
Eurofédération de Psychanalyse
COMMUNIQUÉ DE L’EFP SUR LES TRADUCTIONS POUR LA JOURNÉE
DU FORUM EUROPÉEN A ROME
Chers collègues,
Nous avons décidé pour la
journée du Forum Européen de Rome samedi 24 février 2018 qu’outre les traductions simultanées en
italien, français et espagnol, il y aura aussi une traduction de la langue anglaise
et en langue anglaise. Nous pensons ainsi faciliter la présence du public
anglophone intéressé à participer et de permettre aux collègues de la New
Lacanian School (NLS) non francophones de pouvoir suivre les travaux et la
conversation qui aura lieu au Forum de Rome.
Cordialement,
Domenico Cosenza
Président EFP
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Le marché secret des exils
Philippe La Sagna
Les migrations ce sont
ces milliers d’êtres humains, dont une grande part sont des femmes, des
enfants, des familles, et qui sont mises devant le choix forcé de partir. Choix
qui est plus fort que le risque de la vie. Certains pensent sans doute échapper
ainsi à une mort présente ou à une mort passée, mais à une non vie aussi. Dans
les récits des réfugiés, mais des migrants en général, l’histoire commence
souvent par le récit des deuils, des morts, pertes qui rendent plus possible ce
risque de la vie. Mais au fond pour bien d’autres, plus simplement, il s’agit
de chercher une autre vie. Une autre vie plutôt qu’une vie, soit menacée, soit
limitée, soit simplement pas la meilleure, une autre vie pour ses enfants. Une
autre vie qui est aujourd’hui saisissable, qui semble devenue possible, pour
tous, maintenant à travers les messages et les images vue sur internet de ceux
qui ont traversés, qui ont réussi, même si le pire est au cœur de leurs
souvenirs. Le portable est la boussole, pour ceux qui en disposent dans un
monde où les distances ne sont plus décisives.
On veut
aujourd’hui introduire une différence entre ceux qui sont menacés par la guerre
où la terreur et ceux qui sont à la recherche d’une autre vie. Cette
ségrégation semble raisonnable, conforme au droit, chacun pourtant sait qu’elle
n’arrêtera pas les migrations, qu’elle n’arrêtera pas ceux qui veulent vivre
ailleurs et « autre chose ». La vie ou plutôt la qualité de vie que
l’on peut proposer à l’autre, à ses enfants, sa compagne, la place dans le
monde de chacun est aujourd’hui l’objet d’un marché secret. Un marché d’argent
puisque le trafic des vivants est lucratif, mais aussi, c’est un marché, un
trafic, qui ne se joue pas qu’autour de l’argent. Certains savent aujourd’hui
que le développement économique des pays d’origine ne résoudra pas le problème,
il n’arrêtera pas la recherche de la meilleure vie possible fût-ce au prix de
la mort. Alvin Roth, prix Nobel d’économie, a fait valoir la puissance de ces
« appariement » qui fait que des humains s’entendent pour allouer des
ressources et réduire leur rareté. Ces appariements supposent des règles, mais
là on les évite soit par humanisme soit pour le pire, pour ne pas voir. La
bonne vie est rare et la vie précaire ne l’est pas. Il y a donc bien un
échange. Beaucoup de ces migrants vont devoir abandonner une part d’eux mêmes,
leur pays, leur identité, leur famille, leur histoire parfois. Et cela jusque
parfois à une forclusion presque totale. Ce qui est ainsi aboli pour une
génération peut faire retour dans le réel chez une autre, les suivantes.
L’assimilation qui exige l’oubli de soi est une idée née en partie des lumières :
« « Les
peuples d’Amérique, d’Afrique, d’Asie et d’autres contrées lointaines semblent
n’attendre que d’être civilisés et de recevoir de notre part les moyens de
l’être et de trouver des frères parmi les Européens pour devenir leurs amis et
leurs disciple. ». Condorcet (
wiki)
Elle reste entachée
pourtant de son usage dans la colonisation. L’esprit de l’ethnopsychiatrie en
est le miroir inverse qui vise à renvoyer l’étranger à sa « culture ».
Cette culture qui est souvent aussi mythique et méconnue que celle que
s’attribuent en miroir les peuples européens, exaltés par un nationalisme qui
n’est que l’envers de l’universalisation mondiale forcée des marchés. Certes si
les migrants sont prêt à abandonner une part d’eux mêmes, ils peuvent sembler
nous demander en retour de céder quelque chose de nôtre être et de nôtre
identité. Comme dans un marché. C’est là que faute d’un dire vrai les plus
folles idées surgissent : le « remplacement » des peuples par
exemple. Ou la crispation sur une tradition construite.
La psychanalyse elle va plutôt s’intéresser à
ce qui est la marque du sujet : l’exil. L’exil c’est ce qui nous met dans
l’exigence d’aller « vers soi », en se trouvant loin de sa terre,
selon le mot de Dieu à Abraham (« va vers toi ».) . Dans la genèse il
est dit : « Sache que la
descendance séjournera dans un terre étrangère, où elle sera asservie et
opprimée. » Dans la tradition de la bible cette condition de l’exil
est aussi le chemin de la délivrance. Ce
n’est pas qu’un paradoxe, l’idée du monothéisme c’est toujours de céder sur la
tradition pour choisir l’Autre différend de soi, un autre Un. Ce n’est pas la
loi mais la sortie de la loi. Ce n’est pas choisir la coutume où la famille,
c’est même l’inverse et c’est en cela que le monothéisme préfigure les Lumières
à condition de changer aussi radicalement. Donc il s’agit de changer, mais de
se changer dans la rencontre (manquée !) avec l’autre. Nous n’avons pas
encore bien mesuré les conséquences de la triplicité des monothéismes qui peut
les mener à la caricature, à la négation, de ce qu’ils sont. Cela supposerait
de parler sérieusement du retour actuel de la religion sous sa forme la plus
traditionnaliste.
Le rejet de l’exilé n’est-il pas aussi, pour
une part le rejet de sa propre part d’exil. On rejettent leurs rêves d’ailleurs
(cf Les dreamers) pour ne rien vouloir savoir des nôtres et de nos cauchemars
aussi bien. Pour ne rien savoir du réel qui fait de nous des êtres déplacés.
C’est cela qui est l’inconscient. Aujourd’hui la tentation des démocraties
illibérales est de trouver dans les migrations un alibi pour leur haine des Lumières,
qui n’a pas attendu cette occasion pour exister. Cette haine, c’est aujourd’hui
surtout celle de cette construction fragile qu’est un Etat de droit, qui est le
pur produit des Lumières. Sans cela, sans cet Etat, la démocratie n’est plus la
pire et la meilleure des choses. Elle peut devenir seulement la pire…
**********************************************************************
Vivre dans l’illégalité
Sofia
Guaraguara
Introduction
Dans ma pratique
de psychologue et psychanalyste, j’ai rencontré de nombreuses personnes
migrantes vivant à Genève. De cette rencontre, j’ai effectué plusieurs constats
que nous aborderons dans cet ouvrage. En premier lieu, nous présenterons les
caractéristiques générales des personnes qui migrent et les conditions dans
lesquelles elles se retrouvent. En second lieu, nous parcourrons brièvement la
législation suisse sur les étrangers. En troisième lieu, nous présenterons les
constations et les difficultés au niveau personnel que ces personnes migrantes
rencontrent. Enfin, nous décrirons les trois symptômes contemporains de la
migration.
Tout d’abord, il
faut savoir que la migration n’est pas un fait nouveau, mais un mouvement
global qui existe depuis des millénaires et qui s’accentue en général après des
catastrophes politiques (guerre, dictature), des désastres naturelles
(sécheresses, inondations) ou encore suite à un moment de déséquilibre inter
hémisphériques (quand des pays du sud cherchent des ouvertures en direction de
pays du nord) etc.
Cependant, de nos
jours, les migrants rencontrent de plus en plus de barrières et de difficultés.
Comme l’énonce Miquel Bassols « Le statut de l’immigré de nos jours, c’est
justement de ne pas avoir de statut civil ou légal dans la communauté où il
veut entrer et qui, pour ce faire, lui impose des critères toujours plus
difficiles à satisfaire. Auparavant, l’immigré était celui qui partait d’un
pays pour trouver une place dans une autre. Cet immigré-là existe de moins en
moins ».
Caractéristiques générales et
conditions de vie
Une
recherche a été réalisée en 2004 par le Syndicat Interpersonnel du Travailleur
(SIT) dans la ville de Genève sur les caractéristiques générales des personnes
migrantes. Elle a permis de conclure qu’il s’agit principalement de femmes, en
provenance d’Amérique latine, âgées entre 30 et 45 ans et ayant réalisé des
études supérieures. A cela s’ajoute des caractéristiques que j’ai pu observé
durant ma profession :
Ces personnes migrantes exercent à
Genève des travaux domestiques faiblement rémunérés. Beaucoup de ces femmes
sont des mères de famille qui ont dû se séparer de leurs conjoints et de leurs
enfants souvent parce que des événements personnels, douloureux, insupportables
les ont obligées à prendre cette décision. Après un certain temps passé à
Genève, certaines retournent au pays
d'origine et reviennent avec leurs enfants. Selon les circonstances, elles
envoient d'autres personnes chercher leur(s) enfant(s) pour que la famille
puisse se réunir dans le pays. Elles sont confrontées à une autre langue
puisque la majorité parle espagnol. Elles n’ont pas de permis de séjour,
c’est-à-dire qu’elles ne sont pas inscrites légalement bien que les autorités
connaissent leur présence. Elles sont exposées au contrôle de la police dans la
rue, dans leurs habitations ou dans des lieux publics.
En vue de ces observations, nous pouvons conclure que
les personnes migrantes quittent une situation difficile pour aller vers des
conditions encore plus difficiles.
Législation suisse et institutions
Concernant
la législation suisse pour les étrangers, une loi est entrée en vigueur en 2008
limitant le séjour sur le territoire suisse pour toutes les personnes
n’appartenant pas à la Communauté Européenne. Ce temps de séjour est de courte
durée, impliquant ainsi que ces personnes ne peuvent projeter d’y vivre, de s’y
installer.
Une question que nous pouvons nous poser, est, pourquoi le
choix de la Suisse ? Il faut savoir qu’historiquement, la Suisse était un
pays qui accueillait les migrants pour différentes raisons et périodes. La
particularité de la suisse est que depuis des années, elle offrait à
différentes communautés étrangères qui apportaient leurs connaissances, le
refuge et la possibilité de travailler, jouissant de liberté pour s’établir et
de liberté professionnelle. . « Une première immigration significative est
intervenue entre 1888 et 1914, en relation avec la croissance de l’économie et
la mise en chantier du réseau ferroviaire; les travailleurs étrangers pouvaient
alors s’établir librement en Suisse et y disposaient d’une grande liberté
professionnelle »[1],
c'est-à-dire que depuis de nombreuses années la Suisse était un pays ouvert
offrant un asile remarquable. Cependant, au fils du temps elle s’est modifiée
et homogénéisée avec les politiques des pays de l’Union Européenne. Malgré la
radicalisation de la Suisse, tout comme les autres pays de la communauté
européenne, elle continue à attirer les personnes qui viennent d’ailleurs.
Constats des difficultés
personnelles
Des
difficultés personnelles ont été constatées lors de la pratique clinique. Elles
apparaissaient de façon récurrente chez ces femmes, certaines étaient déjà
présentes dans leurs vies qui précédaient leur départ, et d’autres, étaient
liées à leur nouvelle situation. Cela laisse à penser que le sujet qui se
trouve à un moment donné de sa vie face à de grandes souffrances, trouve come
solution la possibilité d’aller vivre
loin, bien que sans permis de séjour.
Notre
hypothèse est que pour le sujet « la fuite est une recherche
désespérée de solution, qui n'est qu’imaginaire ». Leur départ est alors une fuite pour
échapper à quelque chose d’insupportable ou pour aller vers quelque chose de meilleur. Par
exemples :
–
La séparation dans
une relation amoureuse.
–
La quête du « Mythe
de l’Eldorado » :
Il s’agit d’une idéalisation magnifiée du pays d’accueil.
–
Les violences qui peuvent être conjugales, ou des
situations d’abus et de violence sexuelle.
Ces
personnes n’ont aucune idée des difficultés qui les attendent une fois arrivées
sur place et elles sont parfois confrontées à des situations qui sont pires que
celles qu’elles ont quittées.
Une
fois que l’acte a été réalisé, elles se rendent compte des problèmes
qu’elles ont provoquées en s’éloignant. Face à cette situation qui les
culpabilise, certaines envoient de l’argent en guise de compensation.
Une
fois arrivées sur places, ces personnes migrantes rencontrent alors de
nouvelles souffrances, notamment :
–
La réussite à tout prix : il faut faire un sacrifice démesuré
pour arriver au but, parfois même, les problèmes de santé ne les arrêtent pas
pour envoyer de l’argent, pour payer des études, une maison, etc.
–
Le travail sans répit : pour ne pas penser et se fatiguer
physiquement, jusqu’à l’épuisement.
–
L’injustice au travail: Travailler dans des conditions
inadéquates avec des horaires interminables, sans pauses et avec un salaire
d’exploitation.
–
Vivre dans l’incertitude : avec cette idée toujours présente de
rester ou de partir, qui ne leur permet pas de se construire personnellement.
–
Le déclassement: il y a un changement radical puisque la
plupart avait un niveau social, professionnel, intellectuel et vivait en
travaillant de manière qualifiée, aujourd’hui un avocate se retrouve femme de
ménage.
–
L’absence de points de repère, ne pas savoir quoi faire, la moindre
des choses pouvant devenir un problème.
Suite à ces
constations, nous avons déduis de ces souffrances, trois grands symptômes
contemporains : l’abandon, le déclassement social et le sacrifice.
Selon Lacan, le
sujet, avant de naître, est déjà parlé. Cette parole produit des effets dans le
sujet. « Un enfant localisé déjà dans le travail, famille, patrie. On
n’échappe pas à cette trinité ». (Miller Jacques-Alain, op.cit.p.206). Le
sujet est aliéné par le discours de l’Autre. « Un discours, c’est cette
sorte de lien social, c’est ce que nous appellerons d’un commun accord, … parce
qu’il est parlant qu’il est être parlant, puisqu’il ‘y a d’être que dans le
langage ». ((Jacques Lacan, Discours de Louvain le 13 octobre 19972).
L’aliénation est l’opération qui implique l’inscription du sujet dans le champ
de l ‘autre, par lequel le sujet apparaît.
La deuxième
opération, appelée la séparation, est « le désir de l’Autre qui est
appréhendé par le sujet dans ce qui ne colle pas, dans les manques du discours
de l’Autre, et tous les pourquoi ? L’enfant témoigne d’une avidité de la
raison des choses, qu’ils ne constituent une mise à l’épreuve de l’adulte, un
pourquoi est-ce que tu me dis ça ? Toujours suscité de son fonds, qui est
l’énigme du désir de l’adulte ». (Jacques Lacan, Le séminaire XI, p. 189).
En d’autres
termes, on peut dire que l’’aliénation c’est le discours de l ‘Autre. C’est le
mot qui est parlé au sujet. Ce dernier venait par le discours de l’Autre, mais
le sujet se pose des questions, c’est à dire qu’il y a des mots qui ne
correspondent pas. Donc y a la question de savoir pourquoi est-ce que
l ‘Autre lui a dit cela. Cette opération, qu’on appelle Séparation, le
fait de se demander pourquoi. Elle devient à être un énigme pour le désir du
sujet. De cette séparation surgit également un manque de la part du sujet et de
l’Autre.
Il est
évident que migrer est un évènement
bouleversant. Margarita Alvarez dit : « Il est vrai que la
migration est une conjoncture vitale qui implique un grand nombre de
changements et donc, de pertes. Tout ce qui entoure l’individu se modifie: les
liens familiaux et sociaux, la culture, la langue (ou parfois la façon
d’habiter, de parler la même langue), le statut social et même le climat, le
paysage. Mais cela constitue également une source d’attentes, le plus souvent,
celle d’une vie meilleure »[2]
Comme
nous avons pu le constater dans nos différentes rencontres, il y a beaucoup de
changements, beaucoup de bouleversements, beaucoup de souffrance.
Chaque
personne voyage à sa façon, à des moments différents de sa vie, souvent lorsque
la souffrance devient insupportable et le voyage est une recherche de solution.
C’est à dire une fuite désespérée en quête d’une solution imaginaire. La
méconnaissance et l’idéalisation peuvent conduire à des situations bien plus
compliquées que celles imaginées.
Tout
dépendra de comment le sujet se trouve, c’est à dire de sa façon de recevoir
l’autre. Dans de nombreux cas où les personnes se trouvent dans une situation
d’une extrême fragilité, le fait de pouvoir parler, d’être reconnu en tant que
sujet permet de s’ouvrir à des possibilités moins idéalisées qui permet au sujet d’aller au delà de ça et de sortir de
sa position de victime et de vie de sacrifice.
[1] Etienne Piguet
« L’immigration en Suisse » page. 106. Ed..Presses Polytechniques et
Universitaires Romandes. 2009 www. Bref historique Suisse.
[2]
Margarita Alvarez, blogelp.com).
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COMMUNIQUÉ SUR LE DÉBAT PRÉPARATOIRE AU FORUM EUROPÉEN DE
ROME
Chers collègues,
Après le texte d’ouverture d’Antonio di Ciaccia, nous entamons le débat
préparatoire au Forum de Rome du 24 février 2017.
En premier lieu nous vous invitons a envoyer vos brèves interventions (maximum 5000 signes) à Antonio Di Ciaccia (antoniodiciacciastudio@gmail.com) et à moi-même
(docosenza03@gmail.com).
En second lieu nous vous informons, suite à la décision du Conseil de
l’Eurofédération de Psychanalyse, que les textes reçus (à l’exception du texte
d’ouverture et d’un nombre très limité d’autres textes d’orientation générale)
seront envoyés sur la liste uniquement en langue originale, sans traduction en
d’autres langues. Ceci pour éviter le ralentissement des envois sur la liste
ainsi que le manque de soin des traductions faites à trop grande hâte. Nous
avons préféré, en conformité avec la logique non-toute de faire circuler les
textes en leur langue originale, laissant au lecteur la tâche de s’essayer à la
lecture et à la traduction.
Bien cordialement à vous,
Domenico Cosenza
Président EFP
__________________________
ANNOUNCEMENT ABOUT THE DEBATE IN
PREPARATION FOR THE
EUROPEAN FORUM OF ROME
Dear colleagues,
Following Antonio Di Ciaccia’s
position paper, we are starting the debate in preparation for the European
Forum of Rome, to be held on Saturday 24 February.
First, we invite all of you
to send your short papers (no more than 5000 characters) to Antonio Di Ciaccia (antoniodiciacciastudio@gmail.com)
and myself (docosenza03@gmail.com).
Second, we inform you that
by decision of the Eurofederation of Psychoanalysis, the texts we receive (with
the exception of the position paper and a few other texts offering a general
orientation) will only be posted in their original language, without
translation in other languages. This is to avoid delays in posting submissions
on the list, and inaccurate, rushed translations. We think it fit, in line with
a not-all logic, to circulate the texts in their original language, leaving it
up to the reader to try to read and translate for him/herself.
Best wishes,
Domenico Cosenza
EFP President
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PROGRAMMEAccueilAlina Henzel-Korzeniowska – présidente du Cercle de Cracovie de la Psychanalyse de la NLSSebastian Godlewski – président du Cercle de Varsovie de la Psychanalyse de la NLS1e session clinique – conférence d’ouvertureBernard Seynhaeve: Destin du transfert à la fin de la cure.Modération : Alina Henzel-Korzeniowska2e session cliniqueThomas Van Rumst : L’agalma en trop.Modération : Sebastian Godlewski3e session cliniqueAlina Henzel-Korzeniowska : Le transfert face au savoir des maîtres.Barbara Kowalów : Par le dit – face au non-dit.Modération : Janusz Kotara4e session cliniqueMałgorzata Gorzula : Les petits enfants ne permettent pas de dormir, les grands ne permettent pas de vivre.Dorota Parnowska : Transfert sous contrainte.Modération : Małgorzata Orysiak5e session – Cartel éclairAutour de l’Argument vers le Congrès de la NLS par Lilia Mahjoub – Le transfert dans tous ses états : sauvage, politique, psychanalytique.Discutants : Małgorzata Ławniczek, Janusz Kotara, Sebastian Godlewski, Patryk JakubowskiModération : Thomas Van Rumst
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ARGUMENT
LILIA MAHJOUB
Le transfert dans tous ses états
Sauvage, politique, psychanalytique
Le titre du prochain congrès met le transfert dans tous ses états, et spécifie en sous-titre quelques uns de ces états. L’ordre des termes désignant ces derniers, sauvage, politique et psychanalytique, ne saurait relever d’une progression. Car ces états se distinguent, s’articulent, se séparent aussi bien, peuvent parfois coexister, se croiser voire se percuter.
Aussi, commencerons-nous par le dernier, le transfert psychanalytique, qui nous impose de mentionner les deux premiers, comme des états qui en effet existent mais qui peuvent à l’occasion être subvertis par celui relevant spécifiquement de la psychanalyse.
Le mot transfert, qui n’appartient pas spécifiquement à la terminologie psychanalytique, a pris, tout d’abord en tant que notion, une définition très large dans le champ de la psychanalyse en correspondant à un ensemble de phénomènes relatifs aux relations du patient et de l’analyste. Ceci donna lieu par conséquent à autant de conceptions que d’observations propres à chaque analyste, d’où l’embrouillamini qui en découla pour pouvoir en saisir le véritable ressort.
Un obstacle
Freud introduisit, dès 1895, dans ses Études sur l’hystérie, le terme de transfert, Übertragung, en constatant qu’il existait des résistances au traitement – quand il était alors question de la méthode de l’imposition des mains ou d’hypnose –, et en s’interrogeant sur plusieurs sortes d’obstacles. Il en releva un majeur, non pas « intérieur[1] », tel qu’il qualifie celui des résistances, mais « extérieur[2] » et qui ressortit à « ce qui se produit quand les relations du médecin et de son malade sont troublées[3] ». Il distingua alors trois sortes de troubles tournant tous autour de la personne du médecin. Le premier concerne un grief personnel ou l’influence de propos entendus sur ce dernier ou sur sa méthode, le second, la crainte de trop s’y attacher, et le troisième, la crainte de reporter sur lui des représentations nées du contenu de l’analyse, en d’autres termes des désirs sexuels. Freud fera ainsi du transfert un phénomène venant déranger la cure et non pas ce sur quoi celle-ci repose essentiellement, à savoir le lien du patient à l’analyste.
Par la suite, d’autres articles de Freud témoigneront d’un changement de perspective. Par exemple, en 1904, aux Etats-Unis, à La Clark University, quand il formulera que « chaque fois que nous traitons psychanalytiquement un névrosé, ce dernier subit l’étonnant phénomène que nous appelons transfert[4] ». Nous noterons qu’il ne s’agit plus alors de relations troublées mais de quelque chose qui fait partie intégrante du traitement.
Pour Freud, il est clair que « La cure psychanalytique ne crée pas le transfert, elle ne fait que le démasquer comme les autres phénomènes psychiques cachés[5] », car contrairement à d’autres thérapies, dans le traitement psychanalytique, « toutes les tendances même les tendances hostiles, doivent être réveillées […][6] ». Ainsi, « Le transfert, destiné à être le plus grand obstacle à la psychanalyse, devient son plus puissant auxiliaire[7] », à la condition toutefois de le repérer et de l’interpréter. L’on voit déjà que traiter le transfert en termes positif ou négatif, ou encore d’amour et de haine, ne fait pas avancer les choses, et l’on peut ainsi comprendre que cette « énamoration primaire[8] » – qui s’observe au début du traitement et qui n’est autre que la Verliebtheit de Freud jouant « un rôle pivot dans le transfert[9] », et ce, au plan de l’imaginaire – soit ensuite désignée par Lacan avec un nouveau mot : « hainamoration[10] ».
Signalons encore comment Freud conclura son texte de 1905 sur le cas Dora, un traitement dont la durée de trois mois n’en fut pas moins riche d’enseignement, notamment avec ce que Lacan en élaborera magistralement en 1951.
Freud écrit qu’il n’a pas réussi à se « rendre maître du transfert »[11] et que l’empressement de Dora à lui fournir du matériel lui fit oublier d’être attentif « aux premiers signes du transfert qu’elle préparait au moyen d’une autre partie de ce même matériel[12] ». Il répertorie alors ce qu’il n’aurait pas vu et interprété, mais ce ne sont là que suppositions.
Dora, en effet, « mit en action une importante partie de ses souvenirs et de ses fantasmes, au lieu de les reproduire dans la cure[13] » et le facteur du transfert, par lequel Freud rappela Mr. K. à Dora, lui resta définitivement inconnu.
Une dialectique
Nous pouvons déjà noter combien le fait qu’un patient se mette à parler et à associer librement, dès les premiers entretiens, n’atteste en rien de l’état du transfert. L’articulation signifiante, réduite à sa plus simple expression, l’écriture S1-S2, n’est pas suffisante pour parler du transfert psychanalytique. Il n’y a donc pas d’évidence du transfert en termes de linéarité, mais comme le développera Lacan, le transfert est à définir en termes de pure dialectique voire de renversements dialectiques[14]. Ainsi, Lacan donne-t-il une direction de la cure, qui va de « la rectification des rapports du sujet avec le réel, au développement du transfert, puis à l’interprétation[15] ». Dans les années 50, cette interprétation du transfert est définie par Lacan comme « Rien d’autre que de remplir par un leurre le vide de ce point mort. » « Mais ce leurre, poursuit-il, est utile car même trompeur il relance le procès[16]. » Car il est, dans les moments de stagnation de la dialectique de l’analyse, « l’apparition des modes permanents selon lesquels [le sujet] constitue ses objets. » et c’est pour cela que cette interprétation ne revient pas à une explication qui consisterait à dire au patient qu’il fait erreur.
Nous avons déjà ici ce que Lacan affirmera en 1964, en réinterrogeant sans cesse le concept du transfert, à savoir que celui-ci est à considérer comme « ce qui dirige la façon de traiter les patients[17] » – où nous noterons que ce n’est pas le patient qui est dirigé – et ajoutant qu’« inversement, la façon de les traiter commande le concept[18] ». C’est bien pour cela que le transfert est la boussole qui indique autant les moments d’errance de l’analyste que son orientation.
Dès lors, ce n’est plus seulement en termes de dialectique que Lacan conçoit le transfert, mais comme ce qui est en lien avec la pulsation temporelle de l’inconscient, plus précisément ce qui n’ouvre pas à l’inconscient, mais en est bien plutôt la fermeture. Nous rejoignons donc ce qu’avançait Freud, à savoir que le transfert constitue un obstacle et, tel qu’il le remarquait en 1912, que l’arrêt des associations indique que le patient est sous l’emprise d’une idée se rapportant à l’analyste. Et que, si l’analyste le signale au patient, cette « absence d’associations s’est transformée en un refus de parler[19] ». Lacan, cependant, franchira l’obstacle freudien et montrera en quoi la position de l’analyste est ici décisive.
Un nœud : fermeture et interprétation
Avec ce nouveau pas, Lacan va en effet traiter le transfert comme un nœud, car il est le point d’un paradoxe : d’un côté, il faudrait qu’il se soit développé pour ouvrir à l’interprétation, et de l’autre, il coupe la voie d’accès à l’inconscient. C’est dire la stratégie qui est attendue de la part de l’analyste pour manier ce nœud. Cette stratégie où l’analyste est moins libre que dans sa tactique (ses interventions), et qui fait partie des trois modes d’action de l’analyste, la troisième étant sa politique, ne revient pas à faire « appel à la partie saine du sujet, qui serait là dans le réel[20] », ainsi que nombre d’analystes confondant le moi avec le sujet ont pu s’y égarer. Car ce serait « méconnaître que c’est justement cette partie-là qui est intéressée dans le transfert, […] celle qui ferme la porte[21] »; et c’est pourquoi, c’est à ce moment-là qu’entre en action la stratégie de l’analyste et son interprétation visant la réouverture de la porte. Ne simplifions pas toutefois la topologie de cette ouverture-fermeture, car l’inconscient n’est pas au-delà de la fermeture, caché, tel un dedans, mais il est au-dehors[22], et c’est lui qui, via le sésame de l’interprétation de l’analyste, en appellera à cette ouverture. Il est clair que le maniement du transfert auquel l’analyste doit son attention est désormais crucial, quant au statut de l’inconscient et à son ouverture dans la cure.
Une crise conceptuelle
Le transfert psychanalytique, si c’est de l’amour voire un amour authentique, n’est cependant pas n’importe lequel, et c’est pour cela qu’en 1960-1961, Lacan y consacrera tout un séminaire. Il faut également souligner que l’année d’avant, en 1959 -1960, il avait déjà examiné la question de l’amour sous l’angle de l’amour courtois, pour le distinguer de l’amour chrétien. Il s’agit en effet pour Lacan de forger ce qu’il en est de la place de l’amour dans le discours analytique, ce nouvel amour, et ce, à partir du transfert. De plus, si Lacan fait ce long parcours concernant l’amour dans son enseignement, notamment à propos du transfert, c’est aussi pour montrer en quoi le désir qui avait été délogé par l’amour chrétien et son commandement, « Aime ton prochain comme toi-même », lequel évacue le sexuel, doit par la psychanalyse et le transfert retrouver sa place.
Pour Lacan, la question de savoir ce qu’est le transfert est loin d’être résolue et un bon nombre de divergences à ce sujet s’est manifesté au cours des étapes historiques de la psychanalyse. C’est même le lieu d’une « crise conceptuelle permanente dans l’analyse[23] », crise nécessaire à l’existence même de la psychanalyse. Ainsi, la participation de l’analyste au transfert ne saurait se ranger dans le fourre-tout du contre-transfert, comme cela eut lieu ce qui empêcha dès lors toute possibilité de questionnement.
« Quelle est donc la place de l’analyste dans le transfert ? », est une question que les analystes doivent se poser, car si le transfert existe en tant que concept, il ne peut-être un concept mort.
La relation analytique s’engage au départ sur un malentendu, une erreur sur la personne, avec les fantasmes que l’analysant fait supporter à l’analyste et que celui-ci accepte de supporter. Cela ne coïncide en rien avec ce qu’il deviendra à la fin de la cure, du fait de l’analyse du transfert. Il n’en demeure pas moins que, pour l’analyste, savoir ce qu’il en est d’une analyse, pour en avoir fait une, ne suffit pas. Il lui faut s’interroger sur « sa position véritable[24] » dans le transfert pour pouvoir répondre convenablement à l’analysant.
Or Lacan pose également cette question au niveau même de l’organisation de la société psychanalytique, prémices de ce qu’il mettra en œuvre peu après, avec la fondation de son Ecole et la procédure de la Passe, et ce, pour interroger ce qu’est l’analyste.
C’est dire en quoi le transfert ne relève point de l’évidence mais, comme nous l’avons déjà souligné, de la stratégie de l’analyste sans oublier de sa politique où il est encore moins libre que dans sa stratégie et sa tactique. Dès lors, le transfert pose la question de la place de l’analyste mais aussi de son être, et s’avère un rouage incontournable tant dans la cure que dans la masse analytique.
Un algorithme
En 1967, Lacan met le transfert au cœur de sa « Proposition sur le psychanalyste de l’Ecole », sous la forme d’un algorithme, y introduisant ce qui en fait le pivot : le sujet supposé savoir[25]. Ceci pour le sortir de l’intersubjectivité qui colle à la peau de la relation de l’analyste à l’analysant, et, comme le formule si bien Lacan, afin « de décrotter ce sujet du subjectif[26] ». Cette relation analytique n’est point réduite à deux partenaires, mais elle implique le ternaire qu’est le sujet supposé savoir, lequel n’est ni l’analysant, ni l’analyste. S’il y a deux désirs en jeu dans une cure, celui du sujet et celui de l’analyste, et qui ne sont pas équivalents, il n’y a qu’un sujet en jeu.
Que pouvons-nous dire du transfert sauvage, et du transfert politique après ces développements sur le transfert psychanalytique ?
Une interprétation sauvage
Le mot de « sauvage » est apparu sous la plume de Freud « à propos de la psychanalyse dite sauvage », qui est le titre d’un de ses articles de 1910. A le lire, l’on constate, en effet, que celle-ci procède de la suggestion, du conseil, et ne se préoccupe point de ce qu’il en est du transfert et de la place qu’y occupe en l’occurrence le médecin. Une patiente vient demander des comptes à Freud, car un confrère qui lui avait fait une interprétation sauvage en avait rendu responsable Freud avec sa nouvelle manière de voir. C’est pour le moins quelque chose de l’ordre d’un transfert sauvage. Ce que notera Freud, c’est que parmi les divers conseils donnés par le médecin préalablement consulté, aucune place n’est laissée à la psychanalyse. Ainsi le transfert sauvage, est ici ce qui soutient une interprétation avant même que le transfert n’ait connu son développement, au sens où l’analyste aurait repéré à quelle place il se trouve. C’est donc un transfert sans l’analyse, c’est-à-dire sans l’interprétation. Et c’est ce que nous voyons fleurir dans les thérapies qui œuvrent sous suggestion.
Freud soulignera le succès thérapeutique que peuvent néanmoins obtenir de telles méthodes, car pour le patient, une fois qu’il « s’est suffisamment plaint de son médecin et qu’il se sent capable d’échapper à l’influence de celui-ci, ses symptômes s’atténuent[27] ». Ce n’est donc pas tant au patient que cette façon de faire nuit, mais au médecin lui-même et partant à la cause de la psychanalyse. Freud parle alors, dans ce même texte, de la fondation d’une association psychanalytique internationale où les membres déclineraient toute responsabilité des façons de procéder de ceux qui n’en font pas partie.
Hors analyse
Ces transferts sauvages peuvent aussi se produire latéralement à une cure, et s’ils ne sont pas repérés à temps par l’analyste, parce que l’analysant les tait, et que de la sorte ils ne peuvent être interprétés, ils produisent un retour au moi, c’est-à-dire une fermeture de l’inconscient. C’est pour cela que tout transfert latéral peut être dit sauvage, et peut se faire sur la personne d’un conjoint, d’un collègue, d’un autre qui devient à l’occasion conseiller, confident, thérapeute, maître à penser, enfin tout ce qui relève du discours du maître et qui use d’un pouvoir sur quelqu’un, alors que l’analyste, lui, se privera du pouvoir de la suggestion pour pouvoir donner son développement au transfert. Dès lors, cela suppose qu’une place soit faite à l’interprétation, mais aussi que l’analyste sache de quelle place il la fait.
Un Acting out
Une interprétation peut s’avérer fausse quand l’analyste répond de la place de son moi, c’est-à-dire lorsque ses préjugés le fourvoie, entraînant ainsi son analysant dans une même régression topique. L’interprétation peut être aussi inexacte, ouvrant à la scène de l’acting out. Nous en avons de nombreux exemples dans la littérature psychanalytique, tels que ceux de Dora, de la jeune homosexuelle ou de l’homme aux cervelles fraîches, patient de Kris. Dans le cadre de la cure, l’acting out est un appel à l’interprétation, un signe fait à l’analyste, si toutefois celui-ci y prête attention.
Pour Lacan, « l’acting out, […], c’est l’amorce du transfert. C’est le transfert sauvage[28] ». Il peut se produire pour quelqu’un qui n’est pas en analyse, comme fausse solution à son désir, mais aussi dans l’analyse, et dans ce cas, il en appelle à une plus juste interprétation quant à la place du désir.
Reste le transfert politique qui serait à situer entre le transfert sauvage et le transfert psychanalytique. Serait-il l’envers de celui relatif à la psychanalyse ?
Une sphère
En 1969-1979, Lacan tint un séminaire qu’il intitula d’abord La psychanalyse à l’envers, à un moment où la politique était dans la rue et où il n’hésita pas à aller à la rencontre d’un nouveau discours du maître, celui de l’Université, mis en cause par les étudiants en révolte contre celle-ci, tout comme à l’endroit d’autres institutions, elles aussi sous la coupe du discours du maître.
C’était en outre un moment politique important pour la psychanalyse, celui où Lacan avait créé son École et où il formalisait ses quatre discours fondamentaux.
Ce qui est au cœur de ces discours, c’est la question du désir de savoir, en partant de ceci que le maître, lui, ne désire rien savoir, et que l’Université ne fait que prolonger cette ignorance en estampillant le savoir comme un tout qui commande à la production d’unités de valeur. Cette totalisation du savoir est selon Lacan « immanente au politique en tant que tel[29] », cela fait partie de l’idée imaginaire qui nous vient de celle « du corps, comme bonne forme de la satisfaction, sur ce qui à la limite fait sphère [et] a toujours été utilisée dans la politique, par le parti de la prêcherie politique[30] ». Notons que cela n’a jamais été aussi frappant et amplifié aujourd’hui avec les images du corps, notamment des politiques, qui remplissent nos écrans.
Dans la cure analytique, si les corps sont présents, l’image du corps doit l’être le moins possible, et c’est pourquoi, dès le développement du transfert, « ce n’est plus à celui [que Freud] tient en sa proximité qu’il s’adresse, et c’est la raison pourquoi il lui refuse le face à face[31] ». Si le corps dans le discours du Maître est produit comme plus-de-jouir, dans le discours analytique il est réduit à un semblant d’objet, soit un silence, une voix ou un regard que l’analyste prête à l’analysant, le temps que celui-ci puisse cerner ce qui cause réellement son désir.
Un savoir-vérité
Dans le discours de l’analyste, le savoir, S2, est de son côté, « il l’acquiert d’entendre son analysant[32] » – c’est bien là un transfert de savoir « […] qu’à un certain niveau on peut limiter au savoir-faire analytique[33] ». Ainsi, l’analyste, via le transfert, approchera-t-il ce savoir comme de la vérité, c’est-à-dire comme quelque chose qui n’est pas un tout et qui ne peut que se dire à moitié. Ce savoir en tant que vérité, en tant que mi-dire, c’est la structure même de l’interprétation qui est attendue de l’analyste. Celle-ci est supposée conduire à un savoir dont l’analyste se fait « l’otage, c’est-à-dire celui qui accepte d’avance d’être le produit des cogitations du psychanalysant », produit qui « est, à la fin, destiné à la perte, à l’élimination du processus[34] ». Nous retrouvons bien ici, dix ans plus tard, le prolongement de l’articulation du sujet supposé savoir comme ternaire dans l’algorithme du transfert, avec ce pas de plus de l’analyste comme semblant d’objet et déchet du processus analytique.
Le savoir en jeu dans la cure, réduit à un trou, celui de l’inconscient du sujet, est ainsi à situer à l’envers de la politique prise au sens du discours du Maître voire de celui de l’Université.
Un lien social
Lacan souligna qu’il ne disait pas « la politique, c’est l’inconscient, mais simplement l’inconscient, c’est la politique[35] ». C’est ce qu’il formula à propos de la logique du fantasme, précisant que ce qu’il voulait dire par cet aphorisme, c’est que ce qui lie les hommes entre eux et ce qui les oppose est précisément du côté de ce qu’il essaye d’articuler de cette logique. Lacan se demanda alors pourquoi faudrait-il être admis plutôt que rejeté, ce qu’une morale bien-pensante pourrait énoncer. Sans cette logique propre au fantasme, des « glissements peuvent se produire, qui font qu’avant de s’apercevoir que pour être rejeté soit essentiel comme dimension pour le névrotique, il faut en tout cas qu’il s’offre[36] ». Ainsi, pour le névrosé comme pour l’analyste lui-même, et pas de la même place bien sûr, ceci consiste, avec de l’offre, à essayer de faire de la demande. C’est ce qui vaut pour le transfert dans l’analyse, mais aussi dans la société, où le psychanalyste avec le discours qu’il offre peut créer de la demande. C’est un autre type de demande que celle de la demande politique de l’Autre « sous les aspects de la démocratie et du marché[37] ». Et, en ce sens, on peut dire avec Lacan « qu’être psychanalyste peut être une place dans la société[38] ». Cette demande, peut en effet prendre le nom de transfert, et se distinguer des effets de suggestion pour ne pas dire d’hypnose et d’identification généralisée que produisent les autres discours.
Paris, le 30 octobre 2017
Lilia Mahjoub
[1] Freud S., Breuer J., Études sur l’hystérie, PUF, Paris, 1956, p. 244.
[2] Ibid.
[3] Ibid.
[4] Freud S., Cinq leçons sur la psychanalyse, Cinquième leçon, Petite bibliothèque Payot, n° 84, Paris, 1972, p. 61.
[5] Freud S., « Fragment d’une analyse d’hystérie (Dora) », Cinq psychanalyses, PUF, Paris, 1973, p. 88.
[6] Ibid.
[7] Ibid.
[8] Lacan J., « La direction de la cure » [1958], Écrits, Seuil, Paris, 1966, p. 602.
[9] Lacan J., Le Séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud, Seuil, Paris, 1975, p. 311.
[10] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Seuil, Paris, 1975, p. 90.
[11] Freud S., Cinq psychanalyses, op. cit., p. 88.
[12] Ibid.
[13] Ibid., p. 89.
[14] Lacan J., « Intervention sur le transfert » [1951], Écrits, op. cit., p. 218.
[15] Lacan J., « La direction de la cure », ibid., p. 598.
[16] Lacan J., « Intervention sur le transfert », ibid., p. 225.
[17] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1973, p. 114.
[18] Ibid.
[19] Freud S., « La dynamique du transfert », La technique psychanalytique, PUF, Paris, 1972, p. 52.
[20] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, op. cit., p. 119.
[21] Ibid.
[22] Ibid.
[23] Ibid., p. 119.
[24] Lacan J., Le Séminaire, livre VIII, Le transfert, Seuil, Paris, juin 2001(2ème édition), p. 390.
[25] Lacan J., « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », Autres écrits, Seuil, Paris, 2001, p. 248.
[26] Ibid.
[27] Freud S., « À propos de la psychanalyse dite sauvage », La technique psychanalytique, op. cit., p. 42.
[28] Lacan J., Le séminaire, livre X, L’angoisse, Seuil, Paris, 2004, p. 148.
[29] Lacan J., Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1991, p. 33.
[30] Ibid.
[31] Lacan J., « La direction de la cure », Écrits, op. cit., p. 597.
[32] Lacan J., Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, p. 38.
[33] Ibid.
[34] Ibid. p. 41.
[35] Lacan J., Le Séminaire, livre XIV, « La logique du fantasme », leçon du 10 mai 1967, inédit.
[36] Ibid.
[37] Miller J.-A., Cours Orientation lacanienne III, 4, 15 mai 2002, inédit.
[38] Lacan J., Mon enseignement, Seuil, Paris, 2005, p. 64.
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