SOCIÉTÉ HELLÉNIQUE DE LA NOUVELLE ÉCOLE LACANIENNE

               Journée d’étude de psychanalyse à Thessalonique

Invitée :
Valérie PERA-GUILLOT
Psychiatre, psychanalyste, responsable de pôle au Centre hospitalier de Navarre (Évreux), enseignante à l’Antenne clinique de Rouen

Conférence :
« Ma fille, c’est moi »
Vendredi 14 décembre 2012, de 19h45 à 22h15

***
Séminaire clinique de présentation de malade :
Samedi 15 décembre 2012, de 10h00 à 13h00

***
Séminaire théorique :
L’ordinaire de l’effort psychotique, entre incroyance et invention forcée
Samedi 15 décembre 2012, de 14h30 à 17h30

Hôpital général Ippokrateio de Thessalonique, Amphithéâtre P. Metaxa
Informations : Nouli Apazidou, tél. : +30 694 51 00 235
Traduction consécutive – Participation aux frais : 20 euros

 

 

 

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iNWiT présente, en collaboration avec le Kring voor Psychoanalyse van de NLS :

 

 

La psychanalyse aujourd’hui – après les mythes

une revue et un événement

  LA REVUE

 Qu’est-ce que la psychanalyse ? Comment la psychanalyse a-t-elle évolué depuis sa découverte par Freud ? La psychanalyse ‘après les mythes’, c’est quoi alors ? Sur quoi la psychanalyse se base-t-elle ? Quelles sont ses applications ? A quoi mène une psychanalyse ? En quoi consiste la formation d’un analyste ? Qui était Jacques Lacan, quelle a été sa contribution et pourquoi son œuvre demeure-t-elle à ce point d’une brûlante actualité ? A quels défis la psychanalyse doit-elle faire face au 21e siècle ?

 

C’est ce dont rendra compte le nouveau numéro de iNWiT. Un numéro double destiné à tout profane qui s’intéresse aux enjeux de la psychanalyse, au-delà des mythes en tous genres sur la psychanalyse.

 

iNWiT est la revue néerlandophone de la New Lacanian School (NLS). Chaque numéro combine des textes d’orientation de Jacques Lacan, des travaux théoriques, des fragments cliniques et des analyses critiques de culture.

 L’EVENEMENT

 Jeroen Olyslaegers (auteur, poète et dramaturge), Marc Reugebrink (auteur, poète, essayiste ; lauréat du Prix Gouden Uil 2008) et Erwin Jans (dramaturge, essayiste) ont accepté l’invitation de lire iNWiT 8/9 en avant-première.

 Ils parleront de leur lecture particulière à un public auquel la psychanalyse n’est pas forcément familière. Qu’est-ce qui les a frappés, surpris ou distraits ? Quelles associations et remarques cette lecture a-t-elle suscitées ?

 Trois psychanalystes (Anne Lysy, Luc Vander Vennet et Nathalie Laceur) leur serviront d’interlocuteurs en témoignant de leur formation, de leur travail et de l’éthique qui oriente leur pratique.

 Six personnes fort différentes, six vécus de lecture et de travail extrêmement variés.

Ruth Joos (Radio 1) modérera la conversation, dont le résultat, digne de la psychanalyse, n’est pas à prévoir.

 

Date et heure : Samedi soir 8 décembre 2012 de 20h à 22h15

Lieu : De Studio (anciennement Studio Herman Teirlinck)

Maarschalk Gerardstraat 4

B-2000 Antwerpen (Anvers)

 Billets : Prévente par T +32 (0)3 202 46 46 ou www.destudio.com

8 € (étudiants <26 ans) / 10 €

A l’entrée (à partir de 19h30)

10 € (étudiants <26 ans) / 12 €

 Attention : Le nombre de places est limité à 180 !

 (traduction Monique de Buck)

 

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Deux nouveaux AE

Leonardo Gorostiza, Président de l’AMP  et Anne Lysy Secrétaire de la Passe à l'AMP viennent d'annoncer la nomination de deux nouveaux AE.

 
La Commission de la passe de l’ECF a nommé Ram Avraham Mandil (Belo Horizonte, membre de l’EBP).
 
Le cartel de la passe de l’EBP a nommé Marcus André Vieira (Río de Janeiro, membre de l’EBP). 
 
Le Comité Exécutif adresse aux deux collègues ses chaleureuses félicitations pour ce franchissement qui du même pas fait avancer la psychanalyse.

 
Le secrétariat annonce que nous entendrons leur témoignage au prochain Congrès de l’AMP en 2014.


Dominique Holvoet
Président de la NLS


XXX ème Séminaire du Champ freudien à Moscou

enseignant :

Alfredo Zenoni, membre de l’ECF et de l’AMP, enseignant de la Section clinique de Bruxelles 

Argument :

Le sujet dans la psychose

 En vue du prochain congrès de la NLS qui aura pour thème «  Le sujet psychotique à  l’époque Geek, typicité et inventions symptomatiques » nous allons consacrer ce séminaire à l’étude de la notion de sujet dans la psychose, en nous appuyant sur les textes publiés dans la Revue internationale de psychanalyse, septembre 2012, en deux temps.

Le sujet du signifiant

La nouveauté freudienne que la « Question préliminaire » introduit dans la clinique tranche par rapport à toute conception de la psychose qui la réduit à une forme ou l’autre de sous-développement de l’esprit ou du moi. Nous commenterons d’abord divers paragraphes de cet écrit qui montrent que  la lecture des phénomènes cliniques révèle la présence de la même structure de langage qui définit la condition du sujet comme tel. Ici, il s’agit du sujet comme effet du signifiant. Ensuite, un deuxième passage extrait du « Post-scriptum » mettra, par contre, en lumière la question de l’implication du sujet, de « l’insondable décision de l’être », d’un choix en somme, dans le rejet du père qui détermine la position du sujet.

Le sujet de la jouissance

Dans un deuxième temps, le sujet sera abordé dans son rapport au statut de la jouissance dans la psychose. Ici nous nous appuierons  sur deux notes de la « Question préliminaire » et commenterons  quelques passages du texte de Jacques Alain Miller  « Retour sur la psychose ordinaire », où la clinique est référée, en  l’absence même de symptômes typiques, à la présence d’une jouissance qui n’a pas été transposée dans l’Autre, qui est resté « intime ». L’extraction ou non de l’objet est ici la notion décisive.

 

Discipline du commentaire

Deux citations extraites de la « Question préliminaire à tout traitement possible de la psychose » seront commentées :

« La Verwerfung sera donc tenue par nous pour forclusion du signifiant. Au point où, nous verrons comment, est appelé le Nom-du-Père, peut donc  répondre dans l’Autre un pur et simple trou, lequel par la carence de l’effet métaphorique provoquera un trou correspondant à la place de la signification phallique.

C’est la seule forme sous laquelle  il nous soit possible de concevoir ce dont Schreber nous présente l’aboutissement comme celui d’un dommage qu’il n’est en état de dévoiler qu’en partie et où, dit-il, avec les noms de Flechsig et de Schreber, le terme de « meurtre d’âme » (Seelenmord) joue un rôle essentiel.

Il est clair qu’il s’agit là d’un désordre provoqué au joint le plus intime du sentiment de la vie chez le  sujet,… » (Ecrits, p. 558)

———–

« Ici l’identification, quelle qu’elle soit, par quoi le sujet à assumé le désir de la mère, déclenche, d’être ébranlé, la dissolution du trépied imaginaire (remarquablement c’est dans l’appartement de sa mère où il s’est réfugié, que les sujets à son premier accès de confusion anxieuse avec raptus suicide).

Sans doute la divination de l’inconscient a-t-elle très tôt averti le sujet que, faute de pouvoir être les phallus qui manque à  la mère, il lui reste la solution d’être la femme qui manque aux hommes. » (Ecrits, p. 566)

 

 

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Une fois n'est pas coutume, nous retransmettons le LQ 252 où notre collègue de la Société Hellenique, Reginald BLANCHET donne une analyse de la montée de l'extrême droite en Grèce comme dans le reste de l'Europe.
http://www.lacanquotidien.fr/blog/2012/11/lacan-quotidien-n252-en-grece-laube-dor-du-racialisme-par-reginald-blanchet/

C'est l'occasion de rappeler que vous pouvez vous abonner gratuitement à "Lacan Quotidien" en envoyant un mail à ecf-messager-subscribe@yahoogroupes.fr
NLS Messager poursuit par ailleurs la publication d'une sélection de textes de LQ en anglais. Vous la trouvez compilée à la page : https://amp-nls.org/page/gb/109/lacan-quotidien-in-english
DH

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XIe Congrès de la NLS – Athènes, 18 & 19 mai 2013

 

Le sujet psychotique à l’époque Geek
Typicité et inventions symptomatiques

 

 

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Argument

Dans un monde où chaque « Un » est appareillé à son « i-objet », un monde où être geek[1] constitue un style de vie ordinaire, que devient ce que nous appelons psychose ? Le triomphe des « i-gadgets » comme objets hors-corps a bouleversé les rapports entre les parlêtres, jusque-là codifiés par ce que Freud nommait le programme de la civilisation. Du XXè au XXIè, nous sommes passés du siècle des discours qui nouent le lien social, au monde de l’Un-tout-seul qui trouve appui sur le symptôme comme lien social alternatif. 

Dans son intervention du Congrès de Tel-Aviv, qui fera référence pour celui d’Athènes, Éric Laurent propose pour la NLS « une enquête sur la façon dont nous lisons dans la pratique qui est la nôtre aujourd’hui ce que le mot de psychose veut dire pour la psychanalyse »[2].  On peut en effet généraliser l’effort psychotique, qui consiste à ordonner le monde sans le secours des discours établis, à l’effort général de l’écriture du symptôme de chacun. Cette marque symptomatique, sceau sur le corps, trace dans lalangue, ou encore invention forcée, consiste en une réduction de la fuite du sens. À l’envers, le surf sur la toile affolée du web est présenté comme le tonneau des Danaïdes du XXIè siècle. Ainsi pour Raffaele Simone, la médiasphère produit une révolution de l’esprit plus large et plus pénétrante que celle que Platon pouvait craindre dans Phèdre sur l’avènement de l’écriture[3]. Plutôt que d’adopter une attitude d’affliction nostalgique, nous dirons comment la psychanalyse accueille ces nouvelles formes de livres en live que chacun écrit à son image, facebook privé toujours plus ouvert sur le monde,  exposition de son propre cas en remaniement permanent. Simone est cependant plus proche de Lacan lorsqu’il considère que les médias ne sont pas l’extension de l’homme, mais au contraire, l’homme l’extension des médias. L’« i-objet » n’est-t-il pas un organe supplémentaire dont les blogueurs que nous sommes cherchent la fonction ?

Dans ce contexte de grand désordre dans le réel[4], la psychiatrie s’est éloignée toujours plus des signes constituants de la psychose  au profit du silence des organes (au point de perdre tous repères, par exemple, sur le cas de Anders Behring Breivik). Pendant ce temps, la psychanalyse, plutôt que de s’affliger du déclin de l’imago paternelle, a révélé l’arbitraire du père, sa dimension de fiction, pour s’attacher toujours plus à l’enveloppe formelle du symptôme. Ainsi vise-t-elle le noyau de jouissance du symptôme dans ce qu’il a de plus réel, constituant du même coup, pour le parlêtre, son point d’ancrage le plus singulier.

De nombreux discours tentent d’ordonner le monde. Lacan en a formalisé quatre, plus le discours capitaliste « qui les ronge tous, où c’est l’objet a qui passe au zénith et redistribue les permutations possibles »[5]. À ce mouvement de la civilisation qui devient plurielle correspond la bascule conceptuelle chez Lacan du passage de la première à la seconde métaphore paternelle[6].  Ce n’est plus le Nom-du-Père mais l’ensemble de la langue qui prend en charge les phénomènes de stabilisation de la signification.  Cet Autre que Lacan barrait d’un trait pour marquer qu’il ne tenait son assurance que d’une fiction, cet Autre qui donc n’existe pas, force chacun à produire la singularité de sa trajectoire.

Il nous faudra, dans les travaux du Congrès, mettre l’accent sur l’invention symptomatique, sur le bricolage subjectif singulier qu’appelle l’époque de l’Autre qui n’existe pas[7] et ses « i-objets ».  Autrement dit, comment le sujet fait-il de son symptôme une langue ? Comment se saisit-il des objets pour en faire des organes fonctionnels ? Éric Laurent le souligne : c’est du sujet dit psychotique que nous avons à apprendre comment, pour chacun, l’ensemble de la langue prend en charge l’effort de nomination de la jouissance. Ainsi , la bonne façon d’être hérétique dans la psychanalyse de l’après Œdipe[8] serait « celle qui, d’avoir reconnu la nature du sinthome, ne se prive pas d’en user logiquement, c’est-à-dire d’en user jusqu’à atteindre son réel, au bout de quoi il n’a plus soif. »[9]  Reconnaître la nature du sinthome, c’est « reconnaître la façon dont la substance jouissante est prise en charge par la langue elle-même et l’ordonne »[10].  C’est l’organe-langage qui fait du sujet un parlêtre, ce qui implique qu’en même temps qu’il lui donne l’être, il lui refile un avoir, son corps.  En les signifiantisant, l’organe-langage déchausse les organes du corps, ce qui les rend problématiques et nécessite de leur trouver une fonction,  sans le secours d’aucun discours établi pour le dit schizophrène[11].

Nous pourrons ainsi décliner le catalogue des inventions psychotiques[12] : invention d’un discours, d’un recours pour pouvoir faire usage de son corps dans le cas du schizophrène, invention d’un rapport à l’Autre pour surseoir au lien social dans le cas du paranoïaque, invention impossible dans le cas du mélancolique, invention d’un point d’ancrage ou d’une identification dans le cas des psychoses ordinaires. La non-invention constitue par ailleurs une classe tout aussi intéressante du fait que le traumatisme de la langue y apparaît pur.

Notre effort, déclare E. Laurent, se trouve cependant à l’envers des tentatives classificatoires. Il y a un horizon de l’inclassable dans la psychanalyse qui vise cet effort pour que le symptôme puisse désigner la singularité d’un sujet. Mais cette extension à l’ordinaire de la psychose, le « tout le monde est fou », ne veut pas dire que tous soient psychotiques. « Il ne s’agit pas de confondre les leçons du sujet psychotique qui portent sur l’ensemble du champ clinique, avec une catégorie clinique comme telle qui deviendrait la catégorie majoritaire de notre expérience »[13].  Ainsi notre enquête devra également explorer « comment se transforme le nom-du-père ordinaire de l’existence, une fois que nous avons notre horizon de l’inclassable »[14].  Et nous retrouverons avec la dimension du père comme fiction, la typicité de la psychose, et les phénomènes de déclenchement liés à la rencontre avec « Un père », phénomènes qui ne relèvent pas de l’invention. 

Le délire ordinaire, c’est l’effort d’invention d’un geek.  « On est sûr que c’est un délire quand ça reste d’Un-tout-seul. […] Est-ce que ça arrive à faire lien social ou pas ? Il y a parfois une contingence là-dedans. Il y a des formes de délire dont on voit bien qu’elles ne peuvent se socialiser »[15]. Mais les fanatismes religieux, les thérapies autoritaires ou encore l’évaluation généralisée ne révèlent-t-ils pas un furieux appel au père ? À ces formes triomphantes du collectif, la psychanalyse n’oppose-t-elle pas une réponse inédite en tant qu’expérience de traversée des impasses du « Un-tout-seul » ? C’est la question que notre enquête sur la psychose à l’époque geek pourra contribuer à résoudre.

Dominique Holvoet



[1] Geek, terme d’argot américain qui désignait à l’origine une personne bizarre perçue comme trop intellectuelle. Peu à peu utilisé au niveau international sur Internet., le terme est revendiqué par les adeptes des gadgets de haute technologie. Selon l’Oxford American Dictionary (en), l’origine du mot se trouve dans le moyen haut-allemand Geck, qui désigne un fou, un espiègle et du néerlandais Gek qui désigne quelque chose de fou. (source : wikipedia)

[2] Laurent E., « La psychose ou la croyance radicale au symptôme », intervention au Congrès de la NLS à Tel-Aviv à paraître dans Mental n°29 en janv. 2013, paru en anglais dans Hurly-Burly n°8, oct. 2012.

[3] Simone R., Pris dans la toile, l’esprit aux temps du web, Gallimard, à paraître dans la traduction française le 15 nov. 2012. Version originale en italien : Presi nella rete. La mente ai tempi del web, Saggi, avril 2012.

[4] Référence au titre du prochain congrès de l’AMP à Paris en 2014. Intervention de J-A Miller paru dans Lacan Quotidien 63, disponible sur le site de la NLS

[5] Laurent E. op.cit.

[6] Miller J-A, Extimité, Cours du 5 février 1986.

[7]Miller J-A, « L’invention psychotique », Quarto, 80/81, 2004 : « L’Autre n’existe pas veut dire que le sujet est conditionné à devenir inventeur ». Paru en anglais dans Hurly Burly n°8.

[8] Caroz G., voir son excellent argument pour PIPOL 6, « Après l’oedipe ». Le Congrès de la NLS à Athènes s’inscrit à ce titre dans la perspective du 2è Congrès Européen de psychanalyse organisé par l’EuroFédération les 6 et 7 juillet 2013. (europsychoanalysis.eu)

[9] Lacan J., Le Séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, (1975-1976), Paris, Seuil, 2005, p. 15.

[10] Laurent E., op.cit.

[11] Lacan J., « L’Etourdit » (1972), Autres Ecrits, Seuil, 2001, p. 474.

… de ce réel : qu’il n’y a  de rapport sexuel, ceci du fait qu’un animal a stabitat qu’est le langage, que d’labiter c’est aussi bien ce qui pour son corps fait organe, – organe qui, pour ainsi lui ex-sister, le détermine de sa fonction, ce dès avant qu’il la trouve. C’est même de là qu’il est réduit à trouver que son corps n’est pas-sans autres organes, et que leur fonction à chacun, lui fait problème, – ce dont le dit schizophrène se spécifie d’être pris sans le secours d’aucun discours établi.

[12] Miller J-A, , « L’invention psychotique », Quarto, 80/81, p. 9, 2004.

[13] Laurent E., op.cit.

[14] Laurent E., op.cit.

[15] Miller J.-A., op. cit., p. 13.

 

PREMIÈRES JOURNÉES DE TRAVAIL DE LA SOCIÉTÉ BULGARE DE PSYCHANALYSE LACANIENNE

                          GROUPE ASSOCIÉ DE LA NEW LACANIAN SCHOOL

Par Anguelina Daskalova

Les Premières journées de travail dont le thème était ”Devenir mère/devenir femme. Questions de filles” ont eu lieu les 10 et 11 novembre 2012 à Sofia, Bulgarie.  

C’était un moment très émouvant puisqu’il s’agissait du premier événement de la Société Bulgare de Psychanalyse Lacanienne, groupe associé de la NLS qui succède au Groupe du Champ Freudien en Bulgarie. Lors de ces Premières journées de travail, 107 professionnels y participèrent – de Sofia, Varna, Roussé, Gabrovo, Veliko Tarnovo, Triavna, Shoumen, Novi Pazar, Veliki Preslav, Sliven, Plovdiv, Stara Zagora, Vidin, Pleven et bien d’autres villes de toute la Bulgarie.
Ces Premières journées de travail montrent où nous en sommes aujourd’hui et quel chemin notre groupe psychanalytique a parcouru.
Notre rencontre avec la psychanalyse eut lieu il y a 14 ans dans le champ de la prise en charge des enfants qui grandissent sans parents. C’était le début. Néanmoins, dès la deuxième année de notre travail, nous nous sommes penchés sur le thème des ”Enfants qui grandissent avec ou malgré leur parents”. Ceci nous a amené à la question de ”Comment grandit la fille et comment grandit le garçon ?” Ont suivi : ”L’accueil de l’enfant. Les lois de l’hospitalité”, ”Les marques de la différence”, ”L’enfant et ses symptômes”, ”Apprendre la langue de l’enfant”.
Chemin faisant, nous nous sommes confrontés aux questions qui mènent vers le thème de ces Premières journées de travail : ” Devenir mère/ devenir femme. Questions de filles ”. Un thème qui a été non seulement le résultat de notre travail pendant ces 14 ans, mais qui a aussi été provoqué par une question, posée à la fin du Deuxième Colloque Jacques Lacan en novembre 2011 : « Les pères aujourd’hui ».
Notre groupe est vivant, respirant et changeant. Cette dernière année qui a suivi le Colloque ”Les pères aujourd’hui” en témoigne. Nous avons travaillé dans le laboratoire interdisciplinaire ”L’enfant et ses symptômes” sur le thème : ” L’angoisse des mères et les réponses des enfants ” ; nous avons traduit des textes de Jacques-Alain Miller et d’autres articles, liés au thème Mère/Femme ; nous nous sommes rencontrés plusieurs fois à Sofia, Roussé, Gabrovo, Sliven, Shoumen, Veliki Preslav, Novi Pazar, pour discuter des cas cliniques et des textes, liés à la préparation de ces Premières journées de travail.  Ainsi, avons-nous préparé le thème final pour ces premières journées de travail, l’argument, le programme et 14 exposés, dont celui de Anne Lysy, qui nous a accompagnés pendant toute cette année avec Yves Vanderveken et Bernard Seynhaeve. Cela a été une année d’un véritable travail de collaboration avec la NLS. Pour la préparation et la réalisation de ces journées, ont contribué non seulement les membres du Conseil d’administration, mais aussi la plupart des membres de la Société Bulgare de Psychanalyse Lacanienne, ainsi que des collègues externes avec qui nous travaillons et des bénévoles. Au cours du travail et la réalisation de ces journées, de nouveaux membres se sont joints, ce qui rend notre groupe encore plus vivant.   

Quelles étaient les questions soulevées lors de ces Journées de travail et comment avons-nous tenté d’y répondre ?
” Pourquoi une femme veut-elle laisser son futur enfant à l’État au moment où son partenaire refuse d’être le père de cet enfant ?”, ” Pourquoi une jeune femme, qui a donné ses bons soins à ses frères et sœurs, n’arrive-t-elle pas à faire pareil pour son propre enfant ? ”, ” Pourquoi certaines femmes changent-elles après l’accouchement et n’arrivent-elle pas à être tendres avec leurs bébés ?”; “Pourquoi d’autres femmes se comportent-elles comme si, avec l’arrivée de leur bébé, elles ont eu tout ce qu’elles ont toujours souhaité avoir, au point qu’elles cessent de s’intéresser à leurs maris et au monde qui les entoure ?”
La liste des questions est bien longue. Ce qui en témoigne, c’est l’effort que le sujet est amené à faire lorsqu’il doit parcourir le chemin de femme à mère. La liste de ces questions, ainsi que toute notre expérience acquise à travers les années, témoignent qu’être femme, ce n’est pas une donnée anatomique, mais que cela passe à travers l’épreuve du ”devenir femme”. Pour être mère, ce n’est pas non plus une donnée, ni un réflexe anatomique. Pour faire le chemin de fille à femme, ce n’est pas du tout facile parce qu’il faut trouver seule les réponses à certaines questions – on ne peut pas les recevoir de sa mère, elles ne se transmettent pas d’une génération à l’autre.
   
Bernard Seynhaeve à la fin des Journées a d’ailleurs souligné que toute la question consiste en la façon dont le réel peut être subjectivé. La présentation des cas cliniques de beaucoup de femmes et filles en témoignent. L’amoureuse Fanny par exemple va jusqu’au crime, tout comme Médée, ” le moment Médée ” a dit Anne Lysy dans son commentaire. Puisque le réel qui surgit l’identifie au déchet de l’homme qu’elle aime. La question soulevée par Evguenii Guenchev a été très intéressante aussi – comment les hommes arrivent-ils à se débrouiller avec les femmes folles amoureuses d’eux. Certains s’enfuient, d’autres comme Eredia finissent par la mort.

Nous avons donc vu, souligné à juste titre par Bernard Seynhaeve, que le réel peut surgir dans le corps, comme pendant la grossesse qui fait vaciller le sujet femme. Par exemple, Adriana est prise par l’angoisse au moment où sa féminité est mise à mal, alors elle demande de l’aide à sa mère. Nous avons entendu aussi d’autres cas qui traitent la question de ” comment être fille à une mère et à une femme, fille à un père, comment en tant que fille le sujet peut s’inscrire dans la génération des femmes ”.

À travers ces cas cliniques, nous avons pu faire la distinction entre le symptôme hystérique et les questions qui sont liées à la féminité, questions au-delà de la structure. Nous avons vu dans les cas où il est question du symptôme hystérique, qu’il y a quelque chose qui a affaire avec les générations, quelque chose qui se transmet d’une génération à l’autre.
D’autre part, il est impossible de dire La Femme. Ceci relève du trou dans notre savoir. Une des séquences des Journées y a été consacrée, notamment à la question de la féminité dans la position subjective.
Nous avons vu que la subjectivation du réel de l’enfant mis au monde se présente de façons bien différentes. Grâce aux cas présentés sur ce thème, nous avons eu la possibilité de mieux comprendre les deux « Notes sur l’enfant » de Lacan, plus précisément là où Lacan dit que l’enfant incarne l’objet du fantasme de la mère. Bernard Seynhaeve, lors de la conclusion, a soulevé un point qui illustre bien l’esprit de ces Journées : ” Nous avons entendu des choses bizarres. Un médecin qui dit que cela peut arriver avec tous les bébés, d’un coup ils commencent à téter. Néanmoins ceci est loin d’être la thèse de Théodora Pavlova. Ce qu’elle énonce paraît bizarre aussi – l’enfant a un inconscient. Suite à ça, il y a un désir, et elle nous le démontre ”.
Yves Vanderveken, non sans raison, a rajouté que ” la question liée au fait que l’enfant ait un inconscient, est une question éthique. Puisqu’il y a de l’inconscient, il y a du désir. D’autres cas l’ont démontré, notamment celui de Vessela Banova, qui a soulevé à travers le travail analytique la question de comment faire pour que l’inconscient puissent naître. Nous avons vu que ce pari, de par son essence éthique et l’acte qui devrait le soutenir, donnent des résultats ».
   
Les Journées de travail étaient très intéressantes, les cas cliniques présentés très riches aussi. Nous sommes loin de l’idée d’avoir fait le tour de toutes les questions soulevées, mais nous avons fait germer les graines.






SOCIÉTÉ
HELLÉNIQUE – NLS


Séminaire
Nouages à Athènes


Samedi,
le 22 septembre 2012


Rapport


Par
Despina Karagianni


Dominique
Holvoet,
président de la NLS, était l’intervenant principal du
séminaire
Nouages qui a eu lieu à Athènes le 22 septembre 2012.


Sa
présentation était
une introduction permettant d’orienter nos travaux en vue
du XIe
Congrès de la NLS qui aura lieu à Athènes, les 18 et 19
mai 2013.


Dominique
Holvoet a fait
le lien entre le congrès précédent (Lire un symptôme)
et
le prochain (dont le titre provisoire était : La
Psychanalyse et le sujet psychotique : De l’invention
forcée
à la croyance au symptôme 
;
et le titre définitif est :
Le sujet
psychotique à
l’époque
Geek :
typicité
et inventions symptomatiques).


Les points
principaux de
sa présentation se résument ainsi :


L’articulation
des deux
termes, Psychanalyse et Psychose doit être effectuée sur
la base
d’un renversement de perspective dans la psychanalyse qui
émerge
dans une série de substitutions.


La première
concerne la
substitution du terme d’« interprétation » par celui
de « lecture » du symptôme et est exprimée à travers
un déplacement de la clinique vers une nouvelle
orientation
« Au-delà du sens », au niveau de la matérialité de la
lettre.


Une
nouvelle substitution par le terme de « constat » vient
viser la marque du signifiant sur le corps. Cette marque
concerne le
moment mythique où le signifiant percute le corps
1.


Nos
travaux « 
vers Athènes » vont
prendre la forme d’une enquête autour de la question
suivante :
quelles sont les conséquences d’un tel renversement de
perspective
au sujet de la psychose ?



La
psychanalyse n’envisage pas la psychose comme une
catégorie
distincte, mais elle s’intéresse à la manière dont
chaque sujet,
s’appuyant sur son symptôme, s’insère dans la
civilisation.
Cette insertion présuppose, d’une part, la capacité de
l’usage
d’une langue commune qui garantit le lien social, et,
d’autre
part, une langue privée constituée par l’écriture du
symptôme
2


Chez Freud,
l’universalité de l’Œdipe était posée comme un « appareil
civilisateur » qui réglait les jouissances à l’aide de
l’interdiction. À cette époque la figure paternelle avait
déjà
commencé à s’ébranler. La psychanalyse se déplace alors de
la
dimension du conflit psychique vers l’enveloppe
formelle
du symptôme
comme mode de traitement de la pulsion.


Pendant la
période
classique de Lacan, la valeur symbolique de la figure
paternelle est
relevée. La fonction de la métaphore paternelle règle la
jouissance et stabilise les significations en leur donnant
une valeur
phallique. L’échec de cette fonction fait que le sujet ne
peut pas
trouver refuge dans la langue pour régler les phénomènes
de
jouissance. Les conséquences qui en résultent agissent non
seulement sur le corps mais sur le code même de la langue,
en le
transformant en un néo-code.


Jacques-Alain
Miller
pointe une deuxième métaphore dans laquelle la figure
paternelle
donne sa place au Nom-du-Père, un signifiant qui peut être
remplacé
par d’autres signifiants maîtres. La psychose est
caractérisée
par une jouissance qui n’arrive pas à passer « toute »
sous le régime du Nom-du-Père. Lacan la nomme « non
négativable ».


On
remarque donc que l’Autre de la deuxième métaphore
n’est pas de
l’ordre du Un, il est au contraire barré,
inconsistant. Lacan
propose l’écriture :

, un mathème
3
qui peut également s’écrire ainsi :
Α
barré

/ –
φ.
Dominique Holvoet propose une écriture plus simplifiée
du A barré
/
φ :
A barré / j.


Nous
passons du Nom-du-Père comme Autre consistant à sa
pluralité. Par
conséquent, il y a plusieurs façons de significantiser
la
jouissance, et non pas uniquement la façon paternelle.
Alors que
chez le Lacan classique, le traitement du réel se
faisait à partir
du signifiant, ce traitement est désormais attendu de
l’ensemble
du champ de la langue. En fait il semblerait que ce
soit le réel qui
traite le signifiant, une constatation qui conduira
Lacan à faire de
la langue un
organe.
Dans
l’
Étourdit
nous lisons : « du fait qu’un animal à stabitat qu’est
le
langage, que d
e
labiter, c’est aussi bien ce qui pour son corps fait
organe –
organe qui pour ainsi lui ex-sister, le détermine de
sa fonction, ce
dès avant qu’il la trouve. C’est même de là qu’il est
réduit
à trouver que son corps n’est pas sans autres organes,
et que leur
fonction à chacun, lui fait problème, – ce dont le dit
schizophrène
se spécifie d’être pris sans le secours d’aucun
discours
établi. »
4


Dans la
mesure où
l’Autre n’existe pas, cet Autre n’est donc qu’une
invention.
Une cure psychanalytique consiste en cette invention. La
psychanalyse
ne concerne plus la production de significations, mais
plutôt une
réconciliation avec notre langue privée, avec l’Autre que
nous
avons inventé. Le sujet est poussé à faire de la langue
son
instrument, à bricoler.


On
pourrait résumer ainsi les deux périodes de Lacan –
 de
la première à la deuxième métaphore :




Lacan
classique – 1ère métaphore

Question préliminaire à
tout traitement possible de la psychose

Dernier
Lacan – 2e métaphore

Subversion du sujet et
dialectique du désir

Interprétation

Désir

Constat

Jouissance

Le Réel est
réglé par :

Le
Signifiant

Le
signifiant est réglé par :

La Lettre

Le Réel

L’Ordre
symbolique

Les
Discours

Le Bricolage

Le
Semblant

Le Symptôme


La
croyance au symptôme,
une formulation d’Éric Laurent, concerne une invention
forcée.
Cependant, tous les sujets ne disposent pas des discours
établis
pour appuyer leur invention. Dominique Holvoet pose une
série de
questions
qui doivent être
considérées
en vue de notre recherche sur la psychose : dans quelle
mesure
doit-on croire à son symptôme pour que celui-ci puisse
fonctionner ? Qu’en est-il du Nom-du-Père dans la psychose
ordinaire, un cas de psychose dont il s’agit de tirer les
leçons
sans la généraliser pour tous ? Comment se transforme le
Nom-du-Père chez le sujet contemporain ? Enfin, comment le
Nom-du-Père continue de fonctionner alors qu’il est plus
ordinaire?



Le rôle du
psychanalyste
est fondamental : il doit constituer une borne à l’errance
du
sujet psychotique. Tandis que le psychanalyste a perçu
l’inexistence
de l’Autre, il s’en sert comme instrument. Dominique
Holvoet
conclut que, dans une analyse, il ne s’agit pas de tuer le
père
– cela ne conduirait absolument pas à la mort de la
libido.
Ce que Lacan appelait « psychanalyse pure » demande tout
d’abord la réduction du père à la dimension du semblant
et, par
la suite, faire de même pour le discours de l’analysant.
Ceci mène
à une invention qui constitue la dignité d’un symptôme
irréductible.


_________________________________________________________________


Dans la
partie clinique
du Séminaire, Zvili Cohen, psychologue, membre du GIEP
(Israël) de
la NLS, a présenté le premier cas clinique, avec le titre
« Trop
peu, trop tard – traces du temps ».


Il s’agit
d’une femme
dont le symptôme principal est sa difficulté à gérer et à
calculer le temps. Être la fille aux yeux de sa mère
constituait
une sorte de compensation imaginaire pour elle. Après la
mort de sa
mère, un chien a pris la place du substitut phallique et
de cette
manière une stabilité rudimentaire a été obtenue. Après la
mort
du chien, la patiente a commencé à souffrir de quelque
chose
qu’elle appelait une « dépression ». Des années
après, quand elle a été confrontée à la mort de son
deuxième
chien ainsi qu’à son incapacité d’être mère, elle a
commencé
une psychothérapie.


Tout au long
de sa vie le
sujet était submergé par la jouissance du « mort-vivant ».
Elle oscillait. Son rapport symptomatique avec le
temps est
lié à sa rivalité avec sa belle-mère, la présence de
laquelle
cause une sorte d’hémorragie de l’héritage maternel et par
conséquent du sujet lui-même. Il semble que le
psychanalyste
fonctionne comme un pilier pour le sujet. Les
séances
prennent le statut d’une ponctuation dans l’oscillation
dans le
temps.


___________________________________________________________________


Le deuxième
cas clinique
portant le titre « Ulysse ou l’artiste et son
objet
 » a été présenté par Hélène Molari,
psychiatre,
praticien hospitalier à l’Hôpital psychiatrique d’Attique
et
membre de la Société hellénique de la NLS. Dans ce cas, il
s’agissait d’un sujet maniaque qui avait été hospitalisé
et
était suivi par la thérapeute depuis son hospitalisation.


Hélène Molari
a d’abord
esquissé la phénoménologie du cas clinique selon
Kraepelin. Par la
suite, elle a présenté la construction de la problématique
subjective par rapport à l’objet selon Lacan.


Le sujet
était stabilisé
jusqu’à l’âge de 40 ans ayant comme soutiens imaginaires
son
père et son art puisqu’il était scénographe et peintre.
L’invasion de la technologie digitale dans le champ de
l’art
ainsi qu’une certaine confrontation avec son père, ont été
un
coup pour lui et l’ont amené à dévaloriser les seules
solutions
qu’il avait.


Dans ce cas
clinique,
l’échec de l’objet a à condenser la jouissance,
laisse
le sujet exposé à une interminable métonymie de la chaîne
signifiante et à une excitation sans limites du corps. Le
thérapeute, étant l’Autre qui n’exige pas mais garantit
l’ordre
des choses, accompagne le sujet dans son effort à créer un
sinthome
de sorte que le signifiant et la jouissance arrivent à
coexister
dans le lien social. Du moment que le sujet a à sa
disposition un
répertoire d’objets réels, la création artistique
fonctionne de
façon à limiter la jouissance à travers la ponctuation
d’une
nomination.



Bibliographie
française

Lacan
J., « Question préliminaire à tout traitement possible de
la
psychose » (1958), Écrits, Paris, 1966, p. 557.

Lacan
J., « Subversion du sujet et dialectique du désir »,
Écrits, Paris, 1960, p. 819.

Miller
J.-A., « L’invention psychotique », Quarto no
80/81, 2004, p. 6-13.


Bibliographie
anglaise

Lacan,
J., (2006). On a Question Prior to Any Possible
Treatment of
Psychosis (1958).
Ecrits. Norton, pp.
464.


Lacan, J.,
(2006).
The Subversion of the Subject and the Dialectic of Desire
(1960).
Ecrits. Norton, pp. 694.

1 Le corps doit être conçu ici comme un
ensemble d’organes dont la fonction est à trouver.


2 Le symptôme est à entendre comme lien social
alternatif.


3 Lacan J., « Subversion du sujet et
dialectique du désir »,
Écrits, éd. du
Seuil, Paris, 1960, p. 819


4 Lacan J.,
« L’étourdit »,
Autres Ecrits, éd. du
Seuil, Paris, 2001, p. 474.







SOCIÉTÉ
HELLÉNIQUE – NLS


Séminaire
Nouages à Athènes


Samedi,
le 22 septembre 2012


Rapport


Par
Despina Karagianni


Dominique
Holvoet,
président de la NLS, était l’intervenant principal du
séminaire
Nouages qui a eu lieu à Athènes le 22 septembre 2012.


Sa
présentation était
une introduction permettant d’orienter nos travaux en vue
du XIe
Congrès de la NLS qui aura lieu à Athènes, les 18 et 19
mai 2013.


Dominique
Holvoet a fait
le lien entre le congrès précédent (Lire un symptôme)
et
le prochain (dont le titre provisoire était : La
Psychanalyse et le sujet psychotique : De l’invention
forcée
à la croyance au symptôme 
;
et le titre définitif est :
Le sujet
psychotique à
l’époque
Geek :
typicité
et inventions symptomatiques).


Les points
principaux de
sa présentation se résument ainsi :


L’articulation
des deux
termes, Psychanalyse et Psychose doit être effectuée sur
la base
d’un renversement de perspective dans la psychanalyse qui
émerge
dans une série de substitutions.


La première
concerne la
substitution du terme d’« interprétation » par celui
de « lecture » du symptôme et est exprimée à travers
un déplacement de la clinique vers une nouvelle
orientation
« Au-delà du sens », au niveau de la matérialité de la
lettre.


Une
nouvelle substitution par le terme de « constat » vient
viser la marque du signifiant sur le corps. Cette marque
concerne le
moment mythique où le signifiant percute le corps
1.


Nos
travaux « 
vers Athènes » vont
prendre la forme d’une enquête autour de la question
suivante :
quelles sont les conséquences d’un tel renversement de
perspective
au sujet de la psychose ?



La
psychanalyse n’envisage pas la psychose comme une
catégorie
distincte, mais elle s’intéresse à la manière dont
chaque sujet,
s’appuyant sur son symptôme, s’insère dans la
civilisation.
Cette insertion présuppose, d’une part, la capacité de
l’usage
d’une langue commune qui garantit le lien social, et,
d’autre
part, une langue privée constituée par l’écriture du
symptôme
2


Chez Freud,
l’universalité de l’Œdipe était posée comme un « appareil
civilisateur » qui réglait les jouissances à l’aide de
l’interdiction. À cette époque la figure paternelle avait
déjà
commencé à s’ébranler. La psychanalyse se déplace alors de
la
dimension du conflit psychique vers l’enveloppe
formelle
du symptôme
comme mode de traitement de la pulsion.


Pendant la
période
classique de Lacan, la valeur symbolique de la figure
paternelle est
relevée. La fonction de la métaphore paternelle règle la
jouissance et stabilise les significations en leur donnant
une valeur
phallique. L’échec de cette fonction fait que le sujet ne
peut pas
trouver refuge dans la langue pour régler les phénomènes
de
jouissance. Les conséquences qui en résultent agissent non
seulement sur le corps mais sur le code même de la langue,
en le
transformant en un néo-code.


Jacques-Alain
Miller
pointe une deuxième métaphore dans laquelle la figure
paternelle
donne sa place au Nom-du-Père, un signifiant qui peut être
remplacé
par d’autres signifiants maîtres. La psychose est
caractérisée
par une jouissance qui n’arrive pas à passer « toute »
sous le régime du Nom-du-Père. Lacan la nomme « non
négativable ».


On
remarque donc que l’Autre de la deuxième métaphore
n’est pas de
l’ordre du Un, il est au contraire barré,
inconsistant. Lacan
propose l’écriture :

, un mathème
3
qui peut également s’écrire ainsi :
Α
barré

/ –
φ.
Dominique Holvoet propose une écriture plus simplifiée
du A barré
/
φ :
A barré / j.


Nous
passons du Nom-du-Père comme Autre consistant à sa
pluralité. Par
conséquent, il y a plusieurs façons de significantiser
la
jouissance, et non pas uniquement la façon paternelle.
Alors que
chez le Lacan classique, le traitement du réel se
faisait à partir
du signifiant, ce traitement est désormais attendu de
l’ensemble
du champ de la langue. En fait il semblerait que ce
soit le réel qui
traite le signifiant, une constatation qui conduira
Lacan à faire de
la langue un
organe.
Dans
l’
Étourdit
nous lisons : « du fait qu’un animal à stabitat qu’est
le
langage, que d
e
labiter, c’est aussi bien ce qui pour son corps fait
organe –
organe qui pour ainsi lui ex-sister, le détermine de
sa fonction, ce
dès avant qu’il la trouve. C’est même de là qu’il est
réduit
à trouver que son corps n’est pas sans autres organes,
et que leur
fonction à chacun, lui fait problème, – ce dont le dit
schizophrène
se spécifie d’être pris sans le secours d’aucun
discours
établi. »
4


Dans la
mesure où
l’Autre n’existe pas, cet Autre n’est donc qu’une
invention.
Une cure psychanalytique consiste en cette invention. La
psychanalyse
ne concerne plus la production de significations, mais
plutôt une
réconciliation avec notre langue privée, avec l’Autre que
nous
avons inventé. Le sujet est poussé à faire de la langue
son
instrument, à bricoler.


On
pourrait résumer ainsi les deux périodes de Lacan –
 de
la première à la deuxième métaphore :




Lacan
classique – 1ère métaphore

Question préliminaire à
tout traitement possible de la psychose

Dernier
Lacan – 2e métaphore

Subversion du sujet et
dialectique du désir

Interprétation

Désir

Constat

Jouissance

Le Réel est
réglé par :

Le
Signifiant

Le
signifiant est réglé par :

La Lettre

Le Réel

L’Ordre
symbolique

Les
Discours

Le Bricolage

Le
Semblant

Le Symptôme


La
croyance au symptôme,
une formulation d’Éric Laurent, concerne une invention
forcée.
Cependant, tous les sujets ne disposent pas des discours
établis
pour appuyer leur invention. Dominique Holvoet pose une
série de
questions
qui doivent être
considérées
en vue de notre recherche sur la psychose : dans quelle
mesure
doit-on croire à son symptôme pour que celui-ci puisse
fonctionner ? Qu’en est-il du Nom-du-Père dans la psychose
ordinaire, un cas de psychose dont il s’agit de tirer les
leçons
sans la généraliser pour tous ? Comment se transforme le
Nom-du-Père chez le sujet contemporain ? Enfin, comment le
Nom-du-Père continue de fonctionner alors qu’il est plus
ordinaire?



Le rôle du
psychanalyste
est fondamental : il doit constituer une borne à l’errance
du
sujet psychotique. Tandis que le psychanalyste a perçu
l’inexistence
de l’Autre, il s’en sert comme instrument. Dominique
Holvoet
conclut que, dans une analyse, il ne s’agit pas de tuer le
père
– cela ne conduirait absolument pas à la mort de la
libido.
Ce que Lacan appelait « psychanalyse pure » demande tout
d’abord la réduction du père à la dimension du semblant
et, par
la suite, faire de même pour le discours de l’analysant.
Ceci mène
à une invention qui constitue la dignité d’un symptôme
irréductible.


_________________________________________________________________


Dans la
partie clinique
du Séminaire, Zvili Cohen, psychologue, membre du GIEP
(Israël) de
la NLS, a présenté le premier cas clinique, avec le titre
« Trop
peu, trop tard – traces du temps ».


Il s’agit
d’une femme
dont le symptôme principal est sa difficulté à gérer et à
calculer le temps. Être la fille aux yeux de sa mère
constituait
une sorte de compensation imaginaire pour elle. Après la
mort de sa
mère, un chien a pris la place du substitut phallique et
de cette
manière une stabilité rudimentaire a été obtenue. Après la
mort
du chien, la patiente a commencé à souffrir de quelque
chose
qu’elle appelait une « dépression ». Des années
après, quand elle a été confrontée à la mort de son
deuxième
chien ainsi qu’à son incapacité d’être mère, elle a
commencé
une psychothérapie.


Tout au long
de sa vie le
sujet était submergé par la jouissance du « mort-vivant ».
Elle oscillait. Son rapport symptomatique avec le
temps est
lié à sa rivalité avec sa belle-mère, la présence de
laquelle
cause une sorte d’hémorragie de l’héritage maternel et par
conséquent du sujet lui-même. Il semble que le
psychanalyste
fonctionne comme un pilier pour le sujet. Les
séances
prennent le statut d’une ponctuation dans l’oscillation
dans le
temps.


___________________________________________________________________


Le deuxième
cas clinique
portant le titre « Ulysse ou l’artiste et son
objet
 » a été présenté par Hélène Molari,
psychiatre,
praticien hospitalier à l’Hôpital psychiatrique d’Attique
et
membre de la Société hellénique de la NLS. Dans ce cas, il
s’agissait d’un sujet maniaque qui avait été hospitalisé
et
était suivi par la thérapeute depuis son hospitalisation.


Hélène Molari
a d’abord
esquissé la phénoménologie du cas clinique selon
Kraepelin. Par la
suite, elle a présenté la construction de la problématique
subjective par rapport à l’objet selon Lacan.


Le sujet
était stabilisé
jusqu’à l’âge de 40 ans ayant comme soutiens imaginaires
son
père et son art puisqu’il était scénographe et peintre.
L’invasion de la technologie digitale dans le champ de
l’art
ainsi qu’une certaine confrontation avec son père, ont été
un
coup pour lui et l’ont amené à dévaloriser les seules
solutions
qu’il avait.


Dans ce cas
clinique,
l’échec de l’objet a à condenser la jouissance,
laisse
le sujet exposé à une interminable métonymie de la chaîne
signifiante et à une excitation sans limites du corps. Le
thérapeute, étant l’Autre qui n’exige pas mais garantit
l’ordre
des choses, accompagne le sujet dans son effort à créer un
sinthome
de sorte que le signifiant et la jouissance arrivent à
coexister
dans le lien social. Du moment que le sujet a à sa
disposition un
répertoire d’objets réels, la création artistique
fonctionne de
façon à limiter la jouissance à travers la ponctuation
d’une
nomination.



Bibliographie
française

Lacan
J., « Question préliminaire à tout traitement possible de
la
psychose » (1958), Écrits, Paris, 1966, p. 557.

Lacan
J., « Subversion du sujet et dialectique du désir »,
Écrits, Paris, 1960, p. 819.

Miller
J.-A., « L’invention psychotique », Quarto no
80/81, 2004, p. 6-13.


Bibliographie
anglaise

Lacan,
J., (2006). On a Question Prior to Any Possible
Treatment of
Psychosis (1958).
Ecrits. Norton, pp.
464.


Lacan, J.,
(2006).
The Subversion of the Subject and the Dialectic of Desire
(1960).
Ecrits. Norton, pp. 694.

1 Le corps doit être conçu ici comme un
ensemble d’organes dont la fonction est à trouver.


2 Le symptôme est à entendre comme lien social
alternatif.


3 Lacan J., « Subversion du sujet et
dialectique du désir »,
Écrits, éd. du
Seuil, Paris, 1960, p. 819


4 Lacan J.,
« L’étourdit »,
Autres Ecrits, éd. du
Seuil, Paris, 2001, p. 474.






XVIIIème séminaire du Champ freudien en
Ukraine

« Qu’est-ce qui angoisse ? » (II)

sur thème : De l’angoisse à l’objet a

à KIEV

8 et 9 décembre 2012


Enseignant du Champ
Freudien : Philippe Stasse

Membre
de l’AMP, de l’ECF et de la NLS, enseignant de la section
clinique à Bruxelles, psychologue et psychanalyste à Namur
(Belgique), vice-président du groupe du Champ freudien –
Ukraine

1 –
   Exposé de Ph. Stasse

Argument :

Dans

la deuxième moitié du Séminaire X, J. Lacan nous
introduit à l’angoisse comme voie d’accès au réel et à l’objet
a. Relisant la butée de l’analyse freudienne sur
l’angoisse de castration, il s’applique à une révision du
concept de l’objet à partir d’une nouvelle structure du
manque. Celle-ci passe par la coupure, la séparation d’un
reste non signifiable, l’objet a.

Il arrache ainsi le statut de
l’objet au signifiant. a devient alors bout de réel
qui donne corps à la jouissance. La séparation anatomique liée
au fait biologique éclaire d’un jour nouveau la castration.
Désormais, l’objet a contient en lui-même la
castration.

Objet-cause du désir, il se
situe en-deçà de celui-ci dans la béance qui sépare le désir
de la jouissance. Objet séparé du corps, irréductible à la
symbolisation, il est ce reste qui se détache dans le rapport
du sujet à l’Autre.

2 –    Discipline
du Commentaire

L’exercice de disciplinaire
du commentaire portera sur l’extrait suivant page 347 dans
l’édition russe et page 323 dans la version française du Séminaire

X:

« Dans tout avènement du a
comme tel, l’angoisse apparaît en fonction de son rapport
au désir de l’Autre, mais son rapport au désir du sujet, quel
est-il ? Il est situable sous la formule que j’ai avancée en
son temps en vous disant que a n’est pas l’objet du
désir que nous cherchons à révéler dans l’analyse, il en est
la cause. »

Les exposés de discipline du
commentaire s’appuieront ce qui fait le nœud des trois
chapitres suivants :

chapitre XII sur la position
perverse et sa différence d’avec la névrose

chapitre XIV : en quoi la
femme peut être dite « plus vraie et plus réelle »

chapitre XXIII : la
constitution du désir chez l’obsessionnel.

3-
Exposés de cas cliniques, et discussions

Ils seront
comme habituellement présentés par des participants du
Séminaire et articulés à la partie théorique.

Bibliographie* :

Lacan

J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse,
Paris, Le Seuil, 2004.

Freud

S., Inhibition, symptôme, angoisse, Paris, PUF,
1973.

Miller

J.-A., « Introduction à la lecture du Séminaire L’angoisse

de Jacques Lacan », La Cause freudienne, n° 58 et 59,
Paris, Navarin, 2005.

*La liste de la littérature pour la lecture
est présentée aussi dans la traduction et les éditions
russes





Information

et inscription:



Enregistrement au

séminaire: le

8 décembre du 9h au 9h30

Horaire : de
9h30 à 17h30 –
samedi,

de 9h à 15h00 – dimanche

Participation
aux frais
 : 400
grivnas. Tarif étudiant : 200 grivnas

La place
du séminaire : Salle de conférence
« Petit » dans l’hôtel « Turist », 2 rue R.
Okipnoi



Nouvelles du Champ Freudien Ukraine“; champfreudienukraine@gmail.com; Irina Rymar <rymaririna@ukr.net> +380502925757; Nataliya Mezina nvmezina@gmail.com +380958084818; Sergei Ponomarev posev@ukr.net +380673052998 ; Alexey Melikhov melikhovalexey@gmail.com +380669575612; Alena Samoilova <esamoylova@yandex.ua> +380675072014; Yuri Volnykh yuravolf@newmail.ru +380506248404