Qu'appelons-nous « événement de corps » ?

"L’écriture est une trace où se lit un effet de langage"
— Lacan, XX, 110



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Daniel Roy
Qu'appelons-nous « événement de corps » ?

Cette expression « événement de corps » comme définissant le symptôme se trouve dans le texte que Lacan a donné pour les Actes du Symposium Joyce en 1975, sous le titre de « Joyce le symptôme ». Voici ce passage : « Laissons le symptôme à ce qu’il est : un événement de corps, lié à ce que : l’on l’a, l’on l’a de l’air, l’on l’aire, de l’on l’a. Ça se chante à l’occasion et Joyce en s’en prive pas »[1]. Pourquoi Lacan nous demande-t-il de « laisser le symptôme à ce qu’il est » ? Au plus simple, cela s’entend comme une recommandation à ne pas séparer le symptôme, dans son « être », de « l’avoir » du corps qui caractérise l’homme : le corps ne tiendrait-il donc qu’avec l’appui du symptôme ? Et le symptôme, lui, ne devrait-il donc plus être considéré sans son « accroche » au corps ?
Une première réponse à ces questions n’est-elle incluse dans la phrase elle-même ? Lacan y indique en effet que le symptôme « ça se chante à l’occasion », sur le mode hors-sens de la ritournelle enfantine. Dans la grande obsession de l’homme aux rats, dans les symptômes corporels de Dora et des premières hystériques « freudiennes », dans les compulsions de l’homme aux loups, dans la phobie des chevaux du petit Hans, pourrions-nous donc entendre une « petite chanson » qui en constitue l’os ? Il me semble que Lacan nous invite là à nous déprendre, comme analystes, de l’appel au sens exercé par la chaîne signifiante en tant que telle, pour accueillir le joui-sens du symptôme comme la petite ritournelle du corps parlant, l’air que l’on a dans l’oreille et qui insiste sans raison, mais pas sans résonances, l’air qui fait notre aire (notre assise) et notre erre (notre errance). La petite chanson qui guide notre existence.
 
Quel corps ?

Si nous partons du corps tel que Lacan l’aborde de façon absolument renouvelée dans ce texte contemporain du séminaire, Livre XXIII, Le sinthome[2], nous sommes frappés par l’affirmation répétée plusieurs fois dans ce texte que « l’homme a un corps et n’en a qu’un », mais une répétition qui s’appuie sur l’extraterritorialité entre parole et écriture, dont Lacan démontre l’efficacité en usant de l’écriture phonétique de cette phrase (« LOM, LOM de base, LOM cahun corps et nan-na Kun »[3]). En effet il opère en faisant ceci un morcellement du sens, qui fait littéralement exploser notre pente à comprendre cette phrase et à la transformer en banalité. En énonçant cette phrase Lacan réalise en acte ce qu’il dit, il crée un « événement de corps », c’est-à-dire un événement de discours qui est en même temps événement de jouissance, en lui faisant faire « le bond du sens »[4]  – qui s'oppose ici au « bon sens » – tout en se servant des mêmes mots. Il donne par là le modèle de l’interprétation : faire surgir avec les mêmes vieux mots, en « les chiffonnant » un peu, leur valeur de joui-sens. Il le réalise parce qu’il réussit à lier ensemble ce qu’il a produit tout au long de son enseignement comme sens-joui à propos du corps, à savoir la construction de trois corps relevant de « trois ordres » : imaginaire, symbolique et réel. Une phrase de ce texte les réunit pour bien faire entendre que l’homme n’a qu’un corps : ce qui en témoigne, dit-il, c’est « le fait qu’il jaspine pour s’affairer de la sphère, dont se faire un escabeau »[5]. Il est ici très important pour nous de saisir cette insistance de Lacan, pour la raison suivante : ce qu’il définit comme symptôme, c’est ce qui arrive (l’événement) à ce corps là et LOM n’a que ça, ce un-corps, n’a pas d’autres ressources que cela pour s’y reconnaître dans ce qui lui arrive.
A la question « Qu’as-tu? », qui sert au sujet à « s’interroger fictivement », mais qui nous met sur la voie, il n’y a qu’une réponse : « j’ai ça… ». Illustrons le simplement : qu’as-tu à pleurer, à crier, à faire la tête, à t’angoisser…? A cela, le sujet ne peut répondre qu’en déclinant un phénomène du corps imaginaire (anatomique, physiologique), ou un phénomène du corps symbolique (de la mentalité, du psychisme), ou un phénomène qui relève du réel du corps (ce qui le traverse, ce à quoi il se heurte, ce qu’il n’arrive pas à dire), c’est-à-dire qu’il répond avec du savoir prélevé dans les discours courants, et s’il est en analyse, il répond avec l’inconscient. Ces divers phénomènes de corps ne s’enregistrent comme « événements de corps » qu’en tant qu’ils adviennent au corps que l’on a comme un. Pris dans d’autres discours qui les maîtrisent, ils ne peuvent trouver leur valeur d’événement. Ils sont événements, sans Autre, en tant qu’ils se disent dans la cure, car c’est dans ce dire que se révèle leur valeur de jouissance, en un éclair. C’est en tant qu’ils se disent que s’enregistre pour celui qui parle, et pour l’analyste, le « taux de corps »[6]  qu’ils charrient à l’insu du sujet : c’est le sujet hystérique qui fait saisir cela, elle/lui qui accommode sur ce symptôme-là chez l’autre, qui perçoit ça sur un autre corps. Mais c’est ce qui fait son drame, en tant qu’elle/il cherche ainsi à s’extraire de ce qui, à la fin de son enseignement, apparaît à Lacan comme la seule limite à laquelle l’homme a à faire, son corps, limite qui est aussi sa seule responsabilité.
 
Trois expériences du corps

1 – « La sphère » ou les effets de la langue sur le corps imaginaire
La sphère, c’est ce à quoi Lacan réduit le corps imaginaire à la fin de son enseignement, ce corps qui, dans le « Stade du miroir », est appelé à s’identifier comme une unité, une image où l’homme se reconnaît, là où il est vu par l’autre qui l’accueille. Mais dans ce mouvement même où l’image unifie les morceaux du corps pulsionnel, jusque-là épars, cette image, le corps imaginaire, lui dérobe son être, et le livre à toutes les prises imaginaires (rivalité, jalousie, concurrence). Ainsi quand le corps se constitue comme image, il n’existe plus comme corps vivant, voilà ce que dit le stade du miroir, et la marque du vivant s’inscrit dans ce corps-là comme manque, désigné par Lacan comme phallus imaginaire. Les effets subjectifs de la langue sur la consistance imaginaire du corps sont doubles : d’une part le narcissisme, terme freudien, auquel Lacan va substituer celui « d’adoration », d’autre part tous les termes qui, dans une langue, désignent ce qui manque à une image pour être complète : « un défaut », « un dommage », mais cela peut aller jusqu’au trou dans cette consistance, en empruntant les trous anatomiques. Donc, deux effets de la langue sur le corps imaginaire : 1) l’adoration du corps ; 2) le manque sous toutes ses formes imaginaires.
Ce qui fait défaut ne s’enregistre pas uniquement comme un « en moins » mais à l’occasion comme un « en trop ». Ainsi pouvons-nous ajouter un troisième effet : 3) ce qui fait tache, tache physique ou tache morale.
 
2 – Les effets de la langue sur le corps décerné par le symbolique
 C’est fondamentalement un corps mortifié par la langue, là où le sujet est représenté par un signifiant pour un autre signifiant ; c’est le corps de la sépulture antique, entouré des divers biens d’usage et d’échange, voire des autres corps sur lesquels il avait droit de jouissance. Notons ici que ces objets de jouissance ne fondent en rien la jouissance comme absolue, mais au contraire comme bornée, limitée : « voici quel est l’empan possible des jouissances pour un homme, fût-il le plus puissant parmi les hommes ! ». Dans cette perspective, celle du corps décerné par le langage, la marque du vivant est une marque de division qui frappe le sujet, de son vivant et au-delà même de sa mort, division entre le possible de son désir et de ses jouissances, d’un côté, et de l’autre un réel impossible à situer. « Le corps, à le prendre au sérieux, est d’abord ce qui peut porter la marque propre à le ranger dans une suite de signifiants. »[7]. Cette marque, le phallus symbolique, désigne l’effet sur le corps de cette incorporation du corps du symbolique. C’est à la fois une négativation et une localisation de jouissance, à la fois un « non » à la jouissance – l’effet de castration – et un « nom » – le trait unaire. Mais il y a dans le corps vivant quelque chose qui ne se laisse pas négativer, quelque chose qui ne se laisse pas attraper par un « dire que non » et qui de ce fait, en retour, crée un trou dans le symbolique, un trou dans le savoir, « un trou qu’il n’y a pas moyen de savoir »[8], le sexuel.
Deux effets de la langue sur le corps de cette mortification symbolique : 1) La marque, le blason, la brûlure au fer rouge, qui peuvent faire nomination ; 2) Un effet de trou, qui s’enregistre subjectivement comme énigme, fondamentalement énigme du sexuel.
Mais J.-A. Miller nous a appris à reconnaître l’effet d’impact sur le corps vivant du signifiant tout seul, qui s’isole dans un régime de la parole qui privilégie le non-sens, les riens de sens, dans les rêves, les lapsus, les équivoques signifiantes, soit toutes les chutes du discours. C’est là « où le sujet peut s’aviser que cet inconscient est le sien », sinon il peut toujours penser que cela vient de l’Autre, ce qui est la condition commune de celui qui vient voir un psychanalyste. C’est ce savoir-là, cet inconscient-là – qui n’est ni celui des lois de l’alliance et de la filiation, ni celui des signifiants-maîtres — « qui affecte le corps de l’être qui ne se fait être que de paroles, ceci de morceler sa jouissance, de le découper jusqu’à en produire les chutes dont je fais l’objet petit (a), l’a-cause première de son désir »[9]. Il s’agit là des effets corporels du signifiant, non plus mortification, mais effets de jouissance, un mouvement de « corporisation »[10]  de la langue en tant qu’elle affecte le corps vivant. Il y a donc un troisième effet corporel de la langue : 3) l’affect, essentiel pour saisir la clinique actuelle.
 
C’est dans ce moment de bascule dans son enseignement que Lacan va condenser ces trois effets corporels de la langue dans sa dimension symbolique par le verbe « jaspiner » qui désigne dans la langue française le bavardage. Il s’agit là de la pure jouissance de la langue dans sa matérialité, dans son « aboiement » car « jaspiner » est dérivé du mot « japper » qui désigne le petit aboiement du chien !
Ne pas se laisser identifier aux marques du signifiant tel qu’il circule dans ce « jaspiner », ne pas être pris dans sa dimension de semblant, laisse le sujet livré aux objets pulsionnels qui sont venus à la place : le voilà au centre des regards, ou des moqueries dans son dos, il va se faire bouffer ou rejeter comme un déchet. Plus moyen de franchir le seuil du collège ou du lycée, ce corps ne peut plus se loger dans cet espace tissé de marques signifiantes, et il s’éjecte de ce lieu.
 
3 – Il faut parler ici de ces brins de jouissances, de ces bouts de réel, de ces éclats de corps que sont les objets (a). Ils sont en effet le produit de ce « jaspinage pour s’affairer de la sphère » que constitue l’expérience d’une analyse. Prélevés sur la jouissance du corps dans la rencontre avec la demande de l’Autre du langage, issus donc des objets pulsionnels, ils localisent et diffractent cette jouissance dans ces extensions que sont les objets qui causent le désir, comme objets précieux cachés au coeur du fantasme de l’analysant, mais aussi comme objets plus-de-jouir qui augmentent à plaisir le corps que l’on a. Ces objets désignent alors « le réel du corps » tel qu’il infiltre la sphère imaginaire et le jaspinage signifiant. Les effets de ces objets « réels » sur le corps se recueillent 1) comme « ce qui est impossible à supporter », comme « ce à quoi on se heurte », « ce qui ne peut se dire » ; 2) comme ce qui chute, ce qui est rejeté ou ce qui surgit du trou, ce qui fait retour ; 3) mais aussi dans le chiffrage de la langue par les moyens pulsionnels du corps, chiffrage oral, anal, scopique, invoquant de la langue, tel que nous l’entendons chez le tout-petit enfant.
 
Se faire un escabeau

Le corps a d’abord été abordé par Lacan comme morcelé et unifié comme corps imaginaire, puis se présente comme corps symbolique décerné par le langage, qui répartit les jouissances et le fait support de marques, condensatrices de jouissance, pour enfin se produire comme le réel d’un corps morcelé par la frappe « bête » de la langue. Ce qui fait dire à Lacan que c’est la langue qui traumatise le corps, en tant qu’elle lui impose ce travail de chiffrage, qui finira par constituer la jouissance phallique, qui désigne à la fin de l’enseignement de Lacan aussi bien la jouissance de la parole, la jouissance sublimatoire et le plus-de-jouir[11]. Cette jouissance qui apparaît hors-corps au sens de « en dehors » de la « sphère » du corps imaginaire, est pourtant constituante du corps de l’être parlant en tant qu’il est fait de substance jouissante.
Ce corps « que l’homme a » est ainsi fondamentalement un corps qui « se jouit », qui se jouit par tous ces moyens que sont la parole, les objets plus-de-jouir, la sublimation. Lacan va donner un nom à ce corps constitué de substance jouissante, un corps qui n’opère ni dans la substance étendue, ni dans la substance pensante, un corps qui ex-siste à l’espace physique et à l’espace mental. Un corps qui ne se soutient ni d’un « je suis… », ni d’un « je pense » mais d’un « se jouit ». Le nom donné par Lacan à ce un-corps est celui d’escabeau, un corps grâce auquel chacun se croit beau, qui sert à chacun de piédestal, c’est-à-dire aussi bien d’occasion de chutes. Ainsi l’escabeau est la condition même de l’être qui parle, l’homme (LOM) qui n’a d’autre être que le corps qu’il a comme un corps, le « un » désignant ici le Un de jouissance qui fait tenir cet escabeau.
Cet équilibre est à la fois robuste et fragile, comme l’indique cette phrase qui me sert ici de boussole : « il jaspine pour s’affairer de la sphère, dont se faire un escabeau ».
C’est robuste et cela s’enregistre volontiers comme « traits de caractère », comme « la personnalité », c’est-à-dire les habitudes, les modalités de jouissance.

C’est fragile du fait que cet escabeau repose sur un nouage qui, pour un sujet, s’est opéré au petit bonheur la chance, de façon contingente, entre un patchwork d’images, des bribes de discours et des brins de jouissance.
C’est un nouage symptomatique qui contient en son cœur la contingence même de la présence au monde du sujet, contingence qui a pris valeur absolue de jouissance (le mélancolique est confronté sans médiation à cette marque qui fait trou) et auquel s’articule le désir inconscient. C’est ce que l’hystérique déchiffre sur le corps d’un/une autre. Elle lit dans le symptôme qui affecte l’autre corps l’indice de la valeur de jouissance que véhicule le désir en tant que manque. Elle le lit aussi bien dans l’Autre, dans le discours du maître, dont elle révèle la vérité de sujet divisé.
Ainsi le symptôme est l’événement qui vient affecter ce corps-là, qui vient affecter l’escabeau et vient montrer sa trame, sa logique. C’est en ce sens que Lacan parle de Joyce en disant qu’il « est symptomato-logie » ; il actualise en effet dans son écriture et dans sa vie la logique du symptôme, « en faisant le tour de sa réserve » d’escabeaux, tout en s’en faisant piédestal.

Ce symptôme là fonde une nouvelle clinique qui est celle des effets corporels de la langue, effets se produisant dans la consistance imaginaire du corps, dans sa trame symbolique, dans ses épiphanies réelles. Ces symptômes, que nous appelons nouveaux, sont à construire dans la cure comme événement du corps de jouissance, qui sont les seuls véritables événements de vie, d’une vie d’homme.
 
Une psychanalyse se définit alors comme le dispositif qui vous permet de faire de ce qui vous détermine 1) quelque chose « qui vous arrive » comme si vous l’aviez choisi, 2) de faire de ce qui vous arrive un symptôme 3) en tant qu’événement de corps, quand s’actualise dans la séance analytique un dire qui mord sur un jouir. Il fait événement, contingent donc, pour autant qu’il réalise un nouage entre un dire et un jouir « pour se faire un escabeau » : c’est ainsi que Lacan termine sa phrase. Se faire un escabeau du corps de jouissance dans sa consistance imaginaire, son trou symbolique et ses plus-de-jouir, c’est se donner une chance de « scabeaustration », castration de l’escabeau, pour en user de la bonne façon, pour apprendre à se servir de la consistance imaginaire, du trou du symbolique, et de ses plus-de-jouir.
 

[1] Lacan J., Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 569.
[2] Lacan J., Le séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005.
[3] Ibid., p. 565.
[4]Ibid., p. 566
[5]Ibid., p. 565.
[6]Lacan, J. Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à L’autre, Paris, Seuil,  2006, p. 371.
[7] Lacan J. « Radiophonie », Autres écrits, Paris, Seuil, pp. 408-409
[8] Lacan J., Le Séminaire Livre XXI, RSI, leçon du 8 avril 1975, Ornicar n° 5, dec-janv 75/76, p.39.
[9] Lacan J., « …Ou Pire, Compte rendu du séminaire 1971-1972 », Autres écrits, op.cit., p. 550.
[10]Miller J.-A., « Biologie Lacanienne et événement de corps », La Cause freudienne N° 44, Février 2000, pp. 57-59
[11] Miller J.-A., « Les six paradigmes de la jouissance », La Cause freudienne N° 43, octobre 1999, pp. 24-29.
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NEWSLETTER 02/2021

Congrès-NLS-Congress 2021

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Congrès-NLS-Congress

BLOG 

 www.nlscongress2021.com  

2021

 

LES ACTIVITÉS

DES SOCIÉTÉS ET GROUPES DE LA NLS

THE ACTIVITIES

OF THE SOCIETIES AND GROUPS OF THE NLS

 

 

ÉVÉNEMENTS SPÉCIAUX DU MOIS : 

Février / February- 2021

SPECIAL EVENTS OF THE MONTH:

 

 

Société Héllénique de la NLS (Grèce)

1 février

Discussion : Petite fille, petit garçon avec François Ansermet.

Avec CEREDA EURÊKA

Via Webex.

 

 

ICLO-NLS (Ireland)

6 February

The Pass in Our School: Testimony of the Pass with Irene Kuperwajs.

Time: 2 pm (IST).

Registration: http://iclo-nls.org/?p=4864.

 

 

Warsaw Circle (Poland) 

6 February

Seminar – Towards PIPOL 10: Wanting a child? Desire for Family and Clinic of Filiations, with Dominique
Holvoet.

Via Zoom.

Registration: kontakt@jlacan.org

 

 

Initiative Ukraine

6 Février

Conférence : Le désir de l’analyste: un désir inédit? avec Philippe Stasse.

Les invités : Bernard Seynhaeve et Ruzanna Hakobyan.

Via Zoom.

L'heure :16h GMT+2 (Kiev) 

Inscriptions www.facebook.com/NLSInitiativeUkrain

 

 

Kring voor Psychoanalyse (Belgique)

13 Février 

Conversation clinique : Ce qui percute le corps avec Laurent Dupont, en collaboration avec l'ACF-Belgique.

Time: 14h CET.

Réservé aux membres et aux participants de la Section Clinique.

 

Initiative Russie 

Novossibirsk : 27 février 

Webinar : Lecture du Séminaire XI de J.Lacan.  Deuxième  rencontre: Du regard comme objet
petit a
 avec 
Alexandre STEVENS.

Via Zoom

Inscriptions :  lacansk54@gmail.com

 

 

Initiative–Vienna, New Lacanian Field Austria

Vienna : 26-27 February

Seminar: From Symptom to Sinthome with Daphna Amit-Selbst, Fabian Fajnwaks
and Shlomo Lieber.

In English; Via Zoom

Registrationwww.lacanfeld.at

 

 

SÉMINAIRES ET AUTRES ACTIVITÉS : 

SEMINARS AND OTHER ACTIVITES:

Février / February 2021

 

ASREEP (Suisse)

 

Genève / Zoom :

2 février  Séminaire d'introduction.

 

Martigny :

17 février  Atelier de Criminologie.

 

Aigle / Zoom :

27 février  Atelier de lecture de Lacan avec Véronique Voruz.

GIEP (Israel)

 

 

 

Via Zoom:

2 February  Theoretical Seminar Towards the NLS Congress 

11, 16 February  Theoretical Seminar.

23 February  Seminar on analytical training. (In Arabic).

ICLO (Ireland)

 

 

 

Dublin / Zoom:

10 February  Clinical Case Discussion.

Closed Seminar.

 

 

 

12 February  Teaching Seminar by Florencia F.C. Shanahan.

Open seminar via ZOOM.

 

 

26 February  Members' Seminar. 

For ICLO-NLS members.

Kring voor Psychoanalyse (Belgique)

 

Gand / Zoom

22 février  Atelier clinique lacanienne.

 

Bruges / Zoom

12 février  Groupe de travail Psychanalyse et enfants.

 

Bruges / Zoom

25 février  Conférence De Oor-Zaak.

London Society

 

 

4, 13 February  Closed Reading Seminar.

 

 

4, 13 February  Theoretical Seminar.

Via Zoom.

 

 

27 February  A Series of  Theoretical Seminars.

Via Zoom.

 

 

27 February  Reading  Seminar.

Via Zoom.

Société Hellénique (Grèce)

 

La SH en collaboration avec le CCA et le Cercle psychanalytique de Thessalonique :

(via Webex) 

21 février  Cinéma et psychanalyse.

Société Bulgare de la Psychanalyse Lacanienne (Bulgarie)

Sofia :

16 février  Atelier Clinique.

21 février  Rencontre des Cartels.

 Société Noeud borroméen (Grèce)

 

 

Webinar :

10 février  Premier témoignage de la passe – Lacan et la fin de l'analyse, avec Dossia Avdelidi (A.E.).  (En grec).    

 

 

Crète :

13, 20 février  Séminaires théoriques vers le congrès de la NLS.                      

Cracow Circle (Poland)

 

Cracow:  Via Zoom

3, 17 February  Clinical discussion.

15 February  Consultation Point.

20 February  Theoretical Seminar.

21 February  Reading Seminar and Clinical discussion.

Warsaw Circle (Poland)

 

Via Zoom

27 February  Psychoanalytical Laboratories.

Registration: kontakt@jlacan.org

ACF-Portugal

 

3, 10, 17, 24 février  Groupe d'étude + groupe de lecture.

Par Skype 

 

Lacan Circle of Australia 

 

Melbourne:

3, 10, 17, 24 February   Reading Group.

Open to all via Zoom

 

Melbourne:

16, 23 February  Theoretical Seminar.

Open to all via Zoom

 

Melbourne:

20, 27 February  Theoretical Seminar.

Open to all via Zoom

NLS-Québec 

 

Montréal : (NLS-Québec en collaboration avec le Programme d'études cliniques du Québec).

17 février  Module de nosographie psychiatrique.

Via Zoom.

Lacanian Compass (USA)

New York:

3, 10, 17 February  Reading Seminar.

1, 11, 22 February  Clinical Seminar.

Miami: 

1 February  LC Members Meeting.

1, 4, 8, 15, 18 February  Theoretical Seminar.

3, 10 February Reading Seminar.

17, 24 February  Clinical Research Seminar.

Houston: 

13, 17 February  Reading Seminar.

13 February  Conversation.

25 February  Institutional Meeting.

Omaha: 

5, 12, 19, 26 February  Reading Seminar.

Initiative–Berlin

 

Berlin : 

22 février  Séminaire de l'Orientation Lacanienne.

18 février  Séminaire de lecture.

Information et registration: lacanscheorientierungberlin@gmail.com.

Initiative-Toronto

 

Toronto: 

9, 23 February  Reading seminar.

27 February  Special Activity.

Initiative-Russie

 

Novossibirsk : 

3, 17 février  Séminaire de travail.

 

SECTIONS CLINIQUES ET CHAMP FREUDIEN :

CLINICAL SECTIONS AND THE FREUDIAN FIELD:

 

ASREEP (Suisse)

 

Fribourg :

4 février  Laboratoire du CIEN de Fribourg.

Par Zoom.

 

Athènes :

1, 8, 25 février  Séminaires théoriques.

3, 19, 20, 22, 24  février Laboratoires de lecture.

6 février  Groupe clinique.

26 février  Cycle de conférences : Du symptôme de Freud au sinthome de Joyce avec Neus Carbonell (via Zoom).

Réservé aux participants de CRPA.

Société Bulgare de la Psychanalyse Lacanienne (Bulgarie)

 

 

Sofia : Via Zoom

13 février   CIEN Bulgarie : La rencontre avec le sexuel : entre réel et fiction, avec Claudine Valette-Damase.

L'heure :
10h l'heure locale

Langue : Français et Bulgare. 

Inscriptions : champfreudienbg@gmail.com

Collège clinique d’Athènes 

 

 

 

Athènes :

2, 9, 16, 23, février  Séminaires théoriques (via Webex).

12 février  Séminaire théorique (via Webex).

11 février  Séminaire à l'hôpital psychiatrique ( Daphni).

 

21 février Conférence de Marie-Hélène Roch Le transfert à l’Œuvre. Lacan lecteur de Claudel .

 

26  février Séminaire clinique.

 

 

 

Thessalonique (Cercle psychanalytique de Thessalonique en collaboration avec CCA) :

13 février  Séminaire théorique vers le congrès de la NLS. (via Webex).

PPaK-Gent (Belgique)

 

Gand : 

27 février  Section clinique.

Pont Freudien (Québec)

 

Montréal : 

3 février  Séminaire mensuel du Pont Freudien.

The Nottingham-Dublin Lacanian Studies Programme

 

PUBLICATIONS :

 

 

 

 

THE LACANIAN REVIEW
Issue No 10

"PARANOIA"

 

 London Society

Psychoanalytical Notebooks # 36

Formation of the Analyst

Out in December

 

 

 

Revue Mental n°42

Contagion : partout des épidémies !

 

 

THE LACANIAN REVIEW
Issue No 9

"Still Life?"

 

 

Scríobh No 9

 The Newsletter

of ICLO-NLS

 

 

KRING ONLINE No 10

From Kring voor Psychoanalyse van de NLS

 

 

SCILICET 2020: 

Dream, Its interpretation and Use in Lacanian Treatment

 

 

 

 

Mental No 41

Femmes pour le meilleur et pour le pire

 

 London Society

Psychoanalytical Notebooks # 35  Purloined Letters

 

 

Scríobh 8

The Newsletter of ICLO-NLS

 

 

 

 

THE LACANIAN REVIEW 

JOURNAL OF THE NEW LACANIAN SCHOOL AND THE WORLD ASSOCIATION OF PSYCHOANALYSIS

THE LACANIAN REVIEW ONLINE

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New Lacanian School of Psychoanalysis
Nouvelle École Lacanienne de Psychanalyse 
 

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ICLO

6 February

The Pass in Our School 

Testimony of the Pass 

with Irene Kuperwajs


Time: 2 pm (IST)

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Bernard Seynhaeve
Une analyse lacanienne, pas sans les corps

« Lacan a visé quelque chose qui irait au-delà de la notion de l’inconscient et ce qui s'inscrit à cette place, c’est ce qu'il a appelé le parlêtre où la fonction de l'inconscient se complète du corps, de ce qu’il a de réel du corps.

Cela indique que l’interprétation mobilise quelque chose du corps. C’est un mode de l’interprétation qui exige qu'elle soit investie par l'analyste et par exemple que l'un et l'autre apportent leur corps. » [1]
 
J’essaie d’avancer avec les questions qui me taraudent.[2]

Vous aurez remarqué que dans mon titre j’ai écrit « les corps » au pluriel, soit le corps de l’analysant ET celui de l’analyste.
Je voudrais tenter de préciser pourquoi une psychanalyse lacanienne nécessite, exige la présence des corps, celui de l’analysant et celui de l’analyste. Cette question fait l’objet d’un débat passionné à l’heure actuelle, à l’heure de la pandémie alors que nous devons respecter ce que nous appelons « la distanciation sociale » et où nous sommes malgré tout parfois amenés à devoir faire usage de Skype pour garder le lien avec nos analysants. Néanmoins, j’affirme qu’une cure analytique ne peut être menée à son terme sans la présence des corps, de l’analysant et de l’analyste.

Ce sur quoi je veux attirer l’attention dans mon exposé, c’est que, à côté de la présence physique de l’analysant, le tout dernier Lacan met l’accent sur à la présence de l’analyste dans la manœuvre de l’interprétation. L’analyste en effet, selon le tout dernier Lacan interprète avec son corps. C’est cette thèse de Lacan que je voudrais développer.
Il n’y a pas très longtemps, une question à laquelle je ne m’attendais pas a surgi dans un groupe de la NLS. Un collègue a dit : « Vous verrez monsieur qu’un jour il y aura des AE qui auront fait leur analyse par Skype ». Cette question est éminemment politique et se pose dans notre École, la NLS. Que ceux qui étaient à Tel-Aviv lors de notre Assemblée Générale en 2019 se rappellent le débat que nous avons eu concernant l’usage d’internet (de Skype) dans la cure.

Une autre question se pose pour moi : que devient l’interprétation au temps du parlêtre — et non plus au temps du sujet, soit l’interprétation au temps de l’enseignement du tout dernier Lacan.

L’interprétation au temps du parlêtre

C’est avec ce néologisme, le parlêtre, que Lacan définira l’inconscient en tant qu’il définit un nouage entre le corps et l’inconscient. À partir de ce moment-là, l’interprétation doit nécessairement impliquer les corps. Comment ? Précisément en tentant de faire résonner ce nouage du corps et de la langue. À cet égard, ce que Lacan fera alors valoir concernant la fin de la cure analytique, c’est que l’interprétation vise à déranger ou à faire résonner la défense.
Qu’est-ce que la défense ? La défense, c’est un « dispositif psychique » que Freud a postulé dès le début de son œuvre : une « défense primaire », précisait-il,  pour faire barrage à ce qu’il nommait les « menaces de déplaisir » [3], et que nous nommons avec Lacan « le réel de la jouissance », soit l’impact de la langue sur le corps. Pour le dernier Lacan, l’interprétation vise à déranger la défense dans la mesure où elle vise, non pas à défaire ce nouage de lalangue et du corps –ce serait d’ailleurs peine perdue-, mais à faire résonner ce qui protège le nœud du corps et de la langue, ou ce que Lacan appelé le sinthome.

De la nécessité de la présence des corps 

À la fin de sa vie Freud en était resté sur un constat : une psychanalyse est sans fin parce qu’elle bute sur le roc de la castration chez l’homme, sur le penisneid chez la femme. Mais avec le tout dernier Lacan, il devient possible de terminer son analyse en tentant de dépasser ce roc de la castration et au-delà du  pénisneid. Il ne s’agit plus alors d’orienter la cure sur le fantasme, mais sur le symptôme. Comment ? En visant le réel de la jouissance du corps parlant, en s’efforçant de s’approcher au plus près du réel de la jouissance que constitue le nœud du parlêtre, le nœud du langage et du corps, le nœud de son sinthome, le nœud du corps qui se jouit.

Cela change alors radicalement la façon d’interpréter. Pour Lacan l’interprétation ne vise plus le sens par exemple des formations de l’inconscient. Produire du sens ne fait que prolonger la cure, cela la rend infinie. L’interprétation vise la jouissance du parlêtre, le nœud, le réel, en  dérangeant la défense. L’interprétation consiste à faire résonner la défense. Elle tente de toucher le réel du corps qui se jouit.

D’où la question que je pose : ce mode d’interprétation nécessite-t-il la présence des corps, celui de l’analyste et de l’analysant ?

Relevons pour commencer deux précisions apportées par Jacques-Alain Miller.

La première est extraite de son entretien au journal Libération, en 99 :
« La technologie élabore des modes de présence inédits. Le contact à distance en temps réel s'est banalisé au cours du siècle. Que ce soit le téléphone, maintenant portable, l'Internet, la conférence vidéo. Cela va continuer, se multiplier, ce sera omniprésent. Mais est-ce que la présence virtuelle aura à terme une incidence fondamentale sur la séance analytique? Non. Se voir et se parler, cela ne fait pas une séance analytique. Dans la séance, deux sont là ensemble, synchronisés, mais ils ne sont pas là pour se voir, comme le manifeste l'usage du divan. La coprésence en chair et en os est nécessaire, ne serait-ce que pour faire surgir le non-rapport sexuel. Si l'on sabote le réel, le paradoxe s'évanouit. Tous les modes de présence virtuelle, même les plus sophistiqués, buteront là-dessus. » [4]

La seconde est extraite de son intervention Une fantaisie, lors du Congrès de l’AMP à Comandatuba, en 2004.
« L’inconscient est-il corporel ? […] L’effet de l’interprétation tient-il à l’emploi des mots ou à leur jaculation ? […] Il faut y mettre le ton –d’ailleurs ceux qui ont eu la chance de pouvoir rapporter des interprétations de Lacan, les répètent toujours avec le ton de Lacan. La poétique de l’interprétation, c’est un matérialisme de l’interprétation. […] Il faut donc y mettre le corps pour porter l’interprétation à la puissance du symptôme. [5] »

Qu’est-ce qu’un corps ?
Puisqu’il s’agit de cerner ce qui constitue le joint du corps et de la langue, posons-nous la question : qu’est-ce qu’un corps ? Qu’est-ce qu’un corps parlant, le corps des êtres parlant, le parlêtre ?
Lors de la présentation du thème du Xe Congrès de l’AMP, en 2014, J.-A. Miller indiquait que « Lacan, à la fin de son enseignement, dit que […] : « Le corps, c’est un mystère. » Il le dit dans Encore : « Le réel, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient. » [6]
 
Essayons de préciser ce mystère. Miller nous invite à faire une distinction entre ce que l’on nomme un corps et un sac d’organes, soit entre le corps et la chair. « Dans la distinction entre le corps et la chair, dit-il, le corps se montre apte à figurer, comme surface d’inscription, le lieu de l’Autre du signifiant. […] Ce qui fait mystère, mais qui reste indubitable, c’est ce qui résulte de l’emprise du symbolique sur le corps. […] Le mystère est […] celui de l’union de la parole et du corps. De ce fait d’expérience, on peut dire qu’il est du registre du réel. » L’être parlant a donc un corps et il utilise son corps comme d’un instrument pour parler. L’homme se distingue d’être un animal qui parle mais pour pouvoir parler il lui faut un corps. Pour parler, l’homme utilise son corps. Et ce qui fait mystère, c’est ce nouage même de la langue et du corps, c’est que Lom[7] puisse faire usage de son corps pour parler. Et cela ne s’explique pas, c’est un mystère, cela fait trou dans le savoir et ça relève par conséquent du registre du réel.

Mais par ailleurs, le parlêtre jouit de l’usage de son corps pour parler. C’est même pour cela qu’il parle. Avant même d’utiliser son corps pour communiquer, avant même de s’adresser à l’Autre, avant toute demande adressée à l’Autre, l’homme se sert du nouage du corps et de la langue pour sa jouissance. Lacan dit qu’il se jouit. On peut même dire que cette jouissance, la jouissance du se jouir est auto-érotique, autistique, comme le précise Lacan.

Autre précision : Il faut postuler un temps préalable à l’entrée dans la communication. C’est un temps où le corps se noue à la langue. Ce temps il faut le qualifier de traumatique. La percussion de la langue et du corps fait trou, nous dit Lacan, fait troumatisme. Il s’agit véritablement d’une percussion traumatique de la langue avec le corps. Le corps est percuté par la langue et cela produit un trauma.

C’est dans un second temps que l’Autre en tant qu’instance structurée va entrer en jeu. À « ce corps marqué des événements de jouissance, des traumas de lalangue, viendront ensuite des effets inconscients de sens, c’est ce que Lacan approche en tant qu’effets de savoir » [8], comme le dit Éric Laurent. « La jouissance s’éprouve, “ça se sent”. Et c’est après cette preuve de la jouissance que se produisent les effets de savoir propres aux effets signifiants sur le corps. Il faut d’abord avoir un corps, conditions pour que la jouissance […] viennent s’y inscrire. » [9]
 

[1] MILLER, J.A., « L’expérience du réel dans la cure analytique », « Les paradigmes de la jouissance » et « Biologie lacanienne et événement de corps » [1998-1999], L’Orientation lacanienne iii1, Leçon du 27 janvier 1999.
[2] Première partie d’un texte publié dans le N° 126 de la revue Quarto, Le corps, cette guenille qui nous est si chère.
[3] FREUD, F. « Esquisse d’une psychologie scientifique » [1895], La naissance de la psychanalyse, trad. de l’all. par Anne Berman, Paris, PUF, 1956, 6ème édition : 1991, p. 381.
[4] MILLER, J.A., Interview à Libération le 3 juillet 1999 « Le divan ».
[5] MILLER, J.A., « Une fantaisie », Mental 15, février 2005, p. 26.
[6] LACAN, J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1974, p. 118.
[7] LACAN, J., « Joyce le symptôme », in Le Séminaire, livre xxiii, Le sinthome [1975-1976], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 2005
[8] LAURENT, E., L’envers de la biopolitique, Le champ freudien, Navarin 2016, p. 59 et p.16.
[9] Ibid.
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Une analyse lacanienne, pas sans les corps

« Lacan a visé quelque chose qui irait au-delà de la notion de l’inconscient et ce qui s'inscrit à cette place, c’est ce qu'il a appelé le parlêtre où la fonction de l'inconscient se complète du corps, de ce qu’il a de réel du corps.

Cela indique que l’interprétation mobilise quelque chose du corps. C’est un mode de l’interprétation qui exige qu'elle soit investie par l'analyste et par exemple que l'un et l'autre apportent leur corps. » [1]
 
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Vous aurez remarqué que dans mon titre j’ai écrit « les corps » au pluriel, soit le corps de l’analysant ET celui de l’analyste.
Je voudrais tenter de préciser pourquoi une psychanalyse lacanienne nécessite, exige la présence des corps, celui de l’analysant et celui de l’analyste. Cette question fait l’objet d’un débat passionné à l’heure actuelle, à l’heure de la pandémie alors que nous devons respecter ce que nous appelons « la distanciation sociale » et où nous sommes malgré tout parfois amenés à devoir faire usage de Skype pour garder le lien avec nos analysants. Néanmoins, j’affirme qu’une cure analytique ne peut être menée à son terme sans la présence des corps, de l’analysant et de l’analyste.

Ce sur quoi je veux attirer l’attention dans mon exposé, c’est que, à côté de la présence physique de l’analysant, le tout dernier Lacan met l’accent sur à la présence de l’analyste dans la manœuvre de l’interprétation. L’analyste en effet, selon le tout dernier Lacan interprète avec son corps. C’est cette thèse de Lacan que je voudrais développer.
Il n’y a pas très longtemps, une question à laquelle je ne m’attendais pas a surgi dans un groupe de la NLS. Un collègue a dit : « Vous verrez monsieur qu’un jour il y aura des AE qui auront fait leur analyse par Skype ». Cette question est éminemment politique et se pose dans notre École, la NLS. Que ceux qui étaient à Tel-Aviv lors de notre Assemblée Générale en 2019 se rappellent le débat que nous avons eu concernant l’usage d’internet (de Skype) dans la cure.

Une autre question se pose pour moi : que devient l’interprétation au temps du parlêtre — et non plus au temps du sujet, soit l’interprétation au temps de l’enseignement du tout dernier Lacan.

L’interprétation au temps du parlêtre

C’est avec ce néologisme, le parlêtre, que Lacan définira l’inconscient en tant qu’il définit un nouage entre le corps et l’inconscient. À partir de ce moment-là, l’interprétation doit nécessairement impliquer les corps. Comment ? Précisément en tentant de faire résonner ce nouage du corps et de la langue. À cet égard, ce que Lacan fera alors valoir concernant la fin de la cure analytique, c’est que l’interprétation vise à déranger ou à faire résonner la défense.
Qu’est-ce que la défense ? La défense, c’est un « dispositif psychique » que Freud a postulé dès le début de son œuvre : une « défense primaire », précisait-il,  pour faire barrage à ce qu’il nommait les « menaces de déplaisir » [3], et que nous nommons avec Lacan « le réel de la jouissance », soit l’impact de la langue sur le corps. Pour le dernier Lacan, l’interprétation vise à déranger la défense dans la mesure où elle vise, non pas à défaire ce nouage de lalangue et du corps –ce serait d’ailleurs peine perdue-, mais à faire résonner ce qui protège le nœud du corps et de la langue, ou ce que Lacan appelé le sinthome.

De la nécessité de la présence des corps 

À la fin de sa vie Freud en était resté sur un constat : une psychanalyse est sans fin parce qu’elle bute sur le roc de la castration chez l’homme, sur le penisneid chez la femme. Mais avec le tout dernier Lacan, il devient possible de terminer son analyse en tentant de dépasser ce roc de la castration et au-delà du  pénisneid. Il ne s’agit plus alors d’orienter la cure sur le fantasme, mais sur le symptôme. Comment ? En visant le réel de la jouissance du corps parlant, en s’efforçant de s’approcher au plus près du réel de la jouissance que constitue le nœud du parlêtre, le nœud du langage et du corps, le nœud de son sinthome, le nœud du corps qui se jouit.

Cela change alors radicalement la façon d’interpréter. Pour Lacan l’interprétation ne vise plus le sens par exemple des formations de l’inconscient. Produire du sens ne fait que prolonger la cure, cela la rend infinie. L’interprétation vise la jouissance du parlêtre, le nœud, le réel, en  dérangeant la défense. L’interprétation consiste à faire résonner la défense. Elle tente de toucher le réel du corps qui se jouit.

D’où la question que je pose : ce mode d’interprétation nécessite-t-il la présence des corps, celui de l’analyste et de l’analysant ?

Relevons pour commencer deux précisions apportées par Jacques-Alain Miller.

La première est extraite de son entretien au journal Libération, en 99 :
« La technologie élabore des modes de présence inédits. Le contact à distance en temps réel s'est banalisé au cours du siècle. Que ce soit le téléphone, maintenant portable, l'Internet, la conférence vidéo. Cela va continuer, se multiplier, ce sera omniprésent. Mais est-ce que la présence virtuelle aura à terme une incidence fondamentale sur la séance analytique? Non. Se voir et se parler, cela ne fait pas une séance analytique. Dans la séance, deux sont là ensemble, synchronisés, mais ils ne sont pas là pour se voir, comme le manifeste l'usage du divan. La coprésence en chair et en os est nécessaire, ne serait-ce que pour faire surgir le non-rapport sexuel. Si l'on sabote le réel, le paradoxe s'évanouit. Tous les modes de présence virtuelle, même les plus sophistiqués, buteront là-dessus. » [4]

La seconde est extraite de son intervention Une fantaisie, lors du Congrès de l’AMP à Comandatuba, en 2004.
« L’inconscient est-il corporel ? […] L’effet de l’interprétation tient-il à l’emploi des mots ou à leur jaculation ? […] Il faut y mettre le ton –d’ailleurs ceux qui ont eu la chance de pouvoir rapporter des interprétations de Lacan, les répètent toujours avec le ton de Lacan. La poétique de l’interprétation, c’est un matérialisme de l’interprétation. […] Il faut donc y mettre le corps pour porter l’interprétation à la puissance du symptôme. [5] »

Qu’est-ce qu’un corps ?
Puisqu’il s’agit de cerner ce qui constitue le joint du corps et de la langue, posons-nous la question : qu’est-ce qu’un corps ? Qu’est-ce qu’un corps parlant, le corps des êtres parlant, le parlêtre ?
Lors de la présentation du thème du Xe Congrès de l’AMP, en 2014, J.-A. Miller indiquait que « Lacan, à la fin de son enseignement, dit que […] : « Le corps, c’est un mystère. » Il le dit dans Encore : « Le réel, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient. » [6]
 
Essayons de préciser ce mystère. Miller nous invite à faire une distinction entre ce que l’on nomme un corps et un sac d’organes, soit entre le corps et la chair. « Dans la distinction entre le corps et la chair, dit-il, le corps se montre apte à figurer, comme surface d’inscription, le lieu de l’Autre du signifiant. […] Ce qui fait mystère, mais qui reste indubitable, c’est ce qui résulte de l’emprise du symbolique sur le corps. […] Le mystère est […] celui de l’union de la parole et du corps. De ce fait d’expérience, on peut dire qu’il est du registre du réel. » L’être parlant a donc un corps et il utilise son corps comme d’un instrument pour parler. L’homme se distingue d’être un animal qui parle mais pour pouvoir parler il lui faut un corps. Pour parler, l’homme utilise son corps. Et ce qui fait mystère, c’est ce nouage même de la langue et du corps, c’est que Lom[7] puisse faire usage de son corps pour parler. Et cela ne s’explique pas, c’est un mystère, cela fait trou dans le savoir et ça relève par conséquent du registre du réel.

Mais par ailleurs, le parlêtre jouit de l’usage de son corps pour parler. C’est même pour cela qu’il parle. Avant même d’utiliser son corps pour communiquer, avant même de s’adresser à l’Autre, avant toute demande adressée à l’Autre, l’homme se sert du nouage du corps et de la langue pour sa jouissance. Lacan dit qu’il se jouit. On peut même dire que cette jouissance, la jouissance du se jouir est auto-érotique, autistique, comme le précise Lacan.

Autre précision : Il faut postuler un temps préalable à l’entrée dans la communication. C’est un temps où le corps se noue à la langue. Ce temps il faut le qualifier de traumatique. La percussion de la langue et du corps fait trou, nous dit Lacan, fait troumatisme. Il s’agit véritablement d’une percussion traumatique de la langue avec le corps. Le corps est percuté par la langue et cela produit un trauma.

C’est dans un second temps que l’Autre en tant qu’instance structurée va entrer en jeu. À « ce corps marqué des événements de jouissance, des traumas de lalangue, viendront ensuite des effets inconscients de sens, c’est ce que Lacan approche en tant qu’effets de savoir » [8], comme le dit Éric Laurent. « La jouissance s’éprouve, “ça se sent”. Et c’est après cette preuve de la jouissance que se produisent les effets de savoir propres aux effets signifiants sur le corps. Il faut d’abord avoir un corps, conditions pour que la jouissance […] viennent s’y inscrire. » [9]
 

[1] MILLER, J.A., « L’expérience du réel dans la cure analytique », « Les paradigmes de la jouissance » et « Biologie lacanienne et événement de corps » [1998-1999], L’Orientation lacanienne iii1, Leçon du 27 janvier 1999.
[2] Première partie d’un texte publié dans le N° 126 de la revue Quarto, Le corps, cette guenille qui nous est si chère.
[3] FREUD, F. « Esquisse d’une psychologie scientifique » [1895], La naissance de la psychanalyse, trad. de l’all. par Anne Berman, Paris, PUF, 1956, 6ème édition : 1991, p. 381.
[4] MILLER, J.A., Interview à Libération le 3 juillet 1999 « Le divan ».
[5] MILLER, J.A., « Une fantaisie », Mental 15, février 2005, p. 26.
[6] LACAN, J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1974, p. 118.
[7] LACAN, J., « Joyce le symptôme », in Le Séminaire, livre xxiii, Le sinthome [1975-1976], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 2005
[8] LAURENT, E., L’envers de la biopolitique, Le champ freudien, Navarin 2016, p. 59 et p.16.
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London Society 

 Saturday – 30 January


NLS Seminar Series –Towards the NLS Congress

 Bodily Effects of Language

 &

Clinical Conversation (members only)

with FRANK ROLLIER 

 Time: 2:30 pm London time  (by ZOOM) 

 Information: http://londonsociety-nls.org.uk/index.php?file=Programme.html

Purchase a ticket: https://www.eventbrite.co.uk/e/nls-seminar-with-frank-rollier-the-body-inhabited-by-language-tickets-137432443137

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Initiative Amsterdam

Saturday –  30 January 

Webinar 

 Angst 

with Rik Loose

Time: 10:30 Local time (by ZOOM)

Information: https://www.lacaniaansepsychoanalyse.nl

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Initiative Russie

Novossibirsk : 30 janvier

Webinar 

 LECTURE DU SÉMINAIRE XI de J. LACAN

 Première séance: L'inconscient et la répétition  

avec Ruzanna Hakobyan

Langue : Russe

Inscriptions :  lacansk54@gmail.com

 

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150 days to go until the PIPOL 10 Congress

 

This Friday, the first delivery of OMBILIC, the PIPOL 10 newsletter, will appear.

 

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Also, you will also have the opportunity to choose your language of correspondence.

 

 

Attention!

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Initiative–Vienna, New Lacanian Field Austria

Vienna : 29-30 January

Pass Testimony and Study Day

 Bodily Effects and Hysteria


with Florencia F.C. Shanahan

Via Zoom

 Registration: www.lacanfeld.at

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