Activités des Sociétés et
Groupes de la NLS
Activities of the
Societies and Groups of the NLS


Le
Cercle de Cracovie

Cracovie
Cracovie

 

New

Lacanian School
Désinscription:

envoyez un message à : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous

contacter: nls-messager-help@amp-nls.org

Nouvelle

inscription: https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

|
Le site de la NLS
www.amp-nls.org

New

Lacanian School
Unsubscribe

by sending a message to:nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries:

nls-messager-help@amp-nls.org

New

registration: https://amp-nls.org/page/gb/42/sinscrire-nls-messager

|
The website of the NLS
www.amp-nls.org

 



 

 

– 14 –

Notre « p’tit fil »

Epaminondas Theodoridis

 

Grèce

 

 

« À la vérité, un p’tit fil, hein ! que vous trouveriez tout seuls, dans ce rapport de concernement avec cette chose vraiment unique, problématique, qui vous est donnée, je ne dirais pas sous le titre de fou, parce que ce n’est pas un titre… un fou, c’est quand même quelque chose… ça résiste, voyez-vous, et qui n’est pas encore près de s’évanouir simplement en raison de la diffusion du traitement pharmacodynamique. Si vous aviez un p’tit fil, quel qu’il soit, ça vaudrait mieux que n’importe quoi, d’autant plus que ça vous mènerait quand même nécessairement à ce dont il s’agit. »

Jacques Lacan

Petit discours aux psychiatres de Sainte-Anne

 

 

En 1967 Lacan invite les jeunes psychiatres de Sainte-Anne à trouver un « p’tit fil », quel qu’il soit, dans leur rapport de concernement avec le fou qui les mènerait nécessairement à ce dont il s’agit, c’est-à-dire au réel de la clinique de la folie. Il affirme par ces propos que quelle que soit notre approche épistémique, à partir du moment où nous sommes rigoureux dans notre travail et suivons notre fil, nous allons rencontrer nécessairement des difficultés et des impasses semblables, imposées par le réel de la clinique.

Alors, c’est un fait incontestable que dans notre pratique nous rencontrons des cas pour lesquels nous sommes en difficulté pour poser de façon sûre un diagnostic, ainsi qu’à les classer selon le binaire classique d’opposition névrose-psychose. Pour désigner ces inclassables de la clinique, le syntagme psychose ordinaire, qui est « davantage une catégorie épistémique qu’objective »[1], a été inventé par J.-A. Miller, à partir du dernier enseignement de Lacan. C’est le travail de recherche des Sections cliniques dans les années 90 sur les psychoses qui a démontré la nécessité de distinguer cette catégorie pragmatique. Du côté de l’IPA, les notions d’états-limites – devenus borderline personality disorder dans le DSM -, de la psychose blanche ou froide, sont autant de tentatives pour décrire ces mêmes phénomènes cliniques.

L’invention de la psychose ordinaire est corrélative à notre civilisation hypermoderne où l’Autre n’existe pas, où il n’y a pas d’Autre de l’Autre. Le Nom-du-père n’étant plus le garant d’aucun ordre, l’Autre est inconsistant, d’où la prolifération des diverses normes. La psychose ordinaire n’est donc pas issue de la clinique structuraliste, discontinue de la première période de l’enseignement de Lacan, mais elle est inscrite dans la perspective de son dernier enseignement marqué par la connexion de la jouissance et du signifiant, par la forclusion généralisée et du réel sans loi. De ce « questionnement le plus radical jamais formulé du fondement même de la psychanalyse »[2] une nouvelle clinique continuiste en découle, la clinique borroméenne, la clinique du sinthome, où « le psychotique franc comme le normal sont des variations […] de la situation humaine, de notre position de parlant dans l’être, de l’existence du parlêtre. »[3] Nous sommes donc tous égaux à l’égard du réel de l’inexistence du rapport sexuel qui puisse s’écrire, égaux devant le troumatisme de l’impact du langage sur le corps. Tout discours est alors une défense face au le réel du non rapport, un délire auquel on croit.

Mais cette continuité entre la névrose et la psychose ne contredit pas la pertinence de leur distinction et de leur opposition selon la clinique structuraliste et ne signifie pas qu’il y a un passage de l’une à l’autre, comme le laissent croire les élaborations au sein de l’IPA. C’est pourquoi J.-A. Miller précise que si le diagnostic de psychose ordinaire est posé « cela veut dire que c’est une psychose. Et si c’est une psychose, alors elle peut être rapportée aux catégories nosographiques classiques. »[4] La continuité entre névrose et psychose, en guise de courbe de Gauss, est concevable seulement dans la perspective de la forclusion généralisée, du « tout le monde délire », où ce qui importe ce sont les inventions du sujet, avec ou sans l’appui du prêt-à-porter du Nom-du-père, pour nouer et tenir ensemble de manière borroméenne ou pas le R, S et I. À partir de cette clinique borroméenne P. Skriabine a proposé une nouvelle clinique différentielle[5] qui peut nous être utile dans notre pratique.

C’est en cela que consiste notre « p’tit fil », notre orientation, dans l’abord des psychoses ordinaires qui sont des psychoses du « type roseau » : essayer de repérer les signes discrets de débranchement dans ces cas sans franc déclenchement parce que « le contraste entre avant et après n’y est pas aussi marqué »[6], de même repérer ce qui fait tenir ensemble les registres du R, S et I, pour éviter au sujet des moments de crise et ainsi l’aider à construire un nouage là où il est défait.

 
 

[1] MILLER J.-A., « Effet retour sur la psychose ordinaire » (2008), Quarto, Revue de psychanalyse, n°94/95, 2009, p. 42.

[2] MILLER J.-A., « Préface », Joyce avec Lacan, Paris, Navarin éditeur, 1987, p. 11.

[3] IRMA, La psychose ordinaire, La convention d’Antibes, AGALMA-LE SEUIL, 1999, p. 231.

[4] MILLER J.-A., « Effet retour sur la psychose ordinaire » (2008), op. cit., p. 45.

[5] SKRIABINE P., « La clinique différentielle du sinthome », Quarto, Revue de psychanalyse, n° 86, 2006, p. 58-64 et sur internet « Introduction à la clinique borroméenne, de RSI au sinthome », http://uforca-pidf.pagesperso-orange.fr/page11/index.html .

[6] IRMA, La psychose ordinaire, La convention d’Antibes, op. cit., p. 276.

 
 
*********************

 
 
Congrès de la NLS 2016
Dublin, les 2 et 3 juillet 2016
 
 

 

  https://twitter.com/NLSCongress2016   https://www.facebook.com/NLS-Congress-2016-933316580050024   www.nlscongress.org

 
Congrès : 180 euros 
 

Etudiants (-26 ans) : 90  euros 
 

 Soirée/Repas du samedi soir : 50 euros

 

 Horaire du congrès : Samedi de 9h à 18h – Dimanche de 9h à 15h

 

 

New Lacanian School
Désinscription: envoyez un message à : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter: nls-messager-help@amp-nls.org

Nouvelle inscription: https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

| Le site de la NLS www.amp-nls.org

New Lacanian School
Unsubscribe by sending a message to:nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries:
nls-messager-help@amp-nls.org

New registration: https://amp-nls.org/page/gb/42/sinscrire-nls-messager

| The website of the NLS www.amp-nls.org

 

 





 

Pièces
Détachées

Redonner
corps  

Au
moment où des
soi-disant
défenseurs de
la culture
vandalisent
Genève,
l’artiste
engagé engage
son corps, et
avec lui huit
danseurs.
Foofwa leur
offre avec ce
premier
contrat une
possibilité
d’improviser,
d’écrire maintenant4 la
danse, chacun
avec son
imperfection.
Avant la
première, une
danseuse
s’était
blessée5:
elle l’a dit,
sans fard, et
a pris sa
place quand
même dans ce
corps de
ballet qui
n’élimine pas,
mais qui
s’appuie sur
la différence
absolue.

 

“Le
reste du
parlêtre est
le corps qu’il
a”

Lecture
du Séminaire
XXIII.
Cinquième
cours d’Éric
Laurent
Marcelo Veras

 

Eric
Laurent
consacre toute
cette séance
de son cours à
étudier la
dernière leçon
du Séminaire
XXIII,
l’Ecriture de
l’Ego. Ses
commentaires
montrentcomment
Lacan dans ce
chapitredéfinit
le corps comme
le produit de
l’impact du
dire. Revenant
à la
Conférence de
Jacques-Alain
Miller pour le
Xème Congrès,
le corps dont
il s’agit,
l’être dont il
s’agit, ne
précède pas la
parole,aucontraire,
c’est la
parole qui
donne l’être à
l’animal,
comme effet
d’après-coup.
Il s’agit
cependant d’un
niveau dans
lequel il n’y
a pas de Je,
défini par
Lacan
commeprécédent
celui du stade
du miroir. 

 

Piezas
Sueltas

La
cualidad de lo
que ahí se
inscribió

María
José Freiría
(ELP/AMP)

 

Si
pensamos la
inscripción
como un
escrito
grabado en un
material
resistente, de
lo que ahí se
inscribió, el
parlêtre solo
tiene noticia
por su
resistencia,
su
materialidad
(siempre es lo
mismo) y su
iteración. Por
eso, un
análisis
orientado
hacia lo real,
toma aún su
tiempo, una
vez
descubiertos
los escenarios
del sentido en
el campo del
Otro. El
tiempo de
convencerse de
que lo que
itera es “lo
que es” para
cada cual.
Algo que no
puede
desactivarse,
transformarse,
ni atraparse
en un sentido,
a la vez lo
más vivo y lo
más
radicalmente
mudo.

 

New Lacanian
School

Désinscription:
envoyez un message à :
nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter: nls-messager-help@amp-nls.org

Nouvelle
inscription:
https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

| Le site de la NLS
www.amp-nls.org

New Lacanian
School

Unsubscribe
by sending a message to:
nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries:
nls-messager-help@amp-nls.org

New registration:
https://amp-nls.org/page/gb/42/sinscrire-nls-messager

| The website of
the NLS
www.amp-nls.org

 


 

​Corps parlants, corporisations de la Loi

Réginald Blanchet*

 

                  Le fait est universel, Claude Lévi-Strauss l’enseigne : « Toutes les cultures impriment leur marque au corps »[1]. Le corps des êtres parlants se définit donc d’être un corps parlé, c’est-à-dire marqué : marqué par l’Autre, qui fait ainsi relever de son appartenance le corps des membres de la collectivité. La marque imprimée au corps est en premier lieu marque distinctive. Elle identifie l’individu comme membre d’une communauté spécifique distincte de toutes les autres. Elle l’identifie aussi comme un, comme entité unique et dernière de la collectivité. De ces deux façons la marque apposée sur le corps relève du trait unaire et de sa fonction. La marque s’entend de plusieurs sortes. Elle peut être extérieure au corps (les façons de se vêtir), s’appliquer à même la surface du corps (maquillages, tatouages, etc.), modeler la morphologie même du corps et de ses organes (crânes déformés et remodelés à l’aide de procédés plus ou moins violents), et pénétrer dans la chair elle-même (incisions, mutilations, prothèses, etc.). Dans cette dernière modalité notamment il s’agit de corporisation de la marque : elle se fait chair. Saisie sous cet aspect la marque n’est pas seulement trait identificatoire du sujet en tant que sujet d’une collectivité donnée mais vecteur matériel de jouissance. Elle est elle-même, à l’instar des entailles produites sur le corps par la flagellation, « conductrice de jouissance », facteur d’excitation de la substance jouissante et, en cela, foncteur de jouissance. On tiendra donc que le rite comme procédure de corporisation des signifiants-maîtres de la collectivité vise à transmuer la substance jouissante corporelle de l’individu en substance jouissante de la Loi. Le sujet est appelé à s’en faire le responsable.

 

C’est ce que montre de façon exemplaire le rite d’initiation en usage chez les Indiens Mandans[2] des jeunes hommes parvenus à l’âge adulte au moment de leur intégration solennelle au sein de la communauté. Le cérémonial consiste à opérer un ensemble de marquages sur le corps des impétrants, notamment un ensemble de perforations, de déchirures, d’amputations et de balafres. Mais ce faisant, il s’agit de faire souffrir l’initié, et de le faire souffrir le plus atrocement possible jusqu’aux limites de l’insupportable. Par ce procédé la société impose sa marque indélébile sur le corps de celui qui en devient ainsi un membre à jamais. La marque faite sur le corps, incisée dans la chair, est irréversible. Mais demeure la question de savoir pourquoi un tel recours à la violence, pourquoi tant de cruauté ? Pourquoi cette volonté affirmée de faire souffrir, et de faire souffrir de la plus grande douleur concevable ? Car il s’agit bien là de sévices : déchirer la peau mais avec un couteau qui coupe mal, labourer le dos mais à l’aide d’une pierre mal aiguisée (la douleur en est à ce point insupportable qu’elle provoque l’évanouissement de l’initié), perforer le pénis avec l’os d’un jaguar, traîner l’impétrant par terre après l’avoir blessé aux jambes (c’est alors l’assistance elle-même qui exige que l’on mette fin au supplice tant il est insoutenable).

 

Pourquoi donc la torture et pourquoi sa ritualisation éclatante ? Pourquoi la violence portée à son paroxysme ? La réponse s’impose : il s’agit pour la société de s’emparer du corps de l’homme, d’en faire un corps où elle inscrit sa loi, sa loi de société de guerriers qui impose à chacun de toujours risquer la mort pour elle, où le guerrier ne s’appartient pas, où sa jouissance est assujettie à la loi du groupe, et au-delà à sa jouissance collective. Il s’agit donc de faire de la « substance de jouissance » individuelle qu’est le corps qui se jouit lui-même une substance qui jouit de la Loi dans toute sa rigueur et dans sa suprématie absolue. Il s’agit encore de faire jouir la Loi elle-même, d’assurer son triomphe sur la vie et les impératifs de sa conservation. Est ainsi gravé à jamais dans le corps du nouveau membre de la communauté l’énoncé qui devra gouverner sa jouissance : « Tu jouiras selon la loi du groupe. Ta jouissance d’individu n’y portera pas atteinte. Cela, tu ne pourras l’oublier puisque ton corps en porte la marque et la blessure, puisque ton corps n’en est désormais que la corporisation. » La cruauté du supplice, et son caractère extrême, s’éclaire donc : la cruauté exercée sur les corps et livrée en spectacle et à la jouissance de la collectivité est la cruauté nécessaire à la corporisation signifiante pour qu’elle fasse trace et reste vive à jamais.  La corporisation que le rituel accomplit vise à faire de la Loi un morceau de chair, un morceau de la chair d’être vivant de celui dans le corps duquel s’inscrit le texte de la Loi. Cette écriture à même le corps implique une essentielle mortification du vivant et entraîne sa transmutation en une sorte de lettre vive.

 

Mutatis mutandis il ne saurait y avoir de corps parlant à moins, de même qu’il ne saurait s’agir pour le corps du parlêtre de substance jouissante antéprédicative : c’est le signifiant qui reste la cause de sa jouissance. Telle sera aussi la norme qui ordonnera le lien social pour autant qu’il repose sur la collectivisation des jouissances. Celle-ci s’opère moyennant la corporisation par chacun des signifiants-maîtres qui fondent la communauté des corps parlants à laquelle il appartient.

 

* Membre de la Société Hellénique de la NLS, NLS, AMP

 

                 

 

 



[1] « Reconnaissance de la diversité culturelle : ce que nous apprend la civilisation japonaise », in L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Seuil, La Librairie du XXIème Siècle, Paris, avril 2011, p. 119.

[2] Clastres P., « De la torture dans les sociétés primitives », in La Société contre l’Etat, Éditions de Minuit, 1974, reprise en 2011, pp. 151-161.

 

 

New Lacanian School
Désinscription: envoyez un message à : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter: nls-messager-help@amp-nls.org

Nouvelle inscription: https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

| Le site de la NLS www.amp-nls.org

New Lacanian School
Unsubscribe by sending a message to:nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries:
nls-messager-help@amp-nls.org

New registration: https://amp-nls.org/page/gb/42/sinscrire-nls-messager

| The website of the NLS www.amp-nls.org

 

 

 

Activités secrétariat
NLS-Europe de l'Est

Activities

of the NLS-Eastern Europe
secretariat

Séminaire
du Champ freudien en Albanie

Année
2015-2016

Ce
que la psychanalyse enseigne sur la psychose

 

Samedi 26 mars 2016 – 9h – 14h

Enseignante : Myriam MITELMAN

Psychanalyste
à Strasbourg

Membre
de l’ECF et de l’AMP

Enseignante
à la Section clinique de Strasbourg


 

2e
Session


PREMIERE APPROCHE LACANIENNE DE LA PSYCHOSE

 

PROGRAMME

 

– Intervention de
Myriam MITELMAN

– Commentaires et
discussion

 

Deux
cas cliniques

         Anjeza TAFAJ

         Alma HASALAMI

 

 

Réunion du GROUPE du CHAMP
FREUDIEN en ALBANIE

 

Samedi 26 mars – 16 h

Réunion du GCFA (Cercle lacanien de Tirana), en présence de M. Mitelman et
du bureau du Groupe, présidé par Jolka Nathanaili-Penotet, ouverte aux membres
et toutes les personnes intéressées.

 

Organisé par le Secrétariat NLS-Est :
www.amp-nms.org

Renseignements : Jolka
Nathanaili-Penotet  jnathanaili@gmail.com

 

 

Séminaire du Champ freudien en Albanie – 2015-2016

Ce que la psychanalyse
enseigne sur la psychose

2e Session 

 

ARGUMENT

 

PREMIERE
APPROCHE LACANIENNE DE LA PSYCHOSE

 

La psychose a
toujours été une question centrale pour Lacan. Nous verrons comment, en se
fondant sur l'apport de Freud, Lacan donne à la psychose la dimension d'une
structure fondamentale, renouvelant l'approche du sujet psychotique, et donnant
au clinicien des indications précises et précieuses concernant l'orientation de
la cure.

 

L'élucidation des
concepts qui fondent la théorie lacanienne (métaphore paternelle, signification
phallique, forclusion), nous donneront l'occasion de développer  quelques considérations cliniques concernant
la perplexité, le phénomène élémentaire, la signification personnelle, et de
préciser quelques éléments nosographiques essentiels.

Enfin, l'exploration
de la théorie lacanienne des psychoses nous conduira vers une première approche
d'un concept clé de notre modernité,  la
psychose ordinaire.


Myriam Mitelman


Bibliographie


S.Freud, Remarques psychanalytiques sur
l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Le Président Schreber)", PUF.

J. Lacan, "De la psychose paranoïaque
dans ses rapports avec la personnalité", Seuil, Paris

J. Lacan, "D'une question préliminaire à
tout traitement de la psychose" Ecrits, Seuil, Paris.

J. Lacan: "La signification du phallus",
Ecrits, Seuil.

J. Lacan, "L'Etourdit", Autres
Ecrits, Seuil.

J.-A. Miller, "Paranoïa et
schizophrénie", Quarto n°10.

J.-A. Miller, "Retour sur la psychose
ordinaire", Quarto n°94-95.

 


CONFÉRENCE DU CHAMP FREUDIEN

 

Par MYRIAM MITELMAN

PSYCHANALYSTE à Strasbourg

Membre de l’École de la Cause freudienne

 

Vendredi 25 mars 2016

A 18 H

 

"Lacan enfermé
dans un noeud par Joyce "

Tirana

Bibliothèque
Nationale

Sheshi Skënderbej

 

New Lacanian School
Désinscription: envoyez un message à : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter: nls-messager-help@amp-nls.org

Nouvelle inscription: https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

| Le site de la NLS www.amp-nls.org

New Lacanian School
Unsubscribe by sending a message to:nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries:
nls-messager-help@amp-nls.org

New registration: https://amp-nls.org/page/gb/42/sinscrire-nls-messager

| The website of the NLS www.amp-nls.org

 

 

 

ORIENTATION – 2

 
 

 

 
 
 

Dans le cas Schreber, nous voyons au départ une période de trouble (…). Elle présente tout un ensemble symptomatique qui, à la vérité, pour être en général passé à l’as, ou plus exactement pour nous avoir glissé entre les doigts, n’a pu être élucidé analytiquement (…) Nous pouvons y trouver, à très peu de choses près, toute l’apparence des significations et des mécanismes dont nous suivons le jeu dans la névrose. Rien ne ressemble autant à une symptomatologie névrotique qu’une symptomatologie prépsychotique. (…)

p. 216

Katan rapporte un cas (…) Il s’agit d’un jeune homme à l’époque de la puberté, dont l’auteur analyse fort bien toute la période prépsychotique, en nous donnant la notion que chez ce sujet, rien n’est là de l’ordre de l’accession à quelque chose qui peut le réaliser dans le type viril. Tout a manqué. Et s’il essaie de conquérir la typification de l’attitude virile, c’est par l’intermédiaire d’une imitation, d’un accrochage, à la suite d’un de ses camarades. Comme lui et à sa suite, il se livre aux premières manœuvres sexuelles de la puberté, la masturbation nommément, il y renonce ensuite sur l’injonction dudit camarade, et il se met à s’identifier à lui pour toute une série d’exercices qui sont appelés de conquête sur soi-même. Il se comporte comme s’il était en proie à un père sévère, ce qui est le cas de son camarade. Comme lui, il s’intéresse à une fille, laquelle, comme par hasard, est la même que celle à laquelle son camarade s’intéresse. Et quand il sera assez loin dans cette identification à son camarade, la jeune fille lui tombera toute préparée dans les bras.

(…) C’est un mécanisme de compensation imaginaire – vous vérifiez l’utilité de la distinction des trois registres. (…)

Quand la psychose éclate, le sujet va se comporter comme auparavant (…). Il n’émerge aucune signification qui soit foncièrement différente de la période prépsychotique. Tout son comportement par rapport à l’ami qui est l’élément pilote de sa tentative de structuration au moment de la puberté, se retrouve dans son délire. (…) Tous les contenus impliqués dans les significations névrotiques sont là. Mais le point essentiel, qu’on ne met pas en relief, c’est que le délire commence à partir du moment où l’initiative vient d’un Autre, avec un A majuscule, où l’initiative est fondée sur une activité subjective. L’Autre veut cela (…)

pp. 217-218

 

Rappelez-vous ce petit sujet qui évidemment nous paraissait, à nous, très lucide. Vu la façon dont il avait crû et prospéré dans l’existence, au milieu de l’anarchie, rien qu’un peu plus patente que chez les autres, de sa situation familiale, il s’était attaché à un ami, qui était devenu son point d’enracinement dans l’existence, et tout d’un coup il était arrivé quelque chose, il n’était pas capable d’expliquer quoi. Nous avons très bien saisi que cela tenait à l’apparition de la fille de son partenaire (…).

Nous ne sommes pas très exigeants sur la rigueur de nos articulations (…). Ce petit bonhomme (…) butait là devant quelque chose, et toute clé lui manquant, il était allé se mettre pendant trois mois sur son lit, pour s’y retrouver. Il était dans la perplexité.

Un minimum de sensibilité que notre métier nous donne, nous fait toucher du doigt quelque chose qui se retrouve toujours dans ce qui s’appelle pré-psychose, à savoir que le sujet est arrivé au bord du trou. C’est à prendre au pied de la lettre.

p. 228

 


Jacques- Lacan, Séminaire III, Les psychoses
 
Extrait par Yves Vanderveken
 
 
 

 
New Lacanian School
Désinscription: envoyez un message à : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
| Le site de la NLS www.amp-nls.org
New Lacanian School
Unsubscribe by sending a message to:nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries:
nls-messager-help@amp-nls.org
| The website of the NLS www.amp-nls.org

 

 

 

– 11 –

Psychose ordinaire et
surmoi
 

Lieve Billiet

Belgique

Jacques-Alain Miller
précise qu’en proposant le terme de psychose ordinaire, il a moins présenté un
concept ayant une définition rigide, un statut « capitonné » du
savoir, qu’un terme dont tout un chacun pouvait se servir, « un statut
démocratique du savoir de l’Autre ».[1]
Il ajoute que si ce n’est pas une catégorie de Lacan, c’est une catégorie
clinique lacanienne, dans la mesure où elle est extraite de son dernier
enseignement. Prenant appui sur la notion de sinthome, elle présente un abord clinique
de la psychose au-delà de la norme névrotique et du concept de forclusion.

Qu’est-ce que cela
implique pour la notion de psychose elle-même ? Remarquons qu’à propos de
Joyce, Lacan pose la question, non pas de savoir s’il était psychotique, mais
s’il était fou – question à laquelle il ne donne d’ailleurs pas de réponse. Éric
Laurent part de la question « qu’appelons-nous psychose ? » pour
faire ressortir à quel point la psychanalyse a eu un effet de « démocratisation ».
Au travers du complexe d’Œdipe, Freud a démocratisé le tragique qui donnait
forme à la civilisation victorienne, où le règne de l’interdit définissait
l’horizon idéal du discours. Les tragédies « extraordinaires » –
celles de la réalité et des grand romans épiques du XIXème siècle – en
devenaient « ordinaires ».[2]
En croyant au père, chaque névrosé vivait sa tragédie. L’ordinaire est du côté de la névrose, l’extraordinaire
du côté de la psychose, non seulement en tant que le psychotique ne répond pas
à la norme œdipienne, mais en tant que par sa mission délirante, il sera
l’exception, il fera l’effort extraordinaire de réinstaller la norme, la loi,
l’ordinaire.

De la clinique
structuraliste à la clinique borroméenne, de la croyance au Père à la croyance au
sinthome, du « ne devient pas fou qui veut » au « tout le monde
est fou », un changement s’opère. C’est moins une mise en question du statut
exceptionnel et extra-ordinaire du Nom-du-Père, qu’une mise en question des notions
d’exception et d’extra-ordinaire eux-mêmes. 
La clinique du nœud borroméen est la clinique de l’arrangement singulier
que tout parlêtre doit trouver pour faire avec la jouissance de son corps
vivant. Elle va jusqu’à rendre « ordinaire »,
le « désordre provoqué au joint le plus intime du sentiment de la vie ».

Que tout le monde soit
fou ne veut pourtant pas dire que tout le monde soit psychotique.[3] C’est pour cette raison que la question
de la psychose ordinaire se pose. La psychose de la clinique du sinthome est la
psychose de l’époque de l’Autre qui n’existe pas, du monde déboussolé et
féminisé. Marie-Hélène Brousse renvoie à la thèse de Lacan dans la leçon du 19
mars 1974 de son Séminaire « Les non-dupes errent », selon laquelle
le Nom-du-Père forclos dans la contemporanéité revient dans le réel sous la
forme de « normes sociales ». « Ce qui fait norme aujourd’hui,
c’est le chiffre, la moyenne, le ratio. (…) Tel est le Nom-du-Père
aujourd’hui : le politiquement correct, le consensus, l’evidence proof de tout qui est la seule justification du droit
d’exister. L’ordre social est fondé non sur la fonction du père qui nomme, mais
sur la courbe de Gauss dont la normalité est la médiane. (…) Lacan qualifie cet
ordre social d’« ordre de fer ». Il est plus féroce que le
Nom-du-Père parce que ce n’est pas le désir qui lui est corrélé, comme cela se
produit dans le cas de l’interdit, mais la jouissance. Quand quelqu’un vous dit
« non » le désir peut surgir, mais si c’est un nombre qui vient à la
place du non, le surmoi seul peut répondre. (…) Le nom de ce nouveau surmoi est
celui que l’on peut écrire aux dépens de l’idéal du moi. On peut parler
aujourd’hui d’un surmoi statistique. Quand nous parlons de psychose ordinaire,
il s’agit de comportement super social. Il s’agit d’une soumission absolue,
métonymique bien sûr et non métaphorique, aux usages communs, à la banalité
tels qu’ils sont définis par la médiane de la courbe. »[4]

A l’époque actuelle le
statut du surmoi a radicalement changé. Dans la clinique de la psychose
ordinaire, on ne peut qu’être frappé par la présence massive d’un surmoi tyrannique
et persécuteur qui « prescrit », fait « norme », qu’il se
présente sous la forme de la « moyenne » hypermoderne ou celle plus
archaïque d’une figure maternelle. En effet, le déclin du père implique aussi
qu’il a perdu sa fonction de persécuteur par excellence.  


[1] Jacques-Alain Miller, Effet retour sur la
psychose ordinaire, Quarto, 94-95, 41.

[2] Eric Laurent, La psychose ou la croyance radicale
au symptôme, Mental, 29, 67.

[3] Ibid., 71.

[4] Marie-Hélène Brousse, La psychose ordinaire à la
lumière de la théorie lacanienne du discours, Quarto 94-95, 13.

*********************

 
Congrès de la NLS 2016
Dublin,
les 2 et 3 juillet
2016
 
 

 

  https://twitter.com/NLSCongress2016   https://www.facebook.com/NLS-Congress-2016-933316580050024   www.nlscongress.org

 
Congrès : 180 euros 

Etudiants (-26 ans) : 90  euros 

 Soirée/Repas du samedi soir : 50 euros

 Horaire du congrès : Samedi de 9h à 18h
– Dimanche de 9h à 15h

 

New Lacanian School
Désinscription: envoyez un message à : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

Nous contacter: nls-messager-help@amp-nls.org

Nouvelle inscription: https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager

| Le site de la NLS www.amp-nls.org

New Lacanian School
Unsubscribe by sending a message to:nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries:
nls-messager-help@amp-nls.org

New registration: https://amp-nls.org/page/gb/42/sinscrire-nls-messager

| The website of the NLS www.amp-nls.org

 


 

Euthanasie pour ‘souffrance psychique insupportable’

Geert Hoornaert*

 

La Belgique connaît, depuis 2002, une loi permettant “l’euthanasie pour souffrance psychique insupportable”.  Elle autorise la fin de vie médicalement administrée pour des situations qui ne relèvent pas exclusivement de la maladie physique en phase terminale, mais aussi pour des souffrances psychiques qualifiés d’insupportables. Si dans le premier cas c’est la science médicale qui permet d’identifier si l’état médical du patient soustrait sa mise-à-mort à un acte criminel, tout dépendra, dans la deuxième situation, de la capacité du demandeur de convaincre trois médecins de son choix de l’intensité de sa douleur d’exister. C’est donc cette conviction du médecin que la loi a retenue comme son critère.

Cette loi s’inscrit dans un combat mené par une certaine laïcité contre l’héritage catholique qui imprègne l’appareil juridique belge. Depuis son entrée en vigueur, un phénomène à la fois inquiétant et prévisible se dessine. La fréquence de l’application de cette loi double tous les ans[1]. Cet ‘offre’ d’une fin de vie médicalement assistée connaît donc un incontestable succès. Au niveau sociologique, plusieurs facteurs l’expliquent. La loi belge contient, contrairement à la loi hollandaise en vigueur depuis 2001, peu de conditions à son application. Si deux médecins généralistes et un psychiatre jugent que la demande de mort est recevable, et un délai d’un mois entre la demande écrite et l’application de l’euthanasie est respecté, la mise-à-mort n’est pas punissable. Si le candidat rencontre le refus d’un médecin, il peut s’adresser à un autre, ce qui risque de réduire, en pratique, la demande d’une fin de vie à un processus procédural. Ajoutons que le discours euthanasique est porté par un prosélytisme très actif émanant de quelques associations ultra-laïques. Elles inscrivent incessamment l’euthanasie dans une narration de dignité, d’héroïsme, de liberté triomphante, de beauté. Le gouvernement, elle, diffuse des dépliants, et les cours sur l’euthanasie s’intègrent dans l’enseignement laïc. Les hôpitaux psychiatriques doivent appliquer des protocoles qui indiquent comment répondre aux demandes. La presse, enfin, n’est guère critique, et adopte invariablement le récit et l’image de l’euthanasié courageux.

Il existe donc, au niveau sociétal, un certain activisme à promouvoir ce ‘droit’. S’agirait-il, après la fabrication de l’offre, d’attiser la demande? Il est certain que le fait sociologique recouvre ici quelques désirs et quelques fantasmes, qui sont ne sont pas du tout anonymes. Ce sont les ‘visages’ de cette loi. Leur conception de l’euthanasie comme conquête libératrice dans le droit est telle qu’elle s’accompagne, fatalement, par une mise-en-cause de l’acte médical même, dans son essence de jugement. Aussi longtemps que la qualification d’insupportable’ n’est pas rendue à la libre décision souveraine du sujet, ce droit est en effet entaché d’une limite dans son exercice. Ils y concluent que tout acte médical qui ne se borne pas à prendre note du seul jugement du patient est irrémédiablement habité d’une ombre liberticide. On entend en sous-texte que la présence du psychiatre n’a pas de sens. Ils proclament donc la fin de son métier.

Cette présence, ou toute tentative de traduction de la demande qui lui est adressée, ternit cette « libération splendide » qu’est le droit de mourir. On décèle facilement les conséquences de cette métaphysique spontanée qui réduit le langage à un échange de signaux. L’abandon de la parole se double d’un retour singulier du fatum, d’une croyance renforcée à un ‘c’est écrit’, qui impose des contraintes bien plus réelles que celles du pater[2] dénoncé. Les choses sont irrémédiablement ce qu’ils sont, et le langage ne fait que les signaler, sans au-delà ni équivoque. Ce qui vous est adressé ne contient pas l’attente d’une réponse et ne vous convoque nullement ; ce qui est fatalement ce qui est. La régression à ces croyances-là, est-ce vraiment la meilleure façon d’être progressiste ? C’est certes, les chiffres le montrent, la meilleure façon d’ouvrir le chemin vers la mort, qui est, selon la formule de Lacan, rien d’autre que la jouissance[3]. On le déblaye pour qu’on puisse mourir sans entraves, pour un rien, ou pour ce rien auquel l’Autre se réduit.

L’incitation au protocolaire, au degré-zéro de l’interférence, s’accompagne donc de l’oubli complet d’une donnée pourtant cruciale ; l’euthanasie est, avant d’être une demande, une offre, c.-à-d. la présence d’un obscur désir. Mais le refus des logiques du transfert est le dénominateur commun de toutes ces voix militantes. Ce refus n’élimine en rien le poids patent de son enjeu qu’on peut déceler dans tous les cas, médiatisés où pas. Mais le transfert, il est vrai, est un obstacle. L’athéisme raté s’y oppose. Postuler qu’une demande convoque une réponse, c’est inutilement compliquer les choses. Supposer qu’un patient pourrait s’accrocher au discours euthanasique et aux entretiens comme à un dernier recours, un lien social, après que l’émergence d’une jouissance venait de le rompre, et qu’il ne s’ensuit donc pas nécessairement qu’il ‘veut’ mourir – qu’il suffit au fond de le croire sans y croire -, c’est l’infantiliser.

N’est-il pas très dangereux qu’on méconnaît les volontés de jouissance qui se logent dans ces doctrines, doctrines qui donnent un pouvoir qui n’est pourtant pas des moindres ?

Et comment expliquer que cette pratique, qui est pourtant bien installée au cœur de la psychiatrie belge, ne soit vraiment pensée par ceux qui la pratiquent ? Parce que tout cela ne serait qu’écume, et n’aurais jamais pu produire cette vague croissante dans les statistiques de la mort, si la psychiatrie belge, flamande surtout, ne serait pas profondément déboussolée, profondément errante et profondément divorcée de ses enjeux réels. Soumettons donc quatre questions à cette psychiatrie, dans l’espoir d’une réplique qui démontrerait que son habit de silence ne recouvre pas que du vide.

1.Un psychiatre n’a pas besoin d’être psychanalyste pour saisir la leçon lacanienne qui résume les positions subjectives dans la psychose comme des positions essentiellement passives – l’expérience des supervisions le démontre. Quand un patient lui signifie un “tu es celui qui me suivra”, ou un “tu es celui qui m’aimera”, “qui jouira de moi”, – il y reconnaît facilement les ‘classiques’ de la pathologie, ayant toute une expérience de ces formes d’identification à l’objet de l’Autre qui là s’éclaire. Mais quand un sujet s’offre à lui avec un “tu es celui qui me tuera”, cette pathétique d’objet ne semble plus entendue. Elle est pourtant strictement homologue aux versions paranoïaques ou érotomanes de cette donnée de structure, où l’initiative est remise à l’Autre. Ce même psychiatre reconnaîtra tout cela plus facilement en cas de passage à l’acte sur un autre ; modification de la capacité de discernement, diminution de la responsabilité, etc. Mais ces finesses semblent disparaître quand il s’agit d’une demande d’être tué. Le fou ne serait alors plus essentiellement agi, plus essentiellement passivé, mais un individu sain, agissant, s’évaluant, dont l’auto-évaluation dicterait d’ailleurs la voie à suivre.

En méconnaissant platement les problèmes du transfert et les apories délirantes virtuellement inscrites dans ce type de demande[4], il risqué de troquer, myopie fatale, les tentatives de guérison contre la tentation euthanasique.

2.Ce psychiatre, qui connait la place centrale et inaugurale de l’hypochondrie et de cette demande de mort présente en filigrane dans toute psychose, a lutté contre l’emprise de la douleur d’exister quand elle était encore masquée chez son patient. Il semble médusé quand elle apparaît au grand jour, soit comme effet d’une rencontre critique, soit, plus chroniquement, et en syntonie avec l’époque, par l’érosion des semblants qui couvraient son malaise dans le corps. Cela peut suffire pour que les portes de l’écluse s’ouvrent. Le malade se précipite dans le fleuve que l’Autre n’endigue plus. La procédure est en marche, elle peut se nourrir d’elle-même, la place de l’initiative peut se brouiller, elle peut aboutir au passage de ‘l’érotomanie mortifère’ dans le Réel de l’euthanasie.

Mais l’homme souffrant, son objet depuis toujours, qu’a-t-il alors de si nouveau qu’une pensée palliative puisse amener le psychiatre à consentir à la liquidation de cet objet? Avait-il, avant que cette pensée s’insinue, une expérience heureuse avec le fou? Celui-ci n’avait-il alors pas de corps, et venait-il seulement pour papoter de son heureux délire? Cet objet, l’homme souffrant, ne croît-il vraiment pas le trahir, quand il remplace l’invention d’un savoir-faire avec les limites du délire, ou la recherche d’autres usages du corps, par un accompagnement vers la mise-à-mort?

3. La notion qui justifie la procédure est celle de ‘uitbehandelt’ – ‘traité à bout’. Le patient est à la fin du parcours thérapeutique, plus rien ne marche, ne reste que souffrance. Que cette plainte puisse rencontrer le consentement du psychiatre, montre que les thérapies qu’il offre ne s’inspirent nullement de la pratique de la conversation, qui est virtuellement illimitée. Est postulée ainsi l’existence d’un point final au travail de traduction du Réel, qui en plus est repérable ou repéré. C’est ce jugement qui va motiver le passage à l’acte du psychiatre. Il brisera ce cercle infernal dans lequel le psychiatre s’est enfermé avec son patient, à partir du moment où il a épousé l’idéal de la ‘guérison finale’. C’est lui-même qu’il entend dans la plainte de son patient, écho véridique de son propre découragement sur le peu d’effets que produit son offre standardisée.

4. Le discours de l’euthanasie est une nouvelle réponse au hors-discours de la psychose. Ce discours, qui confond radicalement l’individu avec le sujet se disant souffrant, est une offre, qui promeut un franchissement radical. Elle est habitée par une pousse à l’irrévocable que le malade entend. Détectant ce qu’elle représente comme lâchage par l’Autre, il peut être ironiquement amené à le réaliser. Que l’offre d’euthanasie se greffe sur une crise du sujet, celle où éclate la souffrance du corps quand l’appareil du symptôme le lâche, signifie que son succès se greffe sur la précarité psychique qui accompagne la crise. La seule justification de l’existence du psychiatre est de protéger le patient de sa précarité, de le dissocier un peu de sa douleur d’exister? Ceci peut impliquer de lui laisser la liberté du suicide. Mais ceci implique avant tout qu’il ne livre pas le mélancolique à son auto-évaluation, le schizo à ses organes déréglés, le fatigué chronique ou le fibromyalgique à sa douleur, en bref, le psychotique à l’appétit de l’Autre, où tout un chacun à sa fatigue de soi. S’il identifie par contre le sujet à la jouissance de son corps, il ne peut que conclure que cette vie de souffrance est une vie indigne d’être vécue. Mais du coup, il promeut une nouvelle maladie iatrogène, la mise-à-mort.

Il n’est pas sûr qu’elle puisse survire à cette errance, parce ce qu’en voulant éradiquer le suicide[5], acte où le sujet se situe au zénith de son lien à l’Autre, pour lui préférer la réduction du sujet à son corps, elle bouche l’écart qui justifiait qu’un jour elle s’est émancipée de la médecine générale. Lui restera alors d’assumer pleinement sa place d’avant-garde d’une thanatopolitique qui s’installe lentement au cœur de la gouvernance des vivants. S’appuyer sur la notion de ‘dignité’ n’y changera rien, parce qu’elle méconnaît qu’ainsi elle ne fait que réactiver une notion de très sinistre mémoire[6].

Karl Krauss notait qu’au royaume de la pauvreté de l’imagination, ce qui n’est pas pensé doit être fait. Ce royaume, c’est la psychiatrie belge d’aujourd’hui, flamande surtout, parce que c’est en Flandres qu’elle s’est le plus radicalement amputée des acquis de la psychanalyse, qui y ont été ‘mises à jour’, ou au ban. Cette psychiatrie, pourrait-elle repenser ses pratiques non pas tant contre le paternalisme mais à l’aune de son au-delà, et être alors laïque de la bonne façon, sans mise-à- mort? La psychanalyse pourrait lui être plus qu’utile.

 

*Membre de Kring psychoanalyse-NLS, NLS et AMP

 



[1]. En 2006-7, premier date d’une recension statistique, 5 personnes ont reçues la mort revendiquée pour souffrance mentale (trouble psychiatrique ou sentiment de désespoir ou de perte de dignité), soit 1 % des dossiers d’euthanasie recensés. En 2008-9, 12 personnes, soit 2% ; en 2010-11 58 personnes, soit 3% ; en 2012-13, 120 personnes, soit 4% (voir site web de la Commission fédérale de Contrôle et d’Evaluation de l’Euthanasie).

[2]. “Tout mon travail est inspiré par une aversion pour toute forme de paternalisme », W. Distelmans, cité dans l’article The Death Treatment, The New Yorker, June 22, 2015 issue. Distelmans est oncologue, militant pro-euthanasie très médiatisé, et …Président de la Commission fédérale de Contrôle et d’Evaluation de l’Euthanasie.

[3]. Séminaire XVII, L’envers de la psychanalyse, p. 18.

[4]. Le néo-postulat ‘tu es celui qui me tuera’ mène à des drôles de paradoxes. Ainsi, le détenu Frank Van Den Bleeken, condamné pour viols et un meurtre et s’estimant lui-même incurable, a entamé une grève de faim après avoir reçu une réponse négative à sa demande d’euthanasie. Il met donc en jeu sa vie…pour qu’on le tue.

[5]. La mission anti-suicide accompagne la promotion de l’euthanasie. “Aussi longtemps qu’il y aura encore des gens qui se jettent sous les trains ou sautent d’un immeuble, on a insuffisamment parlé d’euthanasie” (Distelmans, cite in Euthanasie is nog steeds niet bespreekbaar genoeg, De Morgen, 20 juni). Après avoir ôté à la demande d’euthanasie toute valeur de parole adressée, il faut enlever au suicide sa valeur d’acte. La législation Suisse en avait déjà dénaturée, par la notion de ‘suicide assisté pour souffrance psychique’, son essence de solitude.

[6]. Pour la notion de ‘la vie indigne d’être vécue’ (lebensunwerten leben), élaborée par Binding et Hoche dans une publication de 1920 (L’autorisation de supprimer la vie indigne d’être vécue), et réactivée par le régime nazi, voir G. Agamben, Homo sacer, p. 147-155.

 

 

 

 
New Lacanian School
Désinscription: envoyez un message à : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
| Le site de la NLS www.amp-nls.org
New Lacanian School
Unsubscribe by sending a message to:nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries:
nls-messager-help@amp-nls.org
| The website of the NLS www.amp-nls.org

  

 


 

 

 

 

 

 

 

 

INSCRIPTION / REGISTRATION

 


New Lacanian School
Désinscription: envoyez un message à : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org

| Le site de la NLS www.amp-nls.org


New Lacanian School
Unsubscribe by sending a message to:nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries:
nls-messager-help@amp-nls.org

| The website of the NLS www.amp-nls.org

 

 

 

Secretariat of the NLS-East
Secrétariat de la NLS-Est

 

 

 

4e SÉMINAIRE DU CHAMP FREUDIEN en SLOVÉNIE

 

 

 

 

 

 


L’ACTUALITÉ DE LA PSYCHANALYSE

 

 

S’aliéner, se séparer : un double enjeu pour le sujet

ENSEIGNANT : Daniel ROY

Psychanalyste à Bordeaux, membre de l’École de la Cause freudienne,

Délégué de la New Lacanian School

Enseignant à la Section clinique


 


Samedi 19 mars 2016


Faculté du travail social


Topniška ulica 31


Ljubljana 


 


15 h

Un cas présenté par Ana Jereb


 


16 h – 19 h


Workshop  


Lecture commentée du Séminaire IX de Jacques Lacan


(Chapitres XVI et XVII)


 


Daniel ROY


 


avec les interventions de Aljoša Kolenc et Boris Brezovac


 


Organisé par le secrétariat NLS-Est – www.amp-nls.org


Renseignements Nina KRAJNIK : nina.krajnikova@gmail.com


 

 


New Lacanian School
Désinscription: envoyez un message à : nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org


Nous contacter: nls-messager-help@amp-nls.org


Nouvelle inscription: https://amp-nls.org/page/fr/42/sinscrire-nls-messager


| Le site de la NLS www.amp-nls.org


New Lacanian School
Unsubscribe by sending a message to:nls-messager-unsubscribe@amp-nls.org
Enquiries:
nls-messager-help@amp-nls.org


New registration: https://amp-nls.org/page/gb/42/sinscrire-nls-messager


| The website of the NLS www.amp-nls.org