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La bourse ou la vie

 

Eugenio Díaz

J’écris cette collaboration au moment où un débat est ouvert sur  la situation en Catalogne et aussi pour la crise politique et donc du lien social qu’une telle situation comporte, dans un moment où la tension, la préoccupation, l’incertitude sont au maximum.

Il n’y a pas longtemps, lors des journées de la ELP du 2015 qui ont eu lieu à Barcelone sous le titre « Crise, qu’en disent les psychanalystes ? », nous avons appris et aussi constaté que la crise est consubstantielle à l’humain et que « vouloir la guérir peut être parfois la meilleure façon  d’alimenter cet impératif – guérir – et ses effets  dévastateurs, si l’on n’analyse pas avant le signifiant qui ordonne – dans tous les sans du mot ordonner- cette jouissance imposée au nom du bien » (Bassols) ; et en parlant de l’actualité, j’y ajouterais, au nom d’une jouissance imposée d’un Bien prétendu qui serait celui de l’unité indissoluble, soit de la nation, soit du peuple.

Savoir ceci ne m’empêche pas d’éprouver une sensation d’échec collectif, et donc personnel. Une jouissance de l’échec par laquelle je ne veut pas être envahi, raison par laquelle j’apporte cette petite idée à discuter parmi d’autres déjà exposées diverses, discordantes, pour une exploration au fil de l’impossible et à fin de ne pas rester dans l’impuissance et l’observance de la poussée au pire.

Dans le Séminaire XI, Jacques Lacan pose – à propos des opérations de causation du sujet, aliénation et séparation – l’élection forcée que suppose la première. Là, en se servant d’un Witz presque visuel, il signale que dans l’élection entre la bourse (le tout pourrait-on dire) el la vie, c’est forcé de choisir la vie, mais qu’en la choisissant, la vie ne peut déjà être sino découpée. C’est donc une perte ce que cette élection implique.

Lacan parle encore d’une deuxième opération, celle de la séparation, que bien lue, inclue aussi la perte, puisque ce qui est en jeu dans ce s’accoucher est un retour à l’aliénation primaire mais déjà d’une autre manière (non sans perte donc). Il n’y a pas de séparation qui n’implique pas un lien, un lien nouveau. Sinon cette séparation serait passage à l’acte.

Ce lien dans le commun -Lacan le dira tout au long de son enseignement de très différentes manières – c’est possible à partir de la solitude et la singularité du sinthome. C’est avec ça qu’on peut faire communauté, sinon nous serions plutôt dans la psychologie des masses.

Alors, aliénation et séparation se trouvant trouées, elles incluent une perte, même s’il y a aussi quelque chose que s’y ajoute: un nouveau lien à l’Autre, un Autre déjà barré, une fois tombées les identifications qui avaient occupé le lieu du « pas tout », le lieu « d’il n’y a pas ».

Toujours dans les mêmes chapitres du Séminaire XI, Lacan parle de l’élection de l’esclave qui est plutôt de l’ordre de liberté ou mort. Pour l’esclave d’élection forcée est au prix de la vie. Quand la vie n’a aucune valeur, on choisit entre la vie où la mort.

Je pensais, pour revenir à l’actualité, qu’au nom du tout, c’est-à-dire le fait de croire que c’est possible d’avoir et la bourse et la vie – ce qui est d’une certaine manière le pari indépendantiste-, une autonomie pourrait être perdue, une autonomie qui est une vie non-toute, découpée, mais après tout une vie.

Dire que le pari indépendantiste est un tout, c’est une manière de signaler le maximalisme auquel sont arrivées les positions qui l’impulsent – par exemple, et parmi d’autres choses, en assimilant le désir de décider, de se séparer, de devenir indépendant (sur lequel il n’y a rien à dire) au droit à décider (qu’on peut mettre en question). Un tel maximalisme à été atteint avec l’aide inestimable du gouvernement espagnol qui n’a fait aucune politique – en tout cas aucune digne de ce nom – et qui a plutôt agit à la manière des frères Marx « plus de bois est la guerre », comme il est arrivé lors de néfastes actuations policières du premier octobre, mais aussi dans de beaucoup d’autres moments au cours de ces dernières années.

Je pense aussi que, tel que quelqu’un qui s’y connaît me le disait, dans la mise en scène de l’indépendance il y a eu un forçage : Il s’agirait de démontrer l’incurable de l’État espagnol (et ceci davantage que du gouvernement) pour que l’indépendance comme seule sortie possible en résulte justifiée. De notre côté, nous savons que l’incurable, tout en étant plus ou moins supportable en dépendant des subjectivités et des récits, c’est pour tous, au même temps qu’il n’est pas tout à fait réductible.

Ce forçage inclut « logiquement » un transvasement : transformer l’élection forcée du sujet dans celle de l’esclave. Transvasement qui n’est que banalisation de la dite élection, celle du vrai esclave.

Alors que j’écrivais cette collaboration, j’ai écouté un conseiller de la Gerenalitat dire ce qui suit : « La République n’est plus une élection, c’est un besoin absolu de survie. »

Et bien, lorsqu’il ne s’agit pas d’une élection, ça devient une question « de vie où de mort ». Soustraire le sujet à son élection forcée nous mène à  la banalisation de l’élection entre liberté ou mort.

Banaliser cette élection, et aussi le fait d’appliquer une loi sans s’y avoir inclus préalablement une politique sachant que « l’inconscient est la politique », (méconnaissance qui est aussi une banalisation), est une affaire avec conséquences incalculables pour le lien et pour la vie.

 

Traduit par Azucena Bombín

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Turin, occasion d’un réveil

 

Sergio Caretto

 

Que la démocratie ne soit pas une condition de lien garanti une fois pour toutes est un fait que nous rencontrons aussi bien dans l’histoire passée que de nos jours. Parfois, nous nous endormons avec l’idée que les droits acquis au prix de dures batailles par ceux qui nous ont précédés, se maintiennent inaltérés dans le temps, oubliant l’avertissement, attribuable sauf erreur à la plume de Goethe, « Qui s’endort dans la démocratie se réveille dans la dictature ». Une mise en garde donc à rester en alerte dans la démocratie pour ne pas se retrouver, presque sans s’en rendre compte, privés des droits dont on jouit dans la démocratie.

Et si la démocratie aujourd’hui tendait plutôt à faire dormir le sujet, et la dictature, au contraire, à susciter le réveil ? Pourquoi la démocratie favoriserait-elle  une certaine anesthésie du sujet, elle qui justement se propose comme le lien dans lequel le conflit brûlant peut trouver domicile, conflit lié au désir et à la tentative de faire tenir ensemble des positions subjectives parfois différentes et très distantes entre elles ? Il était bien clair pour Freud que le conflit et le désir sont inséparables. Il tirait de l’expérience analytique la leçon impensable jusqu’alors, et aujourd’hui encore, du symptôme comme résultant du conflit entre les exigences pulsionnelles qui ne peuvent être entièrement résorbées par la voie du langage, et les exigences de la civilisation, qui impose à chacun un renoncement pulsionnel, en échange d’un « plus » en terme de sécurité. Le symptôme, formation de compromis, serait dans ce sens une formation démocratique produite par le travail de l’inconscient, au moment où il tente de parvenir à un accord avec une jouissance qui ne cesse de rentrer sur la scène, conformément aux modalités de son expulsion. L’expérience analytique, au fond, tire sa politique en réduisant le symptôme à son os, et en conduisant le sujet au bord de ce trou inclassable qui provoque le désir décidé comme une réponse possible. Dans ce sens, la politique de la psychanalyse est une politique  du pas-tout, une politique de l’osso bucco, pour la traduire sous la forme de la spécialité culinaire du Piémont. L’analyse enseigne que se faire responsable de la jouissance qui nous concerne dans notre misère et notre division, plutôt que de la rejeter dans le champ de l’Autre, est une condition nécessaire pour accueillir l’autre dans sa différence radicale et pour traiter de manière créative le conflit qu’une telle différence porte en elle. Traiter tout ce qui se produit en terme de symptôme, tant au niveau du singulier qu’à celui du collectif, devient donc une des conditions pour que la rencontre avec l’altérité n’engendre pas que de la haine et du rejet. En ce sens, comme psychanalyste-psychanalysant, nous avons la responsabilité dans la cure, comme dans le discours social dans lequel nous vivons, non seulement de nous souvenir de ce que Lacan affirme dans la « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’école » : il y a un réel en jeu dans la formation du psychanalyste et celui-ci tend à être méconnu, aussi bien au niveau du singulier qu’au niveau du collectif, mais aussi de se précipiter à incarner de manière avertie ce réel singulier dans une cure, comme dans le discours collectif dont nous faisons partie et qui nous détermine.

Jacques-Alain Miller, par son acte, « immonde » de structure, se fait une fois encore cause de réveil en secouant les Ecoles afin que les analystes ne s’endorment pas face à la méconnaissance ou le rejet du réel en jeu aujourd’hui dans le champ de la politique. Effets qui se manifestent aujourd’hui dans toute leur puissance destructrice dans le champ du politique et qui menacent cette forme de lien que nous appelons la démocratie. Effets que leur évidence même, à l’instar de la lettre volée, rend d’autant plus invisibles.

Ce que je me demande, c’est ceci : peut-être que dans la démocratie, aujourd’hui plus qu’hier, nous nous endormons depuis que la jouissance, sous l’empire de laquelle nous « vivons », inhibe la dimension conflictuelle ? Je me souviens d’une intervention de Rosa Elena Manzetti dans laquelle, il y a déjà des années, elle mettait en lumière dans un séminaire une certaine phobicisation du sujet contemporain face à la dimension conflictuelle. Au fond, l’évitement du conflit est aujourd’hui aussi favorisé par la possibilité d’établir des liens en l’absence des corps, et en croyant qu’il suffit d’activer un bouton pour éviter la rencontre là où se manifeste à l’horizon le malentendu ou le conflit. Mais une démocratie qui recule devant le conflit ne se réduit-elle pas peut-être à une forme vide et à l’exercice bureaucratique du pouvoir, une démocratie des énoncés qui de fait s’écroule à la première confrontation avec le dire singulier de chacun ? Hannah Arendt mettait clairement en lumière le lien entre une bureaucratisation aveugle et apparemment neutre, et l’avènement du totalitarisme.

Le forum de Turin est pour moi l’occasion de vérifier combien le dire de chacun provoque le dire de l’autre, et puis de l’autre encore, en constatant ainsi, en acte, que la démocratie est ce champ désirant, jamais garanti, qui se réalise à partir des effets d’un dire qui prend corps et qui donc fait place à la singularité du sujet, qu’il soit singulier ou collectif, plutôt que de l’éjecter, sur la voie du camp de concentration, toujours à l’horizon. Le forum de Turin est l’occasion d’un réveil. Nous vous attendons à Turin avec « sa » Théorie de l’Ecole sujet (théorie de Miller), ses portiques, ses bicerin, ses ossi bucchi et sa lalangue.

Traduzione di Violaine Clément

 

 

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Démocratie ? Absolument ! Mais sous quelle forme ?

 

Pierre-Gilles Guéguen

 

 

Pourquoi les psychanalystes ont-ils un désir ardent de démocratie ?

 

On répondra qu’il s’agit d’abord de l’existence de la psychanalyse, de sa possibilité concrète et pratique.

 

Le discours psychanalytique oriente l’action de ceux qui méritent le nom de psychanalyste avant tout autre discours car il est à leurs yeux le seul qui subvertisse la biopolitique si justement dénoncée par Michel Foucault. Avant d’être un métier la pratique de la psychanalyse nécessite entre autre choses l’analyse personnelle et donc d’avoir fait passer avant toute considération mondaine son analyse et la rencontre du réel.

 

Dans un régime politique où la liberté de la parole est muselée, régime que depuis Hannah Arendt nous désignons comme « totalitaire », il n’y a pas de possibilité de pratiquer ce que nous appelons depuis Freud une psychanalyse c’est à dire ce colloque singulier à deux, hors de toute norme et de tout conformisme. L’analysant y traque la vérité de sa jouissance et la mesure à ce que le discours du maître exige. Ce qui se révèle à lui dans sa cure est certes la part qu’il prend au discours du maître mais aussi celle de l’impossible qu’il y a pour lui à s’y conformer. Une psychanalyse ne se fait pas dans la communion avec l’inconscient et Lacan recommandait de se garder de « préférer l’inconscient en tout », elle se fait en extrayant pour chacun de son rapport à l’Autre, ce qui le singularise ce qui objecte à ce qui vaudrait pour tous et ceci il le fait par l’exploration de cette concrétion singulière de langage qu’est à chacun son symptôme. Per via de levare, comme le disait Freud.

 

Les régimes politiques que nous nommons démocratiques sont ceux qui permettent et favorisent la multiplicité des opinions et des modes de jouir et qui organisent leur confrontation par des modalités de traitement acceptées par l’ensemble du corps social. Ils permettent ainsi que par delà la fracture inhérente aux discords, une unité du peuple puisse exister.

 

En fait nous parlons de régimes politiques représentatifs parlementaires, liés aux États- nations tels qu’ils fonctionnaient depuis le 19è siècle en Europe et sur le continent américain (avec de longues parenthèses pour certains pays de l’Amérique latine).

 

Quand nous disons aujourd’hui qu’il y a un désir décidé de démocratie, il faut aussi se demander au sein de quelle forme de démocratie la psychanalyse d’orientation lacanienne peut exister et prospérer. Dans certains pays elle s’est répandue, dans d’autres (Angleterre, Allemagne, USA, sans parler des pays orientaux) elle peine à s’implanter. Freud le premier s’en était aperçu avec les USA.

 

Marcel Gauchet, politologue qui se réfère souvent à Lacan rappelait au début du XXIe siècle que la démocratie, et son exercice ont évolué au cours du XXe siècle[1]. Le noyau d’une société dite démocratique suppose le respect d’un état de droit garantissant des libertés fondamentales telles que la liberté d’expression, la séparation des croyances religieuses et de l’exercice du pouvoir (modèle républicain laïque, moins assuré dans des pays comme les USA par exemple). Cet exercice suppose aussi que la « gouvernance » est organisée selon le principe de la séparation des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaire. Gauchet fait remarquer qu’à la fin du siècle, un facteur essentiel de cette évolution a été la prise en compte des Droits de l’homme. Illustrée par le développement des ONG et la mise en avant du « droit d’ingérence » dans les espaces d’autres états. Cette prise en compte a selon lui rapproché les régimes que nous considérons comme démocratiques de l’idéal de la révolution française, idéal d’égalité contenu dans la Déclaration des droits de l’homme, mais elle a en même temps miné la consistance des régimes démocratiques et donc des États-nations par l’introduction de valeurs supposées universelles.

 

Depuis le début du XXI siècle d’autres phénomènes et croyances ont encore contribué à l’affaiblissement des démocraties et de leur pouvoir de surmonter par la conversation politique les divergences des citoyens entre eux : Le modèle néo libéral de l’économie supplante partout l’action politique et la méthode managériale tend à tenir lieu d’idéal politicien du service de l’État. Des méthodes d’évaluation standardisées et généralisées affaiblissent et appauvrissent le contenu spécifique des politiques tandis que le régime du contrat s’étend partout importé de la pensée anglo-saxonne. L’économie ultra financiarisée et le phénomène de la mondialisation numérique achèvent de miner les formes démocratiques des États-nations en propageant la pensée « pour tous » et l’expansion du capitalisme uniformisant qui abrase les spécificités des cultures et les différences entre les peuples. Paradoxalement cette uniformisation de la pensée politique produit une angoisse qui suscite des réflexes identitaires (Royaume-Uni, Catalogne) et toujours davantage de communautarisme.

 

Il me revient en mémoire deux interventions de Lacan concernant ce thème :

L’une date de 1967 et figure dans la « Proposition du 9 Octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École » : « Notre avenir de marchés communs dit-il, trouvera sa balance d’une extension de plus en plus dure des procès de ségrégation[2]. »

 

L’autre est dans sa « Télévision » :  « … J’ai vu plusieurs fois l’espérance de ce qu’on appelle les lendemains qui chantent, mener les gens que j’estimais autant que je vous estime, au suicide tout simplement[3]. »

 

Nous ne pourrons pas dire que nous n’avons pas été mis en garde.

 

 



[1] Gauchet, M., La démocratie contre elle-même, coll. Tel, Gallimard, Paris, 2002.

[2] Lacan, J., Autres écrits, coll. Le Champ Freudien, Seuil, Paris, 2001, p. 257.

[3] Ibid., p. 542.

 

 

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GIEP-NLS

Espace passe

14 novembre 2017

Tel Aviv
Espace Passe – L'École rencontre l'avenir rencontre l’École. 
Quatrième soirée d'une série de rencontres autour des témoignages de passe donnés dans le Giep.
Lire le témoignage de passe comme un cas : dans chaque rencontre des membres présentent leur lecture et réflexions sur un témoignage.
Cette rencontre traitera le témoignage d’Araceli Fuentes, « Un corps, deux écritures ». Présentations: Malka Shein, Limor Arad et Revital Barnett.

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Une démocratie pour les êtres parlants

 

Vilma Coccoz

 

 

Ces derniers temps, ici et là, nous avons pu entendre une clameur authentique en défense de la démocratie. La démocratie serait-elle un signifiant-maître ? Se demande Jacques-Alain Miller. Et il répond : « Sans doute. C’est le signifiant-maître de ce que le signifiant-maître n’existe pas, et c’est pour cela que sa forme contemporaine peut se formuler comme la “fracture” ou l’“expérience d’une vérité” ».

  

Le réel de la vie[1] démocratique a fait irruption en Catalogne le 1er octobre dernier, dans la voix de millions de personnes dont le désir, surmontant tous les obstacles, était explicite : « Votarem ».  Les interprétations de ce mouvement collectif sans précédent lui ont conféré une valeur, déterminée en fonction des discours dans lesquels cette fracture politique appelait un sens, en tant qu’effet de vérité.

 

Suivant les enseignements de Jean-Claude Milner, nous pouvons considérer que la dite fracture provient du choc entre deux formes de démocratie : la démocratie comme système politique et la démocratie comme forme sociale. L’homonymie exige l’élucidation du sens qu’adopte le « tous » universel et dont J.-C. Milner a fait la courageuse analyse dans l’histoire de France.

 

La démocratie comme système politique, propre aux êtres parlants, suppose de défendre le lieu vivant de chacun, pouvant se manifester en son nom et avec sa voix dans une langue partagée.

 

A son tour, le dire de chacun requiert le consentement de la majorité comme limite. Pour que quelqu’un puisse parler, les autres doivent se taire, la simultanéité de deux êtres parlants n’est pas possible et l’assassinat politique est une contradictio in terminis.

 

L’extermination des juifs, qui incarnaient l’impossibilité de l’universel (tous) prétendu par le nazisme (un, prenant la voix de tous) ne peut être considérée comme un simple fait historique mais plutôt comme un risque constant de la régulation de la vie en commun, celui de faire taire par tous les moyens le dissident, celui qui ne se plie pas à la multitude.  C’est pour cela que le moment de subjectivation du désir de démocratie, au sens politique, se noue à la croyance en la réalité des chambres à gaz, étant averti des formes subtiles que prend le négationnisme.

 

La démocratie comme forme sociale s’établit sur base d’une majorité illimitée, résultant de la gestion des masses, propre à une politique qui traite les êtres humains comme des choses.

 

Le très haut pourcentage d’abstention montre au grand jour le collapsus des démocraties actuelles, dans lesquelles le pouvoir tombe aux mains d’une majorité qui n’est pas réelle ; on arrive à gouverner moyennant une perversion, une part vaut pour le tout.

 

C’est pour cela que quand surgit la fracture et quand des millions d’êtres parlants réclament une politique pour les êtres parlants, les représentants du pouvoir de l’Etat conquis moyennant ce type de majorité, tentent de faire valoir leur force par des moyens autoritaires, avec menaces et actions coercitives, y compris la prison.

 

Faute d’une autorité authentique, générée dans une démocratie politique, ils croient éliminer le pas-tout, se prévalant des prérogatives d’une majorité sociale dérivée du silence des choses. Berceau de l’indifférence et de la commodité.

 

 

En Catalogne, une partie de la population tente de faire entendre sa voix comme pas-tous en faveur de l’indépendance.

 

Cela constitue une opportunité de rétablir la politique par et pour les êtres parlants, instaurant une véritable démocratie politique, passionnée et critique dans laquelle ils peuvent se prononcer pour décider de leur avenir, celui qui les attache à une histoire et à la jouissance de langues diverses.   

Le président de l’AMP, Miquel Bassols, nous encourage à un débat sur la démocratie au sein de nos écoles.  Il est certain que la clinique lacanienne éclaire la politique[2].

   

Comme le démontrent nos institutions, la pratique à plusieurs se soutient de la limitation du tout, du respect de la singularité et de la promotion d’une autorité authentique, celle qui se soumet constamment au contrôle de son action.

 

Il en résulte une vie collective régulée et pacifique, fertile en inventions, comme nous avons pu le constater au cours du Premier Séminaire Européen d’Echanges sur le travail avec les enfants et les jeunes avec TEA qui a eu lieu à Saragosse à la fin de ce mois de septembre. Un tel événement stimule le désir de participer, de parler la langue politique des êtres parlants, celle qui palpite dans une véritable démocratie.

 

 

Traduction: Pierre-Yves Gosset

 



[1] Anna Aromí le souligne dans son texte : « Qu’est-ce qui se passe en Catalogne ? », NLS-messager : https://amp-nls.org/page/fr/49/nls-messager/0/2017-2018/3025

[2] Comme l’affirme Jacques-Alain Miller.

 

 

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Towards a Democracy for Speaking Beings

 

Vilma Coccoz

 

 

Here and there over the past few days, we have heard an authentic clamor in defense of democracy. Is democracy a master signifier? wonders Jacques-Alain Miller. And he replies: “Without a doubt. It is the master signifier for the non-existence of a master signifier”, which is why it can be formulated as the “fracture” or the “experience of a truth” in its contemporary form.

 

The real in democratic life irrupted in Catalonia[1] on October 1st in the voice of millions of people whose desire, overcoming every obstacle, was explicit: “We will vote.” The interpretations of this unprecedented collective movement have conferred it a specific value on the basis of discourses in which the political fracture claims for meaning, as an effect of truth.

 

Following the teachings of Jean-Claude Milner, we can consider the fracture to originate from the collision between two forms of democracy: democracy as a political system and democracy as a social form. The homonymy requires the elucidation of the meaning that adopts the universal “all”, to which Milner dedicated a bold analysis, following it through French history. Democracy as a political system appertaining to speaking beings, requires shielding what is alive in each person; with each person possessing the liberty to speak out in their name and with their own voice, in a shared language. In turn, the sayings of each person require the consent to plurality as a limit. For one to speak, others must keep silent, the simultaneousness of two people speaking is not possible and political assassination is a contradictio in terminis. The extermination of the Jews, who incarnated the impossibility of the universal (all) intended by Nazism (one speaking for all) cannot be considered a mere historical fact but rather a constant risk in the regulation of common life: the attempt to silence the dissident, he who does not submit to the multitude, by any means possible. This is why the moment of subjectivation of the desire for democracy in a political sense, is tied to a belief in the reality of the gas chambers, advised of the subtle forms that negationism can take.

 

Democracy as a social form is established upon the basis of an unlimited majority, resulting from the management of the masses, typical of a policy that treats human beings as things. The very elevated percentage of abstention clearly shows the collapse of current democracies, in which power falls into the hands of a majority that is not real; government is arrived at by means of a perversion, a part in lieu of the whole. Therefore, when the fracture occurs and millions of speaking beings demand politics for speaking beings, the representatives of the State’s power, conquered through the same type of majority, attempt to bring their strength to bear upon them by authoritarian methods, with threats and coercion, including jail. In the absence of an authentic authority, born of a political democracy, they believe they can eliminate the not-all by making use of the prerogatives of a social majority derived from the silence of things. A cradle to indifference and to convenience.

 

A part of the population in Catalonia tries to make its voice heard as a not-all in favor of independence. This constitutes an opportunity to reestablish impassioned and critical politics through which they can succeed in pronouncing themselves so as to resolve their future, that which ties them to a history and to a jouissance of many languages.

 

The President of the WAP, Miquel Bassols, encourages us to debate democracy in the midst of our schools. It is true that Lacanian clinical practice clarifies politics.[2] Our institutions show it to be so, the pratique à plusieurs is sustained by the limitation of the all, the respect for singularity and the promotion of an authentic authority that is constantly subjected to control of its actions. A regulated and peaceful coexistence results, fertile to inventions, as was apparent during the First European Seminar on Exchange about Working with ASD Children and Youth that took place in Zaragoza at the end of September. An event of this kind transmits the desire to participate, to speak the political language of speaking beings which palpitates in a true democracy.

 

Translated by Soledad Székely Schlaepfer

 



[1] As Anna Aromí asserted in her text, “What’s Happening in Catalonia?”, NLS-messager: https://amp-nls.org/page/gb/49/nls-messager/0/2017-2018/3023

[2] As J.-A. Miller affirms.

 

 

 

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Une enflure managériale

 

Gil Caroz

 

 

 

Dans le chamboulement actuel des démocraties en Europe, la Belgique nous présente une grimace singulière du maître à venir. Le nationalisme identitaire et la revendication séparatiste de la N-VA flamande qui siège actuellement en force au gouvernement fédéral sont mis en veille. Ceci a été obtenu par l’art de la négociation, bien belge, du Premier ministre Charles Michel, membre du Mouvement Réformateur (MR), parti libéral de Belgique francophone. Mais il s’agit d’un équilibre fragile puisque ce n’est qu’au prix de la mise en oeuvre intégrale de son programme politique, économique, sociétal et éthique que la N-VA accepte pour le moment de « jouer le jeu » de la coalition gouvernementale. Conséquence : ce compromis se paie d’une enflure de l’idéologie néolibérale chère aussi bien à la N-VA qu’à ses alliés libéraux et désormais appliquée d’une façon extrémiste. Elle se traduit sur le terrain par un néo-hygiénisme managérial qui va main dans la main avec une soumission exponentielle aux avancées de la technologie. Ceci se ressent notamment dans les réformes mises en place par le Ministère belge de la Santé, et particulièrement dans le champ de la santé mentale.

 

Les psychanalystes se trouvent à l’abri de la « Loi sur les professions des soins de santé mentale » dont la dernière version a été votée en juin 2016. Mais les jeunes praticiens qui ne font pas partie d’une École et qui souhaitent orienter leur pratique par la psychanalyse sont mis en grande difficulté : ils ne pourront pas exercer leur métier légalement sans passer par les parcours de formation subordonnés à l’EBM ou l’EBP[1], noms d’un scientisme qui, dans le champ psy, ne fait que voiler la pulsion de mort managériale. En outre, la démarche qui consiste à soumettre les professionnels à ce scientisme est bien pensée puisque celui qui s’y soumet trouve une compensation immédiate sous forme de rémunération garantie, alors que les contestataires sont menacés plus ou moins explicitement de sanctions et d’impossibilité de travailler dans les institutions publiques. Nous considérons donc que la psychanalyse a un droit d’ingérence évident dans cette matière afin de faire barrage aux applications de la loi.

 

C’est le citoyen « non productif » qui est visé par cette politique. Si elle s’attaque aux professions de santé mentale, c’est pour convertir les soignants en agents exerçant une mise au pas du citoyen. Les auteurs de l’expertise intitulée « Modèle d’organisation et de financement des soins psychologiques[2] » sur laquelle s’appuie la loi sur les psychothérapies cachent mal leur mépris pour les effets de crises subjectives. «Le prix de la détresse morale est lourd pour la société », écrivent-ils, « notamment en termes d’absentéisme et de perte de productivité ». Pour ces experts, il s’agit de troubles légers chez des personnes n’ayant besoin que d’un « petit coup de pouce professionnel » qui ne doit pas dépasser cinq séances remboursées, court-circuitant ainsi toute question subjective, dans le but de réintroduire l’individu sur le marché du travail le plus vite possible.

 

Comble du cynisme : cette réglementation du champ des psychothérapies se présente comme une action de défense du citoyen face aux risques de « charlatans » qui pulluleraient dans notre champ. Cette menace des « charlatans »  est un voile mis sur l’effet de déchetisation de l’humain qui se pointe à l’horizon de cette réforme. En effet, les personnes qui ne seront pas « guéries » endéans les cinq séances seront éjectées des soins, à moins de prouver qu’elles souffrent d’un trouble bien plus grave qui nécessite quelques séances supplémentaires chez un thérapeute de « deuxième ligne ». On nous annonce que ce dispositif règlera une fois pour toutes le problème des listes d’attente dans les centres de santé mentale sans imaginer l’éventualité qu’elles se trouveront rallongées ailleurs, aux portes des prisons par exemple.

  

Jusque là, rien de nouveau. On connaît la chanson des charlatans et la servitude au discours du maître de ce qui se nomme « santé mentale ». Jacques-Alain Miller a pointé il y a trente ans sa fonction de maintien de l’ordre public : « circulez ![3] ». Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’un maintien de l’ordre mais d’une attaque contre le discours en tant que lien social. Cette attaque est opérée par les dernières avancées de la technologie, installée en place de maître. Même les experts se voient mis au chômage au profit d’informations à trouver sur les écrans. Après tout, un expert est un humain. Les patients, comme les professionnels de la santé, sont invités à rechercher sur internet les meilleurs rapports qualité/prix des soins qui leur épargnent si possible une rencontre humaine impliquant un transfert.  

 

Cet assaut opéré sur le lien social trouve son paroxysme symptomatique dans l’offre d’euthanasie faite aux malades dans les hôpitaux psychiatriques. Nous ne contestons pas l’euthanasie pour les souffrances en phase terminale des maladies du corps. Nous ne récusons pas, j’ose le dire, l’éventualité que le psychanalyste doive, à l’occasion, sans doute très rarement, accompagner un sujet jusqu’à la rencontre qu’il souhaite et qu’il s’aménage avec l’absolu, car il n’est pas impossible que dans certains cas, il y a pire que la mort. Mais de là  à proposer l’euthanasie pour souffrance mentale, il y a un écart, et il n’est pas mince. Ceci non seulement parce que l’offre, comme disait Lacan, crée la demande, mais aussi parce que nous soupçonnons que la même logique managériale qui vise la réduction des frais est sous-jacente à cette pratique ultime de « soin ». En effet, le malade « coûte ». A méconnaître l’irréductible du symptôme, le paradigme problème-solution appliqué au champ psy ne peut que conduire à la recherche d’une solution définitive de la sorte.

 

Cette dérive de l’euthanasie pour souffrance psychique constitue la pointe de l’iceberg. Elle confirme que nous ne pouvons pas rester inactifs face aux événements. Depuis quelques années déjà, la communauté des psychanalystes du Champ freudien en Belgique mène une lutte serrée contre la loi sur les psychothérapies et ses applications, en associant d’autres praticiens à ce combat. Comme mentionné plus haut, nous avons pour le moment obtenu une mise à l’abri de la psychanalyse : celle-ci n’entre pas dans le champ d’application de la loi. Mais la bataille discursive contre cette machine managériale est loin d’être achevée. Nous ne nous interdisons aucun moyen légal pour contrer ce rouleau compresseur d’une administration qui s’apprête à la destruction du système existant, sans en proposer un autre qui vaille : rassemblement de praticiens, publication de textes, lobbying, rencontre avec des politiques, introduction de nos membres dans les instances administratives concernées, concertation juridique,… Cette résistance se révèle efficace. Lors d’une rencontre au cabinet de la Ministre de la Santé, nous avons pu constater que le maître néolibéral est moins à l’aise lorsqu’un grain de sable vient se placer dans ses rouages. Il veut la paix. Il devient un peu hésitant. « L’agitation » sur le terrain n’est pas bonne pour le management.

 

Nous continuerons donc, car face à des pratiques de déchetisation de l’humain, la résistance s’impose. 



[1] Evidence-Based Medicine (EBM) et Evidence-Based Practice (EBP).

[3] http://www.europsychoanalysis.eu/sante-mentale-et-ordre-public-jacques-alain-miller/

 

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A Managerial Carbuncle

 

Gil Caroz

 

 

In the current upheaval of democracies in Europe, Belgium shows us a singular grimace from the master to come. The nationalism of identity and the separatist demands of the Flemish N-VA, which is now sitting in force in the federal government, have been put on hold. This was achieved through the very Belgian art of negotiation displayed by Prime Minister Charles Michel, a member of the Reform Movement (MR), a liberal party in French-speaking Belgium. But this is a fragile equilibrium since it is only at the cost of the full implementation of its political, economic, societal and ethical program that the N-VA has agreed, for the moment, to “play the game” of participating in coalition government. As a result, this compromise has been paid for by a swelling of the neoliberal ideology, as dear to the N-VA as it is to their liberal allies, that is now being applied in an extremist way. It is reflected in the field by a managerial neo-hygienism that goes hand in hand with an exponential submission to advances in technology. This can be particularly felt in the reforms put in place by the Belgian Ministry of Health, particularly in the field of mental health.

 

Psychoanalysts are sheltered from the “Mental Health Care Professions Act”, the latest version of which was passed in June 2016. But young practitioners who are not part of a school and who wish to direct their practice to psychoanalysis are put in a very difficult position: they will not be able to exercise their profession legally without going through training courses subordinate to the EBM or the EBP[1], which designate a kind of scientism that, in the psy field, serves only to obscure the managerial death drive. Moreover, the approach of subjecting professionals to this scientism has been well thought out, since the person who submits to them finds immediate compensation in the form of guaranteed remuneration, whereas those who protest against this are threatened more or less explicitly with sanctions and with being forbidden to work in public institutions. We therefore consider that psychoanalysis has a clear right to interfere in this matter in order to block the application of the law.

 

It is the “non-productive” citizen that is being targeted by this policy. If it tackles the mental health professions, it is to convert caregivers into agents who put the citizen in a position where it cannot. The authors of the expertise titled “Model of Organization and Funding of Psychological Care”[2] on which the law on psychotherapies is based hide their contempt for the effects of subjective crises. “The price of moral distress is heavy for society,” they write, “especially in terms of absenteeism and loss of productivity”. For these experts, it is a question of mild disturbances in persons requiring only a “little professional boost” which should not exceed five sessions for which reimbursement can be claimed, thus short-circuiting any subjective question, with the aim of reintroducing the individual to the labour market as soon as possible.

 

This is pure cynicism: such regulation of the field of psychotherapies presents itself as an action intended to defend the citizen against the risks of “charlatans” that would swarm in our field. This threat of “charlatans” serves to veil the effect of the degradation of the human being who is on the horizon of this reform. People who will not be “cured” in the five sessions will be ejected from care unless they can prove that they are suffering from a much more severe condition that requires a few extra sessions with a “second line” therapist. We are told that this system will solve the problem of waiting lists in mental-health centers once and for all without imagining the possibility that they will be extended elsewhere, for example at the doors of prisons.

 

Until then, nothing new. We know the song of the charlatans and the servitude to the discourse of the master of what is called “mental health”. Jacques-Alain Miller pointed out thirty years ago its function of maintaining public order: “circulate!”[3]. Except that here it is not a matter of maintaining order but of attacking discourse as a social bond. This attack is carried out by the latest advances in technology, installed in the place of the master. Even the experts find themselves condemned to unemployment for the benefit of information to be found on the computer screens. After all, an expert is a human. Patients, like health professionals, are invited to search on the internet for the best quality/price ratio of the care that seeks to spare them, if possible, a human encounter involving transference.

 

This assault on the social bond finds its symptomatic paroxysm in offering euthanasia to patients in the psychiatric hospitals. We do not contest resort to euthanasia in cases of terminal illness. We do not deny, I dare to say, the possibility that the psychoanalyst must, occasionally – no doubt, very rarely – accompany a subject all the way to the encounter he wants and should develop with the absolute, for it is not impossible that in some cases there are things worse than death. But between this point and proposing euthanasia for those with mental illness there is a gap – and it is not a small one. This not only because supply, as Lacan said, creates demand, but also because we suspect that the same managerial logic aimed at reducing costs underlies this ultimate practice of “care.” Indeed, the illness “costs”. In failing to recognise the irreducible symptom, the problem-solution paradigm applied to the psychological field can only lead to the search for a definitive solution of this kind. This drift toward euthanasia for psychic suffering is the tip of the iceberg. It confirms that we cannot remain inactive in the face of events. For some years now, the psychoanalytic community of the Freudian Field in Belgium has been fighting against the law on psychotherapies and its applications, bringing other practitioners into the battle. As mentioned above, we have for the moment obtained a shelter for psychoanalysis: this does not fall within the scope of the law. But the discursive battle against this managerial machine is far from over. We do not forbid ourselves any legal means to counter this steamroller of an administration that is preparing to destroy the existing system without proposing another one that is worthwhile: gathering practitioners, publishing texts, lobbying, meeting politicians, the introduction of our members into the administrative bodies concerned, legal consultation, etc. This resistance proves to be effective. During a meeting in the office of the Minister of Health, we observed that the neoliberal master is less comfortable when a grain of sand comes to place itself in its wheels. He wants peace. He becomes a little hesitant. “Agitation” on the ground is not good for management. We will therefore continue because, confronted with the practices of human degradation, resistance is essential.

 

18 October 2017

 

Translated by Janet and John Haney

 

 



[1] Evidence-Based Medicine (EBM) and Evidence-Based Practice (EBP).

[3] http://www.europsychoanalysis.eu/sante-mentale-et-ordre-public-jacques-alain-miller/ Published in English in Psychoanalytical Notebooks, No. 23, pp. 73-84.

 

 

 

 

 

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La Catalogne malheureuse : Le peuple veut-il ce qu’il souhaite ?

 

Vicente Palomera

 

 

La Catalogne est réelle. Sa culture, son peuple, sa langue existent. Ce sont les fruits d’une évolution historique concrète et parfaitement retraçable. Les aspirations politiques –quelles qu’elles soient– des citoyennes et citoyens catalans qui sentent cette culture, cette histoire et cette langue comme étant les leurs, ou qui les adoptent comme des vecteurs de revendications plus démocratiques à proprement parler, sont elles aussi réelles.

Par contre, ce qui n’est pas réel, c’est le Procés (processus) invoqué depuis plusieurs années par le parti anciennement connu sous le nom de Convergència Democràtica de Catalunya (aujourd’hui PDCat), pour tenter de profiter délibérément et impunément de la montée de ces aspirations citoyennes, une montée suscitée par le rejet du nouvel Estatut (Statut) en 2010. Cette tentative d’exploitation et de neutralisation n’a qu’un seul objectif : la survie d’une classe politique face à une crise de régime. Le plus surprenant, c’est que l’astuce a fonctionné. Le Procés a servi à minimiser l’usure politique liée à l’austérité. De fait, en pleine crise économique mondiale, le gouvernement catalan est « le seul gouvernement d’Espagne, pour ne pas dire du sud de l’Europe, qui parvient à s’approprier et à utiliser, au milieu de la plus grande crise économique que nous avons connue ces dernières années, le cadre et le mot démocratie. Il a su construire un récit et manipuler les mots avec l’adresse dont a fait preuve Marine Le Pen (voir l’article que j’ai écrit pour Pipol 8 dans “Pas de roses sans épines”) ».

Dans ce cas, la démocratie rivalise avec une idée de démocratie, l’espagnole, défraîchie et décadente. Une démocratie qui, par ailleurs, ne se différencie en rien de la catalane.

Le Procés est, de fait, exactement le contraire de ce qu’il prétend être. C’est une véritable mascarade. Là où il promet ces avancées, il accentue l’enlisement. Là où il invoque la démocratie, il encourage son érosion. Là où il s’érige en social-démocrate, il implante l’austérité et la privatisation. Le Procés est une énorme promesse vide dont la mise a exécution est différée ad vitam aeternam.

L’étonnante survie de la classe politique catalane, en particulier de Convergència —le parti catalan du Régime de 1978 par excellence—, est due à sa prodigieuse capacité de réinvention. Une réinvention qui, cependant, a presque toujours été purement rhétorique. Étonnante, sans aucun doute, mais comme peut l’être un spectacle de prestidigitation. Il s’agit, en grande partie, du remplacement de concepts dotés d’une réalité légale ou historique —le référendum, par exemple— par d’autres qui leur ressemblent mais n’existent pas légalement comme tels : par exemple, la consultation.

Nous avons assisté à la métamorphose d’Artur Mas, un homme politique ennuyeux qui est devenu un leader survolté.

Le peuple catalan veut-il l’indépendance, ou veut-il se déclarer en sa faveur ? Veut-il ce qu’il souhaite ? Peut-être et, jusqu’à présent, la société catalane a souhaité se manifester en faveur de l’indépendance (47,8 % de Catalans ont voté pour). Mais il résiste à la tentation de prédire l’avenir.

Après l’invasion napoléonienne, l’empereur Napoléon Bonaparte a dissocié la Catalogne de l’État espagnol gouverné par son frère Joseph. Comme au XVIIe siècle, par conséquent, la Catalogne a été indépendante pendant une courte période, avant d’être rattachée à la France. Cette indépendance et postérieure annexion constituent le seul fait qui indique que la Catalogne sera peut-être indépendante un jour. Peut-être dans un futur proche, lorsque l’État ne sera pas un élément déterminant –qui est l’évolution actuelle–, comme le montre cette crise dans laquelle des États comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal ou l’Italie ont constaté qu’ils ont une souveraineté et une capacité de mouvement limitées.

 

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Catalunya Infelix: Do You Want What You Wish For?

 

Vicente Palomera

 

 

Catalunya is real. Its culture, its people and its language exist. They are the products of a concrete and perfectly narratable historical evolution. The political aspirations – whatever they might be – of the Catalan citizens who feel this culture, history and language to be their own, or who adopt them as the vehicles of more properly democratic demands, are also real.

 

What is not real, however, is the flag of the so-called “Procés”, flown for many years by the party previously known as Convergència Democrática de Catalunya (today PDCat) in an attempt to arrogantly and bare-facedly take advantage of the impetus of these aspirations of citizens, an impetus awoken by the rejection of the new Estatut in 2010. This attempt at exploitation and neutralisation has one sole end: the survival of a political class confronted by what is a crisis of the regime. What is surprising is that the trick has worked. The Procés has served to minimise the political debilitation brought about by austerity. In fact, in the context of a full world economic crisis, the Catalan government is the only government in Spain, if not the South, that succeeds in appropriating and using, in the middle of the biggest economic crisis that we have known in the last years, the word and framework of democracy. They have known how to skilfully construct a story and manipulate words. In this case, it is democracy that competes against a worn-out and decadent idea of democracy, Spanish democracy, which is in any case in no way different from Catalan democracy.

 

The so-called “Procés” is in fact exactly the opposite of what it says it is. It is pure simulacrum. Where it promotes advances, it consolidates stagnation. Where it invokes democracy, it promotes its erosion. Where it dresses itself up as social democracy, it implements austerity and privatisation. The “Procés” is an enormous empty promise whose fulfilment is infinitely postponed.

 

The astonishing survival of the Catalan political class, and in particular of Convergència – the Catalan party par excellence of the 1978 regime – is the result of its prodigious capacity for reinvention; a reinvention that has been, however, almost always purely rhetorical. This is impressive, without doubt, but in the manner of a conjuring show. For the great part, it has consisted in the substitution of concepts with some legal and historical reality – referendum, for example – by others that resemble them but do not legally exist as such: for example, consultation. We have witnessed the metamorphosis of Artur Mas from a boring politician into an electric leader. Now President Puigdemont follows him.

 

Do the Catalan people want independence or do they want to demonstrate for it? Do they want what they desire? Maybe, for up to now, Catalan society has wanted to want to demonstrate for independence (47.8% voted for it). But it resists the temptation to predict the future.

 

 

After the Napoleonic invasion, the emperor dissociated Catalunya from the Spanish state governed by his brother Joseph (1808). As in the 17th century (the Catalan revolt of 1640), Catalunya was independent for a brief period, before being annexed to France. This fact of first independence and later annexation is the only one that suggests that perhaps some day Catalunya will be independent. Perhaps in a not too distant future when the state is not a determining instance, which is where things are heading, as we see in this crisis in which states like Greece, Spain, Portugal and Italy have been able to verify that they have very limited sovereignty and room for manoeuvre.

 

 

 

 

 

 

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Politique de la psychanalyse, psychanalystes en politique et passage de discours

 

 Domenico Cosenza

 

 

Dans sa Conférence de Madrid du 13 mai 2017 (1), Jacques-Alain Miller parle d’un risque en acte, toujours imminent, concernant le psychanalyste : l’asservissement inconscient à un S1 provenant du champ de la politique. Un S1 auquel il s’identifierait en tant qu’individu, un S1 qui, en place d’agent, rendrait ainsi de fait l’opérativité de l’analyste subordonnée et fonctionnelle au discours de maître. C’est un risque dont J.-A. Miller a donné plusieurs exemples au cours de ces derniers mois, depuis qu’il a entamé la nouvelle phase de son enseignement – celle dite du passage à JAM 2. Il a en particulier mis l’accent sur le risque d’un lien identificatoire des analystes à un parti ou mouvement politique qui pourrait lier, à son insu, le savoir de l’analyste aux exigences du discours du maître. Cette subordination au discours du maître peut prendre diverses formes.

Une version en serait une subordination auxiliaire, au sens où les philosophes médiévaux pensaient la philosophie comme ancilla theologiae. Dans cette perspective, la psychanalyse peut fonctionner comme une discipline justifiant les idées avancées par un parti ou mouvement politique, susceptible de transformer l’analyste, souvent malgré lui, en une sorte d’agent idéologique. Le savoir analytique risque de devenir dans ce cas un savoir au service du maître du moment.

 

 

Une version en serait une subordination auxiliaire, au sens où les philosophes médiévaux pensaient la philosophie comme ancilla theologiae. Dans cette perspective, la psychanalyse peut fonctionner comme une discipline justifiant les idées avancées par un parti ou mouvement politique, susceptible de transformer l’analyste, souvent malgré lui, en une sorte d’agent idéologique. Le savoir analytique risque de devenir dans ce cas un savoir au service du maître du moment.

 

Une autre version peut se manifester sous la forme d’une stérilisation politique de la psychanalyse. Là, l’analyste apparaît comme clinicien pur, neutre, immunisé dans sa pratique contre les vicissitudes du monde dans lequel il vit. Il s’agit d’une version possible de la belle âme qui peut capter l’analyste. Cette position ne prend pas en compte le fait que c’est au symptôme qu’il a affaire tous les jours dans sa rencontre avec l’analysant – symptôme qui, comme le soulignait J.-A. Miller dans la Conversation dArcachon, a la structure même du lien social (2).

 

Dans la perspective introduite par J.-A. Miller, il y a quelque chose me semble-t-il de radicalement différent quand il nous propose, à partir de la Massenpsychologie de Freud, de « faire exister la psychanalyse dans le champ politique » (3). Ce vecteur ouvre le champ à une « clinique de la civilisation », encore à construire mais dont nous pouvons trouver les mathèmes dans Lacan. Pour ce faire, il me semble absolument précieux de se référer en particulier, comme l’a rappelé Rosa Elena Manzetti dans son texte d’ouverture au débat vers le Forum de Turin (4), au plus « politique » des Séminaires de Lacan : le Séminaire XVII, L’envers de la psychanalyse.

 

Nous pouvons y repérer deux dérives possibles grâce aux mathèmes des quatre discours. Ils nous permettent de situer logiquement une variété de phénomènes historiques et sociaux qui impliquent la psychanalyse et mettent à l’épreuve son statut de discours.

La première dérive est précisément celle liée à l’identification à un S1 mis en position dominante, encore plus problématique quand un tel positionnement devient chronique, adialectique, inhibant la rotation d’un quart de tour des mathèmes et s’opposant dès lors au passage d’un discours à un autre. Dans ce registre, conformément à la Massenpsychologie freudienne, se manifestent à des degrés divers d’intensité toutes les formes de lien social dans lesquelles l’identification au maître induit une désubjectivation directement proportionnelle de l’individu, qui atteint sa forme extrême dans les totalitarismes et fondamentalismes centrés sur la référence à un leader charismatique.

Une autre dérive, très présente dans la société contemporaine, est donnée par la chronicité du discours sous sa forme universitaire, à travers l’installation tout aussi désubjectivante du signifiant impersonnel S2 en place d’agent. Dans ce registre, on peut reconnaître les effets dégradants du scientisme et de la technocratie, mais aussi de la bureaucratie et de la standardisation élevés au rang de paradigme totalisant, qui ravalent le sujet au rang de déchet. Nous ne mesurons que trop bien, au travers des batailles que nous avons conduites et que nous poursuivons, les effets ravageants des politiques gouvernementales visant à réglementer l’exercice des professions thérapeutiques et la santé mentale.

La psychanalyse en tant que praxis politique contre les effets néfastes de la chronicisation idéologique du discours, rendant possible la remise en cause du sujet à partir du transfert, à partir d’un changement de discours. La démocratie, condition d’existence de la psychanalyse, est structurellement liée à cette dynamique de changement discursif, qui permet la rectification de la position du sujet en le décollant des identifications aliénantes dont il est captif. Quand le pouvoir établi exclut ou persécute la possibilité de cette dynamique, la psychanalyse voit le terrain de son exercice miné. C’est pourquoi, d’une part, la psychanalyse a besoin de la démocratie comme condition d’existence et, d’autre part, le désir de démocratie est noué au désir de l’analyste.

1 : Miller J.-A., « Conférence de Madrid », Lacan Quotidien, n° 700, 20 mai 2017.

2 : Cf. La Conversation d’Arcachon. Cas rares : les inclassables de la clinique, Paris, Agalma, coll. Le Paon, 1997, p. 193.

3 : Miller J.-A., « Conférence de Madrid », op. cit.

4 : Manzetti R. E., « Vers le forum “Désirs décidés pour la démocratie en Europe” », Lacan Quotidien, n° 743, 6 octobre 2017.

 

 

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Politics of Psychoanalysis, Psychoanalysts in Politics and Change of Discourse

 

Domenico Consenza

 

 

 

During the Conference in Madrid on May 13th, JAM intervenes in relation to a risk in the act, always imminent, which may concern the psychoanalyst: the unconscious submission to a S1 coming from the field of politics (with which he, as an individual,  is identified). S1 is installed in this way, also for him, in the place of the agent, making in fact the operability of the analyst in this field to be subordinated and functional to the discourse of the master.

 

It is a risk that Miller, in recent months, that is, since he has started the new phase of his teaching – the step from JAM1 to JAM2 – has indicated in several examples. Among them, in particular, he highlighted the risk of an analyst’s identification link with a political party or movement, which could make the analyst’s knowledge, without even realizing it, to operate subjected to the demands of the Master Discourse. This sub-alternity can take various forms. One version would be an auxiliary sub-alternity, in the sense that medieval philosophers thought of philosophy as “ancilla theologiae”. In this version, psychoanalysis can function as a discipline that justifies the discourse promoted by a political party or movement, running the risk of converting the analyst, often in spite of itself, into a kind of ideological agent, and his knowledge into a knowledge at the service of the master on duty.

 

Another version could be, for example, the one that may be at stake in the form of a political sterilization of psychoanalysis. In this perspective, the analyst presents itself as pure clinical, neutral, immunized in its practice of the vicissitudes of the world in which it lives. This is a possible version of the beautiful soul, which can capture it, insofar as it does not take into account that which he faces daily when encountering his analysands, namely, the symptom, as Miller recalls in the Arcachon Conversation, which has the same structure as the social link.

 

It seems to me that the perspective “to make psychoanalysis exist”, that Miller introduces us to at the Madrid conference,  is something radically different from Freud’s Mass Psychology. In my opinion this vector opens up the field to a “Clinic of Civilization”; a field that is entirely to be built, but some of whose mathematics we can situate in Lacan’s teachings. In particular, it seems absolutely precious to me to refer to, as Rosa Elena Manzetti recalled in her opening text to the debate towards the Forum of Torino, to the most political among the Seminars of Lacan: Seminar XVII, The Other Side of Psychoanalysis. In particular, there are two possible drifts that we can locate thanks to the mathematics of the four discourses, which allow us to logically place a variety of social-historical phenomena that concern psychoanalysis, testing its property as discourse.

 

The first drift is precisely that link to the identification with a S1 located in a dominant position, and even more problematic since such positioning is chronicled, becoming a-dialectic, opposing the movement of the discursive circulation, that is, the change of discourse. In this spectrum is manifested in various degrees of intensity, in line with the Freudian Mass Psychology, all forms of social bond in which identification with the master leads the individual to a degree of de-subjectivation directly proportional to the position itself, which finds its extreme in the various forms of totalitarianism and fundamentalism centered on the reference to a charismatic boss or leader.

 

Another drift, very present in contemporary society, occurs when the University discourse becomes chronic, through the installation of the impersonal signifier S2 in the place of the agent –dynamic equally de-subjectifying. In this spectrum we can recognize the degrading effects of scientism and technocracy, but also of bureaucracy and standardization, elevated to a totalizing paradigm that degrades the subject to the place of ‘waste’. With regard to the latter, we know well, from the battles fought and others in progress, the effects on government policies aimed at regulating the exercise of the therapeutic professions in the field of Mental Health. Psychoanalysis as a political practice works on the nefarious effects of the ideologies of discourse, becoming chronic, enabling the subject to question the transference and a change of discourse.

 

Democracy as a condition for the existence of psychoanalysis is structurally linked to this dynamic of discursive change, which allows the rectification of the subject’s positions, detaching it from the alienating identifications in which it is captured. When this margin of movement is foreclosed or pursued by the constituted power, psychoanalysis finds a mined ground where it cannot be exercised. For this reason, democracy is necessary as its condition of existence, and the desire for democracy is knotted with the desire of the analyst.

 

 

Translation: Isolda Alvarez, LC Miami

Reviewed by: Liliana Kruzsel, LC Miami

 

 

 

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Nouvelles incarnations du désir de démocratie en Europe

 

Éric Laurent

 

 

 

La démocratie parlementaire en Europe marche à plein régime. Partout des élections, des promesses d’élection, des référendums, des promesses de référendum. D’emblée, il faut signaler la différence de signification entre élections et référendums, bien que les deux fassent partie de l’arsenal de l’état de droit. Dans un cas on met l’accent sur la représentation parlementaire, dans l’autre on met en exergue l’appel à la voix d’un peuple. L’état de droit arrive t-il à traiter les passions qui brûlent ?

 

L’Europe et ses démocraties représentatives

 

Dernières péripéties. Fin septembre, lors des élections allemandes, l’AfD, le parti identitaire, populiste d’extrême droite, a fait 13% des voix. La cheffe d’Etat la plus puissante d’Europe, Mme Merkel, qui partait favorite bien qu’au bout du rouleau de 3 mandats, s’est retrouvée paralysée. On est parti pour plusieurs mois de négociations. L’Allemagne ne sera pas gouvernée avant janvier 2018, et on ne sait pas trop ce que la coalition « Jamaïque » va pouvoir trouver en commun. Il ne suffit pas de voter, il faut mettre en application les résultats des votes. De l’autre côté de la Mer du Nord, du côté du post- référendum Brexit, les choses ne s’améliorent pas, « Le ton vire à l’aigre entre Londres et Bruxelles. Il y a quelques semaines, Européens et Britanniques espéraient encore pouvoir entériner le passage à une deuxième phase des négociations du Brexit portant sur la “relation future”, notamment commerciale, lors du Conseil des dirigeants européens du jeudi 19 et du vendredi 20 octobre. Il n’en sera rien. Les Vingt-Sept devraient suivre la recommandation de Michel Barnier, leur négociateur en chef, et constater l’absence de “progrès suffisants dans les discussions sur le divorce avec le Royaume-Uni. Et pas question de donner un feu vert à une période de transition de deux ans, réclamée par la première ministre britannique, Theresa May, lors de son discours de Florence (Italie), le 22 septembre[1]. » Pendant ce temps les britanniques comptabilisent ce qu’ils appellent depuis cinq ans les « hate crimes », agressions motivées par des motifs raciaux, la religion, l’orientation sexuelle, le handicap. La catégorie est nouvelle et comptabilise surtout, pour 80%, des agressions aux connotations raciales. Elles augmentent régulièrement après les attentats, mais il faut noter qu’elles ont atteint un pic après le référendum du Brexit[2].

 

Revenons à un pays qui dépend en grande partie,  pour sa prospérité, de la machine productive allemande. « Les autrichiens ont voté, dimanche, 15 octobre, pour renouveler leur Parlement lors d’élections anticipées provoquées par le conservateur (ÖVP) Sebastian Kurz après qu’il a pris la tête de son parti en mai. Arrivé premier à la suite d’une campagne dominée par les thèmes de l’immigration et de l’intégration des réfugiés musulmans, ce jeune homme de 31 ans à l’ascension fulgurante doit désormais lancer des négociations avec les sociaux-démocrates (SPÖ), deuxièmes, et l’extrême droite eurosceptique (FPÖ), troisième. En 2000, l’Autriche avait été le premier pays membre de l’Union européenne à faire entrer un parti d’extrême droite au gouvernement, ce qui lui avait valu des sanctions européennes[3]. » Les élections sont clairement marquées par le rejet des immigrants, alors que la situation économique de l’Autriche est au mieux. « Les prévisions de croissance du pays : celle-ci pourrait atteindre 2,8 % en 2017 et en 2018. Il faut remonter au milieu des années 2000 pour trouver une performance comparable, supérieure de 0,8 point à celle de la zone euro…Les Autrichiens conservent aussi un niveau de vie parmi les plus élevés de la planète : en 2016, le produit intérieur brut (PIB) par habitant s’est établi à 40 420 euros, dans ce pays largement alpin, aux infrastructures exemplaires, et plus prospère que l’Allemagne voisine, le géant économique dont il tire l’essentiel de son activité. Une grande partie de l’économie autrichienne dépend des carnets de commandes des grands groupes allemands[4]. » La prospérité, on le voit, n’empêche pas le rejet. Certes l’Autriche a son Président Vert, mais ce n’est pas lui qui sera aux manettes.

 

Dans le même style, et dans la même zone, ont eu lieu ce week-end des élections en Tchéquie, petit pays riche, et égalitaire, spécialement depuis qu’il s’est débarrassé de la pauvre  Slovaquie (partition en 1993). Vaclav Havel en était malade. « Avec des indicateurs économiques insolents de santé – chômage le plus bas d’Europe à 3,3 %, finances publiques saines, inégalités faibles –, les élections législatives tchèques des vendredi 20 et samedi 21 octobre ne devaient être qu’une formalité pour le Parti social-démocrate (CSSD), au pouvoir depuis 2014. Mais la vague contestataire antisystème qui traverse l’Europe n’épargne pas Prague : le CSSD n’ose guère espérer mieux que 15 % des suffrages, laminé dans les sondages par le phénomène Andrej Babis, dirigeant populiste flamboyant. Deuxième fortune tchèque et premier employeur du pays, à la tête du mastodonte Agrofert, une société financière de plus de 200 entreprises opérant dans l’agroalimentaire et la pétrochimie, M. Babis a commencé son ascension politique en 2011 en créant un parti au nom évocateur, l’Action des citoyens mécontents (ANO)[5]. » Le fait qu’il soit accusé par l’Europe de détournements de fonds massifs n’a fait qu’accroître sa popularité et son avance. Décidément les pays ex-communistes fabriquent d’étranges oligarques. On le surnomme le Trump tchèque, on ferait mieux de dire : le Ryboloviev Tchèque[6].

 

Quittons l’Allemagne et son backyard pour en venir à l’Europe du sud. Ce dimanche, a lieu sans beaucoup de passions de surface un référendum, légal et consultatif, en Vénétie et Lombardie à l’initiative de la Ligue du Nord. Les électeurs doivent dire s’ils sont favorables à «des formes supplémentaires et conditions particulières d’autonomie». On prévoit 50% de votants en Vénétie. La date du 22 octobre est symbolique. Elle renvoie au 22 octobre 1886, date où la Lombardie et la Vénétie ont rejoint le royaume d’Italie. Le nouveau Maire de Milan, Giuseppe Sala votera Oui. Plus classique, la grande figure de Massimo d’Alema a fait le voyage de Mestre pour dénoncer un référendum inutile. Le fondateur du parti indépendantiste Vénitien, l’avocat Alessio Morosin, veut faire entendre une note plus inquiétante et le sérieux de l’affaire : « Le problème de ce scrutin, c’est la peur. Les abstentionnistes ont peur d’entendre le peuple[7]. »

 

Autriche, Tchéquie, désir de démocratie faible et désir de populisme fort. Allemagne, Brexit, Italie, difficultés de la démocratie, le désir a du mal à se faufiler. Dans tous ces cas, la mise en lumière de la peur des migrants. Ce ne sont pas les mêmes d’ailleurs. En Allemagne, le million de Syriens accueilli par Mme Merkel, en Angleterre les Polonais accueillis par le marché. En Italie, l’inquiétude de Lampedusa gagne, mais le Vatican veille ! En Tchéquie, où il n’y a aucun migrant, et en ex-RDA où il y en a peu, c’est la pure peur du migrant inexistant.

 

Salut à la Catalogne !

 

Et puis, il y a la Catalogne. Salut à la Catalogne ! C’est une tragédie qui désole le cœur de l’Europe et déprime sa bureaucratie. Certains de ses membres pouvaient se réjouir in-petto du Brexit, exaspérés par le caractère d’empêcheurs de gérer en rond des britanniques avec leur « I want my money back ». Les appels du pied des indépendantistes catalans les ont par contre laissés de glace et même pétrifiés. On a laissé le Président français dire tout haut ce qui se pensait tout bas. Personne ne veut toucher au droit international et aux frontières des Etats en Europe, droit si fragile, si humilié, depuis le coup de force de Poutine en Crimée. Personne ne veut non plus dans le concert bureaucratique d’un état de la taille de la Grèce avec des problèmes de dette financière aussi impossibles à résoudre que le calcul de la facture que devront acquitter les britanniques. Le dernier appel de Carles Puigdemont ce samedi 21 octobre, dans le passage en anglais de son allocution convoquant le parlement Catalan restera de même ignorée. Le nationalisme Espagnol et sa droite immobile ne sont pas plus en cour Européenne. Au nom de l’Espagne–Une qui peut convoquer les démons du Franquisme, il a bloqué depuis 2010 le compromis élaboré par le PSOE qu’avait voté le parlement Catalan appuyé sur un mixte autonomiste-socialiste. Par ailleurs, la droite a su s’allier au nouveau PSOE et à la nouvelle force de Ciudadanos pour faire face au nom de l’unité de l’Etat espagnol, à l’obstination indépendantiste.  Les indépendantistes ont profité des difficultés de l’après crise économique de 2008, pour accuser l’Etat de tous les maux. De fil en aiguille et d’élections en manifestations, on en est venu au référendum illégal du premier octobre. L’usage de la force disproportionnée et les violences policières contre une population largement issue des classes moyennes, allant voter, a justement indigné l’Europe, et autorisé les indépendantistes a pousser plus loin. Mais alors s’est révélé le conte de fées qui permettait de soutenir l’ardeur des militants, malgré la claire impréparation du coup suivant. En une semaine, 800 sièges sociaux d’entreprises, dit-on, bien que les chiffres ne soient pas publiés pour ne pas provoquer de paniques, et les trois grandes banques, se sont mises à l’abri de l’incertitude financière et monétaire. Les organisations patronales catalanes ont fait discrètement pression. Il y a, bien entendu, coupure entre les industries exportatrices et les petites entreprises dépendant du marché local, (260.000 petites et moyennes entreprises en catalogne),  mais quand même ! Les signaux d’alerte ont été envoyés. Les « retraits d’espèces citoyens » ne font que précipiter le problème. Aucun catalan raisonnable ne voudra partager le sort qu’a subi l’Argentine du corralito de 2001. Ne parlons ni des velléités de référendum du Val Daran qui, territoire catalan, prend ses avions et sa religion à Toulouse, ni des difficultés de l’Agro-alimentaire catalan avec la tomate andalouse. Comme pour le Brexit, les zones industrielles d’Europe découvrent que les concombres et les tomates viennent toutes du même endroit : l’Andalousie, avec ses défauts, ses subventions, ses travailleurs immigrés peu documentés, le quartier gitan de Grenade depuis la Reconquista etc. Les Vegans sont tous derrière l’Andalousie ! La question bio et la question financière calmeront t-elles les esprits comme en France la sortie de l’Euro a effrayé des électeurs d’extrême droite, si réfractaires aux autres arguments, en particulier les arguments écologiques  ? Le capitalisme globalisé, dont on se plaint avec raison, adoucit aussi les mœurs, du moins celles de ceux qui ont quelque chose à perdre, les retraitées catalanes en font partie. Nous reprendrons cette question de la perte un peu plus loin.

 

Ajoutons une question d’importance. Qui soutiendra la paix civile ? Y a t-il ou non division des Mossos d’Esquadra, les policiers.policières catalane autonomes, héros.héroïnes des attentats de l’été dernier? Personne n’a oublié la détermination de cette policière ayant abattu sans faiblir ceux qui la menaçaient, elle et ses administrés, à Cambrils. Une partie de cette police autonome a clairement fait sécession d’avec l’Espagne lors des manifestations du 20 septembre et du référendum du premier octobre. Mais l’unité de cette institution, ancienne dans son nom qui remonte au dix-huitième siècle, mais jeune, (née en 1990),  dans sa nouvelle incarnation,  n’est pas acquise. La pierre de touche sera l’évolution des prochains jours[8].

 

J’écris dans une période incertaine. Le gouvernement Rajoy, le samedi 21 octobre,  a décidé d’appliquer l’article 155 de la Constitution Espagnole et, au nom de l’état de droit constitutionnel, veut reprendre les commandes de l’Autonomie Catalane. Puigdemont compte sur les démonstrations de la rue, avec pancartes en anglais, Freedom for Catalonia,  et les fautes que commettront la Guardia Civil pour émouvoir l’Europe et mettre sous tutelle Rajoy. La maladresse et l’isolation  de ce dernier dans les sommets Européens ne présagent rien de bon. Du côté de la rue, comme dirait chez nous Mélenchon, ce sont les plus décidés qui l’occupent, les vertus militantes y ont toute leur place, mais elles  ne décident pas de tout.  Le fragile Droit International, la puissance de l’argument financier, la loyauté des forces de répression, et de la police de proximité,  à un signifiant maître, voilà qui pèsera aussi lourd dans les prochains jours. Miquel Bassols oppose avec pertinence le symptôme Catalan et le  principe identitaire, mais il y a clairement à l’œuvre un principe non–identitaire. Les Catalans, même s’ils ne sont pas indépendantistes, ont un mal fou à se reconnaître dans l’Espagne. Ils n’ont aucun symptôme Espagnol. Même ceux qui ont un grand père andalou venu chercher du travail dans la métropole du nord sont à la peine. A Madrid, c’est différent. Des démocrates se reconnaissent dans une certaine narration nationale. Leur voix ne se transmet pas facilement. Un symptôme en est que la voix la plus forte, lors des manifestations anti-indépendantistes à Barcelone, était celle du péruvien, libéral, et marquis de son état, Mario Vargas-Llosa.

 

Ana Colau, la maire de Barcelone a su trouver une position originale. Elle a fait savoir qu’elle n’était pas pour la déclaration d’indépendance, et n’a pas participé aux manifestations qui portaient cette affirmation. Mais samedi 21, elle dénonce « le jour le plus terrible de ces quarante dernières années » et demande au PSOE catalan « de ne pas soutenir la décision de Madrid de suspendre l’autonomie catalane[9]. » Mme Colau ne s’identifie pas aux camps massifiés, elle est hérétique et soutient un désir de démocratie décidé. Elle parle aux oreilles des analysants, qui sont tous déchirés, bouleversés, faisant entendre avec quelle justesse Lacan a pu énoncer que « l’Inconscient c’est la politique », avec les conséquences qu’a su dégager Jacques-Alain Miller[10]. Quoi qu’il en soit, le Forum du 18 novembre se tiendra au milieu d’un moment fécond du désir de démocratie en Europe.

 

Le désir de démocratie et le populisme

 

La démocratie c’est la capacité de supporter toutes ces contradictions sans en être accablé, ni déprimé. C’est vouloir le débat, et la mise en mots du rapport de force. Ce n’est pas la seule force, mais c’est en tenir compte, en voulant la dépasser. C’est pourquoi nous osons parler de désir de démocratie alors qu’on nous rabat sans cesse les oreilles avec le désir de populisme. L’intitulé de notre Forum ne va pas de soi. Comment parler de Désir décidé de démocratie, alors que le mot de démocratie vient nommer une perte et un impossible. Pour la seule France, que ce soit Marcel Gauchet, Raphael Glucksmann,  Jean-Claude Milner, Jacques Rancière, Paul Ricoeur, eux qui n’ont rien en commun, surtout pas une idée politique, conviennent d’un point. La Démocratie c’est le deuil du Un. Le populisme c’est l’enthousiasme de l’hégémonie, la restauration du un. 

 

Marcel Gauchet, dans son livre La Démocratie contre elle-même, énonce que « C’est en cela que consiste spécifiquement la politique : elle est le lieu d’une fracture de la réalité ». Pourtant, cette phrase est énoncée à l’époque de l’euphorie des démocraties, après l’effondrement du mur de Berlin. Treize ans après, Tony Blair parle dans une atmosphère plus sombre, faisant en 2014 une série de conférences sous le titre « Is Democracy Dead? ». Marcel Gauchet[11] avait lui, déjà mis en valeur que le triomphe des démocraties n’engendrait aucun enthousiasme et plutôt un certain affect dépressif, certes plus light qu’aujourd’hui. Il en voyait la cause dans le fait qu’en démocratie la vérité n’est plus jamais une, qu’elle se divise en opinions contraires.

 

Raphael Glucksmann, dont j’ai fréquenté le père quand il animait le cinéclub à HEC, avec Jean-Jacques Brochier, avant le développement de son œuvre, et puis après dans les « évènements de 68 », voit dans le moment Catalan que nous traversons le rappel de l’origine tragique de la démocratie politique, et de la nécessité de traverser la discorde sans limite. Il formule avec son talent de plume habituel le dilemme : « Ce dépassement du tragique dans le politique est raconté par l’Orestie d’Eschyle, notre récit originel et commun, celui de l’avènement d’Athènes lorsque les Erinyes, les déesses d’une discorde sans fin ni limite, se transforment en Euménides et prennent place au cœur de la cité, donnant naissance sur scène à la première démocratie de l’histoire… En Catalogne, deux légitimités s’opposent. Le droit d’un peuple à disposer de lui-même et le droit d’un Etat à faire appliquer le droit. Les indépendantistes, sûrs de la justesse de leur cause, jouent la carte du fait accompli illégal. Le gouvernement central, sûr de la justesse de sa cause, joue la carte de la répression légale. Les actions des deux renforcent la certitude de l’autre d’être dans son “bon droit”. Les ingrédients d’une tragédie sont là. Comment ne pas condamner les tabassages honteux de citoyens pacifiques, armé d’un simple bulletin de vote ? Comment ne pas voir qu’une indépendance autoproclamée ouvrirait une boîte de Pandore, celle des frontières à l’intérieur de l’UE, dont des siècles de massacres nationalistes avaient commandé la fermeture[12] ? » Il ne voit de solution que dans un appel à un désir de démocratie, ce qu’il appelle « la politique comme seul horizon ».

 

Pierre Ricœur, mentor d’Emmanuel Macron, nous dit-on, met en valeur la politique comme le lieu d’un deuil, d’un renoncement, à l’identité du sujet politique. L’identité inexistante doit céder la place à l’identité narrative, notion qui doit beaucoup au sujet selon Lacan. La non reconnaissance des dettes complexes de Ricœur  envers Lacan avait, en leur temps, provoqué l’ire de notre maître. Pour l’identité narrative, elle est produite après la mort de Lacan, mais les lacaniens y retrouveront des accents familiers. « Cette notion, qui apparaît pour la première fois chez Ricœur dans la conclusion de Temps et récit (Seuil, 1983-1985), repose sur l’idée que tout individu s’approprie, voire se constitue, dans une narration de soi sans cesse renouvelée. Il ne s’agit pas d’une histoire objective, mais de celle que, scripteur et lecteur de ma propre vie, “je” me raconte sur moi-même. L’identité personnelle se constitue ainsi au fil des narrations qu’elle produit et de celles qu’elle intègre continuellement. Ce faisant, loin de se figer dans un noyau dur, le “je” se transforme à travers ses récits propres mais aussi à travers ceux qui sont transmis par la tradition ou la littérature qui s’y greffent, ne cessant de restructurer l’ensemble de l’histoire personnelle[13]. » Le sujet « ponctuel et évanouissant », comme disait Lacan, et qui ne peut se définir d’une essence ou d’une homéostase fixe, ne peut que s’articuler à la chaîne signifiante, à ce qui peut être qualifié d’histoire narrative. Mais ce qui est, chez Lacan, avant tout existence logique[14], reste chez Ricœur, lecteur comme Habermas du premier Lacan, une existence historique : « Sans le secours de la narration, le problème de l’identité personnelle est en effet voué à une antinomie sans solution : ou bien l’on pose un sujet identique à lui-même dans la diversité de ses états, ou bien l’on tient, à la suite de Hume et de Nietzsche, que ce sujet identique n’est qu’une illusion substantialiste, dont l’élimination ne laisse apparaître qu’un pur divers de cognitions, d’émotions, de volitions. Le dilemme disparaît si, à l’identité comprise au sens d’un même (idem), on substitue l’identité comprise au sens d’un soi-même (ipse) ; la différence entre idem et ipse n’est autre que la différence entre une identité substantielle ou formelle et l’identité narrative[15]. » C’est ce qui permet à François Dosse de souligner que Emmanuel Macron tente de donner à la France un récit narratif en mouvement, qui permette une vision future, en ébranlant quelques piliers du récit narratif conservateur : « Emmanuel Macron donne une définition de la France qui renvoie à une incessante construction narrative et non, comme certains l’ont dit, à la simple reprise du roman national lavissien glorificateur des héros d’une geste épique[16]. » Il faut donc vouloir supporter le deuil de l’identité et désirer ce remaniement sans cesse opéré par l’Autre qui parle en nous, laissant une marge pour l’invention de l’ipse.

 

Nous laissons de côté la question de l’articulation du sujet et de la jouissance, dans le fantasme et ses passions car nous en avons traité ailleurs. « Qu’est ce qui fait que de Erdogan a Putin, jusqu’à Xi Jin Ping, et à travers la crise des démocraties européennes, nous voyons surgir une série de leaders très différents, mais qui ont en commun le trait de diriger seuls ou de vouloir le faire en se différenciant du système. Ce mot de système est un écran pour désigner la démocratie représentative dans son multiple. Cette série de leaders peut être considérée non à partir d’une classe supposée unifiée sous l’étiquette populisme, mais en considérant dans sa diversité le type de fantasme qu’ils proposent de partager, quelle est la jouissance en jeu, quel est l’événement de corps proposé par chacun. On pourrait ainsi considérer la série des leaders appelés populistes sans les mettre dans un sac en commun, malgré le fait qu’ils surgissent partout, sur toute la surface de la planète, dans des régimes politiques très différents ; Ils s’autorisent volontiers de la tradition et du Nom-du-Père, mais pour s’en passer[17]. »

 

Jacques Rancière souligne lui aussi le deuil du Un au cœur du désir de démocratie. « Le scandale démocratique consiste simplement à révéler ceci : il n’y aura jamais, sous le nom de politique, un principe un de la communauté, légitimant l’action des gouvernants à partir des lois inhérentes au rassemblement des communautés humaines. Rousseau a raison de dénoncer le cercle vicieux de Hobbes qui prétend prouver l’insociabilité naturelle des hommes en arguant des intrigues de cour et de la médisance des salons. Mais en décrivant la nature d’après la société, Hobbes montrait aussi qu’il est vain de chercher l’origine de la communauté politique dans quelque vertu innée de sociabilité[18]. » C’est ce que le populisme recherche, la vertu innée d’identité qui abolirait l’irrémédiable discorde et ferait du Un hégémonique la nouvelle loi du cœur du peuple.

 

Le désir de démocratie et les migrants comme symptôme

 

Les élections en Tchéquie et en Autriche ont, une fois de plus, mis en valeur la coupure qui s’installe entre l’est et l’ouest de l’Europe. On se rappelle comment l’administration Bush en a joué en parlant de nouvelle Europe pour désigner cet Orient nouvellement admis dans l’élargissement à vingt-sept de l’UE. Les vingt-sept se sont d’abord récriés, mais depuis le refoulement des vagues de migrants  passants par les routes des Balkans lors de l’été 2015, et la fermeture des frontières de la Hongrie, de la Pologne, de la Tchéquie, de la Slovaquie, provoquant la déclaration d’accueil de Mme Merkel, ils se sont rendus à l’évidence. Un nouveau rideau de plomb est tombé, séparant les deux Europes. En occident un filtre de sécurité puissant a été mis en place, permettant dans une collaboration inter-étatique, d’abord mise en échec par les attentats multiples commandités par Daech, puis peu à peu plus efficace pour arrêter l’hécatombe, bien que toute l’Europe ne cesse de déjouer de multiples attentats chaque mois. Le combat contre le Califat déchu ne s’arrête pas à la chute de Raqqua et comme le disait Althusser « L’Avenir dure longtemps ».

 

Deux ans ont passés, avec des soubresauts imprévus. L’Allemagne dénazifiée, contrairement à l’Autriche, a du s’accommoder cependant  de la montée électorale de AfD et le politologue Bulgare Ivan Krastev fait valoir de façon hétérodoxe le point de vue de l’Europe de l’Est, sur la question des réfugiés, que ce soit ceux  des guerres civiles des Balkans, des guerres civiles du Moyen–Orient, des arrivants d’Afrique subsaharienne. Il donne forme humaine aux chiffres terribles dont il s’agit. Pour la seule Syrie, 7 millions  d’habitants ont quitté le pays sur un total de 22 millions. Seuls un million et demi ont atteint l’Europe, les plus qualifiés. Pour Krastev, ignorant les différences de statut économique, les migrants sont « des damnés de la terre qui, en raison de la mondialisation, changent de pays à défaut de pouvoir changer de gouvernement. Une décision rationnelle. Comme l’avait prédit Raymond Aron, « l’inégalité entre les peuples prend le sens qu’avait jadis l’inégalité entre les classes[19] ». Il donne une version de l’opposition entre la bonne réception des réfugiés en Allemagne en 2015 et le rejet du « groupe de Višegrad ». « La promptitude avec laquelle l’Allemagne a embrassé les valeurs cosmopolites fut aussi un moyen pour elle d’échapper à l’héritage xénophobe du nazisme, alors que l’anticosmopolitisme en vigueur en Europe centrale est en partie enraciné dans une aversion pour l’internationalisme jadis imposé par le communisme[20]. » Par contre, il donne un statut parallèle à la crise des réfugiés et à l’absence de confiance des populations envers leurs élites, faisant un lien explicatif entre rejet de l’étranger et rejet de la division démocratique. « Si nombre d’Européens votent pour des partis populistes, c’est non seulement en raison de la crise des réfugiés, mais également parce que, depuis plusieurs années, ils ne font plus guère confiance à leurs élites… Désormais, l’union toujours plus étroite” entre Européens et “la démocratie approfondie sont devenues deux notions antinomiques, reconnaît Krastev[21]. » L’Europe se divise à l’Est et le récit Européen de l’unité retrouvée par delà le rideau de fer s’effondre. L’Europe de l’Est n’a pas la même histoire que celle de l’Ouest dans sa relation aux Balkans et à l’empire Ottoman. Après tout, le dernier siège de Vienne date de 1683 et attend un vrai beau roman ou film pour apprendre à l’Europe ce qui s’est passé.

 

Notre époque est celle des guerres entre états dysfonctionnels, ou faillis, d’autres guerres menées par des hyperpuissances blessées, ou d’autres guerres de religion, toutes guerres qui envoient sur les routes de l’exil des migrants par millions. La question des migrants passe au premier rang de la question des droits. Certains comme Giorgio Agamben en font la preuve de la fin de la démocratie parlementaire libérale remplacée par l’état d’exception permanent déclarant privé de droits celui qui n’est plus citoyen de nulle part. Se fondant sur le Droit Romain, il voit dans le migrant l’actualisation de la figure du banni, de l’homo sacer.[22] Au contraire, Jean-Claude Milner montre que cette question du migrant, de celui qui n’est plus citoyen, renouvelle la lecture des droits de l’homme et du citoyen. Suivons son raisonnement. Avant de poser la question du pouvoir, et avant de poser la question des droits du citoyen,  la Révolution pose les droits de l’homme comme tel. Face aux critiques qui ont dénoncé l’abstraction de cet homme ou, comme dans la tradition marxiste, son incarnation trop claire des droits idéaux du bourgeois, Milner maintient que ces droits sont parfaitement incarnés comme les droits de l’être parlant saisi dans sa pure qualité d’être parlant. « Les êtres parlants sont des corps parlants. Les êtres parlants sont plusieurs parce qu’ils ont des corps[23]. » Et que cette réduction annonce l’être parlant sexué du freudisme, mis en valeur par le dernier enseignement de Lacan sous le nom du parlêtre qui a un corps. « Quand on y réfléchit bien, l’homme de la Déclaration annonce l’homme/femme du freudisme : à la différence de l’homme des religions et des philosophies, il n’est ni créé ni déduit, il est né ; en cela consiste son réel[24]. »

 

L’objection marxiste sur l’abstraction des droits perd sa consistance devant les situations d’urgence et de maltraitance qui se développent : « Face aux campements de réfugiés, le langage marxiste est frivole. Les droits commenceraient donc avec les excréments et les sécrétions ? Pourquoi pas ? aurait demandé Freud […] Les droits de l’homme/femme résument ce qui fait qu’on ne traite pas un homme ou une femme comme un animal ; ils commencent donc au plus près de l’animalité. Quand bien même on a retiré aux individus leurs mérites et démérites, leurs actions innocentes ou coupables, leurs œuvres en un mot, ce qui reste a des droits. Guenille, ordure, tombeau, la plupart des religions, des philosophies et des héroïsmes méprisent cette part maudite[25]. »

 

Si l’on admet que les droits du parlêtre recouvrent la prise en compte de la part maudite ainsi énoncée on peut aller jusqu’à penser que les droits de l’homme nous font entendre que les droits des migrants engagent ceux du parlêtre. A l’issue du Séminaire XXIII, Lacan substitue l’exil des corps dans l’histoire à l’ex-sistence du sujet de l’inconscient : « Joyce se refuse à ce qu’il se passe quelque chose dans ce que l’histoire des historiens est censée prendre pour objet. Il a raison, l’histoire n’étant rien de plus qu’une fuite, dont ne se racontent que des exodes. Par son exil, il sanctionne le sérieux de son jugement. Ne participent à l’histoire que les déportés : puisque l’homme a un corps, c’est par le corps qu’on l’a. Envers de l’habeas corpus. Relisez l’histoire : c’est tout ce qui s’y lit de vrai. Ceux qui croient faire cause dans son remue-ménage sont eux aussi des déplacés sans doute d’un exil qu’ils ont délibéré, mais de s’en faire escabeau les aveugle[26]. »

 

Il s’en déduit non seulement une politique des droits, mais une politique du symptôme, qui implique de nouveaux désirs de démocratie. La méconnaissance du symptôme migrant passe par l’affirmation du communautarisme populiste, avec son repli narcissique. Face à l’identification narcissique au même, l’identification communautariste, la politique du symptôme vise le partenaire à déchiffrer. La croyance identitaire porte en germe sa folie, y compris sous la forme logique selon la quelle « je me hâte de m’identifier au même de peur qu’on ne me reconnaisse pas comme homme ». Les migrants ne sont ni réductibles à un « désir d’occident » qui les aliénerait sans remèdes, ni à la figure opaque d’une foule menaçante, réduite aux seuls chiffres. Ils sont cas par cas. Déchiffrer le symptôme migrant c’est pouvoir le traiter effectivement. Un peu de Realpolitik est nécessaire. Il faudra, face aux millions de migrants attendus construire des filtres et des zones humanitaires d’accueil dans les pays de départ. Il faudra donc améliorer les débuts de la nouvelle politique mise en place depuis cette année par les français et les italiens qui sont en première ligne. L’universel du droit de l’homme doit être toujours mesuré au cas par cas des multiples trafics d’immigrations possibles. Le Pape François a su trouver les mots pour se faire le porte voix d’une nouvelle figure du prochain. Il contribue puissamment à ce que l’Italie résiste admirablement aux difficultés de l’accueil des nouvelles vagues migratoires, en particulier celles issues d’Afrique subsaharienne. Les incidents de l’été à Rome ont laissé des traces, mais ils ont été surmontés. Nous en entendrons les suites à Turin en novembre et à Rome en février. 

 

 



[1] Ducourtieux C. et Bernard P., « Brexit, le casse-tête en prélude au sommet européen », Le Monde, 19 octobre 2017.

[2] Travis A., Hate Crime Surged in England and Wales After Terrorist Attacks, The Guradian, 17 octobre 2017.

[3] « En Autriche, l’extrême droite en embuscade », Le Monde, 17 octobre 2017.

[4] « L’Autriche aborde les élections législatives dans une forme insolente », Le Monde, 15 octobre 2017.

[5] Vitkine B., « Andrej Babis, milliardaire populiste à la conquête du pouvoir en République tchèque », Le Monde, 20 octobre 2017.

[6] Voir l’article du désormais célèbre tandem Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans Le Monde du 14 septembre 2017.

[7] Connan J., « Vénétie, Lombardie : en Italie du Nord, l’autre référendum », Le Figaro online, consulté le 20 octobre 2017.

[8] Sur toutes ces questions, il faut lire les excellents articles sur le blog de notre Forum, ainsi que sur celui de Zadig-España, de Rosa Elena Manzetti, Ana Aromi, Miquel Bassols, Enric Berenguer, Paola Bolgiani, Joaquim Carretti, Gustavo Dessal, Santiago Castellanos, Domenico Cosenza, Francesc Vila, et de ceux que je ne peux citer dans leur extension. Beaucoup seront présents lors du Forum de Turin. La discussion sera passionnante.

[9] Isabelle Piquer, « Démonstration de force des indépendantistes catalans dans les rues de Barcelone, » La Matinale du monde du 22 octobre.

[10] Miller, J.-A., Cours du 15 mai 2002, inédit.

[11] Gauchet, M., La Démocratie contre elle-même, Paris, Gallimard, 2002, p. 192.

[12] Glucksmann, R., « Catalogne : la politique comme seul horizon », L’Obs, 12 octobre 2017.

[13] Arrien, S.-A., « Ricoeur et l’identité narrative », Le Point, 21 juillet 2017.

[14] Miller, J.-A., l’Etre et l’Un, Cours de 2010-2011, inédit.

[15] Arrien, S.-A., « Ricoeur et l’identité narrative », Le Point, 21 juillet 2017.

[16] Flandrin, A., « Comment Emmanuel Macron a placé Paul Ricoeur au pouvoir », Le Monde, 19 octobre 2017.

[17] Laurent, É., Populismo y acontecimiento del cuerpo, Lacan Quotidien, 10 mai 2017.

[18] Rancière, J., La Haine de la démocratie, La fabrique éditions, 2005, p. 58.

[19] Lemaître, F., « L’Europe en route vers l’abîme » (Sur Le Destin de l’Europe, d’Ivan Krastev, éditions Premier Parallèle, 2017), Le Monde, 11 octobre 2017.

[20] Ibid.

[21] Ibid.

[22] Agamben, G., Homo sacer, Seuil, 2003.

[23] Milner, J.-C., Relire la Révolution, éditions Verdier, 2016, p. 254.

[24] Ibid., p. 263.

[25] Ibid., p. 261.

[26] Lacan, J., « Joyce le Symptôme », in Autres écrits, éditions du Seuil, 2001, p. 568.

 

 

 

 

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Tactique,
stratégie et politique

 

Marta Maside
Docampo


 

Depuis quelques années la psychanalyse d’orientation lacanienne
a commencé à répondre à diverses politiques du maître qui ont attaqué son libre
exercice. Avec l’opposition réussie de Jacques-Alain Miller à l’amendement
Accoyer en France (2003), le Champ freudien a commencé à lancer diverses
initiatives destinées à garantir la tutelle de leurs droits fondamentaux :
les observatoires, les Forums, FCPOL…mécanismes qui nous permettent d’être en
alerte et de répondre aux tentatives visant à réduire ou à éliminer la pratique
de la psychanalyse.

 

La psychanalyse reste subversive, parce que c’est une
pratique de la parole qui préserve l’être parlant et sa spécificité, cette
variable antipathique, désagréable et réfractaire au contrôle de la population,
que le discours du maître cherche à imposer. Ce discours qui règne désormais et
qui selon moi trouve une dénomination précise dans le titre du livre « L’autoritarisme
scientifique » de J. Peteiro. Scientisme, burocratisation, évaluation,
hygiénisme… Pousser à l’effacement de tout ce qui n’est pas quantifiable,
prévisible, de tout ce qui ne passe pas à travers le filtre divin de la
science.

 

Mais la psychanalyse ce n’est pas seulement une pratique,
c’est aussi un discours, un discours qui vise au savoir. Le savoir de chaque
sujet, un par un, sur ce qui le détermine de son inconscient. Une entière «arme
de construction de masse», comme l’a dit récemment Luis Piedrahita, un comique
espagnol, sur le sens du l’humorisme.

 

Il me semble que la movida Zadig réponde parfaitement à
ce mouvement en expansion. Je pense que le pari de J.A. Miller de mai 2017
(Madrid), après les Forums ouverts ALP, ait à voir précisément avec cela: ce
n’est plus seulement une question de tactique, ni de stratégie, il faut passer
à la politique. Il faut faire le saut, malgré nous, dans l’espace public. Ainsi
que, les analysants qui passent à la position d’analystes, décident en faisant
la passe.

 

La psychanalyse n’est pas l’unique pratique de la parole existante.
Si nous y pensons, la loi, celle qui gouverne notre vie en commun et beaucoup
de nos liens, qui donne son nom à l’Etat de Droit, ne découle pas de la
science. Elle vient de l’expérience humaine accumulée. Les lois s’écrivent,
s’approuvent se modifient ou s’éliminent pour réguler les diverses expériences
de coexistence, la distribution des biens. Elles sont le produit d’un commun
accord qui se révèle plus ou moins efficace au fil du temps. Interdisons la
loi ? Elle n’est pas scientifique!

 

Le titre de ce Forum est très beau : désirs décidés
pour la démocratie ! La démocratie, l’instrument le moins imparfait que
nous ayons créé, du moins jusqu’à ce jour, pour vivre de l’espace, pour la
diversité, au sein de la difficile coexistence des multiples jouissances. Pour
cela, il est nécessaire, nous le constatons chaque fois davantage, de la
protéger bec et ongles.

 

Mais les interprétations d’un même signifiant  comme peut l’être « démocratie »,
peuvent parfois différer. Il est évident qu’il ne signifie pas la même chose
pour les nouvelles générations et pour celles qui se constitueront sous l’égide
du Nom du Père. En Espagne, par exemple, certaines jouissances ne sont plus
partagées par les jeunes, à partir du nom propre du notre Pays. Toutefois je ne
crois pas que ce soit tant le modèle démocratique, que l’usage que nous en
faisons qui est en train de changer. Cette intéressante democrazia 2.0 que nous présente Berenguer quelles caractéristiques
a-t-elle ?

 

L’invasion de la technologie dans la communication
humaine a aussi ses conséquences dans la politique. Maintenant l’opinion
publique a un poids et une capacité d’agir, de faire pression directe sur la
sphère politique, inhabituels jusqu’à il y a peu. La communication digitale a
eu pour effet de réduire la distance qui séparait les politiciens des citoyens.
D’une certaine manière elle a contribué à rapprocher la parole des uns et des
autres.

 

Cela comporte aussi une contrepartie : l’énorme
prégnance de l’imaginaire dans le discours actuel rend difficile la lecture.
Les politiques doivent apprendre à marches forcées à distinguer entre un
argument et un slogan (S1 tout seul) – à ne pas répondre toujours à toutes les
questions – car il en découle diverses conséquences. Pour cela, il me semble
que la carte que peut jouer la psychanalyse d’orientation lacanienne soit
cruciale : un désir décidé et une volonté de jouissance, ce n’est pas la même
chose.


BIBLIOGRAPHIE

« Fonction et champ de la
parole et du langage », Écrits, vol.
1, J. Lacan

« El autoritarismo
científico », J. Petero Ediciones Miguel Gómez

« Illuminaciones paganas
acerca de Simone Weil, la virgen roja », J. A. Raymondi. Revista El
Psicoanálisis nº 29.

« La democracia 2.0 y la
transformaciones del estado de derecho », E. Berenguer:

https://zadigespana.wordpress.com/2017/10/05/la-democracia-2-0-y-la-transformacion-del-derecho/

Pubblicati in italiano sul sito
SLP in due parti:

1) https://www.slp-cf.it/la-democrazia-2-0-la-trasformazione-del-diritto-1/

2) https://www.slp-cf.it/la-democrazia-2-0-la-trasformazione-del-diritto-2/

« Brevi annotazioni
iniziali. Verso il Forum Desideri decisi di democrazia in Europa, 18 novembre
2017 a Torino »:
https://zadigespana.wordpress.com/2017/10/07/breves-anotaciones-iniciales-hacia-el-forum-deseos-
decidere della democrazia in Europa-del-18-de-novembre-2017-en-turin /

Pubblicato in italiano sul sito
SLP:

https://www.slp-cf.it/desideri-decisi-democrazia-europa/

Intervista di JAM al Forum SCALP
di Strasburgo, 12 aprile 2017 (in francese):

https://www.youtube.com/watch?v=g8ljnd4kVJo&t=752s

« El deseo del
analista », G. George. Virtualia n.º 13. Anno IV, giugno / luglio 2005:

http://virtualia.eol.org.ar/013/default.asp?notas/george.html

« La subjetividad
hipermoderna », J. Assef. Blog della NEL Bogotá, 2013:

http://nelbogota.blogspot.com.es/2013/06/jorge-assef-la-subjetividad-de-la-epoca.html




_____________________________



Tactic, Strategy and Politics

 

Marta Maside Docampo

 


A few years ago, Lacanian psychoanalysis had to start responding to certain
policies of the master that attacked its free exercise. The successful
opposition by J.-A. Miller to the Accoyer amendment in France (2003),
encouraged the Freudian Field to build different initiatives to ensure its
protection: Observatories, Forums, FCPOL [Foundation for the Psychoanalytic
Clinic of Lacanian Orientation] … Mechanisms that allow psychanalysts to be
aware of, and defend against, attacks that try to reduce or eliminate their
practice.


Psychoanalysis remains
subversive because it is a practice of speech, it preserves the speaking being
and its specificity – that annoying variable that objects to control of
population and which the Master discourse seeks to impose; this discourse that
now rules and, for me, finds an accurate nomination in the title of the book by
J. Peteiro, Scientific
Authoritarianism
. Scientificism, bureaucratisation, assessment, hygiene…
Pushing to delete everything that is not quantifiable, not predictable, and
that does not pass through the divine filter of science.


But psychoanalysis is
more than just a practice. It is also a discourse, a discourse that targets
knowing. Knowing about unconscious signifiers that determine subjects, one by
one. A “weapon of mass construction”, as a Spanish comic, Luis Piedrahita, said
recently about the sense of humour.


I believe that Movida Zadig responds perfectly to this escalating
movement. I think that J.-A. Miller’s project, that was born May 2017 (Madrid),
after the Open Forums ALP, has to do with this, exactly: it is no longer a
matter of tactics or strategy: politics is required. A leap needs to be made,
like it or not, into the public sphere. It is similar to when a practitioner
decides to do the pass.


But psychoanalysis is not the only practice of speech. If we think about it,
the law, which rules our life together and most of our links, and gives its
name to the Rule of Law, does not come from science either. It comes from
accumulated human experience. All laws are written, approved, changed or
dissolved in order to regulate diverse experiences of coexistence; distribution
of jouissance. Law is a
product of common agreement, and it reveals itself to be more or less effective
as time goes by. Do we forbid the law because it is not scientific!


So, a beautiful title
for this Forum: Determined Desires of Democracy! Democracy, the least imperfect
tool we came up with, at least for the moment, in order to coexist in peace.
Presumably because it is a tool that ensures the space for diversity, within
the difficult coexistence of multiple jouissances.
That is why it is vitally necessary to protect it. We see it increasingly
clearly.


Interpretations of a single signifier, “democracy” for instance, can also be
different. It has become increasingly obvious that it doesn’t mean the same
thing to younger generations, as it does to those who grew up under the aegis
of the Name of the Father. In Spain for instance, certain jouissances are not shared by the younger
generations; starting with the name of our own country. However, I do not
believe that our democratic model is changing that much; I believe it is the
use we make of it that is changing. That interesting Democracy 2.0 introduced by Enric Berenguer, how is
it configured?


The invasion of technology into human communications has also had consequences
in politics. Public opinion now has the strength and capacity to act, to
directly pressure the political sphere thanks to the evolution of technology in
the world of communication. Digital communication has effectively reduced the
distance between politicians and citizens. Somehow, it has contributed to make
their words closer.


The counterpart to this is that the predominance of the imaginary in current
discourse makes reading harder. Our politicians must quickly learn how to
differentiate between an argument and a slogan (S1 all alone). That is, not to
respond to all demands – because different consequences follow from each one of
them. Thus the card that Lacanian psychoanalysis can play is crucial: a
determined desire is not the same thing as a will for jouissance.



Ed: Janet Haney
  


BIBLIOGRAPHY


Lacan, J., “The
Function and Field of Speech and Language in Psychoanalysis”, Écrits, Norton, New York/London, 2006.

Peteiro, J., “El
autoritarismo científico”, Ediciones Miguel Gómez.

Raymondi, J. A., “Iluminaciones paganas acerca de Simone Weil,
la virgen roja”, Revista
El Psicoanálisis nº 29.

Berenguer,E., “Democracy 2.0 and the Transformation of Law”,  https://zadigespana.wordpress.com/2017/10/05/la-democracia-2-0-y-la-transformacion-del-derecho/

Breves
anotaciones iniciales. Hacia el Forum “Deseos decididos de democracia en
Europa”, del 18 de noviembre 2017 en Turín”:

https://zadigespana.wordpress.com/2017/10/07/breves-anotaciones-iniciales-hacia-el-forum-deseos-decididos-de-democracia-en-europa-del-18-de-noviembre-2017-en-turin/

Intervention of Jacques-Alain Miller at the SCALP Forum of
Strasbourg, 12 April 2017:

https://www.youtube.com/watch?v=g8ljnd4kVJo&t=752s
George, G.,   “El deseo del analista”,
Virtualia, Nº 13. Año IV, junio/julio 2005:

http://virtualia.eol.org.ar/013/default.asp?notas/george.html
Assef, J., “La subjetividad hipermoderna”,. Blog de la NEL Bogotá, 2013:

http://nelbogota.blogspot.com.es/2013/06/jorge-assef-la-subjetividad-de-la-epoca.html









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