NLS Messager logo mails.png
Header Forum.FR - copie.jpeg

S’inscrire au Forum


En Allemagne, l’Underground*, c’est la famille

Heike Lutz**

En Allemagne, en Allemagne de l’Ouest, quelque chose a existé qu’on a appelé : Geschichtsaufarbeitung. Un mot intraduisible, « le travail sur l’histoire », la mise à jour, l’assimilation de l’histoire de l’Allemagne nazie.

Cela existait depuis les années ’70, donc après le procès d’Auschwitz et après les révoltes des années ’68. On a commencé à s’occuper publiquement de ce qui s’est passé au temps du national-socialisme, qui est devenu un sujet d’enseignement dans les écoles. On pouvait regarder le film Holocaust à la télévision et en parler. On parlait de la culpabilité allemande et de notre responsabilité, même si on était né après 1945. L’antisémitisme était devenu inadmissible, c’était presque tabou. J’ose dire que tout cela était un consensus dans la vie publique et politique, pour qui se voulait libéral, bourgeois et éclairé, comme l’était la majorité au pouvoir. C’était le discours qui était tenu lors des occasions officielles et politiques. C’était considéré comme politiquement correct. Nous ne parlons pas, ici bien sûr, des exceptions.

Mais ! Mais ce dont les gens parlaient, quand ils croyaient qu’ils étaient entre eux, c’est une tout autre histoire. C’est que, dans les familles, on ne parlait surtout pas. Il n’y a pas eu ce Geschichtsaufarbeitung dans les familles, dans la vie privée.

Mon père, né en 1932, était un membre des sociaux-démocrates et, bien sûr, antifasciste. C’est ce qui dominait dans le discours familial. Le père de ma mère est mort en 1944 comme soldat en Yougoslavie. Ma mère, née en 1936, en parlait rarement et quand elle commençait, elle pleurait immédiatement. Elle racontait alors une histoire déchirante : son père avait refusé d’accomplir un acte d’inhumanité qu’on exigeait de lui et avait ainsi été forcé de devenir un soldat. Quand j’étais un enfant, cette histoire me paraissait étrange. Adulte, j’ai fait des recherches dans les archives. C’est très facile à faire. Il était membre du parti national-socialiste. Il y a occupé des postes et y a eu des fonctions dans la ville où il vivait. On ne trouve aucune preuve qu’il a résisté. L’histoire que ma mère a racontée, et à laquelle elle a cru, est une invention, un mensonge. Mais un mensonge comme il en existe des millions en Allemagne, qui tournent autour du réel de la culpabilité.

Mes parents étaient de bons démocrates, des citoyens engagés dans la vie publique. Mais leur intérêt pour l’histoire s’arrêtait devant ce que l’histoire familiale avait de plus privé. Et cette histoire est la plus forte dans le sous-sol, dans la clandestinité, dans l’Underground.

Aujourd’hui, mon père est mort et ma mère est très âgée. Ces jours-ci, elle commence à parler de temps en temps le jargon nazi, qu’on parlait autour d’elle quand elle était enfant.

Depuis 1989, quelque chose s’est mis à changer. Je pense qu’on peut qualifier l’année 1989 comme celle de la chute du mur entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est. L’Allemagne est devenue plus grande et plus puissante. Aujourd’hui, quand on parle de responsabilité dans les discours officiels et politiques, il s’agit que l’Allemagne reprenne une responsabilité dans le monde parce que c’est un pays puissant. Ou de façon un peu plus rudimentaire : Nous sommes de nouveau quelqu’un dans le monde. Nous ne devons plus avoir honte d’être allemands. Il faut arrêter de parler tout le temps de l’histoire nazie. Et ce qui avait poussé dans l’Underground, revient à la surface. Les tabous tombent. Aujourd’hui, on entend en public, dans la vie officielle et politique, des choses qui n’auraient pu être dites il y a 20 ans, ou du moins qui auraient déclenché une grande discussion. Ce n’est que lors d’événements commémoratifs, que l’on entend parler de la responsabilité qui découle de l’histoire national-socialiste.  

Le Geschichtsaufarbeitung en Allemagne, a peut-être un peu ralenti les changements politiques, mais pas plus. Et on ne sait pas où cela nous mènera.


*Le mot Underground est ici utilisé dans le sens de ce qui se passe dans les souterrains à l’abri des regards.

**Heike Lutz est psychanalyste à Stuttgart, membre du New Lacanian Field Austria.


Lire l'argument


Adresse: Université de St. Louis, Salle OM 10


6, rue de l'Ommegang, 1000 Bruxelles

Traductions simultanées en français, anglais et néerlandais

Horaire: 9h -19h



New Lacanian School
Désinscription : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter : accueil@amp-nls.org  

Inscription : https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

Le site de la NLS : https://amp-nls.org  

Blog du Congrès NLS 2018 : nlscongress2018.com

Lacan Quotidien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/


New Lacanian School
Unsubscribe: nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries: 
 accueil@amp-nls.org 

Registration: 


NLS

 website

Blog of the 2018 NLS Congress: nlscongress2018.com 


NLS Messager logo mails.png
Header Forum.FR - copie.jpeg



Le moment de décider

Omar Battisti

 

 

Je
considère comme emblématique la butée des prochaines élections européennes. Là
se décidera quelle route sera prise pour continuer à faire exister une vie
civile, où l’autre ne soit pas seulement une menace à éliminer, mais aussi un
étrange susceptible de nous contaminer. C’est du catastrophisme, ça ? Non,
c’est réel, plutôt.

 

Il y a
une voie qui est empruntée de façon quasi instinctive par une bonne partie des
gens : ce que je ne peux pas contrôler et n’entre pas dans le rang n’a pas
droit de citoyenneté, et donc la seule chose qu’il mérite est sa totale
élimination, non seulement de la scène publique, mais aussi de la vie de
chacun. Cela vaut pour les migrants, les femmes, les handicapés et toute autre
catégorie qui peut prendre la place du symptôme dont on voudrait se débarrasser
sans trop y regarder, à qui adresser une haine et un rejet viscéral. C’est une
question de contingence quelque soit la cible en vue, à l’intérieur d’une
logique de discours où la haine pour ce qui n’est pas à sa place est élu au
premier chef.

 

Il y a
une autre voie, peut-être plus folle encore que la précédente, celle de laisser
faire les choses, en se faisant les spectateurs impuissants et les victimes de
sa propre indécision. Dans ce cas aussi, il y a beaucoup de gens qui se prêtent
à ce scénario, et sont commodément installés en équilibre au-dessus de cet
abîme, attendant tout simplement d’être poussés. Tentative de suicide ?

 

Laissons
derrière nous la terminologie du XXe siècle. Avec Jacques Lacan on pourrait
indiquer les deux voies que sont celle du père ou celle du pire (1), cette
dernière  n’étant pas choisie par lui, « pour une question d’honneur.
Il s’agit du sens d’une pratique qu’est la psychanalyse » (2).  

 

Mais entre la froideur et la folie

Il doit
bien y avoir une troisième voie

 

Chantait Bennato (3) il y a bien longtemps, en prophète.

 

Une
troisième voie liée à une formation dont l’éthique n’est pas fixée par un Idéal
aveugle et féroce pour tout ce qui ne rentre pas dans les cases et se regroupe
«  sans loi » (4) dans les non-lieux du monde contemporain. Mais il
s’agit d’une éthique orientée justement de ce réel. Et donc, dire éthique
suffit déjà à se remplir la bouche de bonnes intentions, alors que ce qui est
en jeu est une formation qui permette de pratiquer l’art d’improviser sa propre
vie, et de dépasser chaque fois son propre ne rien en vouloir savoir de
«  la cause de sa propre horreur de savoir, détaché de celui de
tous » (5). Entre le père et le pire, qui vont de soi, chaque tour doit
inventer et créer un vide, un espace hétérotopique, non utopique, où mettre en
acte un choix forcé sans garantie aucune de réussite. De petites choses du
quotidien qui puissent ouvrir des horizons inédits à des destins tragiquement
marqués par les propres fantasmes, la débilité personnelle ou le propre délire
de toute-puissance. Le plus souvent cela ne se traduit pas en actes héroïques
ni peut-être en exploits, mais beaucoup plus difficilement en une discipline
dans le parler qui tienne compte des possibles effets du propre dire.

 

Je me
réfère ici à une vignette que j’ai trouvée très éclairante : un homme
parle à une foule de gens, il est sur une table suspendue dans le vide et ceux
qui écoutent l’instituent (rester debout est un des signifiés d’instituer, d’où
l’institution), tous les autres se trouvant à l’autre extrémité en contrepoids,
moins un qui s’en va. Cependant il ne s’agit pas d’en faire tomber un pour en
faire arriver un autre, mais de subvertir une logique. Le vote est réduit à des
questions de marché. Il s’agit de faire en sorte que les décisions politiques
ne soient pas exclusivement dictées par les prophéties des sondages, mais
soutenues par une éthique personnelle qui consonne avec un vivre démocratique.
Je pense au maire de Riace, Mimmo Lucano, au médecin de Lampedusa, Pietro
Bartolo, et à l’eurodéputée Judith Sargentini.

 

Je n’ai
pas vécue la guerre mais j’en porte les effets dans les paroles de mes parents
et grands-parents qui l’ont traversée. Même les discours peuvent tuer, alors
que le vote de mai 2019 soit orienté en pensant aux conséquences qu’il peut
avoir, sans penser satisfaire ses propres vœux.

 

(1) Cf. Paola Bolgiani, « Arginare il pericolo
per la civiltà – Il padre o il peggio ? », in Politica lacaniana, Rosenberg
& Sellier, Torino 2018, pp. 95-102.

(2) J. Lacan, « … o peggio », in Altri scritti, Einaudi, Torino
2013, p.539.

(3) E. Bennato, Non è amore, L’uomo
occidentale, Warner Music Group 2003.

(4) J. Lacan, Il
seminario. Libro XXIII. Il sinthomo
, Astrolabio, Roma 2006, p. 134.

(5) J. Lacan, « Nota italiana », in Altri scritti, op. cit., p. 305.


S’inscrire au Forum


Lire l'argument

Adresse: Université de St. Louis, Salle OM 10


6, rue de l'Ommegang, 1000 Bruxelles

Traductions simultanées en français, anglais et néerlandais

Horaire: 9h -19h



New Lacanian School
Désinscription : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter : accueil@amp-nls.org  

Inscription : https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

Le site de la NLS : https://amp-nls.org  

Blog du Congrès NLS 2018 : nlscongress2018.com

Lacan Quotidien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/


New Lacanian School
Unsubscribe: nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries: 
 accueil@amp-nls.org 

Registration: 


NLS

 website

Blog of the 2018 NLS Congress: nlscongress2018.com 

 

NLS Messager logo mails.png
 
Header Forum.FR - copie.jpeg

S’inscrire au Forum


L’appel à Caïn

Rose-Paule Vinciguerra


Les psychanalystes font l’expérience de ce qu’il il y a des mots qui tuent. Mais les discours peuvent-ils tuer ? Le terme « discours » serait à entendre au sens courant  – allocution, – mais aussi, avec Lacan, comme ce qui détermine les conditions de la parole entre les sujets et font lien social.

À cet égard, si un discours n’a pas de mains pour tuer, il n’est pas sans mettre en jeu les corps de ceux qui parlent, de ceux auxquels il s’adresse et si la vérité de ce qu’énonce l’agent de ce discours est occultée, son produit, effet de discours peut être dans le réel.

Dans son discours de refondation du Front National en Rassemblement national, le 11 mars 2018, Marine Le Pen a très vite opposé « deux conceptions du monde diamétralement opposées » pour relever ce qu’elle appelle un « défi de civilisation » : « les mondialistes et les nationaux ». Ce face-à face n’est que la version moderne, disait-elle, de « la lutte éternelle  des nomades contre les sédentaires », nomades-migrants contre sédentaires-nationaux. Et où commence, selon elle, cette « série » ? Avec « l’affrontement entre Abel, le pasteur itinérant et Caïn l’agriculteur » ! Abel le nomade devenu migrant vers nos terres et Caïn le sédentaire transformé en patriote dans la France d’aujourd’hui ! Cette référence n’est pourtant pas nouvelle au Front National. Elle date déjà de son programme de 1978.

Notons cependant que La Genèse nomme Abel simplement « pasteur de petit bétail » (1) et non berger itinérant. Mais la pointe de ce parallèle est dans l’appropriation de Caïn comme modèle d’avenir. Caïn, fils d’Adam et Ève, tua Abel, son frère cadet parce qu’il avait eu le malheur d’être préféré à lui par Yahvé pour son offrande (« les premiers nés de son troupeau » ). Caïn, lui, n’avait offert que des « produits du sol ».

La comparaison serait ignare et stupide si elle n’était révélatrice de la fascination pour la violence qui rôde dans ce discours, tout pacifique qu’il ait décidé de paraître.

Ignare parce que dans la Genèse, Caïn, puni par Yahvé devient lui-même « un errant parcourant la terre », même si pour empêcher qu’il ne soit lui-même tué, Yahvé mit sur lui un signe « afin de que le premier venu ne le frappât point ». Mais dans ce discours politique, Abel est le rusé et Caïn le révolté contre l’injustice de la puissance. L’exégèse biblique rhétorique est ici à l’envers de la théodicée leibnizienne : elle justifie le mal en dépit de la bonté de Dieu.

Comparaison stupide encore car, par un glissement sémantique, ce discours inclut dans les itinérants, outre les migrants, « les marcheurs » de La République en marche et aussi… « les expatriés fiscaux ».

Mais comparaison appelant, sans s’en douter ou n’en doutant pas, au pire, sans vergogne.

Lorsque Freud énonce en 1915 « Nous descendons d’une lignée infiniment longue de meurtriers qui avaient dans le sang le désir de tuer, comme peut-être nous-mêmes encore » (2), c’est pour constater qu’aujourd’hui « notre inconscient tue même pour des choses insignifiantes » (3). Mais il demande « de mieux tenir compte de la vraisemblance » des actes passés criminels afin de trouver de nouveaux fondements de l’éthique. Ici la référence faite à Caïn a pour visée d’en appeler à la terre, à la terre et aux morts chers à Maurice Barrès mais on peut se demander si la vérité de l’énonciation, « la haine aux aguets » (4) comme dit Freud, ne laisse pas percer une farouche jouissance du crime fratricide, masquée par la défense moraliste de ceux que menacent les Abel migrants, devenus par renversement des rôles, criminels en puissance !

Aussi bien, dans ce discours, en appelle-t-on à la « révolution des idées », mais aussi, comme il est dit, à celle « des actes ». Lacan qui ne croyait ni aux révolutions ni aux idéologies de l’espérance, nous enjoint plutôt de nous tenir éveillés face à un « non savoir sur la jouissance qui correspondrait à une identification» (5). Freud, pessimiste, savait cela et à la question qu’on lui posait de sa couleur politique, répondait ironiquement : « couleur chair » (6).

Quant au « actes » que le maître d’extrême droite mettrait en œuvre dans sa « révolution », s’ils n’apparaissent plus comme un cauchemar, c’est que nous avons oublié ce dont nous avertissait Primo Levi : « tant que la conception a cours, les conséquences nous menacent » (7).

(1) La Bible de Jérusalem, 3 16-4 5, éditions du Cerf, Paris, 1973, p. 21.

(2) S. Freud, « Considérations actuelles sur la guerre et la mort », in Essais de psychanalyse, Petite bibliothèque Payot, Paris, 2012,  p. 41.

(3) id., p. 43.

(4) id., p. 45.

(5) Éric Laurent, « Le racisme 2.0 », Lacan Quotidien n° 371, 26 Janvier 2014.

(6) E. Jones, La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, Paris, PUF, t. III, p. 389.

(7) Levi Primo, Si c’est un homme, Paris, Julliard, 1987, p. 7-8.                     


S’inscrire au Forum

Lire l'argument

Adresse: Université de St. Louis, Salle OM 10

6, rue de l'Ommegang, 1000 Bruxelles

Traductions simultanées en français, anglais et néerlandais

Horaire: 9h -19h



New Lacanian School
Désinscription : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter : accueil@amp-nls.org  

Inscription : https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

Le site de la NLS : https://amp-nls.org  

Blog du Congrès NLS 2018 : nlscongress2018.com

Lacan Quotidien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/


New Lacanian School
Unsubscribe: nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries: 
 accueil@amp-nls.org 

Registration: 


NLS

 website

Blog of the 2018 NLS Congress: nlscongress2018.com 

 


NLS Messager logo mails.png
Nouages SH 2018 affiche fr.jpg
Programme Nouages SH 2018.jpg

New Lacanian School
Désinscription : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter : accueil@amp-nls.org  

Inscription : https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

Le site de la NLS : https://amp-nls.org  

Blog du Congrès NLS 2018 : nlscongress2018.com

Lacan Quotidien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/


New Lacanian School
Unsubscribe: nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries: 
 accueil@amp-nls.org 

Registration: 


NLS

 website

Blog of the 2018 NLS Congress: nlscongress2018.com 

NLS Messager logo mails.png
Header Forum.FR - copie.jpeg

Un discours éhonté  

 

Catherine
Lazarus-Matet

 

 

En
Allemagne, des personnalités d’importance de l’AfD, Alternative pour
l’Allemagne, sont passées tout récemment au-delà de la barrière de la honte. Et
nous assistons au déploiement international de cette posture symptomatique de
l’état du monde. Aucune bonne parole ne peut contrer la jouissance destructrice
qui est à l’œuvre. Au moins pouvons-nous espérer, comme analystes, atteindre le
ne pas vouloir savoir qui, au un par un, pourra écorner la passion de
l’indifférence.

 

L’un
des dirigeants de l’AfD, Alexandre Gauland, a publié le 6 octobre dans la Frankfurter
Allgemeine Zeitung
 une tribune intitulée « Pourquoi faut-il du
populisme ? » qui, selon des historiens et journalistes paraphrase des propos
d’Hitler lors d’un discours tenu en 1933 dans une usine Siemens à Berlin. Le
Monde.fr ne fait pas une vaine « reductio ad hitlerum » mais montre en quoi, si
cette tribune n’est pas un plagiat strict, mais très proche, l’idéologie qui la
sous-tend est sans équivoque de la même veine (1). De plus, la banalisation
accentue le caractère inacceptable de tels propos, l’auteur ayant pu qualifier
la période nazie comme « une fiente d’oiseau », soit bien peu de choses au
regard de l’histoire millénaire glorieuse de l’Allemagne. La « clique
internationale déracinée qui attise la haine entre les peuples » ciblée par
Hitler devient « une classe mondialisée » qui vit aux dépens et dans le mépris
du peuple, le vrai, attaché, lui, à ses racines. Les relents antisémites sont à
peine masqués. Surtout quand on lit que Bjoern Hoecke, autre figure de
l’extrême-droite allemande, a qualifié le mémorial de l’Holocauste à Berlin de
« monument de la honte ». La cible aujourd’hui s’est élargie : sous-entendu,
les Juifs, et, énoncé, les migrants, les démocrates, les « européistes ». Mêmes
inconvénients, même traitement ! Les pro-nazis n’ont cessé d’être là, avec ce
que la loi leur imposait comme limites. Limites ainsi franchies, en écho au
maniement langagier de la peur, de l’histoire des nations salie par l’étranger,
asséné par Marine Le Pen, ou Salvini, et consorts. Un pas de plus.

 

Il
est temps, pour d’autres tenants du parti, de changer de politique de la
mémoire et rendre hommage aux forces armées du Reich, comme la France a pu
honorer De Gaulle et l’Angleterre Churchill … A cela s’ajoute l’annonce, il y a
quelques jours, de la création d’une « section juive » de l’AfD, formé
de 19 Juifs, membres du parti, conçue comme …. garantie contre l’antisémitisme
des Musulmans ! Pourquoi pas une section Chrétiens d’Orient ? Le nationalisme a
parfois voulu se donner des airs de philosémitisme, ainsi même avec un Maurice
Barrès un peu radouci, mais l’antisémitisme est dans sa nature.

 

Et
puis pour donner une idée de la belle solidarité espérée par certains, évoquons
cette polémique allemande sur la mise en place de plateformes en ligne
encourageant à la dénonciation au parti des enseignants critiques de l'AfD au
nom de leur « obligation de neutralité » (2). Ici la neutralité confinerait à
l’indifférence.

 

Dans
« Note sur la honte » (3), Jacques-Alain Miller reprenait un propos d’Eric
Laurent sur « (…) la phase morale dans laquelle nous serions entrés depuis la
chute du Mur de Berlin, donnant lieu à “un déferlement d’excuses, de regrets,
de pardons, de repentances”, au point qu’avoir honte serait ainsi devenu un
symptôme mondial. » (4) Ce qui est en passe de devenir un symptôme mondial
c’est le retournement de cette posture morale, dont l’excès pouvait faire
s’interroger, retournement qui se lit aussi quand le 26 septembre, à l’ONU, le
ministre de l’Intérieur hongrois Péter Szijjártó a pu déclarer que « la
migration n’est pas un droit humain fondamental » et que le Pacte mondial pour
les réfugiés et les migrants « est fortement biaisé, déséquilibré, dangereux et
provoquera de nouvelles vagues de migration ». Ce Pacte mondial, initié en
septembre 2016 avec la Déclaration de New York pour les réfugiés et les
migrants, a été approuvé par la totalité des 193 pays membres de l’ONU, à
l’exception des États-Unis, et son approbation finale doit intervenir au mois
de décembre. La Pologne, l’Autriche, la Hongrie suivront Trump. Tout cela va
très vite !

 

 

(1) https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/10/09/allemagne-quand-le-copresident-de-l-afd-paraphrase-hitler_5366993_3214.html

(2) https://www.lepoint.fr/europe/allemagne-le-chef-de-l-afd-accuse-de- paraphraser-hitler-10-10-2018-2261792_2626.php

(3)
Miller J.-A., « Note sur la honte », La
Cause freudienne
n° 54, 2003, p.6.

(4)
Cf. Laurent É., exposé au cours du 29 mai 2002 de « L’orientation
lacanienne » III, 4.

 







Adresse: Université de St. Louis, Salle OM 10

6, rue de l'Ommegang, 1000 Bruxelles


Traductions simultanées en français, anglais et néerlandais


Horaire: 9h -19h




New Lacanian School
Désinscription : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter : accueil@amp-nls.org  

Inscription : https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

Le site de la NLS : https://amp-nls.org  

Blog du Congrès NLS 2018 : nlscongress2018.com

Lacan Quotidien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/


New Lacanian School
Unsubscribe: nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries: 
 accueil@amp-nls.org 

Registration: 


NLS

 website

Blog of the 2018 NLS Congress: nlscongress2018.com 

 

 

 

NLS Messager logo mails.png
 
 
 

 

 

 

New Lacanian School
Désinscription : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter : accueil@amp-nls.org  

Inscription : https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

Le site de la NLS : https://amp-nls.org  

Blog du Congrès NLS 2018 : nlscongress2018.com

Lacan Quotidien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/

 

New Lacanian School
Unsubscribe: nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries: 
 accueil@amp-nls.org 

Registration: 

NLS
 website

 

Blog of the 2018 NLS Congress: nlscongress2018.com 

 

NLS Messager logo mails.png
Header Forum.FR - copie.jpeg

La puissance de la parole

Dominique Holvoet


Le
titre du prochain Forum européen Zadig (1) qui se tiendra à Bruxelles
le 1er décembre, « Les discours qui tuent »”, peut paraître choquant.
Une parole-a-t-elle donc jamais tué quelqu’un ? Comme le rappelle Geert
Hoornaert dans son article « banalisation des discours qui tuent », la
fonction de la parole a toujours plutôt été perçue dans sa capacité à
détourner l’atteinte à l’intégrité physique. Nous soutenons pourtant
qu’il y a des mots qui tuent, car les mots impactent les corps même
quand ils glissent sur la carapace de nos indifférences et que cette
puissance de la parole appelle en retour une responsabilisation de
l’orateur, particulièrement quand la parole se fait publique. 

Partout
en divers coins d’Europe, le monde de la haine s’enflamme. Et si nous
choisissons de nous exprimer dans l’espace public c’est que nous croyons
que l’urgence est là. Nous assistons à ce retour de la haine de l’autre
sous les formes les plus insidieuses, dans notre pays-même, et au-delà
de nos frontières – devenues pourtant lieux d’échanges plutôt que
barrières dans le projet européen que nous continuons à vouloir porteur
de hautes valeurs démocratiques. Les déplacements forcés de populations
moralement ou physiquement détruites par des conflits locaux, les drames
climatiques ou encore l’appauvrissement économique, offrent à de
sombres politiques l’opportunité d’une instrumentalisation des
migrations pour un profit électoral inquiétant. 

Est-ce le goût du pouvoir ou la puissance de la haine de l’autre en soi qui anime les portes-voix des paroles qui tuent ? 

Les
prochaines élections européennes seront déterminantes pour savoir si
les électeurs choisiront la voie responsable d’une plus grande
intégration – osant prendre du même coup le risque de l’ouverture à
l’autre dans sa différence. Ou bien choisiront-ils la voie nationaliste
du repli sur soi, sur sa petite différence qui trouve sa source dans la
haine de l’autre. Le Dr Lacan indiquait déjà en 68’ qu’il s’agissait-là
du problème le plus brûlant de l’époque. Le psychanalyste français
annonçait que « les hommes s’engagent dans un temps qu’on appelle
planétaire » (2) dans lequel s’effectuera le passage d’un monde à
l’autre, celui symbolisé par l’Empire et sa verticalité pour aller vers
celui des impérialismes démultipliés dans un monde globalisé. La
question est alors celle de savoir « comment faire pour que des masses
humaines, vouées au même espace, non pas seulement géographique, mais à
l’occasion familial, demeurent séparées? » (3)

Parce
que c’est là que ça se joue, au sein de la famille comme noyau résiduel
de l’histoire des peuples. Et la famille est portée par les discours
ambiants. 
Le
psychanalyste ne pourra apaiser la haine de l’autre si la haine de soi
s’approfondit dans les familles à mesure que les discours publics se
font immoraux. Nous savons combien la pulsion de mort freudienne est
irrésistible. Jacques-Alain Miller dans son combat lors des élections
présidentielles françaises a indiqué que dans le souhait exprimé par
certains que « tout ça explose une bonne fois pour toutes », se logeait
la pulsion de mort liée à la jouissance de l’auto-destruction, au «
désir innommable de s’abandonner dans les bras de la monstrueuse
Valkyrie ! » (4)

Car
lorsque le politique profère ces paroles fallacieuses, il est tout
animé par sa propre volonté d’en finir avec son grand tout, avec notre
humanité, avec le désir qui a présidé à sa naissance, désir qu’il
voudrait si pur. C’est dans cette cause obscure que l’orateur s’abime
définitivement.

(1) ZADIG, Zero abjection democratic international group, Mouvement lacanien mondial créé par Jacques-Alain Miller en mai 2017.
(2) Lacan Jacques, “Allocution sur les psychoses de l’enfant”, Autres écrits, Paris, Seuil, 1981
(3) Ibid.
(4) Notamment dans son texte “la querelle du Votutile” paru le 22 mars 2017 dans le numéro 63 de Lacan Quotidien.



Adresse: Université de St. Louis, Salle OM 10

6, rue de l'Ommegang, 1000 Bruxelles


Traductions simultanées en français, anglais et néerlandais


Horaire: 9h -19h


New Lacanian School
Désinscription : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter : accueil@amp-nls.org  

Inscription : https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

Le site de la NLS : https://amp-nls.org  

Blog du Congrès NLS 2018 : nlscongress2018.com

Lacan Quotidien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/


New Lacanian School
Unsubscribe: nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries: 
 accueil@amp-nls.org 

Registration: 


NLS

 website

Blog of the 2018 NLS Congress: nlscongress2018.com 

NLS Messager logo mails.png
 
 
 
 
Header Forum.FR - copie.jpeg

 
 
 
 

La vérité de l’homme est dans la langue

 

Katty Langelez-Stevens

 

 

Dans son essai sur la langue du troisième Reich (LTI), Viktor Klemperer avance la thèse qui soutient sa recherche. Elle résonne très étrangement avec celle de Freud qui fut son contemporain mais qu’il semble néanmoins ne pas avoir lu. Cette thèse sera d’ailleurs celle que Lacan extraira de l’oeuvre de Freud pour en faire le fil rouge, et même la pointe de son enseignement. 

 

Klemperer fait référence à la célèbre phrase de Talleyrand selon laquelle la langue serait là pour dissimuler les pensées du diplomate et il la récuse : « C’est exactement le contraire qui est vrai. Ce que quelqu’un veut délibérément dissimuler, aux autres et à soi-même, est aussi ce qu’il porte en lui inconsciemment, la langue le met au jour. Tel est sans doute aussi le sens de la sentence : le style, c’est l’homme ; les déclarations d’un homme auront beau être mensongères, le style de son langage met son être à nu. » (1) 

 

Pour Freud, l’inconscient se révèle dans les mots, les phrases que le sujet dit, ou oublie : les lapsus, les dénégations, les oublis de mots. Lacan interprète l’oeuvre de Freud à partir de ce point et déclare dans les Écrits que l’inconscient est structuré comme un langage. La formule du comte de Buffon que reprend Klemperer, « le style, c’est l’homme » (2)  est parodiée par Lacan dès 1966 où il dit en ouverture de ses Écrits : « le style c’est l’homme même ». Tout en précisant que si le style est commandé par l’Autre à qui s’adresse le sujet qui écrit, cela ne suffit pas à faire un style. Dès 1966, Lacan propose une définition du style qui néglige le sujet pour se centrer sur l’objet comme condition de possibilité d’un style quand le sujet accepte de s’y soumettre en s’effaçant (3). À la fin de son enseignement, le style devient même la signature de la jouissance du sujet à travers son symptôme, sa marque indélébile. 

 

A partir de 1933 jusqu’à 1945, Viktor Klemperer a tenu un journal dans lequel il notait d’abord tous les petits et grands tracas quotidiens qui émaillèrent sa vie de juif, époux d’une Aryenne, à Dresde. Très vite, il remarque que la langue est profondément transformée par l’arrivée d’Hitler au pouvoir, que ces modifications sont volontaires et témoignent d’une volonté d’endoctriner le peuple. Il constate lui-même qu’il est très difficile d’y résister. Cette OPA sur la langue allemande a été orchestrée par Goebbels, maître de la propagande dans le troisième Reich. L’ouvrage de référence qui lui a servi de socle, voire de bible, est le « Mein Kampf » d’Hitler, lui-même mis en position de dieu. 

 

À partir de cette thèse de Klemperer et de celle de Freud, nous pouvons aujourd’hui en tirer enseignement pour débusquer entre les lignes et derrière les mots les loups qui se cachent sous les apparences des serviteurs dévoués du peuple. 

 

(1) Viktor Klemperer, LTI, La langue du IIIè Reich, Albin Michel, 1976.

(2) « Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront à la postérité : la quantité des connaissances, la singularité des faits, la nouveauté même des découvertes, ne sont pas de sûrs garants de l’immortalité : si les ouvrages qui les contiennent ne roulent que sur de petits objets, s’ils sont écrits sans goût, sans noblesse et sans génie, ils périront, parce que les connaissances, les faits et les découvertes s’enlèvent aisément, se transportent, et gagnent même à être mises en oeuvre par des mains plus habiles. Ces choses sont hors de l’homme, le style est l’homme même le style ne peut donc ni s’enlever, ni se transporter, ni s’altérer : s’il est élevé, noble, sublime, l’auteur sera égale-ment admiré dans tous les temps; car il n’y a que la vérité qui soit durable et même éternelle. » Georges-Louis Leclerc, comte de BUFFON, Discours sur le style, Paris, J.Lecoffre 1872 [BnF], Discours prononcé à l’Académie française le 25 août 1753, p. 23.

(3) Bruno Miani, « L’actualité du style dans la psychose », article paru sur http://www.causefreudienne.net/lactualite-du-style-dans-la-psychose/

 

 

 
 
 
 
 
Adresse: Université de St. Louis, Salle OM 10
 
6, rue de l’Ommegang, 1000 Bruxelles
 
 
Traductions simultanées en français, anglais et néerlandais
 
 
Horaire: 9h -19h
 
 

New Lacanian School
Désinscription : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter : accueil@amp-nls.org  

Inscription : https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

Le site de la NLS : https://amp-nls.org  

Blog du Congrès NLS 2018 : nlscongress2018.com

Lacan Quotidien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/

 

New Lacanian School
Unsubscribe: nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries: 
 accueil@amp-nls.org 

Registration: 

NLS

 website

 

Blog of the 2018 NLS Congress: nlscongress2018.com 

 

 

NLS Messager logo mails.png
Header Forum.FR - copie.jpeg

COMMUNIQUÉ

Compte tenu du grand intérêt suscité par le Forum, l’Université St Louis nous accorde une plus grande salle, moderne et agréable. Le Forum se tiendra dans la salle OM 10 de l’université St Louis, 6 rue de l’Ommegang —1000 Bruxelles.

Par ailleurs, un grand nombre d’orateurs ont déjà confirmé leur désir d’intervenir lors de Forum. Nous prolongeons donc le Forum de 2 heures supplémentaires. Il se déroulera le 1er décembre de 9h à 19h.

L’organisation

S’inscrire au Forum

Lire l'argument

Adresse: Université de St. Louis, Salle OM 10


6, rue de l'Ommegang, 1000 Bruxelles



Traductions simultanées en français, anglais et néerlandais



Horaire: 9h -19h



New Lacanian School
Désinscription : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter : accueil@amp-nls.org  

Inscription : https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

Le site de la NLS : https://amp-nls.org  

Blog du Congrès NLS 2018 : nlscongress2018.com

Lacan Quotidien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/


New Lacanian School
Unsubscribe: nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries: 
 accueil@amp-nls.org 

Registration: 


NLS

 website

Blog of the 2018 NLS Congress: nlscongress2018.com 

NLS Messager logo mails.png
NLS2019_email_header_Bernard.jpg

¡ URGENCE !

 

Congrès 2019 de la NLS

____________

 

L’argument

 

 

 

Urgence subjective et inconscient transférentiel

 

Dans sa
« Préface à l’édition anglaise du
Séminaire XI
[1] »,
Lacan parle de ses cas d’urgence.
L’urgence de Lacan dans ce texte de son tout dernier enseignement n’est pas
l’urgence subjective dont il est question dans « Du sujet enfin en
question
[2] » qui date de 1966.

 

Jacques-Alain
Miller nous le rappelle dans son cours
[3] :
en 1966 Lacan parle d’urgence subjective où il est précisément question de la
formation du psychanalyste. « Il y aura du psychanalyste à répondre
à certaines urgences subjectives
[4]»
Ce texte, remarque Miller, est contemporain de la « Proposition du 9 octobre
[5] »
sur l’invention de la passe. Dans cette proposition de 1967, Lacan utilise le
concept de sujet notamment pour
élaborer le mathème du transfert à partir du sujet supposé savoir. « Un
sujet, dit-il, […] est supposé […] par le signifiant qui le représente
[6]. » D’où il résulte que
l’algorithme du transfert se déduit du concept de sujet du signifiant.
L’urgence, comme Lacan la théorise dans ces textes de 1966 et 1967, se situe au
point d’Archimède de la mise en place du transfert. Elle se situe à ce moment
logique de déstabilisation subjective qui justifie le mouvement du sujet vers
la hâte et qui rend possible sa mise au travail. À cet égard, l’urgence est le
moment traumatique où, pour un sujet, s’est rompue la chaîne signifiante. Le
psychanalyste est celui qui écoute ceux qui se plaignent de la rupture aiguë de
la chaîne signifiante.

 

L’urgence subjective est le point de
départ qui préside à l’établissement du signifiant du transfert dans son
rapport au signifiant quelconque. Lacan désigne ce qu’on appelle la demande de
l’analysant en puissance comme la requête d’une urgence. L’urgence subjective,
au sens de la psychanalyse, implique l’appel à l’Autre, à S2.

 

Cas d’urgence et parlêtre

 

La « Préface à l’édition anglaise du Séminaire
XI 
», est un court texte de trois pages que Lacan écrit en 1976
dans le prolongement de son séminaire,
Le sinthome, et que Miller considère comme la dernière leçon de
ce séminaire. Ce petit texte est une nouvelle écriture de la « Proposition » sur la passe. C’est
la raison pour laquelle Miller peut considérer qu’il s’agit, d’une certaine
façon, du testament de Lacan.

 

Lorsqu’il reparle
de la passe à la fin de son enseignement, Lacan n’utilise plus le signifiant
« urgence subjective » mais celui de « cas d’urgence ».

 

D’autres
signifiants ne se retrouvent pas dans ce texte. On n’y retrouve plus le
signifiant « transfert », alors que le transfert trouve sa définition
algorithmique dans sa « Proposition » de 1967. Et pour cause, dans
son tout dernier enseignement, c’est le sujet supposé savoir lui-même qui est
remis en question. Le sujet supposé savoir c’est l’hypothèse de l’inconscient
freudien, l’inconscient transférentiel, l’inconscient-histoire. Dans ce texte
ultime, les signifiants savoir, sujet supposé savoir, et transfert n’y figurent
plus. À cet égard, Miller précise qu’il préfère qu’on dise qu’on revient de
séance en séance parce que « ça pousse », « ça urge »,
plutôt qu’à cause du transfert.

 

Le savoir n’y est
donc plus parce que Lacan n’y croit plus, il considère que le savoir n’est que
semblant, il n’est qu’une élucubration sur lalangue
[7].

 

Par contre, si le
savoir ne produit que mensonge, on trouve un autre signifiant, celui de
« vérité menteuse
[8] ».
Et à la place du signifiant « transfert » on y trouve, « ces cas
d’urgence ».

 

Certes, l’urgence
ici est d’une part, ce qui préside à l’analyse, ce qui préside au transfert,
tout comme dans sa « Proposition ». Dans le dispositif analytique, le
psychanalyste est cette personne, ce « quelconque » qui incarne ce lieu
d’adresse des analysants, ces êtres parlants qui « courent
[9] »
après la vérité, il est celui qui accepte de faire « la paire » avec
ces cas d’urgence. On rencontre un analyste quand on se trouve dans un état
d’urgence, mais d’autre part Lacan fait un pas supplémentaire qui va au-delà du
transfert, il y une autre urgence. En fait Lacan note que dans l’analyse, il y
a toujours urgence, il y a toujours quelque chose qui pousse, qui urge, qui
presse et qui se situe au-delà du transfert, ou plutôt avant le transfert, même
si on prend ensuite son temps, si on traîne
[10].
L’urgence, c’est ce quelque chose qui presse le parlêtre. Quelque chose de
l’ordre de « l’urgence de la
vie », comme le souligne magnifiquement Dominique Holvoet dans son
enseignement d’AE
[11].

 

« Cela indique une causalité qui opère à un niveau plus profond que le
transfert, à un niveau que Lacan qualifie de satisfaction en tant qu’elle est
urgente et que l’analyse en est le moyen
[12] », nous explique Miller.

 

La vérité, dit
Lacan, on court après, c’est ce qui se passe dans l’association libre, mais
elle ne s’attrape pas par le signifiant.

 

L’urgence de Lacan
tout à la fin de son enseignement, l’urgence analytique, celle qui pousse le parlêtre, consiste ainsi à courir, à
tendre vers la vérité que recèle le réel, mais cette vérité ne s’attrape pas
par les mots. L’urgence, c’est celle qui consiste à tenter d’attraper la vérité
qu’on n’atteint jamais. Cette course qui tend vers la vérité qu’on n’attrape
jamais est ce qui procure la satisfaction de ces cas d’urgence, des corps
parlant. C’est la raison pour laquelle, on peut dire que l’analyse est le moyen
de cette satisfaction urgente.

 

Le satis, étymologiquement le « c’est assez » latin,
constitue la racine du signifiant satisfaction, le « c’est assez » de
la passe. Par conséquent, la satisfaction se décline selon deux modes. Celui du
satis, du « c’est assez » et celui d’une nouvelle façon de
savoir y faire avec son réel, avec la jouissance non résorbable.

 

Dans ce texte
ultime, Lacan ne dit plus « l’analyste ne s’autorise que de lui-même
[13] »,
parce qu’il remet en question le sujet produit par l’association libre, mais il
met l’accent sur ce qui urge, sur la pulsion qui pousse le sujet à « s’hystoriser de lui-même
[14] »,
soit de s’hystoriser sans faire la paire avec son analyste. Comme on
s’en aperçoit, dans le tout dernier Lacan, le point d’Archimède de la passe se
situe dans l’urgence. Faire la passe par l’urgence de la vie.

 

Bernard Seynhaeve

 



[1] Lacan, Jacques, « Préface à
l’édition anglaise du Séminaire XI »,
Autres écrits, Seuil, Paris, 2001, p.
571-573.

[2] Lacan, Jacques, « Du sujet enfin en question »
[1966], Écrits, Seuil, Paris, 1966, p. 229-236.

[3] Miller, Jacques-Alain, « L’orientation lacanienne. Le
tout dernier Lacan » (2006-2007). Enseignement prononcé dans le cadre du
département de psychanalyse de Paris VIII. Une première transcription des trois
premières leçons de ce cours a été établie par C. Bonningue, parue dans Quarto, Revue de psychanalyse, Bruxelles, n° 88-89 (décembre 2006) et n° 90 (juin
2007). Une deuxième version
établie par C. Alberti et P. Hellebois est citée ici et paraîtra dans The Lacanian Review 6, NLS, Paris,
Novembre 2018. Non relu par l’auteur.

[4] Lacan,
Jacques, « Du sujet enfin en question », Écrits, op. cit.,
p. 236.

[5] Lacan,
Jacques, « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de
l’École », Autres écrits, 2001, Seuil, Paris, p. 243-259.

[6] Ibid, p. 248.

[7] Cf. Lacan, Jacques, Le Séminaire, livre XX, Encore, Seuil, Paris, 1975, p. 127.

[8] Lacan,
Jacques, « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI », Autres
écrits
, op. cit, p. 573. Mais
aussi p. 571 : « Il n’y a pas de vérité qui, à passer à l’attention,
ne mente ». Et encore p. 572 : « Le mirage de la vérité, dont
seul le mensonge est à attendre… »

[9] Ibid, « Ce qi n’empêche pas qu’on coure après [la
vérité] », p. 571.

[10] Cf. Miller, Jacques-Alain, « L’orientation lacanienne. Choses de
finesse en psychanalyse » (2008-2009). Enseignement prononcé dans le cadre
du département de psychanalyse de Paris VIII, leçon du 21 janvier 2009. Une
première version de ce cours,
« La passe du parlêtre », établie par J. Peraldi et Y. Vanderveken est parue dans la Cause freudienne, Paris, Navarin,
2010, n° 74, p. 113-123. Une deuxième version établie par C. Alberti et P.
Hellebois est citée ici et paraîtra dans The
Lacanian Review
6, op. cit. Non relu par l’auteur.

[11] Cf. Holvoet, Dominique, propos prononcés lors d’un « Interview
pour PIPOL 5 », réalisée par Patricia Bosquin, janvier 2011 ; « De
la causation du sujet à la logique de la cure », intervention du
19/02/2011 à Bruges, publiée dans INWIT 
;

ainsi que plusieurs fois lors de son enseignement d’AE.

[12] Miller,
Jacques-Alain,
« La
passe du parlêtre », op. cit.

[13] Lacan,
Jacques, « Proposition
du 9 octobre 1967
sur le psychanalyste de
l’École », Autres écrits, op.
cit. p. 243.

[14] Cf. Lacan, Jacques, « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI », ibid., p. 572.


L'ARGUMENT EN PIÈCE JOINTE OU À TÉLÉCHARGER ICI


NLS2019_email_footer - copie.jpg

New Lacanian School
Désinscription : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter : accueil@amp-nls.org  

Inscription : https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

Le site de la NLS : https://amp-nls.org  

Blog du Congrès NLS 2018 : nlscongress2018.com

Lacan Quotidien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/


New Lacanian School
Unsubscribe: nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries: 
 accueil@amp-nls.org 

Registration: 


NLS

 website

Blog of the 2018 NLS Congress: nlscongress2018.com