : 1) l’adoration du corps ; 2) le manque sous toutes ses formes imaginaires.
Ce qui fait défaut ne s’enregistre pas uniquement comme un « en moins » mais à l’occasion comme un « en trop ». Ainsi pouvons-nous ajouter un troisième effet : 3) ce qui fait tache, tache physique ou tache morale.
 
2 – Les effets de la langue sur le corps décerné par le symbolique
 C’est fondamentalement un corps mortifié par la langue, là où le sujet est représenté par un signifiant pour un autre signifiant ; c’est le corps de la sépulture antique, entouré des divers biens d’usage et d’échange, voire des autres corps sur lesquels il avait droit de jouissance. Notons ici que ces objets de jouissance ne fondent en rien la jouissance comme absolue, mais au contraire comme bornée, limitée : « voici quel est l’empan possible des jouissances pour un homme, fût-il le plus puissant parmi les hommes ! ». Dans cette perspective, celle du corps décerné par le langage, la marque du vivant est une marque de division qui frappe le sujet, de son vivant et au-delà même de sa mort, division entre le possible de son désir et de ses jouissances, d’un côté, et de l’autre un réel impossible à situer. « Le corps, à le prendre au sérieux, est d’abord ce qui peut porter la marque propre à le ranger dans une suite de signifiants. »[7]. Cette marque, le phallus symbolique, désigne l’effet sur le corps de cette incorporation du corps du symbolique. C’est à la fois une négativation et une localisation de jouissance, à la fois un « non » à la jouissance – l’effet de castration – et un « nom » – le trait unaire. Mais il y a dans le corps vivant quelque chose qui ne se laisse pas négativer, quelque chose qui ne se laisse pas attraper par un « dire que non » et qui de ce fait, en retour, crée un trou dans le symbolique, un trou dans le savoir, « un trou qu’il n’y a pas moyen de savoir »[8], le sexuel.
Deux effets de la langue sur le corps de cette mortification symbolique : 1) La marque, le blason, la brûlure au fer rouge, qui peuvent faire nomination ; 2) Un effet de trou, qui s’enregistre subjectivement comme énigme, fondamentalement énigme du sexuel.
Mais J.-A. Miller nous a appris à reconnaître l’effet d’impact sur le corps vivant du signifiant tout seul, qui s’isole dans un régime de la parole qui privilégie le non-sens, les riens de sens, dans les rêves, les lapsus, les équivoques signifiantes, soit toutes les chutes du discours. C’est là « où le sujet peut s’aviser que cet inconscient est le sien », sinon il peut toujours penser que cela vient de l’Autre, ce qui est la condition commune de celui qui vient voir un psychanalyste. C’est ce savoir-là, cet inconscient-là – qui n’est ni celui des lois de l’alliance et de la filiation, ni celui des signifiants-maîtres — « qui affecte le corps de l’être qui ne se fait être que de paroles, ceci de morceler sa jouissance, de le découper jusqu’à en produire les chutes dont je fais l’objet petit (a), l’a-cause première de son désir »[9]. Il s’agit là des effets corporels du signifiant, non plus mortification, mais effets de jouissance, un mouvement de « corporisation »[10]  de la langue en tant qu’elle affecte le corps vivant. Il y a donc un troisième effet corporel de la langue : 3) l’affect, essentiel pour saisir la clinique actuelle.
 
C’est dans ce moment de bascule dans son enseignement que Lacan va condenser ces trois effets corporels de la langue dans sa dimension symbolique par le verbe « jaspiner » qui désigne dans la langue française le bavardage. Il s’agit là de la pure jouissance de la langue dans sa matérialité, dans son « aboiement » car « jaspiner » est dérivé du mot « japper » qui désigne le petit aboiement du chien !
Ne pas se laisser identifier aux marques du signifiant tel qu’il circule dans ce « jaspiner », ne pas être pris dans sa dimension de semblant, laisse le sujet livré aux objets pulsionnels qui sont venus à la place : le voilà au centre des regards, ou des moqueries dans son dos, il va se faire bouffer ou rejeter comme un déchet. Plus moyen de franchir le seuil du collège ou du lycée, ce corps ne peut plus se loger dans cet espace tissé de marques signifiantes, et il s’éjecte de ce lieu.
 
3 – Il faut parler ici de ces brins de jouissances, de ces bouts de réel, de ces éclats de corps que sont les objets (a). Ils sont en effet le produit de ce « jaspinage pour s’affairer de la sphère » que constitue l’expérience d’une analyse. Prélevés sur la jouissance du corps dans la rencontre avec la demande de l’Autre du langage, issus donc des objets pulsionnels, ils localisent et diffractent cette jouissance dans ces extensions que sont les objets qui causent le désir, comme objets précieux cachés au coeur du fantasme de l’analysant, mais aussi comme objets plus-de-jouir qui augmentent à plaisir le corps que l’on a. Ces objets désignent alors « le réel du corps » tel qu’il infiltre la sphère imaginaire et le jaspinage signifiant. Les effets de ces objets « réels » sur le corps se recueillent 1) comme « ce qui est impossible à supporter », comme « ce à quoi on se heurte », « ce qui ne peut se dire » ; 2) comme ce qui chute, ce qui est rejeté ou ce qui surgit du trou, ce qui fait retour ; 3) mais aussi dans le chiffrage de la langue par les moyens pulsionnels du corps, chiffrage oral, anal, scopique, invoquant de la langue, tel que nous l’entendons chez le tout-petit enfant.
 
Se faire un escabeau

Le corps a d’abord été abordé par Lacan comme morcelé et unifié comme corps imaginaire, puis se présente comme corps symbolique décerné par le langage, qui répartit les jouissances et le fait support de marques, condensatrices de jouissance, pour enfin se produire comme le réel d’un corps morcelé par la frappe « bête » de la langue. Ce qui fait dire à Lacan que c’est la langue qui traumatise le corps, en tant qu’elle lui impose ce travail de chiffrage, qui finira par constituer la jouissance phallique, qui désigne à la fin de l’enseignement de Lacan aussi bien la jouissance de la parole, la jouissance sublimatoire et le plus-de-jouir[11]. Cette jouissance qui apparaît hors-corps au sens de « en dehors » de la « sphère » du corps imaginaire, est pourtant constituante du corps de l’être parlant en tant qu’il est fait de substance jouissante.
Ce corps « que l’homme a » est ainsi fondamentalement un corps qui « se jouit », qui se jouit par tous ces moyens que sont la parole, les objets plus-de-jouir, la sublimation. Lacan va donner un nom à ce corps constitué de substance jouissante, un corps qui n’opère ni dans la substance étendue, ni dans la substance pensante, un corps qui ex-siste à l’espace physique et à l’espace mental. Un corps qui ne se soutient ni d’un « je suis… », ni d’un « je pense » mais d’un « se jouit ». Le nom donné par Lacan à ce un-corps est celui d’escabeau, un corps grâce auquel chacun se croit beau, qui sert à chacun de piédestal, c’est-à-dire aussi bien d’occasion de chutes. Ainsi l’escabeau est la condition même de l’être qui parle, l’homme (LOM) qui n’a d’autre être que le corps qu’il a comme un corps, le « un » désignant ici le Un de jouissance qui fait tenir cet escabeau.
Cet équilibre est à la fois robuste et fragile, comme l’indique cette phrase qui me sert ici de boussole : « il jaspine pour s’affairer de la sphère, dont se faire un escabeau ».
C’est robuste et cela s’enregistre volontiers comme « traits de caractère », comme « la personnalité », c’est-à-dire les habitudes, les modalités de jouissance.

C’est fragile du fait que cet escabeau repose sur un nouage qui, pour un sujet, s’est opéré au petit bonheur la chance, de façon contingente, entre un patchwork d’images, des bribes de discours et des brins de jouissance.
C’est un nouage symptomatique qui contient en son cœur la contingence même de la présence au monde du sujet, contingence qui a pris valeur absolue de jouissance (le mélancolique est confronté sans médiation à cette marque qui fait trou) et auquel s’articule le désir inconscient. C’est ce que l’hystérique déchiffre sur le corps d’un/une autre. Elle lit dans le symptôme qui affecte l’autre corps l’indice de la valeur de jouissance que véhicule le désir en tant que manque. Elle le lit aussi bien dans l’Autre, dans le discours du maître, dont elle révèle la vérité de sujet divisé.
Ainsi le symptôme est l’événement qui vient affecter ce corps-là, qui vient affecter l’escabeau et vient montrer sa trame, sa logique. C’est en ce sens que Lacan parle de Joyce en disant qu’il « est symptomato-logie » ; il actualise en effet dans son écriture et dans sa vie la logique du symptôme, « en faisant le tour de sa réserve » d’escabeaux, tout en s’en faisant piédestal.

Ce symptôme là fonde une nouvelle clinique qui est celle des effets corporels de la langue, effets se produisant dans la consistance imaginaire du corps, dans sa trame symbolique, dans ses épiphanies réelles. Ces symptômes, que nous appelons nouveaux, sont à construire dans la cure comme événement du corps de jouissance, qui sont les seuls véritables événements de vie, d’une vie d’homme.
 
Une psychanalyse se définit alors comme le dispositif qui vous permet de faire de ce qui vous détermine 1) quelque chose « qui vous arrive » comme si vous l’aviez choisi, 2) de faire de ce qui vous arrive un symptôme 3) en tant qu’événement de corps, quand s’actualise dans la séance analytique un dire qui mord sur un jouir. Il fait événement, contingent donc, pour autant qu’il réalise un nouage entre un dire et un jouir « pour se faire un escabeau » : c’est ainsi que Lacan termine sa phrase. Se faire un escabeau du corps de jouissance dans sa consistance imaginaire, son trou symbolique et ses plus-de-jouir, c’est se donner une chance de « scabeaustration », castration de l’escabeau, pour en user de la bonne façon, pour apprendre à se servir de la consistance imaginaire, du trou du symbolique, et de ses plus-de-jouir.
 

[1] Lacan J., Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 569.
[2] Lacan J., Le séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005.
[3] Ibid., p. 565.
[4]Ibid., p. 566
[5]Ibid., p. 565.
[6]Lacan, J. Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à L’autre, Paris, Seuil,  2006, p. 371.
[7] Lacan J. « Radiophonie », Autres écrits, Paris, Seuil, pp. 408-409
[8] Lacan J., Le Séminaire Livre XXI, RSI, leçon du 8 avril 1975, Ornicar n° 5, dec-janv 75/76, p.39.
[9] Lacan J., « …Ou Pire, Compte rendu du séminaire 1971-1972 », Autres écrits, op.cit., p. 550.
[10]Miller J.-A., « Biologie Lacanienne et événement de corps », La Cause freudienne N° 44, Février 2000, pp. 57-59
[11] Miller J.-A., « Les six paradigmes de la jouissance », La Cause freudienne N° 43, octobre 1999, pp. 24-29.
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 Le désir de l’analyste : un désir inédit? 

avec Philippe STASSE

Les invités : Bernard Seynhaeve et Ruzanna Hakobyan

Via Zoom

L'heure : 16h GMT+2 (Kiev) 

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avec  CEREDA EURÊKA

Discussion sur le thème :Petite
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avec François
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Effets a-rhétoriques de la langue sur le corps

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Marco Mauas
Effets a-rhétoriques de la langue sur le corps

Je me suis intéressé à ce que dit Alcibiade, dans Le Banquet de Platon, sur sa rencontre avec Socrate, spécialement des effets de la parole de Socrate sur son corps. Lacan a remarqué, dans son séminaire sur le transfert, la « scène féminine » faite par Alcibiade dès son entrée.

Voici ce qu’il note : « C’est à savoir que justement parce qu’il est Alcibiade, celui dont les désirs ne connaissent pas de limites, que ce champ préférentiel dans lequel il s’engage, qui est à proprement parler pour lui le champ de l’amour, est quelque chose où il démontre ce que j’appellerai un cas très remarquable d’absence de la crainte de castration, autrement dit de manque total de cette fameuse Ablehnung der Weiblichkeit ».[1]
 
Une absence de la crainte de castration, c’est une positivité. Cela nous ouvre un témoignage  hors de la logique phallique. Et dans le cas d’Alcibiade, hors rhétorique aussi, quand il énonce dans Le Banquet :
« En écoutant Périclès et d’autres bons orateurs, j’admettais sans doute qu’ils s’exprimaient bien, mais je n’éprouvais rien de pareil, mon âme n’était pas troublée, et elle ne s’indignait pas de l’esclavage auquel j’étais réduit. Mais lui, ce Marsyas, il m’a bien souvent mis dans un état tel qu’il me paraissait impossible de vivre comme je le fais. »[2]
Et lui de continuer : « En ce moment encore, et j’en ai conscience, si j’acceptais de lui prêter l’oreille, je ne pourrais pas rester insensible, et j’éprouverais les mêmes émotions. En effet, il m’oblige à admettre que, en dépit de tout ce qui me manque, je continue à n’avoir pas souci de moi-même… »

Il dit aussi qu’il tente de fuir, de se boucher les oreilles comme pour échapper aux Sirènes. Mais il reste. Pourquoi ? A cause de quoi ? Le texte de Platon ne nous en dira rien.
 
C’est une poétesse, Anne Carson, traductrice de Sappho et des classiques, dite la plus connue poétesse vivante en langue anglaise, qui m’a fourni une petite réponse. Dans un long poème, récemment publié dans la London Review of Books[3], elle reprend les paroles d’Alcibiade, elle écrit :
« ….
He tells me (which is true) that
My values are wrong: I’m just a crowd- pleaser.
He says my whole life
Is papier-mâché.

Well, I don’t want to sit by this siren till I die of old age.
So what’s the reason I can’t turn the page?
Simple answer: shame.
He’s the only man in the world who can see through my game.
…..»

[1] Lacan J., Le Séminaire, Livre VIII, Le transfert, 8 février 1961, p. 192.

[2]Platon, Le Banquet, 215c- 216-b, Trad Luc Brisson. Flammarion.
[3]Anne Carson, “Oh what a night” ( Alkibiades), London Review of Books, Vol.42 n°22, 19 nov 2020.
https://www.lrb.co.uk/the-paper/v42/n22/anne-carson/oh-what-a-night-alkibiades
(Il me dit (ce qui est vrai) que / Mes valeurs sont fausses : je ne suis qu'un favori des foules.
Il dit que toute ma vie / Est en papier mâché.
Je ne veux pas rester assis auprès de cette sirène avant de mourir de vieillesse.
Alors pourquoi ne puis-je pas tourner la page ? / Une réponse simple : la honte.
C'est le seul homme au monde qui peut voir à travers mon jeu.)
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Marco Mauas
A-rhetorical bodily effects of language
 

I got interested in what Alcibiades said, in Plato's Symposium, about his encounter with Socrates, especially the bodily effects of Socrates' speech on Alcibiades. Lacan noticed, in his seminar on Transference, the “feminine scene” made by Alcibiades as soon as he entered.

Here is what he notes:[1] "Namely that precisely because he is Alcibiades, the one whose desires know no limits, that this preferential field in which he engages, which is strictly speaking for him the field of love, is something where it demonstrates what I will call a very remarkable case of the absence of the fear of castration, in other words of the total lack of this famous Ablehnung der Weiblichkeit (repudiation of femininity).
 
An absence of the fear of castration is a positivity.  This opens up a testimony to us, one outside of phallic logic.  And in the case of Alcibiades, outside rhetoric too, as when he states in The Symposium: [2]
“When I listened to Pericles and other skilled orators I thought them eloquent, but I never felt anything like this; my spirit was not left in a tumult and had not to complain of my being in the condition of a common slave: whereas the influence of our Marsyas here has often thrown me into such a state that I thought my life not worth living on these terms.”

And he continues: “Even now I am still conscious that if I consented to lend him my ear, I could not resist him, but would have the same feeling again. For he compels me to admit that, sorely deficient as I am, I neglect myself (…)”[3]
He also says he tries to run away, to cover his ears as if to escape the Sirens.  But he remains there, Alcibiades. Why? Because of what? Plato's text will tell us nothing about it.
 
It was a poet, Anne Carson, translator of Sappho and the classics, known as the most famous living poet in the English language, who gave me a small answer.  In a long poem, recently published in the London Review of Books, she takes up the words of Alcibiades, she writes: [4]
"….
He tells me (which is true) that
My values are wrong: I’m just a crowd-pleaser.
He says my whole life
Is papier-mâché.
 
Well, I don’t want to sit by this siren till I die of old age.
So what’s the reason I can’t turn the page?
Simple answer: shame.
He’s the only man in the world who can see through my game.
….."
 
Translated by Alasdair Duncan
Reviewed by Caroline Heanue
 

[1] Lacan, J., Transference : The Seminar of Jacques Lacan, Book VIII, Transference. Fink, B., (Cambridge, Polity, 2015), lesson of 8 February 1961, page 157.
[4] Anne Carson,  Oh what a night (Alkibiades), LRB, 19 Nov 2020.
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Bernard Seynhaeve
Une analyse lacanienne, pas sans les corps

« Lacan a visé quelque chose qui irait au-delà de la notion de l’inconscient et ce qui s'inscrit à cette place, c’est ce qu'il a appelé le parlêtre où la fonction de l'inconscient se complète du corps, de ce qu’il a de réel du corps.

Cela indique que l’interprétation mobilise quelque chose du corps. C’est un mode de l’interprétation qui exige qu'elle soit investie par l'analyste et par exemple que l'un et l'autre apportent leur corps. » [1]
 
J’essaie d’avancer avec les questions qui me taraudent.[2]

Vous aurez remarqué que dans mon titre j’ai écrit « les corps » au pluriel, soit le corps de l’analysant ET celui de l’analyste.
Je voudrais tenter de préciser pourquoi une psychanalyse lacanienne nécessite, exige la présence des corps, celui de l’analysant et celui de l’analyste. Cette question fait l’objet d’un débat passionné à l’heure actuelle, à l’heure de la pandémie alors que nous devons respecter ce que nous appelons « la distanciation sociale » et où nous sommes malgré tout parfois amenés à devoir faire usage de Skype pour garder le lien avec nos analysants. Néanmoins, j’affirme qu’une cure analytique ne peut être menée à son terme sans la présence des corps, de l’analysant et de l’analyste.

Ce sur quoi je veux attirer l’attention dans mon exposé, c’est que, à côté de la présence physique de l’analysant, le tout dernier Lacan met l’accent sur à la présence de l’analyste dans la manœuvre de l’interprétation. L’analyste en effet, selon le tout dernier Lacan interprète avec son corps. C’est cette thèse de Lacan que je voudrais développer.
Il n’y a pas très longtemps, une question à laquelle je ne m’attendais pas a surgi dans un groupe de la NLS. Un collègue a dit : « Vous verrez monsieur qu’un jour il y aura des AE qui auront fait leur analyse par Skype ». Cette question est éminemment politique et se pose dans notre École, la NLS. Que ceux qui étaient à Tel-Aviv lors de notre Assemblée Générale en 2019 se rappellent le débat que nous avons eu concernant l’usage d’internet (de Skype) dans la cure.

Une autre question se pose pour moi : que devient l’interprétation au temps du parlêtre — et non plus au temps du sujet, soit l’interprétation au temps de l’enseignement du tout dernier Lacan.

L’interprétation au temps du parlêtre

C’est avec ce néologisme, le parlêtre, que Lacan définira l’inconscient en tant qu’il définit un nouage entre le corps et l’inconscient. À partir de ce moment-là, l’interprétation doit nécessairement impliquer les corps. Comment ? Précisément en tentant de faire résonner ce nouage du corps et de la langue. À cet égard, ce que Lacan fera alors valoir concernant la fin de la cure analytique, c’est que l’interprétation vise à déranger ou à faire résonner la défense.
Qu’est-ce que la défense ? La défense, c’est un « dispositif psychique » que Freud a postulé dès le début de son œuvre : une « défense primaire », précisait-il,  pour faire barrage à ce qu’il nommait les « menaces de déplaisir » [3], et que nous nommons avec Lacan « le réel de la jouissance », soit l’impact de la langue sur le corps. Pour le dernier Lacan, l’interprétation vise à déranger la défense dans la mesure où elle vise, non pas à défaire ce nouage de lalangue et du corps –ce serait d’ailleurs peine perdue-, mais à faire résonner ce qui protège le nœud du corps et de la langue, ou ce que Lacan appelé le sinthome.

De la nécessité de la présence des corps 

À la fin de sa vie Freud en était resté sur un constat : une psychanalyse est sans fin parce qu’elle bute sur le roc de la castration chez l’homme, sur le penisneid chez la femme. Mais avec le tout dernier Lacan, il devient possible de terminer son analyse en tentant de dépasser ce roc de la castration et au-delà du  pénisneid. Il ne s’agit plus alors d’orienter la cure sur le fantasme, mais sur le symptôme. Comment ? En visant le réel de la jouissance du corps parlant, en s’efforçant de s’approcher au plus près du réel de la jouissance que constitue le nœud du parlêtre, le nœud du langage et du corps, le nœud de son sinthome, le nœud du corps qui se jouit.

Cela change alors radicalement la façon d’interpréter. Pour Lacan l’interprétation ne vise plus le sens par exemple des formations de l’inconscient. Produire du sens ne fait que prolonger la cure, cela la rend infinie. L’interprétation vise la jouissance du parlêtre, le nœud, le réel, en  dérangeant la défense. L’interprétation consiste à faire résonner la défense. Elle tente de toucher le réel du corps qui se jouit.

D’où la question que je pose : ce mode d’interprétation nécessite-t-il la présence des corps, celui de l’analyste et de l’analysant ?

Relevons pour commencer deux précisions apportées par Jacques-Alain Miller.

La première est extraite de son entretien au journal Libération, en 99 :
« La technologie élabore des modes de présence inédits. Le contact à distance en temps réel s'est banalisé au cours du siècle. Que ce soit le téléphone, maintenant portable, l'Internet, la conférence vidéo. Cela va continuer, se multiplier, ce sera omniprésent. Mais est-ce que la présence virtuelle aura à terme une incidence fondamentale sur la séance analytique? Non. Se voir et se parler, cela ne fait pas une séance analytique. Dans la séance, deux sont là ensemble, synchronisés, mais ils ne sont pas là pour se voir, comme le manifeste l'usage du divan. La coprésence en chair et en os est nécessaire, ne serait-ce que pour faire surgir le non-rapport sexuel. Si l'on sabote le réel, le paradoxe s'évanouit. Tous les modes de présence virtuelle, même les plus sophistiqués, buteront là-dessus. » [4]

La seconde est extraite de son intervention Une fantaisie, lors du Congrès de l’AMP à Comandatuba, en 2004.
« L’inconscient est-il corporel ? […] L’effet de l’interprétation tient-il à l’emploi des mots ou à leur jaculation ? […] Il faut y mettre le ton –d’ailleurs ceux qui ont eu la chance de pouvoir rapporter des interprétations de Lacan, les répètent toujours avec le ton de Lacan. La poétique de l’interprétation, c’est un matérialisme de l’interprétation. […] Il faut donc y mettre le corps pour porter l’interprétation à la puissance du symptôme. [5] »

Qu’est-ce qu’un corps ?
Puisqu’il s’agit de cerner ce qui constitue le joint du corps et de la langue, posons-nous la question : qu’est-ce qu’un corps ? Qu’est-ce qu’un corps parlant, le corps des êtres parlant, le parlêtre ?
Lors de la présentation du thème du Xe Congrès de l’AMP, en 2014, J.-A. Miller indiquait que « Lacan, à la fin de son enseignement, dit que […] : « Le corps, c’est un mystère. » Il le dit dans Encore : « Le réel, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient. » [6]
 
Essayons de préciser ce mystère. Miller nous invite à faire une distinction entre ce que l’on nomme un corps et un sac d’organes, soit entre le corps et la chair. « Dans la distinction entre le corps et la chair, dit-il, le corps se montre apte à figurer, comme surface d’inscription, le lieu de l’Autre du signifiant. […] Ce qui fait mystère, mais qui reste indubitable, c’est ce qui résulte de l’emprise du symbolique sur le corps. […] Le mystère est […] celui de l’union de la parole et du corps. De ce fait d’expérience, on peut dire qu’il est du registre du réel. » L’être parlant a donc un corps et il utilise son corps comme d’un instrument pour parler. L’homme se distingue d’être un animal qui parle mais pour pouvoir parler il lui faut un corps. Pour parler, l’homme utilise son corps. Et ce qui fait mystère, c’est ce nouage même de la langue et du corps, c’est que Lom[7] puisse faire usage de son corps pour parler. Et cela ne s’explique pas, c’est un mystère, cela fait trou dans le savoir et ça relève par conséquent du registre du réel.

Mais par ailleurs, le parlêtre jouit de l’usage de son corps pour parler. C’est même pour cela qu’il parle. Avant même d’utiliser son corps pour communiquer, avant même de s’adresser à l’Autre, avant toute demande adressée à l’Autre, l’homme se sert du nouage du corps et de la langue pour sa jouissance. Lacan dit qu’il se jouit. On peut même dire que cette jouissance, la jouissance du se jouir est auto-érotique, autistique, comme le précise Lacan.

Autre précision : Il faut postuler un temps préalable à l’entrée dans la communication. C’est un temps où le corps se noue à la langue. Ce temps il faut le qualifier de traumatique. La percussion de la langue et du corps fait trou, nous dit Lacan, fait troumatisme. Il s’agit véritablement d’une percussion traumatique de la langue avec le corps. Le corps est percuté par la langue et cela produit un trauma.

C’est dans un second temps que l’Autre en tant qu’instance structurée va entrer en jeu. À « ce corps marqué des événements de jouissance, des traumas de lalangue, viendront ensuite des effets inconscients de sens, c’est ce que Lacan approche en tant qu’effets de savoir » [8], comme le dit Éric Laurent. « La jouissance s’éprouve, “ça se sent”. Et c’est après cette preuve de la jouissance que se produisent les effets de savoir propres aux effets signifiants sur le corps. Il faut d’abord avoir un corps, conditions pour que la jouissance […] viennent s’y inscrire. » [9]
 

[1] MILLER, J.A., « L’expérience du réel dans la cure analytique », « Les paradigmes de la jouissance » et « Biologie lacanienne et événement de corps » [1998-1999], L’Orientation lacanienne iii1, Leçon du 27 janvier 1999.
[2] Première partie d’un texte publié dans le N° 126 de la revue Quarto, Le corps, cette guenille qui nous est si chère.
[3] FREUD, F. « Esquisse d’une psychologie scientifique » [1895], La naissance de la psychanalyse, trad. de l’all. par Anne Berman, Paris, PUF, 1956, 6ème édition : 1991, p. 381.
[4] MILLER, J.A., Interview à Libération le 3 juillet 1999 « Le divan ».
[5] MILLER, J.A., « Une fantaisie », Mental 15, février 2005, p. 26.
[6] LACAN, J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1974, p. 118.
[7] LACAN, J., « Joyce le symptôme », in Le Séminaire, livre xxiii, Le sinthome [1975-1976], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 2005
[8] LAURENT, E., L’envers de la biopolitique, Le champ freudien, Navarin 2016, p. 59 et p.16.
[9] Ibid.
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Bernard Seynhaeve
Une analyse lacanienne, pas sans les corps

« Lacan a visé quelque chose qui irait au-delà de la notion de l’inconscient et ce qui s'inscrit à cette place, c’est ce qu'il a appelé le parlêtre où la fonction de l'inconscient se complète du corps, de ce qu’il a de réel du corps.

Cela indique que l’interprétation mobilise quelque chose du corps. C’est un mode de l’interprétation qui exige qu'elle soit investie par l'analyste et par exemple que l'un et l'autre apportent leur corps. » [1]
 
J’essaie d’avancer avec les questions qui me taraudent.[2]

Vous aurez remarqué que dans mon titre j’ai écrit « les corps » au pluriel, soit le corps de l’analysant ET celui de l’analyste.
Je voudrais tenter de préciser pourquoi une psychanalyse lacanienne nécessite, exige la présence des corps, celui de l’analysant et celui de l’analyste. Cette question fait l’objet d’un débat passionné à l’heure actuelle, à l’heure de la pandémie alors que nous devons respecter ce que nous appelons « la distanciation sociale » et où nous sommes malgré tout parfois amenés à devoir faire usage de Skype pour garder le lien avec nos analysants. Néanmoins, j’affirme qu’une cure analytique ne peut être menée à son terme sans la présence des corps, de l’analysant et de l’analyste.

Ce sur quoi je veux attirer l’attention dans mon exposé, c’est que, à côté de la présence physique de l’analysant, le tout dernier Lacan met l’accent sur à la présence de l’analyste dans la manœuvre de l’interprétation. L’analyste en effet, selon le tout dernier Lacan interprète avec son corps. C’est cette thèse de Lacan que je voudrais développer.
Il n’y a pas très longtemps, une question à laquelle je ne m’attendais pas a surgi dans un groupe de la NLS. Un collègue a dit : « Vous verrez monsieur qu’un jour il y aura des AE qui auront fait leur analyse par Skype ». Cette question est éminemment politique et se pose dans notre École, la NLS. Que ceux qui étaient à Tel-Aviv lors de notre Assemblée Générale en 2019 se rappellent le débat que nous avons eu concernant l’usage d’internet (de Skype) dans la cure.

Une autre question se pose pour moi : que devient l’interprétation au temps du parlêtre — et non plus au temps du sujet, soit l’interprétation au temps de l’enseignement du tout dernier Lacan.

L’interprétation au temps du parlêtre

C’est avec ce néologisme, le parlêtre, que Lacan définira l’inconscient en tant qu’il définit un nouage entre le corps et l’inconscient. À partir de ce moment-là, l’interprétation doit nécessairement impliquer les corps. Comment ? Précisément en tentant de faire résonner ce nouage du corps et de la langue. À cet égard, ce que Lacan fera alors valoir concernant la fin de la cure analytique, c’est que l’interprétation vise à déranger ou à faire résonner la défense.
Qu’est-ce que la défense ? La défense, c’est un « dispositif psychique » que Freud a postulé dès le début de son œuvre : une « défense primaire », précisait-il,  pour faire barrage à ce qu’il nommait les « menaces de déplaisir » [3], et que nous nommons avec Lacan « le réel de la jouissance », soit l’impact de la langue sur le corps. Pour le dernier Lacan, l’interprétation vise à déranger la défense dans la mesure où elle vise, non pas à défaire ce nouage de lalangue et du corps –ce serait d’ailleurs peine perdue-, mais à faire résonner ce qui protège le nœud du corps et de la langue, ou ce que Lacan appelé le sinthome.

De la nécessité de la présence des corps 

À la fin de sa vie Freud en était resté sur un constat : une psychanalyse est sans fin parce qu’elle bute sur le roc de la castration chez l’homme, sur le penisneid chez la femme. Mais avec le tout dernier Lacan, il devient possible de terminer son analyse en tentant de dépasser ce roc de la castration et au-delà du  pénisneid. Il ne s’agit plus alors d’orienter la cure sur le fantasme, mais sur le symptôme. Comment ? En visant le réel de la jouissance du corps parlant, en s’efforçant de s’approcher au plus près du réel de la jouissance que constitue le nœud du parlêtre, le nœud du langage et du corps, le nœud de son sinthome, le nœud du corps qui se jouit.

Cela change alors radicalement la façon d’interpréter. Pour Lacan l’interprétation ne vise plus le sens par exemple des formations de l’inconscient. Produire du sens ne fait que prolonger la cure, cela la rend infinie. L’interprétation vise la jouissance du parlêtre, le nœud, le réel, en  dérangeant la défense. L’interprétation consiste à faire résonner la défense. Elle tente de toucher le réel du corps qui se jouit.

D’où la question que je pose : ce mode d’interprétation nécessite-t-il la présence des corps, celui de l’analyste et de l’analysant ?

Relevons pour commencer deux précisions apportées par Jacques-Alain Miller.

La première est extraite de son entretien au journal Libération, en 99 :
« La technologie élabore des modes de présence inédits. Le contact à distance en temps réel s'est banalisé au cours du siècle. Que ce soit le téléphone, maintenant portable, l'Internet, la conférence vidéo. Cela va continuer, se multiplier, ce sera omniprésent. Mais est-ce que la présence virtuelle aura à terme une incidence fondamentale sur la séance analytique? Non. Se voir et se parler, cela ne fait pas une séance analytique. Dans la séance, deux sont là ensemble, synchronisés, mais ils ne sont pas là pour se voir, comme le manifeste l'usage du divan. La coprésence en chair et en os est nécessaire, ne serait-ce que pour faire surgir le non-rapport sexuel. Si l'on sabote le réel, le paradoxe s'évanouit. Tous les modes de présence virtuelle, même les plus sophistiqués, buteront là-dessus. » [4]

La seconde est extraite de son intervention Une fantaisie, lors du Congrès de l’AMP à Comandatuba, en 2004.
« L’inconscient est-il corporel ? […] L’effet de l’interprétation tient-il à l’emploi des mots ou à leur jaculation ? […] Il faut y mettre le ton –d’ailleurs ceux qui ont eu la chance de pouvoir rapporter des interprétations de Lacan, les répètent toujours avec le ton de Lacan. La poétique de l’interprétation, c’est un matérialisme de l’interprétation. […] Il faut donc y mettre le corps pour porter l’interprétation à la puissance du symptôme. [5] »

Qu’est-ce qu’un corps ?
Puisqu’il s’agit de cerner ce qui constitue le joint du corps et de la langue, posons-nous la question : qu’est-ce qu’un corps ? Qu’est-ce qu’un corps parlant, le corps des êtres parlant, le parlêtre ?
Lors de la présentation du thème du Xe Congrès de l’AMP, en 2014, J.-A. Miller indiquait que « Lacan, à la fin de son enseignement, dit que […] : « Le corps, c’est un mystère. » Il le dit dans Encore : « Le réel, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient. » [6]
 
Essayons de préciser ce mystère. Miller nous invite à faire une distinction entre ce que l’on nomme un corps et un sac d’organes, soit entre le corps et la chair. « Dans la distinction entre le corps et la chair, dit-il, le corps se montre apte à figurer, comme surface d’inscription, le lieu de l’Autre du signifiant. […] Ce qui fait mystère, mais qui reste indubitable, c’est ce qui résulte de l’emprise du symbolique sur le corps. […] Le mystère est […] celui de l’union de la parole et du corps. De ce fait d’expérience, on peut dire qu’il est du registre du réel. » L’être parlant a donc un corps et il utilise son corps comme d’un instrument pour parler. L’homme se distingue d’être un animal qui parle mais pour pouvoir parler il lui faut un corps. Pour parler, l’homme utilise son corps. Et ce qui fait mystère, c’est ce nouage même de la langue et du corps, c’est que Lom[7] puisse faire usage de son corps pour parler. Et cela ne s’explique pas, c’est un mystère, cela fait trou dans le savoir et ça relève par conséquent du registre du réel.

Mais par ailleurs, le parlêtre jouit de l’usage de son corps pour parler. C’est même pour cela qu’il parle. Avant même d’utiliser son corps pour communiquer, avant même de s’adresser à l’Autre, avant toute demande adressée à l’Autre, l’homme se sert du nouage du corps et de la langue pour sa jouissance. Lacan dit qu’il se jouit. On peut même dire que cette jouissance, la jouissance du se jouir est auto-érotique, autistique, comme le précise Lacan.

Autre précision : Il faut postuler un temps préalable à l’entrée dans la communication. C’est un temps où le corps se noue à la langue. Ce temps il faut le qualifier de traumatique. La percussion de la langue et du corps fait trou, nous dit Lacan, fait troumatisme. Il s’agit véritablement d’une percussion traumatique de la langue avec le corps. Le corps est percuté par la langue et cela produit un trauma.

C’est dans un second temps que l’Autre en tant qu’instance structurée va entrer en jeu. À « ce corps marqué des événements de jouissance, des traumas de lalangue, viendront ensuite des effets inconscients de sens, c’est ce que Lacan approche en tant qu’effets de savoir » [8], comme le dit Éric Laurent. « La jouissance s’éprouve, “ça se sent”. Et c’est après cette preuve de la jouissance que se produisent les effets de savoir propres aux effets signifiants sur le corps. Il faut d’abord avoir un corps, conditions pour que la jouissance […] viennent s’y inscrire. » [9]
 

[1] MILLER, J.A., « L’expérience du réel dans la cure analytique », « Les paradigmes de la jouissance » et « Biologie lacanienne et événement de corps » [1998-1999], L’Orientation lacanienne iii1, Leçon du 27 janvier 1999.
[2] Première partie d’un texte publié dans le N° 126 de la revue Quarto, Le corps, cette guenille qui nous est si chère.
[3] FREUD, F. « Esquisse d’une psychologie scientifique » [1895], La naissance de la psychanalyse, trad. de l’all. par Anne Berman, Paris, PUF, 1956, 6ème édition : 1991, p. 381.
[4] MILLER, J.A., Interview à Libération le 3 juillet 1999 « Le divan ».
[5] MILLER, J.A., « Une fantaisie », Mental 15, février 2005, p. 26.
[6] LACAN, J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1974, p. 118.
[7] LACAN, J., « Joyce le symptôme », in Le Séminaire, livre xxiii, Le sinthome [1975-1976], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 2005
[8] LAURENT, E., L’envers de la biopolitique, Le champ freudien, Navarin 2016, p. 59 et p.16.
[9] Ibid.
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Des pierres et des arbres

"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110





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Claudia Iddan
Des pierres et des arbres

Le peintre et sculpteur suisse Alberto Giacometti a introduit une nouvelle perspective dans le monde de la sculpture avec son style incomparable.  Plusieurs critiques d'art considèrent que ses sculptures sont le résultat des séquelles de la guerre, de la crise existentielle qu'elle avait créé. La dernière période de son art révèle par l'entrelacé de ses écrits, notes et sculptures, l'itération constante d'une trace devenue corps.  Les effets corporels de la langue d'un parlêtre peuvent se manifester non seulement sur son propre corps mais également sur le corps de sa création artistique, ici des corps humains amincis et stylisés, presque effacées par leur allongement.  Les figures deviennent une surface plate, rugueuse et squelettique au moyen desquelles il crée une conception singulière de l'espace.  Giacometti disait: "Toute sculpture qui part de l'espace comme existant est fausse, il n'y a que l'illusion de l'espace"[1].

Cette idée d'illusion, d'incapacité à décrire et à limiter l’espace, fait écho à ce que J.Lacan nous dit sur le fait que l'espace fait partie du réel.  Par ces corps-traces, le sculpteur essaie de cerner l'espace corporel.  Cette question revêt une importance considérable si on prend en compte ce que le sculpteur raconte dans l'un de ses textes: enfant, il percevait uniquement les objets qui lui procuraient du plaisir, notamment les pierres et les arbres. Il mentionne tout particulièrement sa rencontre avec un monolithe s'ouvrant à sa base sur une caverne qu'il considérait comme une amie.  En outre il avait trouvé dans le profondeur de celle-ci, une énorme pierre noire qu'il avait ressenti comme "un être vivant, hostile et menaçante" qu’il ne pouvait que fuir malgré son désir de s'en rapprocher. Cette expérience était restée un secret intime.  Dans son récit il ajoute qu'à la même période, il a essayé à plusieurs reprises de creuser un trou dans la neige et d'y placer un sac dans cet endroit chaud et noir. Il aurait voulu passer tout l'hiver là-bas, seul et enfermé. Une sorte de Fort-Da spatial qui cerne une écriture corporelle s'établit entre l'attirance et la fuite face à la menace. Son secret prend la forme de pierres et d'arbres sous la silhouette humaine.

Ces silhouettes sont ainsi la représentation des arbres et des pierres de son enfance consolidées par ses écrits. Elles portent la marque d'une rencontre inoubliable et révèlent en-corps l’os de leur secret.

 

[1] Giacometti, A., Ecrits, Hermann, Editeurs des sciences et des arts, 2001, p. 200.

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Claudia Iddan
Stones and trees

The Swiss painter and sculptor Alberto Giacometti introduced a new perspective to the world of sculpture with his incomparable style.  Several art critics consider his sculptures are the result of the aftermath of the war, of the existential crisis it created.  The last period of his art reveals through the interweaving of his writings, notes and sculptures, the constant iteration of a trace that has become a body.  The bodily effects of the language of a speaking being can manifest not only on his own body but also on the body of his artistic creation, here thin and stylized human bodies, almost erased by their lengthening.  The figures become a flat, rough and skeletal surface through which he creates a singular conception of space. Giacometti said: “Any sculpture which starts from space as existing is false, there is only the illusion of space". [1]

This idea of illusion, of inability to describe and limit space, echoes what Jacques Lacan tells us about the fact that space is part of the real.  Through these body-traces, the sculptor tries to circumscribe bodily space.  This question is of considerable importance if we take into account what the sculptor recounts in one of his texts : as a child, he perceived only the objects that gave him pleasure, in particular stones and trees.  He specifically mentions his encounter with a monolith opening at its base on a cave he considered a friend. Furthermore, he had found in the depths of it, a huge black stone that he had felt as “a living being, hostile and threatening” that he could only flee despite his desire to approach it.  This experience had remained an intimate secret.  In his account he adds that at the same time, he tried several times to dig a hole in the snow and put a bag in that hot, dark place.  He would have liked to spend the whole winter there, alone and locked up.  A sort of spatial Fort-Da, that encircles body writing, is established between attraction and flight in the face of threat.  Its secret takes the form of stones and trees under the human silhouette.
 
These silhouettes are therefore the representation of trees and stones of his childhood consolidated by his writings. They bear the mark of an unforgettable encounter and reveal in-body the bone of their secret.
 
Translated by Peggy Papada

 

 

[1] Giacometti, A., Ecrits, Hermann, Editeurs des sciences et des arts, 2001, p. 200.

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— Lacan, XX, 110



“The ego is first and foremost a bodily ego; it isn’t merely a surface entity, but is itself the projection of a surface.”

– Freud, S., “The Ego and the Id” (1923), Standard Edition, Vol. XIX, trans J. Strachey, London, Vintage, 2001, p. 26.

“Le moi est avant tout un moi corporel, il n’est pas seulement un être de surface, mais il est lui-même la projection d’une surface.”
 

– Freud, S., « Le moi et le ça » (1923), in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981, p.238.

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Introduction à la lecture du Séminaire X

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« INTRODUCTION À LA LECTURE DU SÉMINAIRE DE L’ANGOISSE DE J. LACAN » (2004) – EXTRAITS
J.-A. Miller

« INTRODUCTION À LA LECTURE DU SÉMINAIRE DE L’ANGOISSE DE J. LACAN » (2004)
 
En avril, mai et juin 2004, J.-A. Miller commente le séminaire X, L’angoisse, qu’il vient de publier. Deux textes recueillent ces travaux, qui nous intéressent au plus haut point, puisqu’ils mettent en valeur « le corps avec organes » qui tranche avec le corps-surface du stade du miroir. Nous proposons ici le premier de deux fragments a-péritifs pour ces textes.
 
 
 La Cause freudienne N° 58, octobre 2004, p. 81 et p. 82.
« Là où dans l’enseignement de Lacan trônait, fonctionnait le signifiant comme instrument à tout faire, le nouveau dans ce Séminaire, mais plus discrètement, c’est que, à la place du signifiant, on voit se présenter, être en fonction, être retrouvé, l’organe, de la même façon que l’on voit Lacan, subitement, laisser de côté la forme spéculaire unitaire du corps pour s’intéresser aux particularités anatomiques de l’organisme. Cette visée de Lacan, ce détail biologique et anatomique là apporté, on ne le retrouvera à proprement parler jamais. On le trouve au moment où il soulève le voile du signifiant, et que le corps, le corps splendide du miroir, mais en même temps ce corps unitaire qui n’est qu’une forme, retrouve ses organes. » … « Le mythe de la lamelle qui figure dans « Position de l’inconscient » et qui est énoncé dans les Quatre concepts fondamentaux, traduit l’usage qui est fait du terme organe à la place du signifiant et il montre bien là quelle est l’amphibologie du reste » … « Qu’est-ce que ce reste, qui nous est au départ délivré par la division subjective ? C’est un reste de jouissance ».

Voir plus : https://www.cairn.info/revue-la-cause-freudienne-2004-3-page-60.htm

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« INTRODUCTION TO THE READING OF J. LACAN'S SEMINAR ON ANXIETY » (2004) – EXTRACTS
J.-A. Miller

“INTRODUCTION TO THE READING OF J. LACAN’S SEMINAR ON ANXIETY” (2004)
 
In April, May and June 2004, J.-A. Miller comments on Seminar X, On Anxiety, which had just been published. Two texts collate this work and are of the highest interest for us since they highlight the “body with organs” in opposition to the body as a surface of the mirror stage. We present here the first of two fragments which are like two appetizers for these texts.
 
 
"Introduction to the Reading of Jacques Lacan's Seminar on Anxiety", translated by B. P. Faulks, Lacanian Ink, 26, Fall 2005, pp. 37-39.
"Whereas the signifier functioned and was enthroned as an all-performing instrument in his prior teaching, the novelty of this Seminar, but discreetly, is that, in the place of the signifier one sees the organ introduced, put into function, recovered, in the same way that one sees Lacan suddenly leave to one side the unitary specular form of the body in order to take up the anatomical particularities of the organism. One will never hear this goal of Lacan, this biological and anatomical detail, spoken of again. One finds it at the moment when he lifts the veil of the signifier and the body, the splendid body of the mirror, but at the same time this unitary body which is only a form, retrieves its organs." (p. 37) "The myth of the lamella, which figures in 'Position of the Unconscious' and which is also mentioned in The Four Fundamental Concepts, conveys the use made of the term 'organ' in the place of the signifier, and it shows the amphibology of the remainder. (…) What is this remainder which is from the beginning delivered to us by subjective division? It is a remainder of jouissance." (pp. 38-39)
 
 
Translated by Fred Baitinger & Roger Litten

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