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Le
migrant : un « plus qu’étranger » !

 

Rose-Paule Vinciguerra

 

 

Une parole d’un petit garçon de quatre
ans concernant les migrants m’a frappée. Comme nous passions en taxi, il y a
deux ans, le long du métro aérien La Chapelle, nous vîmes nombre de migrants
debout, assis, errants sur quelques dizaines de mètres carrés, massés autour de
quelques tentes… Le chauffeur de taxi interrogé m’informa de leur
nationalité : Erythréens. J’expliquais alors à l’enfant que ces hommes
avaient fui leur pays et qu’ils étaient là, sans papier, sans travail, sans
argent, ignorant la langue française. Le petit garçon resta perplexe puis me
dit avec conviction et même une certaine fougue : « Mais ils ont une
langue, ils parlent leur langue ! Avec ça, ils peuvent sûrement trouver
quelque chose à faire ! » Il faut préciser que cet enfant de quatre
ans était parfaitement bilingue. Je trouvais cette remarque profonde. À ceux
qui n’ont rien, qui ont perdu tout insigne, qui sont réduits à leur banale
existence, il avait trouvé une propriété : ils parlent une langue propre,
sont capables d’interlocution et avec celle-ci, ils peuvent faire quelque
chose. Être parlant donne des droits qui, au-delà des droits du citoyen, sont
des droits universels.

Il y a cependant en français une ambiguïté
dans ce mot d’étranger. Qui est l’étranger  pour moi? Le japonais que je
croise à Paris et qui parle une langue qui m’est incompréhensible mais dont je
suppose qu’il a un nom, une cité, un « cercle d’appartenance » comme
dit Jean-Claude Milner
1?
Ou le migrant sans nom, sans origine définie, sans parole ?

Les Grecs classiques avaient deux mots
pour désigner les étrangers dans la cité : xénos et barbaros.
Xénos, « l’étranger de passage » que l’on accueillait, était
un étranger d’une autre cité, parlant grec donc. Il y avait bien aussi le
métèque, métoïkos, « celui qui a changé de résidence »,
le grec étranger à la cité qui est resté là, et qui, en tant que tel, n’est pas
déconsidéré. Certes, le métoïkos n’est pas égal au citoyen dans ses
droits, il est aussi soumis à des taxes plus lourdes que le citoyen mais il
n’est pas expulsable, du moins dans la cosmopolite Athènes.
Aristote et presque tous les sophistes
étaient métèques ! D’eux se distinguait l’autre étranger, le barbaros
(celui dont je ne comprends pas la langue parce qu’il n’émet que des sons en
charabia, bar-bar, bla-bla cacophonique) quoiqu’il ait pu venir de
nations hautement civilisées, de Perse par exemple, mais celles-ci, pour un
grec, ne cultivaient pas la liberté et ses valeurs
2. Si toutefois le barbaros
acceptait d’adopter la langue, la religion et les mœurs des Hellènes, il
pouvait devenir grec, au moins partiellement et l’inverse était aussi possible.

Cependant n’était pleinement homme que le
citoyen libre et non les esclaves soumis au travail forcé. Pour nous qui
faisons la distinction droits de l’homme et du citoyen, que recouvre le terme
« étranger » ? Celui-ci est équivoque : Un seul mot pour
deux sens. Il y a celui que je reconnais comme être parlant, « l’étranger
du même » selon la formule de Jean-Claude Milner
3, et puis celui qu’il nomme l’étranger
« plus qu’étranger ». Avec « le plus qu’étranger », le
migrant, la symétrie de l’interlocution ne fonctionne pas et même s’il parle
français comme c’est le cas de beaucoup migrants africains. Sa parole ne compte
pas. Tout juste lui suppose-t-on un parler fruste, juste suffisant pour
répondre à des questionnaires !

Le migrant n’est en effet à traiter que comme du « matériel
bio-politique »
4,
éjecté du champ des représentations. Là ne vaut pas le « principe de
charité » épistémique, formulé par les philosophes américains Quine et
Davidson et qui consiste à supposer que l’autre, si incompréhensible que soit
sa langue, doit quand même pouvoir être compris.

 Aussi bien, la question se pose pour nous de
savoir comment cette « étrangéïté  de l’autre »
5 migrant
est considérée dans nos cités cosmopolites. Concernant la proximité des corps
et le refus du  mélange avec les
populations migrantes aux bords extimes des cités, on peut se demander si ces
marges ne sont pas là un centre vide refusé. À rebours de ce refus, Claude
Lefort considérait au contraire que ce qui nous
« fait
reconnaître la spécificité de la démocratie, l’instauration d’un espace
public», c’est « le côtoiement 
»6.

Le migrant, qu’il soit
réfugié politique ou économique, est-il comme le barbaros d’Athènes? Non
car la civilisation de la science ne s’embarrasse même pas de nommer l’étranger
un barbaros: elle n’a pas besoin que l’autre parle. Les langues sont
pour elle encore trop équivoques. Il ne lui suffit que d’évaluer et non de
dialoguer. Ni de penser. De penser par exemple qu’à Calais, la dite
« jungle » abritait deux églises, deux mosquées, trois écoles,
un théâtre, trois bibliothèques, une salle informatique, deux infirmeries, un
hammam… Une jungle parlante, raisonnante, désirante, invoquante en somme !

Décidément les grecs
considéraient le logos mieux que nous!

  

 

1
Jean-Claude Milner, "De l’hôte à l’ennemi, du proche au
lointain, les noms de l’étranger.", conférence prononcée dans le cadre du banquet d’été de la grasse en août 2015  sur le thème "ce qui nous est
étranger". Cette conférence peut être consultée sur youtube.

2
Cf Jacqueline de Romilly : La douceur dans la pensée grecque, Paris 1979

3 Ibid

4 Ibid

5 Je
reprends là une formule de Jean-Claude Milner.

6 Claude Lefort : "Fragilité de la démocratie”,31econférence Marc-Bloch à la
Sorbonne. Publié dans Philosophie Magazine, 14/9/2012




**********************



Une invidia
penis
 permanente


Philippe
Hellebois

 

 

Dans une plaquette republiée récemment en
français, Umberto Eco épingle à côté de diverses caractéristiques bien connues
du fascisme – culte du chef, de la tradition, de la guerre, de la nation –, une
amusante « 
invidia penis permanente
» : « Puisque la guerre permanente et l’héroïsme sont des jeux difficiles à
jouer, l’Ur-fasciste transfère sa volonté de puissance sur des questions
sexuelles. Là est l’origine du 
machisme (impliquant le
mépris pour les femmes et la condamnation intolérante des mœurs sexuelles non
conformistes, de la chasteté à l’homosexualité). Puisque le sexe est aussi un
jeu difficile à jouer, le héros Ur-fasciste joue avec les armes,
véritables 
Ersatz phalliques
: ses jeux guerriers proviennent d’une
invidia penis permanente.
»
[1]

Malgré le défaut d’un raisonnement par trop
circulaire, ce recours au trait classique freudien de la clinique de l’hystérie
touche au
Witz de camper le héros fasciste en histrion
faisant d’autant plus l’homme qu’il l’est peu. C’est encore plus drôle à
s’aviser avec Lacan que cela ne sert plus à rien ! En effet le fascisme n’avait
pas tant à se battre contre quelqu’un, hors les ennemis qu’il s’inventait, que
contre un discours et son pouvoir de contagion. Fascisme et racisme n’étaient
rien d’autre pour Lacan qu’une réaction face à ce qu’il appelait le remaniement
des groupes sociaux par la science qui domine le monde depuis le XVII
e siècle.
Ce remaniement, qui consiste surtout au mixage par la mondialisation de groupes
habituellement séparés, a pour conséquence de les opposer les uns aux autres.
La raison peut s’en dire simplement : le mode de jouissance des uns n’est pas
celui des autres, ce qui entraîne une intolérance réciproque. Celle-ci est
encore aggravée encore par l’égarement des protagonistes quant à leur propre
jouissance : chacun supporte d’autant moins celle de l’Autre qu’il ignore la
sienne. Le père n’étant plus là pour dire où est notre jouissance en
l’interdisant, nous ne la voyons plus que dans l’Autre : l’Étranger, c’est
l’Autre qui jouit et dans lequel je ne veux pas me reconnaître.

Lacan a évoqué tout cela en des termes
devenus célèbres : « Dans l’égarement de notre jouissance, il n’y a que l’Autre
qui la situe, mais c’est en tant que nous en sommes séparés. D’où des
fantasmes, inédits quand on ne se mêlait pas. »
[2] Il précisait aussi que les fascistes et autres nazis,
qui voulaient rayer l’Autre de la surface du globe, n’étaient en fait que des
précurseurs !
[3] À voir et entendre le grand nombre de
tristes sires qui gouvernent en Europe, cette remarque de 1967 trouve hélas une
confirmation éclatante. Peut-être aussi a-t-elle inspiré le lecteur de Lacan
qu’était Umberto Eco quand il constate, dans ce même texte, que le fascisme est
toujours autour de nous, fut-ce en civil, soit sans chemises noires ni
uniformes vert de gris.
[4]

Le principe du racisme étant le rejet de la
jouissance de l’Autre, il n’a donc pas que l’Etranger pour cible, mais aussi,
remarque J.-A. Miller, celle qui incarne l’Autre par excellence, soit la femme.
[5] Si le racisme résulte des conditions
historiques de la mondialisation, la misogynie est par contre structurale de
tenir au langage lui-même, à son réel, puisque la femme est ce qui ne peut se
dire. C’est l’une des dimensions du 
Witz de
Lacan – « on la dit-femme, on la diffâme » –, et ce qui explique que l’analyse
est bien souvent nécessaire pour s’extraire de cette passion triste.
[6] Derrière l’Étranger, il y a donc la
femme que le culte de la virilité se fait profession de rejeter. Et c’est sans
doute l’une des raisons qui amenèrent Lacan à qualifier la tradition, par
essence virile, de spécialement conne.
[7] Les tenants de l’ordre ancien enragent donc
d’autant plus que le monde devient irrésistiblement autre, c’est-à-dire
féminin. Dans l’un de ses derniers cours, J.-A. Miller énonçait la question en
ces termes : « Il y a bien sûr des causes sociales, historiques, d’autres
encore, à certains mouvements auxquels on assiste. Néanmoins, je pense que le
phénomène le plus profond se situe dans l’aspiration contemporaine à la
féminité, et les résistances, le délire et la rage qui en saisissent les
tenants de l’ordre ancien. Les grandes fractures auxquelles nous assistons
entre l’ordre ancien et l’ordre nouveau se déchiffrent au moins pour une part,
comme l’ordre viril reculant devant la protestation féminine. »
[8]

 

[1] Eco,
U., 
Reconnaître le fascisme, Paris, Grasset, 2017,
p. 45.

[2] Lacan,
J., « Télévision », 
Autres écrits,
Paris, Seuil, 2001, p. 534.

[3] Lacan,
J., « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », 
Autres
écrits
, Paris, Seuil, 2001, p. 257.

[4] Eco,
U., 
Reconnaître le fascismeop.
cit.
 p. 50.

[5] Voir
notamment « L’homme décidé. Entretien avec Jacques-Alain Miller », 
Vacarme, n°18,
23 février 2014 ; « Les prophéties de Lacan », Le Point 18/08/2011 consultable
en ligne.

[6] Lacan,
J., 
Le séminaire, livre XX, Encore,
Texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil 1972, p. 79.

[7] Lacan,
J. Le Séminaire, livre XXII, RSI, , Chapitre 8, inédit

[8] Miller,
J.-A., L’orientation lacanienne. « L’Etre et l’Un » (2011), enseignement
prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’Université Paris
VIII, cours du 9 février 2011, inédit. 

 

 

 

 

 

 

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Le rejet de l’exilé met l’intime en danger

 

Alexandre Stevens

 

Dans son petit livre Reconnaître le
fascisme
— extrait de Cinque scritti morali — Umberto Eco expose la
grande variété de ce qui peut légitiment être placé sous ce vocable
caractéristique des dictatures d’extrême droite. Devant le retour « d’une
nébuleuse d’instincts obscurs et de pulsions insondables » il précise une
série de caractéristiques dont « il suffit qu’une seule d’entre elles soit
présente pour faire coaguler une nébuleuse fasciste ». Parmi ces traits
nous trouvons « la peur de la différence » qui est au fondement de
toutes les mesures prises contre les « intrus » et « l’obsession
du complot » dont le plus simple fonde la xénophobie.

Le refus de l’accueil des étrangers, qu’ils
soient réfugiés ou simplement exilés, est ainsi déjà le signe d’un danger pour
notre société. Lacan distingue la peur, que provoque l’inconnu, de l’angoisse,
signal de danger. La peur qu’éprouvent certaines catégories de la population
face à l’arrivée de migrants devrait donc en elle-même être génératrice d’une
angoisse plus forte devant la coagulation qui se produit alors sous nos yeux
d’une possible « nébuleuse fasciste ».

Le gouvernement belge a ainsi, il y a peu,
laissé un de ses ministres renvoyer des demandeurs d’asile soudanais dans un
pays où la torture est pratiquée. Comme l’ont fait remarquer les frères
Dardenne, réalisateurs de cinéma bien connus, dans une lettre ouverte, il y a
« un principe que tout Etat de droit se doit de respecter : on ne
peut rapatrier des demandeurs d’asile dans un Etat pratiquant la
torture ». Le scandale de cette décision a été rapporté jusque dans The
Washington Post
 qui y présente la décision belge comme extrême dans
l’effort général européen pour se débarrasser des immigrés : « 
In an era of closing borders,
European leaders are increasingly willing to go to extreme lengths to deport
people. But a Belgian effort to partner with the Sudanese government has
backfired after two men alleged they were tortured after being sent home, and
the top Belgian migration official involved is now facing pressure to resign.
» Ce gouvernement associant des libéraux et des
nationalistes flamands, dont certains sont explicitement issus de l’extrême
droite, flirte ainsi dangereusement avec les limites de l’État de droit. Il
faut remarquer cependant qu’en réaction à cette position obscène du maître, on
voit se développer un important mouvement de solidarité dans une partie de la
population.

La peur de l’étranger est souvent la
conséquence d’une obsession de l’invasion par l’autre, parfois indépendamment
de la présence effective de l’étranger sur le sol. La mondialisation rend
l’autre proche. Or Lacan prédisait que « Notre avenir de marchés communs
trouvera sa balance d'une extension de plus en plus dure des procès de
ségrégation. » (Autres Écrits p.257) Nous y sommes. Mais cette proximité
de l’autre est d’abord celle de l’autre que nous sommes nous même, pour nous.
Le miroir nous a permis de constituer notre image dans une aliénation
constitutive.

A vouloir éjecter l’étranger n’est-ce pas
une part de nous même dont on veut nous amputer ? Ce lien de l’intime et de
l’autre est fracturé lorsque le migrant est rejeté. En Belgique, encore, un
projet de loi est actuellement discuté qui devrait permettre l'interpellation
d’une personne en séjour illé
gal à l'endroit où elle loge, que ce soit son domicile ou celui de quelqu’un qui
l’héberge. Un tel projet s’attaque à la solidarité des citoyens à l’égard des
étrangers. Il s’attaque aussi à l’intimité de chacun,
le domicile étant réputé inviolable.

De ce point de vue le projet de loi est
d’ailleurs jugé anticonstitutionnel par le syndicat des magistrats puisqu’il
contredit l’article 15 de la Constitution qui stipule que le domicile est
inviolable — à la seule exception de la procédure de perquisition encadrée par
la loi. Ici encore le respect des principes de l’État de droit laisse la place
aux excès du droit de l’état.

Le problème de l’accueil des personnes
exilées se pose dans toute l’Europe aujourd’hui, et on a parfois tendance à
mettre davantage en accusation certains pays de l’est de l’Union Européenne.
Comme on le voit à ces exemples le problème se pose tout autant à l’ouest. La
Belgique deviendrait-elle un modèle de développement de l’Ur-fascisme que
dénonce Umberto Eco ? Pas encore. Mais ses gouvernants jouent déjà de l’État de
droit avec une nonchalance dangereuse.




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Errances migratoires

Florence
Frachon

 

 

J’ai
forgé ce syntagme à propos de certains résidents que j’ai rencontrés en tant
que psychologue dans des Centres d’Hébergement, dits d’Urgence ou
de Réinsertion sociale à Paris, venus d’ailleurs,
d’un
pays étranger,
et pour lesquels je me suis posé la question :
« pourquoi se trouvent-ils là, que font-ils en France ? »

A
propos de ces sujets, qui ont quitté leur pays pour « échouer » dans
le n
ôtre
où ils ne trouvent pas d’autre place que celle d’assistés, et pour lesquels
aucun horizon d’insertion sociale ne se dessine, je me suis demandé :
« sont-ils là parce qu’ils ont voulu quitter leur pays, ou parce qu’ils
ont souhaité venir dans le n
ôtre ? ». La cause est-elle du côté du
point de départ ou du point d’arrivée ? Y a-t-il eu d’ailleurs une décision
déterminée et prise en connaissance de cause ?

 

Vous
avez dit « migrant » ?

Lors de
l’introduction à son enseignement « Au chevet de l’Amérique »,
Marie-Hélène Brousse a ouvert le débat sur les migrants en faisant résonner une
tonalité singulière à ce signifiant : « il y a plusieurs années, on
parlait des « émigrés », ou des « travailleurs immigrés ».
On les appelle à présent des migrants, ce qui semble un bénéfice, parce qu’on
est passé de la forme passive à la forme active, ce n’est pas si sûr. Parce que
dans « émigrés », il y a quand même l’idée qu’ils viennent de quelque
part, alors que dans « migrants », s’il y a la notion qu’ils vont
quelque part, on ne sait pas où, et s’ils viennent, on a oublié d’où.

Cette
désignation de migrant relève d’une catégorie démographique, que les politiques
ont du mal à rendre opératoire, dans la mesure où actuellement ils ne cessent
de débattre pour savoir s’il faut faire une distinction entre réfugiés
politiques relevant du droit d’asile, migrants économiques fuyant la misère,
auxquels commencent à s’ajouter les déplacés climatiques.

Et sa
traduction la plus fréquente se fait en termes de chiffres.

 

Errance   

Ces
patients que j’ai reçus dans ces lieux leur offrant un accueil inconditionnel,
que l’on pourrait nommer et identifier à des migrants, sont arrivés là pour
échapper aux effets de déracinement dus à une pathologie de type psychiatrique
qu’ils ignorent, et tenter de les traiter.

Le
terme le plus approchant, susceptible de rendre compte de ce dont il s’agit
dans leur radicale désinsertion, je l’ai trouvé dans celui d’errance,
qui fait bien partie du processus même de la psychose. Errer, qui vient de iterare,
veut dire répéter.

Lacan a
identifié le ressort de l’errance comme le refus de « la capture de
l’espace de l’être parlant[1] ».

C’est
en effet ce à quoi j’ai eu affaire dans la clinique de ces êtres parlants, dont
la mobilité physique et le passage de frontières ne relèvent pas de la réalité
imaginaire du voyage, celle qui met en route celui qui choisit d’aller d’un
point à un autre.

Ils
sont, pourrait-on dire paradoxalement, « animés » d’un fondamental
refus : refus d’un emprisonnement spécifique, non pas par rapport à un
territoire (national, culturel, familial), mais refus d’entrer dans l’espace de
la parole, de ses codes, de ses conventions,
refus d’être dupe des semblants.

Pour
l’un de ces résidents, qui ne veut pas faire de demande de titre de séjour, ma
collègue[2]
a repéré que « ne pas s’inscrire est sa condition d’existence » : il
lui faut maintenir cette situation invraisemblable de rester sans papiers
« pour que quelque chose n’advienne pas[3] ».

Au-delà
d’un impossible à dire pourquoi il a quitté son pays, différents motifs sont
énoncés par l’un de mes patients :

Tenter
une reconversion professionnelle.

Soigner
les effets invalidants d’une maladie somatique : c’est dans cette intention
qu’il s’est décidé, deux ans seulement après son arrivée en France, à déposer
une demande de titre de séjour, démarche à laquelle il donne une valeur de
prise en main de son existence.

Faire
un éventuel « dernier voyage » pour un pays qui le ferait
« exister ».

Sa
trajectoire se présente en effet comme une quête d’être accueilli en France
pour y « loger » sa psychose, alors que dans son pays il risquerait,
dit-il, « la camisole chimique ». Où l’on entend qu’il s’agit pour
lui de (re)construire une subjectivité dans un autre pays que le sien, où il
s’est senti mal au point de tenter de mettre fin à ses jours.

Il
interprétera le refus de la Préfecture de police de lui délivrer un titre de
séjour pour soins comme refus de lui « accorder le droit de vivre en
France ». Il en déduit alors « ne plus avoir ça comme raison de
vivre, la possibilité de me faire soigner ».

Il
avait en effet trouvé une cause à son existence, susceptible de lui donner une
orientation, et de lui permettre de sortir de son errance : la nécessité de se
faire soigner comme ultime réanimation d’un désir de vivre.

 

 


[1] Lacan J., Le Séminaire, livre
XXI, Les non-dupes errent
, leçon
du 13/11/1973.

[2] Julie Burbage, psychologue
clinicienne au CHRS Rosa Luxemburg, Paris.

[3] Idem.




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SOCIÉTÉ HELLÉNIQUE DE LA NLS

Ve Journée de la passe
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Eurofédération de Psychanalyse

Vers le Forum européen de Rome – L'étranger –  le 24 février 2018


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« On hait désormais
ouvertement et sans vergogne
1
 »

 

Dalila Arpin

 

 

Deux ouvrages parus récemment
pointent du nouveau concernant la haine de l’Autre : Contre la haine. Plaidoyer pour l’impur2, de Carolin Emcke,
journaliste allemande, et Tu haïras ton
prochain comme toi-même
3, d’Hélène L’Heuillet, philosophe et
psychanalyste française. Les deux constatent que la haine s’exprime dès nos
jours à ciel ouvert. Si elle a toujours été – malheureusement – un phénomène
propre à l’humanité, elle n’est plus l’objet d’un refoulement. Carolin Emcke
signale qu’en Allemagne un nouveau signifiant vient nommer l’agressivité, voire
la haine de ce qu’elle appelle « l’impur » : « le citoyen
inquiet ». Personne ne veut être considérée comme raciste, mais l’inquiétude
trouve sa légitimité aux yeux du public. Ce ne sont pas de xénophobes, mais des
citoyens qui s’inquiètent pour l’arrivée des immigrés. Cette inquiétude
« citoyenne » ne vise pas les dépenses et l’usage de l’argent de la
commune, mais le « pillage » des postes de travail du « peuple »
de la part des nouveaux venus. Ce n’est plus l’inquiétante étrangeté, mais l’inquiétant
étranger… Cette haine « dissimulée sous le manteau de « l’inquiétude »
n’est-elle pas l’avatar- comme le postule C. Emcke (ou la soupape) d’une
expérience collective de privation de droits, de marginalisation ou de
représentation politique déficiente ?4 » C’est à cette
place que se nichent les populismes actuels. Ce discours politique qui fait
appel aux intérêts du « peuple » et s’érige en son défenseur contre
les intérêts d’une soi-disant élite. C’est un mouvement qui se dit démocratique
mais qui en réalité attaque la démocratie représentative, considérée comme peu
crédible et défectueuse. Ce mouvement s’organise autour d’une figure
charismatique qui parle « au peuple » de façon démagogique.

Selon Hélène L’Heuillet,
« La dénonciation du mode de vie capitaliste, chez les jihadistes,
facilite le passage à l’acte par la mobilisation de la pulsion de mort […] La
critique de la place de l’objet dans notre société de consommation, nommée idolâtrie,
va en effet logiquement, dans une perspective de conversion messianique,
jusqu’à la dénonciation de l’idolâtrie de la vie5 ». On peut
alors saisir comment le mode de vie occidentale, qui fait de la montée de
l’objet a au zénith son mode de jouir privilégié, est vécu par la haine
jihadiste comme un acte malveillant lui étant adressé. Cela se distingue de la
critique marxiste du fétichisme de la marchandise, qui épargnait la vie des
terroristes révolutionnaires, comme le dit l’auteur. Dans cette perspective, la
haine était encore refoulée, alors que dans la mouvance jihadiste, elle
apparaît à ciel ouvert. Au fond, comme le dit cette auteure, la haine du mode
de vie occidental est une haine de la vie dans son ensemble : « Se
tuer et tuer sont tissés dans la même haine6. » Dès lors, la
conversion ne s’accomplit que dans l’acte suicide car il faut tuer l’idolâtre
qui est en soi.

Nous savons, avec Lacan7,
que la haine est la passion qui vise la destruction de l’être de l’Autre. Elle
fait valoir l’insupportable de l’Autre pour celui qui l’expérimente voire qui
la manifeste. Même si cet Autre n’est autre chose que l’altérité à soi-même qui
habite chacun de nous8. Le dernier enseignement de Lacan nous
apprend que l’Hétéros est difficile à loger aussi bien pour les hommes
que pour les femmes9. L’anéantissement souhaité de
l’Autre révèle l’enfermement dans la prison de l’entre-soi, du tous
pareils, de ce que Lacan appelle le domaine de l’Un. On assiste, dès nos jours,
à un phénomène hors-normes : il y a, à la fois l’hypertrophie du lien,
facilité par tous les moyens techniques imaginables, et à la fois, la montée
des mouvements racistes, homophobes, antisémites et nationalistes qui aspirent
à la construction des univers fermés. C’est ce dernier mouvement, la
discrimination, qui donne la raison du premier : le lien facilité par l’ère
numérique n’est autre chose que la propagation des bulles réunies dans des
univers étanches. En Allemagne, le Hate Poetry Slam est une tentative de
déjouer cette haine par le bien-dire : des victimes exposent sur scène des
lettres d’insultes racistes et l’auditoire qui en a bien rit, élit la
« meilleur lettre ». Parions que cette globalisation du lien évolue
vers la considération de l’être de l’Autre, plus proche de l’amour que de la
haine. Encore un effort pour changer de passion !


1 Emcke, C., Contre la
haine, plaidoyer pour l’impur
, Paris, Seuil, 2016.

2 Ibid.

3 L’Heuillet, H., Tu haïras ton prochain comme toi-même, Paris, Albin Michel, 2016.

4 Emcke, C., Contre la
haine, plaidoyer pour l’impur
, op.
cit., p.44.

5 L’Heuillet, H., Tu haïras ton prochain comme toi-même,
op. cit., p. 72.

6 Ibid., p. 73.

7 Lacan, J., Le
séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud
, Paris, Seuil, 1975, p. 305,
mais aussi tout au long de son enseignement.

8 Lebovits-Quenehen, A., « Retour vers la haine »,
in Le Diable probablement, n°11, 2015, Diffusion Verdier.

9 Lacan, J., Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.
467.



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Vers le Forum européen de Rome – L'étranger –  le 24 février 2018

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La haine de l’étranger


Marina Frangiadaki


 

« Je t’aimerai jusqu’à la mort,
ne m’oublie pas. »

 

Un petit morceau de papier froissé,
mouillé, avec ce message écrit en arabe, a été retrouvé sur une plage de
Lesbos, île grecque située près de la frontière avec la Turquie. Son
destinataire, a-t-il survécu ? Ou pas ? Plusieurs plaques sans nom se
trouvent sur des tombes de réfugiés noyés dans 
un cimetière improvisé à Lesbos.

Le Dr Lacan nous a appris que la lettre, arrive toujours à destination. Essayons
de rester à la hauteur du destinataire de cette lettre.

Ce que nous avons pris l’habitude
d’appeler « la vague des réfugiés » est arrivée de façon soudaine,
violente, surprenante. Ils arrivaient par la Turquie dans les îles de la mer
Egée, dans de petites embarcations, parfois par centaines, hommes, femmes,
enfants, au risque de leur vie. Pour la plupart, ils ne savaient pas nager, ils
n’avaient jamais vu la mer. Longtemps après encore, ils témoignent de ce
passage comme un des traumatismes majeurs de leur périple.

Durant l’année 2015 seulement,
environ 850.000 réfugiés, selon Le Haut Commissariat des Nations unies
pour les réfugiés, sont entrés en Grèce, un pays qui ne compte que dix millions
d’habitants. Environ 40% sont des mineurs. 1691 sont morts noyés depuis 2014.

Nous pouvons dire que l’accueil des
Grecs a été relativement positif, ce qui peut paraître étonnant vu la montée du
racisme et l’existence d’un
parti néo-nazi
grec, l’Aube
Dorée qui garde un pourcentage constant de
8% aux sondages.

La grande vague de réfugiés est
arrivée à un moment où se déroulait un procès interminable contre l’Aube Dorée
accusée d’être une organisation criminelle ayant commis des délits pénaux et
des assassinats. Parmi les accusés se trouve le chef du parti et de nombreux députés
qui choisissent de faire  profil bas, de
rester discrets, jusqu’à la fin du procès. Dès lors, les actes violents et
racistes sont des cas isolés.

En outre, les bénévoles des îles qui
ont accueillis les refugiés dans l’urgence, étaient pour la plupart des
habitants qui ont eu à faire face depuis l’intensification de la guerre en
Syrie à un « ne cesse pas », à la limite de l’impossible. Il s’agit
pour la plupart des descendants de réfugiés eux-mêmes arrivés dans les années
’20  de l’Asie Mineure suite à une guerre
tragique entre la Grèce et la Turquie, et à la persécution de la population
chrétienne grécophone qui ont été souvent mal accueillis à l’époque.

Par ailleurs, dans la conjoncture
actuelle de la crise économique
dramatique,
les Grecs
affectés au registre de l’avoir, se sont
retrouvés face à des réfugiés qui avaient tout perdu de façon tragique. Les
réfugiés syriens notamment permettent, par leur mode de vie précédent, une
identification imaginaire. Pour certains, cette crise économique a ouvert la
possibilité  de traiter autrement le
réel, d’inventer, de bricoler des solutions ; pour certains cela a pris la
forme de la solidarité envers l’autre, le semblable, le rejeté, l’exclu.
J’avance alors  en guise d’hypothèse que
les grecs et notamment les habitants des îles n’accueillent pas tant l’étranger
mais le semblable familier qui se trouve dans une situation plus dramatique qu’eux.

Concernant ce réel en question, il
faudra élaborer la place du réfugié en tant que petit autre mais aussi un Autre
différent, un étranger, à qui on peut réserver de l’accueil ou de la haine.

L’agressivité du stade du miroir est
basée sur une
méconnaissance de soi. Le
sujet projette dans l’autre une haine qui le concerne dans son être. Au-delà de
la problématique narcissique, il faut que cet autre, à qui on adresse la haine,
vienne incarner le mauvais objet, le rebut, le kakon dans une relation
d’extimité.   

Le commentaire par
Éric Laurent de la référence lacanienne sur le racisme, qu’on trouve dans LQ n°
371, nous éclaire : « Nous ne savons
pas ce
qu’est la jouissance dont nous pourrions nous orienter. Nous ne savons que
rejeter la jouissance de l’autre. Par le fait de se mêler, Lacan dénonce le
double mouvement du colonialisme et de la volonté de normaliser la jouissance
de celui qui est déplacé, immigré, au nom de son soi-disant “bien”… »

Et il souligne : « Ce
n’est pas le choc des civilisations, mais le choc des jouissances… »

La haine vise la jouissance de
l’Autre, la façon différente dont l’Autre jouit. Le raciste hait celui pour qui
il suppose une jouissance non seulement différente de la sienne mais qui menace
son propre mode de jouissance. A titre d’exemple, les préjugés qui circulent
dans le discours raciste en Grèce disent, entre autre, que les étrangers, vont
venir nous islamiser, voler notre travail et violer nos femmes ! 

Comme Jacques-Alain Miller le
remarque dans son séminaire Extimité : «  Dans la haine de l’Autre,
il est certain qu'il y a quelque chose de plus que l'agressivité. Il y a une
constante de cette agressivité qui mérite le nom de haine, et qui vise le réel
dans l'Autre… C'est même
là, la forme la plus générale qu'on peut donner à ce racisme moderne tel que nous le
vérifions. C'est la haine de la façon particulière dont l'Autre jouit. »

 La psychanalyse nous apprend à ne pas être
dupes face aux bonnes intentions envers le prochain que l’idéal peut cacher.
Freud était « littéralement horrifié devant l’amour du prochain »,
nous rappelle J. Lacan (Séminaire L’éthique
de la psychanalyse
, p. 218).

Je vous rapporte une vignette
clinique tirée de la pratique de supervision d’une équipe dans un foyer
d’accueil d’adolescents réfugiés mineurs isolés. Durant une réunion, un
éducateur, dévoué et consciencieux par ailleurs dans son travail, se plaint de
l’attitude d’un jeune réfugié de quinze ans qui exprime son refus de faire les
démarches administratives nécessaires alors qu’il a le droit de partir pour l’Allemagne.
Il le présente comme un paresseux qui ne fait que dormir etc. Je le questionne
sur ce qui est insupportable pour lui-même dans cette situation. Il
s’exclame : « Eux, ils ont toutes les facilités pour aller
s’installer en Europe ; à moi, on ne m’a jamais donné cette
occasion ! » 
Se
sentant lui-même, comme beaucoup de ses
concitoyens grecs, accablé par la politique 
d’austérité et rejeté par la politique européenne envers la Grèce, il
voyait dans le jeune réfugié le petit autre
traité
mieux que lui, qui a accès à une meilleure place pour l’Autre et à une
jouissance à laquelle lui-même il n’a pas accès.

Dans
son texte préparatoire pour ce forum, Philippe La Sagna note ceci : « Le
rejet de l’exilé n’est-il pas aussi, pour une part le rejet de sa propre part
d’exil ? On rejette leurs rêves d’ailleurs pour ne rien vouloir savoir des
nôtres et de nos cauchemars aussi bien. Pour ne rien savoir du réel qui fait de
nous des êtres déplacés. » 

Je terminerai par
une référence du Séminaire VII
(p.151)  sur l’éthique analytique qui
exige de chacun de nous d’explorer l’espace obscur « au cœur même de
l’être, là où se situe la qualité la plus intense de l’amour et de la
haine ».




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Vers le Forum européen de Rome – 24 février 2018


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L’étrange
qui erre


Marie-Hélène
Brousse

 

 

Intrusion

L’être
parlant est d’abord un corps. C’est une des leçons qu’on peut tirer de la
lecture de l’enseignement de Lacan. À relire ses premiers textes à la lumière
de ce que Jacques-Alain Miller a nommé son tout dernier enseignement, cela
apparaît de façon aveuglante.

Le premier
Lacan réinvente l’Imaginaire et fait surgir un nouveau complexe en
s’appuyant sur les avancées, alors récentes, de l’éthologie et de la théorie de
la forme : le complexe d’intrusion. La belle forme unifie le morcellement de
fait résultant du fonctionnement du vivant, de ses organes et de ses
sensations. Lacan y revient  en 1975 dans
sa conférence au Massachusetts Institute of Technology : « Un corps
ça se reproduit par une forme… Nous l’apprécions comme tel par son apparence.
Cette apparence du corps humain, les hommes l’adorent. ». Tout le
déploiement du stade du miroir consiste à faire un avec cette forme, cette
image qui cependant est hétérogène au vécu du vivant et  constitue la matrice de l’autre comme celui
qui a. La fracture, pour être recouverte, est définitive. Elle construit
l’autre selon la structure de l’Intrusion et donne au Moi sa couleur
paranoïaque.  L’autre est étranger et il
est intrusif : peur, rejet et jalousie, dégout ou horreur. Dans son texte
l’inquiétante étrangeté, Freud en conte l’expérience face au miroir dans lequel
il voit un vieil homme, lors d’un voyage en train[1].

C’est
l’autre de l’animal qui marque son territoire, non à l’intention de ses proies,
mais à l’intention de ses semblables, de ceux de son espèce. Le territoire, la
propriété, ou pourquoi le communisme était structuralement voué à l’échec. En
fonction de cette dimension de l’Imaginaire l’étranger est donc structuralement
intrusif, abusif, voleur, bref insupportable. Un analysant contait récemment en
séance comment l’installation provisoire d’un lieu de vie pour jeunes migrants
confié par la Mairie de Paris à une organisation associative, et en dépit du
fait que tout se passait remarquablement bien, avait donné lieu à une pétition
exigeant leur départ. Tous les habitants de son immeuble et des immeubles
avoisinants l’avaient signée, rongés les uns par l’inquiétude, les autres par
la haine. « Va-t’en », « chacun chez soi », variantes du
complexe d’intrusion et de l’insupportable de l’autre. Trump est le porte
parole planétaire du complexe d’intrusion qui habite chaque individu, chaque
espèce vivante. Il dévoile que l’envahisseur se retourne en envahi, l’exclus en
excluant. L’invasion et l’intrusion font la paire. L’étranger est là. À nos
portes, croyons-nous. Pas du tout, il est en nous. Le moi est la forme
originaire de l’étranger. L’autre est le même. L’exclusion est donc impossible.
L’image, adorée ou haïe, est nécessaire, au sens vital du terme. Aucun mur n’en
viendra à bout. Aucun massacre non plus. L’autre est increvable car chaque coup
que je lui porte m’atteint.  C’est le
point d’impossible de la dimension de l’Imaginaire.

 

Différences

La seule spécificité
de l’espèce humaine est son type de langage, sonore, articulé et pouvant passer
à l’écriture. Tous les vivants humains sont des êtres parlants. Qu’ils émettent
ou non des paroles, ils habitent le langage. Mieux, ils en sont, en tant que
sujets, l’effet. Mais… ils parlent des langues différentes. Le mythe de Babel
témoigne de l’autre dimension de l’impossible, conséquence du symbolique, qui
en résulte. Il y a le langage, c’est
une forme du Un, mais il y a des
langues. C’est là, me semble-t-il, la racine de toute différence et donc du
multiple. Dans son spectacle, Democracy in America, R. Castellucci, faisait
dire aux Indiens, nom générique donné par les Européens aux peuples vivant sur
ces terres où eux-mêmes venaient de débarquer, « Leurs mots ne sont pas
nos mots » et dans le film Little Big Man de Arthur Penn (1970) les
Indiens se nommaient eux-mêmes d’un nom traduit par « êtres humains »
applicables uniquement à eux-mêmes. On pourrait aussi penser aux contacts entre
les Conquistadores et les peuples autochtones d’Amérique du Sud, de part et
d’autre cherchant à classer l’étranger dans une rubrique de leur langue propre.

Le
fondement de la différence est dans le mot et son double pouvoir :
nomination et métaphore. La nomination par le mot permet de croire à l’être et
la métaphore, au sens, qui se prétend toujours par la puissance du discours,
sens commun et qui bien sûr est tout sauf commun. Malentendu garanti. Ajoutons
que le mot pris dans la combinatoire du symbolique devient une classe et qu’une
classe peut fonctionner dans le champ du discours du maître, c’est à dire de la
domination, comme ségrégation.

C’est donc
la puissance du langage qui peut garantir le Un et l’universel :
« toutes les langues », « tous les parlêtres », « tous
les hommes », mais, comme Lacan le montre par l’invention de la logique de
la sexuation, ce Un de l’universel exige l’existence du Un de l’exception. Les
droits de l’Homme, mot qui équivoque entre êtres parlants et êtres mâles,
conquête des Lumières, exigent donc une exception. Jusqu’à la fin du 19ème
siècle, ce furent, partout, les femmes qui étaient exclus de ces droits. La
différence a comme conséquence l’exclusion, ou pour le formuler mieux,
l’exclusion est un des traitement de la différence. Posons donc que l’Étranger,
dans la dimension du symbolique, est un des nom donné à la différence. Rien
d’étonnant donc que les femmes l’aient prioritairement incarnée dans les
discours du maître. L’Étranger est le féminin. C’est l’Étrangère. Et être
différent  féminise.

Le tout
implique un reste, au mieux appelle une catégorie, « divers » qui se
caractérise par l’hétéroclite. Par l’invention d’une logique de la sexuation,
Lacan, dans le Séminaire Encore,  permet de sortir de l’aporie du Un de
l’exception et donc de la dictature du tout et de l’universel : Pas tout, différent de « pas du
tout ». Cela a un coût : la démocratisation, pour le dire de façon
comique, du un et sa solitude. Jacques-Alain Miller en a déployé les
conséquences et a montré qu’elle constituait l’axe majeur de la clinique de
l’époque dans laquelle nous vivons, clinique des uns-tout-seuls, à laquelle tente de s’opposer les vertiges d’une
politique dites des minorités. Pourquoi  « vertiges » ?
Parce que ces dites minorités retombent immanquablement dans la psychologie
collective du Moi. Elles interprètent la différence à partir de la dimension
imaginaire et n’échappent donc pas au couple Intrusion/invasion.

 

Symptôme

Quelle est
l’approche que la psychanalyse peut apporter à l’étrangère, l’étrange-qui-erre ?

Jacques-Alain
Miller dans son cours du 14 mars 2007 montre que la formule du dernier Lacan
sur la finalité d’une analyse, « s’identifier à son sinthome »,
consiste à « reconnaître son identité symptomale »,. Il ajoute :
« après l’avoir parcouru, se débarrasser des scories héritées du discours
de l’Autre… s’identifier, avec une espèce de distance, celle de la remontée de
l’inconscient au sinthome ». Une analyse traite en effet l’inconscient de
deux façons : par le déchiffrage des formations de l’inconscient dont l’interprétation,
sans fin, contribue à nourrir le sens. Mais, en mettant en valeur que tout sens
est un semblant et que l’histoire de chacun est faite de hasards et de
contingences, une analyse permet de cerner ce qui, hors sens, organise cette
histoire.  C’est une marque de jouissance
qui, se répétant, constitue un axiome. Cet axiome  anime, oriente chaque parlêtre dans la dérive
que constitue sa vie. Cette consistance est l’élément de réel dans chaque sujet
parlant. Il n’existe pas deux marques semblables, il n’existe pas deux
identités sinthomales semblables. L’imaginaire y trouve donc sa limite, et le
symbolique aussi. Ce réel dégagé en analyse certes reste en partie étranger,
inexplicable, mais il ne fait plus peur, ni horreur. Il se nomme.

L’analyse
est ce qui permet un usage ni intrusif, ni exclusif de cet étranger qui
m’habite et que je suis, à entendre avec l’équivoque en français entre
être et suivre.

 

 

 



[1] S. Freud, note, dans la troisième partie de L'inquiétante étrangeté (Das
Unheimliche),
1919

" J'étais assis seul dans un
compartiment de wagons-lits lorsque, à la suite d'un violent cahot de la
marche, la porte qui menait au cabinet de toilette voisin s'ouvrit et un homme
d'un certain âge, en robe de chambre et casquette de voyage, entra chez moi. Je
supposai qu'il s'était trompé de direction en sortant des cabinets qui se
trouvaient entre les deux compartiments et qu'il était entré dans le mien par
erreur. Je me précipitai pour le renseigner, mais je m'aperçus, tout interdit,
que l'intrus n'était autre que ma propre image reflétée dans la glace de la
porte de communication. Et je me rappelle encore que cette apparition m'avait
profondément déplu. Au lieu de nous effrayer de notre double, nous ne l'avions
tout simplement, pas reconnu. Qui sait si le déplaisir éprouvé n'était tout de
même pas un reste de cette réaction archaïque que ressent le double comme étant
étrangement inquiétant ? "

 


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